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Equipe de France : Sheraton 2002, la partie immergée de l’iceberg
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Equipe de France : Sheraton 2002, la partie immergée de l’iceberg

Si la Coupe du Monde 2010 fut un fiasco à la fois sportif et humain, rendu public par l’affaire Anelka et l’épisode de la mutinerie de Knysna, l’échec retentissant du Mondial 2002 en Corée du Sud n’était pas qu’une simple Berezina sportive. Derrière les murs du luxueux hôtel Sheraton de Séoul, les Bleus de l’époque, les Zidane, Lizarazu, Henry et Desailly, avaient déjà la défaite dans la peau.

Mars 2002, la France est en pleine campagne électorale. Jacques Chirac va devancer le favori des sondages, Lionel Jospin. Le Premier Ministre sortant sera pourtant battu au premier tour de l’élection présidentielle, comme d’anciens pensionnaires de Matignon (Jacques Chaban-Delmas en 1974, Jacques Chirac en 1988, Edouard Balladur en 1995).

Autre favori battu au premier tour, l’équipe de France de football, dans une autre compétition, très médiatisée, la Coupe du Monde 2002. Malgré la retraite, en 2000, de Laurent Blanc et Didier Deschamps, l’équipe coachée par Roger Lemerre reste sur une incroyable série de triomphes : Coupe du Monde 1998, Euro 2000, Coupe des Confédérations 2001.

Si bien qu’en mars 2002, 74 % des Français pensent, à tort, que les Bleus vont ramener une deuxième étoile, cette deuxième étoile déjà affichée par l’arrogante campagne de publicité de l’équipementier du coq, Adidas, avec comme slogan La Victoire est en Nous.

Une victoire triomphale en amical contre l’Ecosse, 5-0 au Stade de France, sera un symbole de ce trompe-l’oeil. Mais personne ne veut égratigner les idoles, malgré des victoires peu convaincantes (2-1 contre la Roumanie en février 2002), des matchs nuls frustrants (0-0 contre la Russie en avril 2002) et des défaites inquiétantes (1-2 contre la Belgique en mai 2002). Ce comportement de l’opinion française est le contrecoup du syndrome Jacquet. On avait fait le procès du sélectionneur national avant le Mondial 1998. La compétition, seule juge, a donné raison à Aimé Jacquet. Plus personne n’ose critiquer ces joueurs devenus intouchables par leurs victoires mythiques de Saint-Denis, contre le Brésil (Coupe du Monde 1998), et de Rotterdam, contre l’Italie (Euro 2000).

Mais de Clairefontaine à Incheon (lieu du naufrage contre le Danemark le 11 juin 2002), du Capitole à la Roche Tarpéienne, la frontière est si proche.

La suite de l’Histoire, tout le monde ne la connaît que trop bien. Défaite en match d’ouverture contre le Sénégal le 31 mai (0-1), match nul contre l’Uruguay le 6 juin (0-0) et défaite contre le Danemark le 11 juin (0-2), malgré le retour d’un Zidane encore convalescent, avec pour témoin un strapping sur sa cuisse gauche, celle dont les images ont fait le tour du monde depuis sa stupide blessure contre la Corée du Sud en match de préparation le 26 mai.

De l’hôtel Sheraton de Séoul utilisé par l’équipe de France comme lieu de villégiature pour la Coupe du Monde 2002, l’Histoire n’a retenu que les excès dinatoires de Claude Simonet, alors président de la FFF.

Le 1er juillet 2002, trois semaines après l’échec retentissant des Bleus au Mondial, le Journal du Dimanche publia le fac-similé d’une note d’un des restaurants de l’hôtel Sheraton de Séoul le 31 mai, au soir de la défaite face au Sénégal (1-0), honorée par Claude Simonet. 6 881 euros pour cinq personnes, dont 4 800 euros pour une bouteille de romanée-conti. La bouteille était, il est vrai, millésimée de 1998, un bien grand cru pour le football français.

Beaucoup de causes ont été avancées pour expliquer l’échec de 2002 : la médiocrité tactique de Roger Lemerre, les blessures de Zinédine Zidane, son virtuose en chef, et de Robert Pires, qui faisait avec Arsenal la meilleure saison de sa carrière (à 29 ans), la fatigue physique de nombreux joueurs (Patrick Vieira notamment, plus de 60 matches avec les Gunners en 2001-2002) victimes des infernaux calendriers européens, l’excès de confiance après tant de victoires et de titres (Coupe du Monde 1998, Euro 2000, Coupe des Confédérations 2001), le surmenage et le manque de récupération (déplacements épuisants de l’équipe de France au Chili en septembre 2001 et en Australie en novembre 2001).

Officiellement, le déplacement au Chili, à Santiago, était l’occasion pour la FFF de remercier la Fédération chilienne, de lui rendre une politesse, sept ans après un match amical France – Chili au stade Gerland de Lyon au printemps 1994, pour le deuxième match de l’ère Jacquet (victoire 3-1). Mais il s’agissait avant tout de faire voyager, pour un but lucratif, les ambassadeurs du football français, les Zidane, Barthez, Thuram et autres Lizarazu, au Chili et en Australie. Les joueurs ne s’appartiennent plus vraiment, c’est la rançon de la gloire. Esclaves dorés d’un système politico-financier, les gladiateurs du ballon rond ont aussi été contraints de jouer un match imposé par le gouvernement Jospin, en octobre 2001, quarante ans après le massacre du 17 octobre 1961 dans Paris. Malgré les menaces d’attentat, dans un contexte particulier, trois semaines après les évènements du World Trade Center, le 11 septembre 2001, le match se joue au Stade de France mais n’ira pas au bout, arrêté à la 76e minute (4-1 pour la France).

Voici les causes secrètes du fiasco bleu de 2002, pour une équipe qui ne cessait de tomber de Charybde en Scylla. Défaite en amical contre la Belgique (1-2), victoire étriquée contre la Corée du Sud (3-2), avant un tournoi catastrophique : défaite contre le Sénégal en ouverture (0-1), match nul contre l’Uruguay (0-0), défaite contre le Danemark dans un match couperet (0-2)

Le côté obscur de l’hôtel Sheraton

En 2002, les joueurs de l’équipe de France se sont retrouvés pris dans le piège diabolique de l’hôtel Sheraton de Séoul, établissement de toutes les tentations. Le staff technique avait voulu que leur seul horizon, en dehors des stades et des terrains d’entraînement, prenne l’apparence d’une chambre avec balcon donnant, au choix, sur le parking ou l’autoroute, avec parquet, murs blanc, lit de deux mètres sur deux, télévision avec vingt chaînes coréennes, deux américaines et TV 5. « Trois semaines sans sortir de là, tu deviens fou », raconte l’un des vingt-trois sélectionnés. Une majorité de joueurs a pourtant adopté un comportement exemplaire, se contentant de courtes promenades digestives dans l’hôtel en sortant de table. Enfermer les joueurs dans un bunker, comme le fit Tapie à l’OM en 1991 avant la finale perdue contre l’Etoile Rouge Belgrade, aurait été une erreur colossale. Mais il y a des limites. Ainsi, le sélectionneur italien, Giovanni Trapattoni, aurait rayé le Sheraton de sa liste en constatant qu’il était doté d’un casino et d’un fun-bar, le Sirocco, ouvert jusqu’à 2 heures du matin. C’est au Sirocco qu’ont été bafouées certaines règles de vie, entre concerts pop et revue. Les danseuses, tout comme une réceptionniste bulgare, sont rapidement tombées en adoration devant certains célibataires de la délégation française. A l’intérieur du Sirocco, l’ambiance est feutrée, le décor marocain mêle faïence et bois. Des recoins sombres font office de salons privés. Deux escaliers mènent les clients vers une petite salle de karaoké ou vers un ascenseur qui permet d’accéder aux chambres, sans passer par le hall. Le leader du groupe bulgare qui se produisait au Sirocco en juin 2002, fut ravi d’avoir approché les Bleus, alors champions du monde en titre : ” Ils venaient tous les soirs, les filles ont beaucoup de souvenirs avec eux “. Son guitariste le coupe et lui glisse quelques conseils dans sa langue natale. Le leader reprend : « Oui, enfin, elles ont de bons souvenirs, comme des casquettes dédicacées, ce genre de choses, quoi… » Lapsus révélateur…
Il désigne ensuite une grosse sphère, réplique du ballon officiel de la FIFA, honorée par une série d’autographes, ceux des joueurs de l’équipe de France. Pas un ne manque.

Un groupe miné de l’intérieur, en proie aux rivalités

L’hélicoptère qui conduisit Zinedine Zidane de Kagoshima à Ibusuki, au Japon, le mercredi 22 mai 2002, est attendu avec impatience par ses coéquipiers. La joie, légitimement ressentie par l’ensemble de la délégation française, se double d’une inquiétude. Les joueurs sentent que la préparation est mal gérée, mal dosée, que tout leur échappe. Le meilleur joueur du monde arrive dans une ambiance de colonie de vacances à l’intérieur d’un bunker sécuritaire, puisque les Français sont surveillés 24 heures sur 24 par une milice forte de 800 hommes. Certains de ses coéquipiers s’adressent au Madrilène comme au sauveur. “Toi seul peut nous sortir de là” , lui lance un des Bleus, très proche de lui. Les joueurs n’accueillent plus seulement le maître à jouer du Real Madrid, vainqueur de la Ligue des Champions, mais le fédérateur, le ciment d’un groupe fissuré. Depuis plusieurs mois déjà, fin 2001, des failles étaient apparues au sein du groupe France, via l’existence de clans. Roger Lemerre a-t-il perçu toute la dimension du malaise ? Sait-il que le fossé est béant entre les champions du monde et/ou d’Europe et les autres joueurs, que des jalousies se dessinent ? Que Clairefontaine n’est plus un sanctuaire où règnent joie et harmonie ? Que les failles ne vont faire que croître, alors que Didier Deschamps et Laurent Blanc, les leaders, ne sont plus là pour garantir la pérennité et la solidité du bloc, à la fois dans le vestiaire et sur le terrain ? Que Marcel Desailly ne sera pas capable de les remplacer malgré son statut de capitaine ? En Asie, lors de ce Mondial 2002, la communication au sein de l’équipe est déficiente. Sur le terrain, la solidarité ne s’exprime pas à 100 % , loin de là. Hors de la pelouse, néophytes et cadres confirmés, célibataires et hommes mariés vivent la Coupe du monde chacun de leur côté. De petits groupes se forment : Wiltord avec Cissé, Petit avec Barthez… Sous l’impulsion de leurs compagnes, Betty et Elsa, Frank Leboeuf et Bixente Lizarazu se rapprochent, partageant de temps à autre une table de baccara avec la famille Boghossian. David Trezeguet et Thierry Henry, eux, font bande à part. De plus, les joueurs sont trop sollicités au Sheraton, au milieu des agents, des banquiers (la banque suisse UBS), des journalistes, de leurs épouses ou encore des sponsors (Adidas, Carrefour). Embourgeoisés, voire corrompus par l’argent pour certains, les joueurs de l’équipe de France ne sont pas à 100 % focalisés sur l’élément sportif, primordial dans une Coupe du Monde. Sept d’entre eux continuent de s’occuper de leur transfert en plein Mondial ! Les négociations sur les primes de victoire seront, elles, très serrées et vont durer trois mois. Au Championnat d’Europe des nations en 2000, les Bleus avaient obtenu 245 000 euros de prime individuelle de victoire. Claude Simonet leur propose une hausse de 10 % et une somme de 268 000 euros en cas de titre mondial. Insuffisant… Les Bleus réclament 300 000 euros par personne et sont prêts à ne rien toucher s’ils sont éliminés au premier tour. Il y aura trois tours de négociations. Chaque fois, à la veille de matchs amicaux de préparation. Roger Lemerre se montre irrité par ces calculs d’apothicaire, même s’il est directement concerné par les primes. Un accord sera finalement trouvé juste avant le départ des Bleus pour l’Asie : 305 000 euros par participant en cas de victoire. Ils ont perdu, ils n’auront rien. Sous le capitanat de Marcel Desailly, incapable de tenir le vestiaire comme Deschamps ou Blanc avant lui, les choses ont changé. Cupide, l’ancien joueur du Milan AC a multiplié les contrats de sponsoring personnel, n’oubliant pas la promotion de son autobiographie et la négociation de primes de matchs avec le président de la Fédération. Les yeux de Crésus et les griffes d’Harpagon.

Un sélectionneur isolé, coupé de tous

Vendredi 7 juin 2002, au lendemain de France – Uruguay (0-0), au Pusan Asian Main Stadium. Un journaliste du Parisien, resté tardivement pour travailler au centre des médias, s’égare dans les couloirs d’un stade en forme de dédale dans lequel Lemerre et Desailly se sont perdus deux jours plus tôt en quittant le point presse. Le reporter croise Ulrich Ramé et, avant d’atteindre le bus des Bleus, fait demi-tour pour ne pas prêter le flanc aux remarques du staff car l’équipe de France sort d’un entraînement à huis clos. Il emprunte le premier couloir et attend dans une salle déserte que le stade se vide. Après un quart d’heure, Bruno Martini et un membre du RAID surviennent. Roger Lemerre est avisé. Le sélectionneur prend la parole devant son groupe et évoque un cas d’espionnage, ce qui est totalement erroné. Le lendemain, Philippe Tournon, chef de presse des Bleus, entonne un couplet surréaliste devant l’ensemble des médias pour indiquer au final que la ligne jaune a été franchie et que le journaliste est considéré comme persona non grata dans le périmètre des Bleus. Lemerre ne recule pas. Ce qui est fait est fait , indique-t-il au sortir d’une des nombreuses réunions qu’il consacre à ce malheureux incident. Dans les jours suivants, le sélectionneur tente de coaliser ses joueurs, à leur grande surprise, contre un ennemi de l’intérieur – en l’occurrence la presse – enchaînant les diatribes sur ce thème aux antipodes de l’objectif à l’atteindre, la victoire contre le Danemark pour un match déjà décisif. Malgré l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de l’équipe de France, Roger Lemerre reste dans son aveuglement et se trompe de cible. Personne ne peut le calmer, même pas le président Claude Simonet, dépassé. En fait, depuis l’Euro 2000, Lemerre est fâché avec les médias. Mais sa paranoïa atteint un pic lors du Mondial. Il n’écoute plus personne. Il est coupé de ses adjoints, Guy Stéphan et René Girard, qui regrettent que le sélectionneur ne mette jamais publiquement en valeur leur travail pourtant exemplaire. Lemerre est aussi coupé de ses joueurs. Ceux-ci s’amusent et s’inquiètent à la fois de voir leur entraîneur fustiger les journalistes au lieu d’évoquer la rencontre à venir contre le Danemark. Tous déplorent l’absence d’écoute et de concertation. Aimé Jacquet avait des défauts mais lui, au moins, était toujours ouvert à la discussion, condamne un cadre du groupe France. A de nombreuses reprises, les joueurs demandent un changement tactique : abandon du 4-2-3-1 après la blessure de Pires, réaménagement lorsque le premier match prouve qu’il faut absolument un troisième milieu récupérateur. Seuls ou en délégation, certains tentent d’infléchir les idées du sélectionneur. Avant le match contre l’Uruguay, les joueurs sont persuadés qu’ils ont été entendus et que le dispositif va être modifié. Johan Micoud n’envisage pas d’être aligné. Il ne se prépare pas comme un titulaire. Au moment où il apprend sa titularisation, il n’est donc pas psychologiquement dans le match… Mais Lemerre est prêt à mourir avec ses idées, contre toute logique : il conserve le même système tactique avec Micoud à la place de Djorkaeff. Le sélectionneur, qui ne répondait plus à aucune demande d’entretien particulier, s’exprime de moins en moins souvent en conférence de presse, à l’exception de TF1, chaîne sur laquelle il intervient quotidiennement. En parallèle, les joueurs communiquent par le biais d’Internet ou de leurs téléphones portables avec les journalistes. Certains sont même accusés d’être des taupes et de dévoiler les choix tactiques de Lemerre.

Des dirigeants laxistes

Il est peu probable que Laurent Blanc, consultant, et Aimé Jacquet, directeur technique national, logés dans la partie grand public du Sheraton, aient apprécié ce lieu incroyable où les responsables de la Fédération banquetaient jusqu’à la fermeture du Starlight, le piano bar panoramique du seizième étage, avec vue sur le fleuve Han et une inépuisable cave à digestifs. Témoin de ce triste spectacle quotidien, un prestigieux observateur s’est exclamé : “c’est une honte pour la France”. Aimé Jacquet, lui, l’ancien sélectionneur des champions du monde, a assisté, impuissant, à la dilapidation de son héritage et à la déliquescence de la délégation française. S’ils sont embarrassés à l’heure de demander sa démission à Roger Lemerre, c’est aussi parce que les patrons du football français savent qu’ils doivent assumer une part conséquente de ce ratage monumental. En permanence au contact du groupe sportif, ils n’ont jamais usé de leur autorité pour empêcher les dérives des joueurs et de l’encadrement. Pis, afin de faire d’indispensables économies pour pouvoir payer les primes en cas de victoire, ils ont accepté un inutile stage tous frais payés au sud du Japon, alors que les Bleus devaient disputer leur premier tour en Corée, à l’encontre de toute logique de compétition. Dans le même esprit, ils ont accepté de disputer le match amical contre la Corée du Sud, cinq jours avant France – Sénégal, pour mettre 275 000 € dans les caisses de la FFF. De nombreuses sources fiables et concordantes assurent que la participation de Zidane à ce match était entendue, même si cela ne figure pas dans le contrat du match. Certains joueurs cadres n’ont cessé d’attirer l’attention des dirigeants : l’organisation de cette Coupe du monde est un fiasco. Mais personne ne les a entendus…

Le vrai rôle des femmes

Parties intégrantes de l’aventure des Bleus depuis 1998, les épouses et compagnes des joueurs ont été invitées pour le premier tour par la FFF. Elles sont quinze à avoir effectué le déplacement en Corée du Sud. Dès leur arrivée, cinq d’entre elles ont fait éclater le cadre strict dans lequel elles étaient autorisées à côtoyer les joueurs. Tolérées dans l’intimité après les matchs puis les deux jours suivants, ces dames ont fait irruption dans le hall du Sheraton le 29 mai au soir, soit deux jours avant France – Sénégal, le match d’ouverture du Mondial, au mépris de l’équilibre du groupe. L’une d’entre elles, Betty Leboeuf, aurait eu besoin de s’entretenir d’urgence avec son mari, les quatre autres (dont Frédérique Dugarry) ont suivi leur amie. Les joueurs dont les épouses ont respecté les consignes ont manifesté leur surprise. Lemerre a-t-il, comme certains l’affirment, tapé du poing sur la table le lendemain en stigmatisant cette dérive ? En tout cas, cela s’est reproduit avant les deux autres matchs, à l’hôtel Marriott de Pusan le matin de France – Uruguay, puis de nouveau au Sheraton de Séoul. Soucieuses d’exister dans un emploi du temps qui ne leur accordait que peu de place, certaines d’entre elles ont arpenté le bord du terrain d’entraînement en mimant les exercices d’étirements. Las de voir les Bleus ne pas marquer de but, les femmes ont rapidement anticipé une élimination dès la fin du premier tour de la Coupe du monde. Ainsi, le 10 juin, à la veille du match Danemark – France, au restaurant The View de l’hôtel Sheraton, un petit groupe a finalisé un départ en vacances en Corse ou à Saint-Tropez, et ce dès le 12 juin, ce qui prouve qu’elles spéculaient sur une élimination de leurs chers et tendres. Hasard ou coïncidence : un mois plus tôt, lors du premier entraînement à Clairefontaine, leurs époux évoquaient déjà ces destinations ensoleillées, très prisées par la jet-set…

  1. avatar
    28 mai 2014 a 3 h 27 min

    Édifiant!

    Un très (trop) lourd héritage repris ensuite par Santini, puis Domenech qui a voulu dans un premier temps “couper” avec la majorité de l’effectif, histoire peut-être de refaire une “virginité” à un groupe bien trop corrompu.

    Malheureusement, le talent est irremplaçable, et puis la corruption venant de bien au-dessus, le retour des anciens a éphémèrement redonné des des couleurs à cette sélection, version 2006.

    Ensuite, il a fallu définitivement tourner la page, et intégrer une nouvelle génération bien moins talentueuse, mais aux têtes toutes gonflées et encore bien plus fragiles aux sollicitations apportées par la gloire encore récente de l’EDF, même si ils n’y étaient pas pour grand chose…

    Ainsi va la vie d’une sélection… Surtout quand personne n’en tient solidement et intelligemment les rênes…

    • avatar
      28 mai 2014 a 18 h 11 min

      Le problème est que Lemerre a bien géré jusqu’en 2000 voire 2001 dans la continuité de Jacquet.

      Mais je suis persuadé qu’à partir du moment où un vestiaire accumule les titres de gloire comme les Bleus de l’époque (Coupe du Monde + Euro + Coupe des Confédérations), il faut que le coach ait un CV pour appuyer son autorité.

      A ce titre, les choix de Blanc et Deschamps suite au traumatisme Domenech vont dans le bon sens.

      Des gens comme Ancelotti, Mourinho, Lippi, Trapattoni, Hiddink, Capello, Hitzfeld ou Ferguson n’avaient pas de grand CV comme joueur, mais ils se sont très vite affirmés comme entraîneurs. Des gens comme Rijkaard, Guardiola, Beckenbauer ou Cruyff ont réussi leurs 2 carrières.

      Domenech ou Santini, rien à se mettre sous la dent.

      Bosman n’a pas aidé non plus, avec trop de joueurs parti trop jeunes en Europe, surpayés par rapport à la valeur sportive, trop tôt idolâtrés. Orphelins de repère, un peu dans leur tour d’ivoire, gavés de privilèges par leurs clubs ou leurs sponsors, coupés du public … Bref, le mindset complètement aux antipodes de celui qui permet de se remettre en question et de limiter l’usure du pouvoir …

  2. avatar
    28 mai 2014 a 3 h 31 min

    J’ai omis de mentionner mes remerciements pour cet excellent (et plus encore!) article, extrêmement bien construit, documenté, précis, etc…

    Mais écrit par Axel Borg, c’est tellement une habitude!

    • avatar
      28 mai 2014 a 18 h 11 min

      Merci Lavie, à bientôt pour d’autres échanges !

  3. avatar
    28 mai 2014 a 11 h 01 min
    Par DENTSDESABRE

    Super article qui une fois de plus montre bien que tout talent, toute organisation tactique n’est rien sans une approche psychologique individuelle et de groupe adaptée.

    Après le bon dosage est un travail d’orfèvre souvent couplé à une part de chance.

    • avatar
      28 mai 2014 a 18 h 05 min

      Oui, tant d’erreurs durant la saison 2001-2002

      - matches lointains en Australie et au Chili, impact physique décalage horaire
      - dernier match de préparation contre la Corée du Sud le 26 mai, soit à 5 jours du match d’ouverture contre le Sénégal, sous une chaleur humide. Avec la blessure de Zidane pour couronner le tout.

      Et malheureusement, la victoire à la Coupe des Confédérations 2001 fut une victoire à la Pyrrhus pour l’EDF, tant les pertes seraient fortes pour les Bleus par la suite, se croyant trop forts, excès de confiance.

      Après Lemerre n’est pas responsable du nombre de matches colossal joué par Vieira ou Henry avec Arsenal cette saison là, ou de la blessure de Pires alors en pleine bourre.

      Mais il avait perdu l’autorité sur son groupe. Et comme le rappelle Sir Alex Ferguson dans son excellente autobiographique, c’est la fin d’une équipe dès que les joueurs prennent trop de libertés envers le coach.

      Et c’est pour ça que Fergie n’a pas fait de sentiments avec Beckham ou encore Van Nistelrooy.

      • avatar
        28 mai 2014 a 23 h 27 min
        Par DENTSDESABRE

        Je te rejoins sur tout. Notamment sur la nécessité pour un entraineur de maintenir son autorité sur son groupe. C’est fondamental pour le bien du collectif. A ce titre, l’exemple que tu cites de Ferguson est parfait : voila un coach suffisamment “couillu” pour aller au clash par 2 fois (voir plus si l’on regarde le départ de Ronaldo ou les nombreux pics lancés durant sa carrière à ses joueurs) avec le meilleur joueur de son équipe dans l’intérêt du groupe entier. Force est de reconnaitre que Manchester s’est finalement à chaque fois bien remis de ces départs.

        • avatar
          28 mai 2014 a 23 h 33 min
          Par DENTSDESABRE

          Après un sélectionneur à certainement moins de marge de manœuvre vis-à-vis de ses meilleurs joueurs. La gestion avec un club est vraiment différent. Difficile par exemple pour Lemerre à l’époque d’aller au clash avec un Zidane ou Desailly voir un Henry. La main mise est moins forte.

          Rare sont les sélectionneurs qui ont tenté et gagné le pari d’assoir leur autorité sur ce type d’action : se séparer d’un de ses meilleurs joueurs individuellement parlant pour une raison purement comportementale. Deschamps le tente en ce moment avec Nasri.

          • avatar
            29 mai 2014 a 13 h 52 min

            En effet la gestion d’une sélection nationale et d’un club sont complètement différents.

            L’entraîneur de club vit au quotidien avec ses joueurs, et peut asseoir son autorité par ce contact permanent.

            Pour le sélectionneur, soit il en a directement, soit il prend le risque d’être débordé par les joueurs cadres.

            Comme Lemerre par Desailly en 2002, ou comme Houllier par Papin et Cantona en 1993, quoi qu’en dise JPP vingt ans après …

            Pour Fergie, il a laissé partir CR7 pour des raisons d’argent. A 94 millions d’euros, après 6 saisons à MU, dont 3 championnats d’Angleterre et 1 LDC, l’investissement était largement amorti et rentabilisé après avoir acheté le jeune espoir portugais, qui un soir d’août 2003 à l’Estadio José Alvalade, avait éclaboussé un match amical contre les Red Devils de sa classe, du haut de ses 18 ans (3-1 pour le Sporting CP, avec 2 buts de CR7 et 1 passe décisive).
            Pas de problème relationnel, d’ailleurs CR7 et Fergie sont toujours en bons termes près de 5 ans après le départ du natif de Madère vers le Real Madrid.

            Roy Keane a été sorti car il se rebellait contre le club, avec la fameuse interview au vitriol sur MU TV.

            Et Cantona parce que la relation se dégradait petit à petit avec Fergie.

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