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Le top 10 des grands moments des Championnats du Monde de cyclisme
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Le top 10 des grands moments des Championnats du Monde de cyclisme

De Van Looy à Freire en passant par Merckx, Gimondi, Hinault, Criquielion, Roche ou encore Armstrong, le cyclisme mondial a vécu des grands moments sur les Championnats du Monde, épreuve courue annuellement sur circuit.

10e Oslo 1993 – Armstrong prive Indurain du triplé (champion du monde Lance Armstrong pour les Etats-Unis)

Sur le Tour de France 1993, un jeune rookie américain émerveille les journalistes new-yorkais Samuel Abt, habitué à suivre Greg LeMond les années précédentes. Son nom est Lance Armstrong, et il court pour Motorola. A seulement 31 ans, le jeune Texan gagne une étape à Verdun. A la question Serez-vous un deuxième Greg LeMond ?, le futur septuple maillot jaune répond avec répartie : Je serai le premier Lance Armstrong. Ce dernier a été titularisé professionnel après les Jeux Olympiques de Barcelone à l’été 1992. 111e et dernier de la Clasica San Sebastian pour sa première course le 8 août 1992, lâché dans le col du Jaizkibel et cible des risées des Espagnols sous la pluie basque, Armstrong finit deuxième du championnat de Zurich quelques jours plus tard, derrière son futur coéquipier Ekimov. A Oslo en août1993, la pluie et le froid seront les alliés du jeune Armstrong, 21 ans et 11 mois. Comme Eddy Merckx en 1967 ou Greg LeMond en 1983, le Texan va gagner le championnat du monde l’année de ses 22 ans. En Norvège, Armstrong force sa nature et chloroforme son panache naturel, son ADN offensif, sa propension à attaquer comme un damné au mépris des règles tactiques. Jim Ochowicz lui a appris les vertus de la patience. Dans l’avant-dernier tour, l’ancien triathlète place un terrible démarrage dans la côte de l’Ekeberg. Personne ne suit, et Armstrong n’y croit pas, son ordinateur de bord indique bien qu’il s’agit du dernier tour en ce dimanche 29 août 1993. Sur le podium scandinave, Lance Armstrong a privé le roi du cyclisme du triplé Giro – Tour – Mondial.  Une fois de plus, Miguel Indurain échoue dans sa quête du Graal mondial, face à celui qui battra ensuite son prestigieux record du nombre de maillots jaunes gagnés consécutivement (7 pour l’imposteur Lance Armstrong 2.0 entre 1999 et 2005, contre 5 à Miguel Indurain entre 1991 et 1995).

9e Renaix 1988 – la malédiction de Renaix (champion du monde Maurizio Fondriest pour l’Italie)

Dans la dernière ascension du Kruisberg, Claude Criquielion place un violent démarrage et seul un jeune Italien Maurizio Fondriest s’accroche à sa roue. Mais Steve Bauer les rejoint et c’est à trois que se joue le sprint en côte où le Canadien coince dans les balustrades Criquielion, qui chute, et laisse ainsi filer la victoire à Maurizio Fondriest. Le Belge passe la ligne… à pied en levant la main en signe de protestation. A Renaix, 25 ans après la trahison de Benoni Beheyt envers Rik Van Looy, c’est encore la révolte dans le clan belge, car le champion du monde 1984 (à Barcelone) aurait pu devenir le premier Belge depuis Eddy Merckx à gagner deux fois le maillot arc-en-ciel. Ironie du destin, en 1984 à Barcelone, Criquielion et Bauer avaient partagé le podium, le Belge 1er et le Canadien 3e. Quatre ans plus tard à Renaix, ils sont tous les deux en échec total, avec Criquielion en victime et Bauer en fossoyeur d’illusions.

8e Lisbonne 2001 – l’Italie se saborde à Monsanto (champion du monde Oscar Freire pour l’Espagne)

Vainqueur de l’épreuve CLM trois jours plus tpôt à Lisbonne dans le parc de Monsanto, Jan Ullrich est victime du statut de favori suprême, comme en 1999 à Vérone. Tel Miguel Indurain avant lui, l’ogre de Rostock ne pourra jamais devenir champion du monde en ligne, même s’il aura conquis la médaille d’or de la course en ligne des Jeux Olympiques de Sydney en 2000. Dans le dernier tour, les Italiens se sabordent. A 6 kilomètres du but, Gilberto Simoni (Lampre) attaque mais est pris en chasse par Paolo Lanfranchi (Mapei) ! Puis, c’est Andreï Tchmil qui essaye mais rien y fait. Le sprint est lancé et Oscar Freire se joue de ses adversaires et gagne devant Paolo Bettini et l’étonnant slovène Hauptman. Ironie du destin dans cette course portugaise, Lanfranchi a favorisé la victoire d’un autre coureur Mapei, l’Espagnol Oscar Freire, en ruinant les espoirs de son coéquipier italien Gilberto Simoni, vainqueur du Giro au printemps. La disette transalpine se poursuivra une année de plus, Mario Cipollini se chargeant en 2002 à Zolder de mettre fin à dix ans de jachère après le deuxième sacre de Gianni Bugno en 1992 à Benidorm.

7e Valkenburg 1998 – Oskar émerge du chaos (champion du monde Oskar Camenzind pour la Suisse)

Dans des conditions météo exécrables, beaucoup d’absents hélas (Marco Pantani, Jan Ullrich, Laurent Jalabert notamment), au départ de ce championnat où le Suisse Oskar Camenzind profite du marquage de l’Italien Michele Bartoli dans le final par trois autres hommes, l’Américain Lance Armstrong, le Belge Peter Van Petegem et le Néerlandais Michael Boogerd. Van Petegem réagit trop tard et ne sait plus revenir sur le Suisse, premier helvète à se parer du maillot irisé depuis 1952. Bartoli, lui, doit se contenter de la troisième place comme en 1996, ce qui est cruelle désillusion pour le natif de Pise, qui n’a que faire de la médaille de bronze. Camenzind, lui, inaugure son maillot irisé en gagnant le Tour de Lombardie devant Michael Boogerd, 5e à Valkenburg. A noter la quatrième place de Lance Armstrong, qui signe le retour du Texan au premier plan, après ses deux quatrièmes places dans la Vuelta et le chrono des Mondiaux ! A Valkenburg, Armstrong profite d’un tour de passe-passe du docteur Pedro Celaya pour dissimuler sa tricherie … Plus calme que sur le Tour de France, le Dr Celaya s’éclipse alors discrètement pour aller chercher une bouteille d’un litre d’une solution saline qu’il transporte sous son imperméable devant l’inspecteur de l’UCI avant de l’administrer à Armstrong afin de faire baisser son taux hématocrite. Après cet automne fructueux, Armstrong est convaincu par le nouveau directeur sportif de l’US Postal, Johan Bruyneel de viser rien moins que le maillot jaune du Tour de France 1999. On connaît la suite …

6e Montréal 1974 – le premier Grand Chelem du vélo (champion du monde Eddy Merckx pour la Belgique)

Après deux échecs (Gap 1972 et Barcelone 1973), Eddy Merckx est décidé à montrer qu’il est le maître. Bernard Thévenet part seul et Freddy Maertens tente de revenir. Merckx est obligé d’attendre le regroupement. Il est temps et dans la sévère côte du Mont-Royal, il finit par rejoindre Thévenet et lâche Poulidor, pour finir seul. C’est la quadrature du cercle pour leCannibale auteur d’un mythique triplé Giro – Tour – Mondial, sorte de Grand Chelem du vélo. A cette occasion, Merckx rejoint le gotha des triples champions du monde sur route, en l’occurrence Alfredo Binda et Rik Van Steenbergen. Oscar Freire les rejoindra en 2004 à Vérone.

5e Villach 1987 – Roche monte aux cieux (champion du monde Stephen Roche pour l’Irlande)

C’est le champion du monde en titre Moreno Argentin qui lance le championnat à 60 kilomètres de la ligne mais les tandems irlandais (Kelly / Roche) et français (Mottet / Fignon) contrôlent et c’est dans la dernière ligne droite que Stephen Roche s’isole en tête pour ne plus être rejoint. Il réalise le triplé Giro-Tour-Mondial, comme Eddy Merckx en 1974 ! Cinquième, Sean Kelly lèves les bras en solidarité avec son compatriote irlandais Stephen Roche.

4e Renaix 1963 – la trahison de Renaix (champion du monde Benoni Beheyt pour la Belgique)

La montée du Kruisberg n’apporte pas la décision et c’est au sprint que la victoire doit se jouer. Tom Simpson lance le final mais est rejoint par Rik Van Looy en personne, l’homme qui s’attire tous les superlatifs depuis 1960 pour sa capacité à gagner les différentes courses d’un jour du calendrier. Desmet emmène avec Benoni Beheyt en embuscade mais le grand Van Looy ne peut conclure et c’est Beheyt, un moment déséquilibré s’appuyant sur l’épaule de son leader, qui gagne en roue libre. L’affront ne sera jamais pardonné par Van Looy, qui rate l’occasion d’égaler Binda et Van Steenbergen au palmarès. En représailles, l’Empereur d’Herentals ne laissera plus jamais Beheyt gagner la moindre course après la trahison de Renaix.

3e Barcelone 1973 – hara-kiri collectif entre Belges (champion du monde Felice  Gimondi pour l’Italie)

A Montjuich, colline qui surplombe Barcelona et accueillera les Jeux Olympiques d’été en 1992, c’est la course en tête pour Eddy Merckx qui emmène 6 coureurs avec lui. Voulant éviter le sprint, le Cannibale part en solitaire et va tutoyer la perfection avant de faiblir, tandis qu’à l’arrière le jeune Freddy Maertens commet l’erreur de contrer et revient vers le leader belge avec dans sa roue Gimondi et Ocana. Ce jour là, en Catalogne, le travail de sape de Merckx avait été fatal à Battaglin dans un premier temps. C’est ensuite au tour de Joop Zoetemelk et Perurena de ne plus pouvoir suivre l’infernale cadence du Belge. Lorsque, à leur tour, Felice Gimondi, Luis Ocaña et Freddy Maertens lâchèrent prise, la course parut pliée, la messe était dite. Il fallut une initiative malheureuse de Freddy Maertens, jeune loup ambitieux de la délégation belge, pour ruiner les effets du coup de force de Merckx. Dans sa contre-attaque mal venue, le Flandrien offrit un point de mire inespéré au tandem Gimondi – Ocaña qui n’en demandait pas tant !  Au sprint, Merckx s’effondre et l’Italien Felice Gimondi, éternel dauphin de l’ogre bruxellois (notamment en 1971 au championnat du monde de Mendrisio), en profite pour l’emporter. A 250 mètres de l’arrivée en effet, un coup de Jarnac vint dérégler la belle mécanique et anéantir les espoirs des Belges … Merckx venait de caler au pire moment, trahi par ses jambes ! Le trou noir, l’acide lactique, le chaos ! La défaillance brutale, irréversible ! Maertens avait beau jeter derrière lui des regards désespérés, leCannibale restait collé au bitume sans explication et voyait filer vers le podium, sans pouvoir réagir, deux adversaires éberlués qu’il avait semés sur la colline de Montjuich une heure auparavant … Gimondi et Ocaña tiraient ainsi les marrons du feu, eux qui n’avaient pu s’opposer au panache de Merckx quelques tours plus tôt !  Freddy Maertens, aux forces déclinantes, n’avait pu surmonter l’effet de surprise, ni s’opposer au rush de Felice Gimondi, lequel, à l’inverse, finissait en boulet de canon, sublimé par l’attraction irrésistible des cinq couleurs de l’arc-en-ciel cycliste. Rouge comme le sang de Merckx. Vert comme un nouvel espoir. Bleu comme le maillot azzurro de l’Italie. Noir comme les années que Gimondi avait dû traverser. Et jaune comme le maillot dont il a été privé par Merckx, sa bête noire depuis 1968 ! Champion du monde en cette saison 1973, le Bergamasque effaçait en quelques secondes jouissives une ardoise vieille de huit ans ! Victorieux du Tour de France en 1965, dans la naïveté de ses vingt-trois ans, Gimondi vivait depuis lors dans une sorte de purgatoire, une dimension parallèle où Merckx, espoir du cyclisme devenu roi par une violente fulgurance, l’avait condamné à errer sans fin (3e du Giro en 1968, 4e du Tour en 1969, 2e du Mondial en 1971, 2e du Tour en 1972) … Dans l’euphorie de cette douce victoire synonyme de revanche, de rédemption, de renaissance, Gimondi se muait en phénix. Les cendres de l’Italien, semées vers Barcelone au gré des vents, donnaient naissance à un nouvel oiseau de feu, qui allait coup sur coup gagner les deux monuments du cyclisme transalpin, le Tour de Lombardie, la classique des feuilles mortes, et sa fausse jumelle au jeu des équinoxes, Milan – San Remo, l’irrésistible Primavera. Prince de Catalogne, roi de Lombardie, souverain de Ligurie, Gimondi ne ferait pas abdiquer Merckx, qui allait récupérer sa couronne au Tour de France 1974, quelques mois plus tard, face à un inoxydable vassal, Raymond Poulidor. C’est ensuite la guerre des mots, dans le camp belge, Merckx accusant Maertens d’être responsable de la défaite ! Une théorie du complot est évoquée, avec une rivalité Shimano / Campagnoloen filigrane … !  L’échappée royale composée de Merckx, Gimondi, Ocaña et Maertens comptait trois vélos équipés par Campagnolo et un seul équipé par Shimano (Maertens). En 1973, la marque japonaise Shimano effectuait son baptême du feu dans le cyclisme professionnel, ce qui était mal vécu par Campagnolo, jusqu’alors en situation de quasi-monopole. Il est évident que la marque italienne (fondée en 1933 à Vicenza) ne voyait pas d’un bon oeil la perspective d’un maillot arc-en-ciel pour un coureur équipé par son rival américain, Shimano. Merckx, cuit pour avoir fait la sélection jusque là, n’aurait pas dit à Maertens son état pour favoriser la victoire d’un autre coureur utilisant un vélo Campagnolo, en l’occurence l’ami de son ami Tullio Campagnolo, en d’autres termes … Felice Gimondi, pourtant un de ses plus coriaces rivaux dans le peloton ! En agissant ainsi, bien qu’il sabordât les chances de l’équipe belge, Eddy Merckx préservait les intérêts de Campagnolo, privant Shimano de sa première grande victoire dans le milieu professionnel. Bien évidemment, leCannibale refusa toujours de confirmer cette version des faits, omerta du milieu oblige, tout comme avec le dopage… Freddy Maertens, lui, aura l’occasion de se racheter de cette erreur de jeunesse (si l’on met de côté la théorie du complot Campagnolo / Shimano). Véritable Pantagruel du sprint (13 victoires d’étape en 1977 sur une Vuelta qu’il domine complètement), le coureur flandrien gagnera deux fois le championnat du monde sur route dans sa somptueuse carrière : la première fois en Italie à Ostuni sur la côte adriatique en 1976, devant Francesco Moser, la seconde à Prague en 1981, devant Giuseppe Saronni et Bernard Hinault. Ironie du sort, la Belgique vengera le douloureux souvenir de Montjuich 1973, par une victoire du wallon Claude Criquelion au championnat du monde 1984, organisé à Barcelone.

 2e Sallanches 1980 – la revanche du Blaireau (champion du monde Bernard Hinault pour la France)

Malgré le terrible échec d’un abandon à Pau sur la route du Tour de France, la saison 1980 marque le climax de la somptueuse carrière de Bernard Hinault, despotique sous la neige de la Doyenne (Liège-Bastogne-Liège), épouvantail des coureurs italiens dans le Giro, qu’il renverse à la faveur de la mythique étape du Stelvio, col des Dolomites qui avait déjà été le juge de paix pour le maillot rose en 1953 entre Coppi et Koblet. A Sallanches, le sélectionneur français a mis à sa disposition de Bernard Hinault onze coéquipiers, à son entière dévotion. Avant de quitter l’hôtel, le matin de la course, le champion breton n’oublie pas de recommander au patron de l’établissement de mettre le champagne au frais. Nourri au nectar et à l’ambroisie des dieux immortels du cyclisme, le natif d’Yffiniac est certainement le plus confiant des 107 engagés. Dès la première côte du circuit, le double vainqueur du Tour est en tête et s’échappe pendant deux tours. Il est costaud mais n’en fait-il pas un peu trop ? Un coéquipier du Blaireau, Mariano Martinez, fait diversion lors de l’échappée matinale alors que le favori se rend auprès de chacun de ses équipiers pour les rassurer sur son état de forme. Tout va bien, tel est son message. Le travail collectif pour la victoire d’un seul a merveilleusement bien fonctionné. Les adversaires de l’équipe de France rendent les armes les uns après les autres, un véritable travail de sape. Alors qu’il ne reste plus que cinq tours de circuit, l’intouchable Hinault va mener un train d’enfer pour faire rendre grâce à ceux qui n’ont pas encore abdiqué. Sur ce parcours très éprouvant, la côte de Domancy, longue de 2.7 km avec quelques passages à 12 %, et surtout sa répétition (20 passages) use les hommes. Ils ne sont plus que cinq coureurs en tête, l’Italien Baronchelli, l’Ecossais Robert Millar, le Belge Michel Pollentier et le Danois Marcussen accompagnent un Hinault qui relance sans cesse. A un tour de la ligne, le Français a poursuivi son travail d’usure et Baronchelli est le seul à pouvoir encore l’accompagner. La côte de Domancy est noire de monde, avec des Français, mais aussi beaucoup d’Italiens qui ont franchi le tunnel du Mont-Blanc pour voir triompher la Squadra Azzurra. Il reste 500 mètres de montée, profitant d’un changement de vitesse de l’Italien, Bernard Hinault place une attaque sèche. Il passe en tête au sommet et négocie une dernière descente parfaite. A Sallanches, le Blaireau est sacré Champion du Monde sur route, après un chef d’oeuvre tactique. Le virtuose Breton n’a pas laissé l’ombre d’une chance à ses rivaux pour conquérir le premier maillot irisé de l’équipe de France depuis celui de Jean Stablinski en 1962 à Salo ! Après avoir transformé la côte de Domancy en un calvaire pour tous les coureurs, Hinault a régné en maître sur une course qui a illustré à merveille l’impitoyable processus de sélection naturelle décrit par Charles Darwin : ils ne sont que 15 coureurs à terminer ! Bien sûr à l’hôtel, le champagne est prêt, preuve qu’Hinault était conscient de son extraordinaire supériorité. Le Breton peut sereinement oublier la perte du maillot jaune au profit de Joop Zoetemelk, tant son arc-en-ciel brille fort et irradie sur le ciel de cette saison 1980 où Hinault a atteint le pinacle du sport cycliste.

 1er Mendrisio 1971 – le festin du Cannibale (champion du monde Eddy Merckx pour la Belgique)

 Veni, Vidi, Vici ! C’est comme cela que l’on peut résumer la course irréelle réussie par Merckx dans le Tessin. Vexé dans son orgueil après le camouflet reçu de la part de Luis Ocaña sur la route d’Orcières-Merlette dans le Tour de France 1971, le Belge a riposté le lendemain sur la route de Marseille, exprimant sa haine viscérale de la défaite et tirant la quintessence de son incroyable potentiel intrinsèque. Reprenant deux minutes pleines à son rival espagnol, Merckx reprend le maillot jaune à la faveur du dramatique abandon d’ Ocaña, percuté par Joop Zoetemelk dans la descente du col de Menté. A la poursuite de Merckx sous la pluie pyrénéenne, Ocaña a commis le péché d’orgueil en voulant suivre son dauphin belge au plus près … N’ayant pu gagner le maillot jaune à Paris face à Ocaña, Merckx est vexé de cette victoire dans la Grande Boucle, entachée d’une ombre immense … Loin de se murer dans une tour d’ivoire, Eddy Merckx avait refusé la tunique jaune au lendemain du départ contraint de son rival espagnol. Voulant prouver qu’il possède toujours les meilleurs jambes et les meilleurs poumons du peloton, le champion bruxellois donne rendez-vous à Mendrisio où se court le championnat du monde 1971. Dans le canton suisse italophone du Tessin, Merckx va exprimer toute sa virtuosité en écoeurant la concurrence, Gimondi compris … Ce jour là, Merckx atteint son apogée sportive, jouant une partition sans fausse note aux airs de requiem pour une opposition laminée. Toute velléité de victoire est utopique face à ce monstre, cet écorché vif qui écrase les pédales en se montrant intouchable. Le Belge voltige sur l’asphalte tessinoise, transcendé par l’enjeu. Autant que la victoire, c’est sa réputation qui est en jeu, son statut de roi du cyclisme après la banderille portée par Ocaña. Une autre défaite dans le Mondial porterait l’estocade à l’aura de celui qu’on présente comme le plus grand cycliste de tous les temps avec Fausto Angelo Coppi. La cicatrice de thermidor hante encore ce perfectionniste qu’est Merckx, et le champion belge augmente la pression d’un cran à chaque passage dans la terrible rampe du circuit tessinois. C’est dans la longue montée de Novazzano que Merckx entame sa conquête du titre mondial. Seuls Giancarlo Polidori, Cyrille Guimard, Georges Pintens, Leif Mortensen et Felice Gimondi l’accompagnent mais une nouvelle attaque de Merckx dans l’avant dernier tour, isole Gimondi qui est facilement battu au sprint. Le Bergamasque ne se berçait pas d’illusions tant la supériorité du Belge était insolente et manifeste, crevant les yeux …L’Italien supporta deux semaines durant une terrible douleur à la mâchoire tant il fit un effort colossal pour suivre Eddy Merckx dans la côte de Novazzano. Dauphin du Cannibale dans le Tessin ce jour-là, Gimondi avait encore la mâchoire bloquée au moment du dîner le soir de la course ! Mais comment lutter face à un tel OVNI, aussi insatiable que l’ogre de Tervueren ?

  1. avatar
    2 février 2016 a 11 h 04 min

    1971 est clairement le plus beau Mondial de l’Histoire. Un jeu de massacre comme en 1980 à Sallanches pour Hinault et le meme contexte de désir de revanche après un Tour de France décevant (abandon pour le Breton, victoire avec l’ombre de Luis Ocaña pour le Belge), sauf qu’à Mendrisio Eddy Merckx avait un rival plus que coriace en la personne de Felice Gimondi !

  2. avatar
    2 février 2016 a 22 h 31 min

    Merci Axel, un festin aujourd’hui, 4 articles d’un coup (je suspecte qu’ils ont été envoyés à des moments différents mais publiés d’un coup).

    Le plus fascinant dans les championnats du monde est les collaborations occasionnelles entre équipiers en temps normal, bafouant les équipes nationales. Tu cites aussi cette théorie de complot en faveur de Campagnolo. Et l’on connaît aussi la propension des cyclistes à acheter des victoires d’étapes aux adversaires. C’est un autre côté obscur du cyclisme.

    D’autre part tu fais référence à la tricherie d’Armstrong en 1998. D’où provient cette info ? Profintait-il déjà de la bienveillante cécité de Verbruggen ?

  3. avatar
    3 février 2016 a 11 h 26 min

    Salut Fabrice,

    Oui la corruption est le deuxième fléau du cyclisme après le dopage, leur point commun étant l’omerta qui règne.

    Je pense que oui en effet, en 1998 Lance Armstrong profitait déjà de la bienveillance de Verbruggen, le Ponce Pilate perché dans sa tour d’ivoire au bord du Léman.
    Quand tu sais que Conconi était ami avec le Prince Alexandre de Mérode (president de la commission médicale du), on imagine que Michele Ferrari (avant de se brouiller avec son mentor Conconi) a eu le temps de se faire jun carnet d’adresses à l’UCI et au CIO, du côté de Lausanne.

    Car une fois passé en free-lance après ses années comme docteur Mabuse chez Ariostea puis Gewiss, Michele Ferrari n’offrait pas à Lance Armstorng une simple expertise physiologique sur le dopage.
    Depuis son camping-car miteux où il vivait incognito, il offrait aussi tout un catalogue d’entraînement adapté, l’analyse des performances du Texan via Excel et des données informatisées, un circuit financier sécurisé avec l’aide de son fils, un réseau politique UCI / CIO pour prévenir le scandale et se defender le cas échéant …
    Bref une sorte de package complet du parfait dope, avec le fameux Chris Carmichael en coach bidon de l’Américain pour faire paravent !
    Mais il est connu que Carmichael (coureur de Jim Ochowicz en 1986 sur le Tour avec l’équipe 7-Eleven qui precede Motorola dans le peloton professionnel) n’a jamais entraîné Armstrong …

    Pour en revenir aux Mondiaux, oui la course d’équipe n’est pas toujours possible, comme en 1963 à Renaix ou en 1973 à Barcelone au detriment des Belges (Van Looy et Merckx respectivement), voire en 2001 à Lisbonne pour le plus grand Malheur des Italiens (Simoni torpillé par Lanfranchi, tant mieux pour l’Espagne et la Mapei d’Oscar Freire).

    Quant à Campagnolo, cela reste une théorie du complot, jamais prouvé mais intéressant à mentionner …

  4. avatar
    3 février 2016 a 11 h 30 min

    @Fabrice,

    Pour compléter sur Armstrong, c’est lui qui fait prendre à l’US Postal le virage decisive vers le dopage en 1998, virage renforcé par l’arrivée de Johan Bruyneel comme directeur sportif en 1999, le Belge virant Pedro Celaya pour le remplacer par Luis Garcia Del Moral (Celaya reviendra en 2004, Del Moral étant viré par le Train Bleu après la victoire chaotique du Tour du Centenaire en 2003).

    Plus d’infos ici dans ce vieil article que j’avais écrit sur L.A. début 2015 …

    http://yourzone.beinsports.fr/cyclimse-armstrong-dopage-represailles-et-omerta-violons-dingres-du-loup-de-jaizkibel-89536/

  5. avatar
    9 mai 2016 a 22 h 23 min
    Par M. birdy

    Chambery 1989 méritait aussi d’intégrer ce top 10. Un parcours exigeant, des conditions météo difficiles, une lutte Lemond – Fignon comme quelques semaines auparavant. Un final regroupant Lemond et Fignon donc mais également Rooks, kelly et konishev et cette victoire de l’américain. Un peu comme si aujourd’hui Froome battait au sprint Contador, Valverde, Sagan et Kittel… non ?

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