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1993, cadeau empoisonné pour Prost chez Williams-Renault
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1993, cadeau empoisonné pour Prost chez Williams-Renault

Succédant à Nigel Mansell au sein de l'écurie anglaise, le Professeur, triple champion du monde, part favori suprême du 44e championnat du monde de F1. Face à lui, trois outsiders : son coéquipier, le rookie londonien Damon Hill, son grand rival, le virtuose Brésilien Ayrton Senna, et enfin le grand espoir de la discipline, l'Allemand Michael Schumacher.

En 1992, Nigel Mansell avait imposé sa férule à la Formule 1. Gladiateur de la vitesse, Mansell avait battu pléthore de records avec Williams-Renault :

– nombre de victoires en une saison (9 victoires, contre 8 à Ayrton Senna en 1988)

– nombre de pole positions en une saison (14 pole positions, contre 13 à Ayrton Senna en 1988 et 1989)

– nombre de points en une saison (108 points, contre 96 à Ayrton Senna en 1991)

– nombre de victoires consécutives en début de championnat (5 victoires, contre 4 à Ayrton Senna en 1992).

Fort d’un bolide implacable conçu par Adrian Newey et Patrick Head, disposant d’une aérodynamique exceptionnelle, de la suspension active et propulsée par un moteur Renault V10 encore surpuissant, le Taureau de l’île de Man avait été hégémonique, ne trouvant guère d’opposition à sa mesure.

Prost étant parti en 1992 pour une année sabbatique, Mansell n’avait pas trouvé en Ayrton Senna de coriace rival. La nouvelle McLaren Honda avait été un raté, au grand dam de Ron Dennis et de l’état-major de Woking, la MP4/7 ne sortant qu’au Grand Prix d’Espagne, quatrième course du championnat.

Le coéquipier de Nigel Mansell chez Williams-Renault, l’Italien Riccardo Patrese, ne retrouvait pas sa forme de 1991. Après une campagne 1991 vertueuse, sans doute la meilleure de sa carrière, ponctuée par deux victoires à Mexico et Estoril, Riccardo Patrese aurait du être un prétendant au sceptre mondial. Mais un accident en essais hivernaux, au Portugal, avait brisé la belle dynamique du pilote italien. Très rapidement, Mansell plantait ses banderilles dans le dos de son rival et coéquipier transalpin, portant l’estocade à Silverstone.

Non content d’être une fois de plus relégué au rôle de dauphin pour assurer le sixième doublé de Williams-Renault en 1992, Patrese avait été proprement écrasé, le samedi en qualifications (2″4 d’écart sur un tour entre les deux FW14 !) puis le dimanche en course (39 secondes), pour un des plus grands exploits de la carrière de Mansell, qui déchaînerait le public de Silverstone, nostalgique de James Hunt, pilote romantique sacré avec panache en 1976 contre Niki Lauda. Dans l’euphorie de la victoire de Nigel Mansell, la piste de l’ancien aérodrome de la Royal Air Force avait été envahie par les fans britanniques, comme le traditionnel envahissement de Monza par les tifosi.

Prost absent du championnat, Senna réduit à des coups d’éclat (Monaco, Budapest, Monza), Patrese impuissant, la saison 1992 avait permis l’éclosion de nouveaux visages, l’Allemand Michael Schumacher chez Benetton mais aussi le Finlandais Mika Häkkinen chez Lotus.

Congédié par Frank Williams qui souhaitait recruter le tandem Prost – Senna pour 1993, vexé du peu de considération financière de Didcot envers lui, Nigel Mansell quitterait la F1 au terme de la saison 1992. L’Anglais choisirait l’exil en Indy Car, terre des bannis de l’élite des pilotes. Adieu l’Europe, bonjour l’Amérique pour Mansell qui ferait le chemin inverse de Michael Andretti, appelé par Ron Dennis à devenir le coéquipier d’Ayrton Senna, Gerhard Berger ayant choisi après trois dures saisons dans l’ombre du Pauliste de retourner au sein de la Scuderia Ferrari.

En coulisses, Alain Prost avait orchestré un lobbying efficace pour retrouver un volant digne de son talent en 1993. Ce serait chez Williams-Renault, avec deux avantages pour le Français : primo, la garantie presque certaine du meilleur package moteur – châssis en 1993, étant donnée la marge importante entre Williams et McLaren ou Benetton en 1992. Nantie de 164 points, auréolée de 10 victoires dont 6 doublés, de 15 pole positions (seule celle du Grand Prix du Canada avait échappé à Williams), l’écurie anglo-française semblait partie pour dominer longtemps, forte du grand espoir qu’était l’ingénieur Adrian Newey mais également de la perte de Honda pour le rival McLaren. Secundo, Prost bouclerait la boucle avec Renault, dix ans après le fiasco d’une défaite douloureuse contre Nelson Piquet et Brabham BMW, défaite rocambolesque à Kyalami dans des circonstances troublantes, le Losange n’ayant pas souhaité porter plainte devant la justice sportive. Renault, en 1983, n’avait pas voulu gagner sur tapis vert.

Le Professeur n’avait mis qu’une condition à sa signature avec Frank Williams : un irrévocable veto sur le nom de son coéquipier. Tout le monde était bienvenu auprès du triple champion du monde français (1985, 1986, 1989) sauf un pilote, le Brésilien Ayrton Senna, l’autre triple champion du monde en activité (1988, 1990, 1991).

Vous aurez Prost ou Senna, mais vous n’aurez pas Prost et Senna !, avait ainsi lancé le Français aux responsables de Didcot et Viry-Châtillon.

Trop pénible lui était le souvenir de l’explosive cohabitation vécue avec le surdoué de Sao Paulo en 1988 et 1989 chez McLaren Honda : l’intimidation d’Estoril (septembre 1988), la trahison après le pacte de non-agression à Imola, Senna ayant franchi le Rubicon (avril 1989), les larmes de Pembrey rendues publiques par Johnny Rives (avril 1989), l’isolement technique de Monza, victoire à la Pyrrhus pour Prost qui avait offert la coupe du vainqueur aux tifosi de Ferrari, brisant ainsi une clause de son contrat avec McLaren (septembre 1989), l’accrochage de Suzuka et les polémiques navrantes suivant le déclassement de Senna par la FIA, sur fond de complot orchestré par Jean-Marie Balestre (octobre 1989).

S’estimant victime d’un double apartheid à la fois technique et psychologique de Honda et McLaren contre lui, Prost était parti au sein de Ferrari dès 1990, cédant aux sirènes italiennes. A l’été 1989, sans avocats, le Français avait scellé son destin avec le directeur sportif du Cavallino Rampante, Cesare Fiorio, sur le voilier de ce dernier, amarré en Sardaigne.

Mais 1990 et 1991 avaient apporté leur lot de souvenirs douloureux à Prost : nouvelle polémique sur la super-licence de Senna tardant à présenter des excuses publiques au président de la FIA, Jean-Marie Balestre (février 1990), fausse paix des braves orchestrée par un opportuniste journaliste italien du quotidien La Repubblica (septembre 1990), nouvel accrochage de Suzuka (octobre 1990), nouvelle réconciliation forcée cette fois oeuvre de Bernie Ecclestone à Budapest (août 1991).

Furieux, le Brésilien se voyait contraint de rester chez McLaren pour 1993. Orpheline du géant japonais Honda fin 1992, l’écurie de Woking se devait de réagir après une saison décevante bien que ponctuée par cinq victoires (trois pour Senna à Monaco, Budapest et Monza, deux pour Berger à Montréal et Adeläide).

Surclassée par Williams (164 contre 99), menacée par l’ambitieuse Benetton (99 contre 91), McLaren devait d’urgence trouver un nouveau partenaire motoriste. Ron Dennis refusant de briser son contrat avec le pétrolier Shell, les négociations avec Renault avaient tourné court, le Losange ayant lié à Elf. Le patron de Woking était alors démarcher Ford pour un moteur client, comme à l’époque de Cosworth. Après neuf saisons de partenariat avec Porsche (financé par le groupe saoudien TAG de Mansour Ojjeh) puis Honda, McLaren en était réduite à payer Ford pour un moteur V8 bien loin de soutenir la comparaison avec le V10 Renault. Woking allait-elle tomber du Capitole à la Roche Tarpéienne ?
L’arrivée de l’Américain Michael Andretti, rookie en F1 et fils du champion du monde 1978 Mario Andretti, soulevait aussi pas mal de questions : Serait-il capable de surmonter la pression liée à son prestigieux patronyme italo-américain ? Serait-il capable de limiter l’écart face à un génie du pilotage tel qu’Ayrton Senna? Serait-il capable de faire oublier un solide numéro 2 tel que Gerhard Berger ? Moins d’un an plus tard, la réponse était donnée, Andretti retournant outre-Atlantique, et Ron Dennis propulsant l’espoir finlandais Mika Häkkinen, son pilote essayeur, comme titulaire aux côtés du roi Senna pour les trois manches finales de la campagne 1993, Estoril, Suzuka et Adelaïde.

Conduite par un groupe dynamique, celui des Flavio Briatore et Tom Walkinshaw d’un point de vue financier et sportif, et celui des Pat Symonds, Ross Brawn, Rory Byrne, et Joan Villadelprat, l’ambitieuse écurie Benetton avait chaussé ses bottes de sept lieues en 1992, accédant au statut de top team. Il faut dire que Benetton avait trouvé avec le jeune espoir allemand Michael Schumacher le diamant brut dont elle avait besoin. Précipitant fin 1991 Nelson Piquet à une retraite anticipée, le Mozart de la F1 avait terminé 3e du championnat du monde 1992, lui qui avait été enlevé à Jordan dans le rocambolesque épisode du Villa d’Este en septembre 1991, entre sa révélation à Spa Francorchamps et sa confirmation à Monza … En sous-mains, Bernie Ecclestone avait fait pencher son faux jugement de Salomon vers Flavio Briatore, Willi Weber et Jochen Neerspach, lésant ainsi Eddie Jordan. Mais pour attirer Mercedes et BMW et faire de l’Allemagne un marché plus fructueux pour son business, Ecclestone avait besoin d’un pilote allemand pouvant rapidement se hisser au zénith de la discipline. Schumacher ayant le profil parfait, Jordan avait été sacrifié sur l’autel de la real politik par Ecclestone, permettant à Benetton d’enrôler le pilote le plus prometteur de la génération appelée à succéder au tandem roi Prost – Senna.

Pilote essayeur de Williams-Renault en parallèle d’un contrat de titulaire avec Brabham Judd en 1992, dans une écurie agonisante, Damon Hill avait effectué ses débuts en F1, avec deux départs à Silverstone et Budapest, en fond de grille, loin des titulaires de Williams, Mansell et Patrese. Le champion du monde forcé à l’exil américain, son titulaire italien indigne d’une F1 au profil de fusée, Ayrton Senna bloqué chez McLaren par la volonté d’Alain Prost nouveau leader de Williams-Renault, le cockpit de Patrese (parti chez Benetton comme successeur de Brundle face au redoutable espoir Schumacher) restait donc vacant.

Coiffant sur le poteau Martin Brundle ou encore Johnny Herbert, le Londonien Damon Hill gagnait un contrat de titulaire dans la meilleure équipe du paddock pour 1993, malgré son statut de rookie. Mais il ne ferait pas d’ombre à Prost, ce dernier ayant bien marqué son territoire suite au veto irrévocable quant à la possible venue de Senna. Ironie du destin, le fils de Graham Hill avait appris sa titularisation en novembre 1992 après une séance d’essais au Castellet. Il était arrivé sur le circuit provençal avec une froide détermination, après un vol houleux au départ de Londres, sur le trajet inverse de celui qui avait coûté la vie à son père en novembre 1975.

Début 1993, Alain Prost était donc le favori suprême : un rookie comme coéquipier (Damon Hill), un espoir talentueux mais encore perfectible (Michael Schumacher) et un rival en forme de pigiste (Ayrton Senna). Tout autre résultat que le titre sonnerait comme un terrible échec pour Prost, condamné à gagner le championnat, malgré la possible menace d’un génie du pilotage tel que Senna.

Epuisé mentalement par son calvaire de 1992, le Brésilien avait songé lui aussi à une année sabbatique en 1993, comme Prost un an avant. Mais connaissant le lien viscéral entre Senna et son métier de pilote, Ron Dennis ne désespérait pas de lui faire signer un contrat d’un an, se doutant bien que Senna finirait bien par aller chez Williams, en 1994 ou 1995. Mais ce ne fut chose faite qu’à Barcelone, cinquième manche de la campagne 1993. Jusque là, Senna avait couru comme pigiste de luxe, au salaire mirobolant d’un million de dollars par course !

Loin de voler McLaren et Ron Dennis, le virtuose Brésilien avait accompli des prouesses d’anthologie. Après la sixième course du championnat, dans le dédale monégasque, Senna était ainsi en tête du classement mondial, nanti de 42 points contre seulement 37 pour Prost !

Dauphin du Français à Kyalami en ouverture, Senna était arrivé sans pression chez lui à Sao Paulo pour la deuxième manche. Profitant des malheurs de Prost à Interlagos, Ayrton avait conquis la victoire sur ses terres, la deuxième après celle de 1991. Puis était arrive l’authentique exploit de Donington Park, où le Rainmaster brésilien avait ridiculisé le plateau sous la pluie anglaise, seul Damon Hill échappant à la punition d’un tour de retard derrière un Senna au pinacle de son talent.

Abandonnant à Imola, dauphin de Prost à Barcelone, profitant des malheurs de ce dernier à Monaco ainsi que de ceux de Schumacher, Ayrton Senna s’offrait une sixième victoire en Principauté, battant le record des cinq succès de Graham Hill devant son fils arrivé deuxième dans le labyrinthe monégasque.

Avec 42 points contre 37, Senna donnait du fil à retordre à Prost après six courses, avec une McLaren Ford bien loin de valoir la Williams-Renault du Français. Le constat face à Nigel Mansell un an plus tôt est cruel pour Prost : 56 points sur 60 possibles pour Mansell en 1992, 37 pour Prost de surcroît devancé par Senna et ses 42 unités. Le seul domaine où Prost fait jeu égal avec Mansell se situe dans les pole positions, le Français partant de la pole durant les sept premières courses de la saison 1993 (Mansell avait réussi les six premières poles en 1992, avant de s’incliner contre Ayrton Senna sur l’Ile Notre-Dame au Canada). La différence principale entre 1992 et 1993 est le niveau de compétitivité d’Ayrton Senna, bien plus redoutable dans le cockpit de la MP4/8 et auteur d’un début de saison presque sans faute. Le Brésilien ne tiendra pas sa cadence infernale sur tout le championnat, mais il trouve des ressources inouïes pour battre son grand rival, sa Némésis, son meilleur ennemi, Alain Prost. Avec panache, Senna remporte trois victoires en six courses, à Interlagos, Donington, Monaco.

Orphelin de Prost en 1992, Senna a retrouvé la joie de piloter sa Formule 1 en 1993, une fois passée la terrible déception de ne pas pouvoir rejoindre Williams-Renault et de se voir condamné au purgatoire McLaren un an de plus. Pérennisant les exploits, s’attirant tous les superlatifs, Ayrton Senna se sublime face à Alain Prost, le seul pilote qu’il juge digne d’un duel face à lui. L’appétit colossal de victoires d’Ayrton Senna, véritable Pantagruel de la F1, est à nouveau stimulé par la présence de Prost dans le championnat du monde. Ni Nigel Mansell ni Michael Schumacher n’avaient pu rassasier l’ogre Senna en 1992.

Si le V8 Ford Zetec ne valait pas le V10 Renault, le constat était moins évident pour les châssis. Merveille d’électronique, bijou aérodynamique, la McLaren MP4/8 était une réussite totale, et Senna avait exploité à merveille sa monture. Sans pression, lui qui avait essayé une Penske en décembre 1992 près de Phoenix à l’invitation d’Emerson Fittipaldi, Ayrton Senna faisait corps avec son bolide, étant parvenu au sommet de son art.
A Donington, avec une McLaren réglée à la perfection pour la pluie, le Brésilien avait atteint la quadrature du cercle, livrant une prestation d’anthologie, tutoyant la perfection pour une des grandes courses de l’Histoire, tels Stirling Moss en 1961 ou Graham Hill en 1965 à Monaco, Alain Prost en 1987 à Rio de Janeiro ou en 1990 à Mexico, Tazio Nuvolari en 1935 puis Juan Manuel Fangio en 1957 au Nürburgring, Jackie Stewart en 1968 lui aussi sur le circuit diabolique de l’Eifel, Jim Clark en 1963 à Spa Francorchamps.

Victime de son embrayage à Donington, piégé par l’aquaplaning à Interlagos, Prost avait débuté la saison avec une épée de Damoclès à Kyalami : sa super-licence lui avait été envoyée in extremis à Johannesburg, la FIA appliquant la loi du talion après les commentaires télévisés du Français en 1992 sur TF1, jugés trop indépendants par le pouvoir sportif. Le Français quitte l’Afrique du Sud en imperator : pole position, meilleur tour en course, victoire, Alain Prost n’a rien laissé à la concurrence.

Mais après son fiasco sous la pluie apocalyptique du Leicestershire, Alain Prost rectifie le tir par deux victoires à Imola et Barcelone. Souverain en Emilie-Romagne malgré un beau début de course de Senna, le Français peine beaucoup plus pour imposer sa Williams en Catalogne. Souffrant de vibrations anormales, la F1 anglo-française cause de terribles douleurs au Professeur, qui tient le coup et gagne pour la 47e fois de sa carrière, améliorant son propre record de victoires. Le podium de ce Grand Prix d’Espagne 1993 est royal, pour trois géants du sport automobile : 1er Alain Prost, 2e Ayrton Senna, 3e Michael Schumacher.

A Monaco, Senna reprend la tête du championnat. Parti 22e après avoir été privé de sa pole position via un problème d’embrayage, Prost s’est battu comme un beau diable pour remonter à la 4e place dans le labyrinthe. Après cette course de grande classe sur le Rocher, Frank Williams reste froid et implacable.

Déçu, Prost va se montrer implacable durant quatre courses consécutives, malgré une menace interne appelée Damon Hill. Mais entre inexpérience et malchance, le Londonien ne parvient pas à concrétiser le dimanche les promesses entrevues le vendredi et le samedi. La razzia Prost débute sur le circuit Gilles-Villeneuve, avant de se poursuivre à Magny-Cours, Silverstone et Hockenheim. Durant cet été 1993, un certain Jean Todt débarque au sein de Ferrari, tombée de Charybde en Scylla depuis fin 1991 et le départ d’un certain Alain Prost. Pour éviter le chant du cygne du glorieux Cavallino Rampante, Bernie Ecclestone et Niki Lauda ont conseillé à Luca Di Montezemolo de recruter le maître d’oeuvre des innombrables succès de Peugeot, en rallye, au Paris-Dakar puis aux 24 Heures du Mans.

Après 10 Grands Prix, voilà Prost nanti de 77 points, le trou est fait sur Senna qui n’en compte que 50. Un an plus tôt, après dix courses, Nigel Mansell avait marqué 86 points, pour 8 victoires et 1 deuxième place. Alain Prost, lui, a gagné 7 courses sur 10 possibles. On notera que les 10 premières courses de la saison 1993 sont la chasse gardée exclusive des deux titans du plateau : 7 victoires pour Alain Prost, 3 pour Ayrton Senna. Avant Budapest, les deux espoirs et outsiders que sont Damon Hill et Michael Schumacher sont toujours bredouille. Mais le Londonien comme l’Allemand sont bien décidé à ouvrir leur compteur de succès dans cette campagne mondiale 1993 cannibalisée par le Professeur, clé de voûte de la domination insolente de Williams-Renault.

Entre Budapest et Monza, Damon Hill remporte trois courses consécutives, notamment sur le juge de paix de Spa Francorchamps.

A Budapest et Monza, Prost subit deux terribles coup d’arrêt, abandonnant dans les derniers tours alors que la victoire lui était promise. Comme Jack Brabham en 1970, le pilote français est lassé de ces coups du destin, et veut refermer la boîte de Pandore, enfermer ces vieux démons d’abandons cruels ou de bassesses politiques comme les navrants épisodes de Johannesburg et Monaco.

La victoire est restée utopique pour Ayrton Senna durant l’été, mais le Brésilien sera galvanisé par la retraite d’Alain Prost fin 1993, qui lui ouvre les portes de Williams Renault pour la saison 1994. C’est à Estoril, où Michael Schumacher s’offre la deuxième victoire de sa carrière, que le Français annonce sa retraite sportive, partant sur une couronne mondiale tel Jackie Stewart en 1973, modèle de Prost comme le fut Niki Lauda. Déçu par Frank Williams, resté dans sa tour d’ivoire, lassé des problèmes politiques avec la FIA, incapable de se projeter sur de nouveaux duels avec Senna, lassé des passes d’armes à haute vitesse face à un pilote que le public plébiscite comme le meilleur de leur génération, Alain Prost tire sa révérence sans chercher à égaler la cinquième couronne mondiale de l’Argentin Juan Manuel Fangio.
Vexé par la performance du jeune espoir finlandais Mika Häkkinen au Portugal, Senna se venge à Suzuka et Adelaïde par deux courses de grande classe. Figure de proue de McLaren, le Brésilien quitte Woking sur deux victoires de haute volée, après deux dernières joutes face à Alain Prost. Tirant la quintessence de son bolide rouge et blanc, Senna rend utopique une victoire d’adieu pour Alain Prost en cette fin de championnat 1993. David Senna a fait mieux que tenir tête à Goliath Prost sur cette campagne 1993 que le Français achève avec 99 points, 7 victoires et 13 pole positions, bilan comptable plus qu’honorable face au palmarès de Nigel Mansell en 1992. Il était utopique de croire que Prost pourrait faire mieux que Mansell sur le plan comptable.

Mais face à un Senna de feu, aux ailes de phénix et au panache retrouvé, à un Damon Hill plus menaçant que ne l’était Riccardo Patrese en 1992, à un Michael Schumacher plus aguerri, la campagne mondiale 1993 de Prost, sorte de cadeau empoisonné face à l’attente des observateurs, va se terminer en apothéose : l’épilogue australien se clôt sur la fin d’une époque, avec une poignée de mains émouvante entre les deux plus grands pilotes de la décennie écoulée.
Entre Monaco 1984 et Adelaïde 1993, Senna et Prost auront partagé une myriade de podiums, trusté nombre de premières lignes, porté la F1 au sommet du suspense et de l’adrénaline. L’apogée du duel eut lieu entre 1988 et 1990, mais ce podium d’Adelaïde, du dimanche 7 novembre 1993, prendra une portée encore plus symbolique le 1er mai 1994, quand l’archange Senna se tuera après un terrible choc à 205 km/h dans Tamburello, victime d’une rupture de la colonne de la direction de sa Williams Renault FW16 sur l’autodrome Enzo e Dino Ferrari.

Finalement, le véritable cadeau empoisonné d’un transfert chez Williams n’était pas pour Prost en 1993, malgré le contexte politique et tendu psychologiquement, mais pour Senna en 1994, victime du destin comme Jim Clark en 1968.

  1. avatar
    7 mai 2014 a 16 h 07 min

    En photo, le dernier duel entre Alain Prost et Ayrton Senna, fin 1993 à Paris Bercy pour le Masters de Karting.

    Peu de pilotes ont vécu le cadeau empoisonné de Prost en 1993, soit succéder à un champion du monde dans le top team dominant avec à la clé une voiture hégémonique.

    Ayrton Senna l’a vécu début 1994, dominé par la Benetton Ford d’un jeune espoir allemand nommé Michael Schumacher. Sans le drame d’Imola, l’archange brésilien aurait-il pu remonter 20 points de retard sur Schumi ? On ne le saura jamais mais il est vrai que la Williams Renault FW16 conçue par Newey était rétive et difficile à régler. On peut penser qu’une fois réglée par Senna, il aurait pu dominer Schumacher vu le différentiel de puissance entre le V10 Renault et le V8 Ford Zetec. Autre élément en faveur de Senna, Damon Hill était un coéquipier de talent, là où Benetton, qu’on parle de Lehto ou de Verstappen n’avait pas le même niveau pour son pilote n°2. Et vu le niveau affiché par Hill en tant que leader suite au décès du virtuose de Sao Paulo en 1994 (se retrouvant dans le même cas que son père Graham chez Lotus en 1968 après la mort de Jim Clark, soit leader par intérim du top team en F1), on est en droit de penser que le Londonien aurait pu priver Schumacher de 2e places derrière Senna, assurant des doublés pour Williams Renault.

    On peut aussi citer Kimi Raikkonen en 2007. Succéder au Kaiser chez Ferrari n’était pas une mince affaire pour Iceman. Certes Schumacher n’était que le vice-champion du monde 2006 derrière Alonso, mais la Scuderia Ferrari partait grande favorite en 2007 (avec Raikkonen mieux coté que Massa), vu que Renault était doublement orpheline du champion espagnol et de Michelin, là où McLaren Mercedes sortait d’une saison vierge en 2006 et devait aussi se réadapter aux gommes Bridgestone, tout en ayant attiré le natif d’Oviedo à Woking.

  2. avatar
    9 mai 2014 a 16 h 27 min

    Déjà des rumeurs sur un possible départ d’Alonso de Ferrari en vue de 2015.

    La rumeur envoie l’Espagnol chez Mercedes, où il serait à nouveau coéquipier de Lewis Hamilton, comme en 2007.

    La paire aurait de l’allure surtout si Hamilton regagne le titre de champion du monde, son 2e après celui de 2008 gagné à Woking.

    Alonso ayant toujours dit que le problème chez McLaren était Ron Dennis et non Lewis Hamilton, pourquoi pas ??

    Nico Rosberg pourrait alors quitter Mercedes pour McLaren (remplacer Button) voire Red Bull ou encore Ferrari, cette dernière ayant aussi à l’oeil deux autres pilotes allemands, Sebastian Vettel et aussi le grand espoir Nico Hulkenberg, qui mériterait tant un top team.

    Quant à Vettel, sa côte va peut être palir s’il continue à se faire dominer par Daniel Ricciardo chez Red Bull en cette saison 2014.

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