• Grille TV beIN SPORTS
SABR : Premier bilan et perspectives de la nouvelle arme de Federer
Photo Panoramic

SABR : Premier bilan et perspectives de la nouvelle arme de Federer

Difficile, pour tout amateur de tennis, de ne pas avoir entendu parler du fameux « SABR », le tube de l’été. Le SABR (« Sneak Attack By Roger », baptisée ainsi par le Maetro himself), c’est cette nouvelle attaque développée par Federer, introduite durant le tournoi de Cincinnati puis réutilisée tout au long de l’US Open. Ultra-offensive, cette nouvelle stratégie a fait jaser, dans le monde du tennis : entraîneurs, joueurs, consultants… Chacun y est allé de son avis sur le SABR. Dans un tennis où les styles de jeu tendent à s’uniformiser, l’apparition de ce nouveau coup a surpris, et parfois agacé. Après deux tournois et douze matchs joués par Federer le mois d’août, il apparaît intéressant de dresser un premier bilan du SABR. Alors que la saison d’indoor s’annonce, retour sur un été 2015 où le génie suisse de 34 ans a une nouvelle fois bluffé son monde.

Un coup de pur talent

19 août 2015. Federer s’apprête à effectuer son match « de rentrée », après plusieurs semaines de break. Il n’a pas joué depuis sa finale perdue contre Djokovic à Wimbledon, et s’apprête à disposer assez facilement de Roberto Bautista-Agut, un joueur qui ne lui a jamais posé le moindre problème. A priori, ce match ne délivrera pas énormément d’enseignements : tout juste permettra-t-il de voir comment se sent le maestro, après cette coupure estivale. Mais voilà qu’après quelques minutes de match, sur seconde balle, le Suisse se met à surprendre son monde : alors que son adversaire effectue son lancer de balle, Federer bondit jusqu’au carré de service pour cueillir la balle de son adversaire une fraction de seconde après le rebond, avant que celle-ci ne s’élève dans les airs. Ce faisant, il se projette au filet et propose ainsi à un adversaire décontenancé de jouer un passing alors qu’il vient à peine de servir.

Au moment où Federer tape la balle au retour, il se situe plusieurs mètres dans le terrain, à l’endroit où on se trouverait pour renvoyer le faible service d’un joueur évoluant en quatrième série. Oui mais voilà : Bautista Agut est un joueur solidement ancré dans le Top 30, dont la seconde balle tourne autour des 150 km/h. Oui, le Suisse réalisait déjà (avec plus ou moins de succès) des retours-volées en s’appuyant notamment sur son revers coupé. Mais avec le SABR, la prouesse de Federer réside dans le fait d’arriver à prendre cette balle extrêmement tôt, en demi-volée, et de la contrôler suffisamment pour arriver à la mettre du côté adverse. Avec ce retour, son but premier n’est pas de placer un coup gagnant à l’adversaire : l’idée est d’enlever du temps à ce dernier et de le désorganiser, en montant au filet alors qu’il ne s’y attend pas.

L’histoire révèlera plus tard que ce coup a été « inventé » lors d’un entrainement estival contre Benoît Paire, alors que Federer cherchait surtout à abréger les échanges pour en finir avec la séance d’entraînement. Le Français développe d’ailleurs une analyse intéressante, lorsqu’il parle du « SABR » : Non, Federer n’a pas révolutionné le tennis en inventant un nouveau coup, puisque… Il est un des seuls joueurs au monde à pouvoir le réaliser. En effet, le SABR, sorte de demi-volée de l’extrême, exige un coup  et une main extraordinaires, dont très peu de joueurs disposent.

 

Une stratégie dans la continuité de l’Ere Edberg

Certes, c’est avant tout Séverin Lüthi, capitaine de l’équipe suisse de Coupe Davis, qui a poussé Federer à utiliser le SABR en match. Mais ce coup porte également la marque d’Edberg : depuis bientôt deux ans, l’entraîneur suédois pousse Federer à être bien plus agressif. Sous son impulsion, le Suisse a considérablement amélioré ses retours : finis, les retours coupés systématiques, solution de facilité dans laquelle le Maître pouvait parfois se complaire, ces dernières années. Depuis 2014, le Suisse développe de véritables intentions de jeu au retour : décalages coup droit plus fréquents, retours liftés profonds… Le Suisse a considérablement diversifié sa panoplie de retours, et cela dans un but : se montrer agressif dès le premier coup de raquette, et abréger l’échange. Le SABR apparaît donc comme la version ultime de cette stratégie, une nouvelle arme dans la palette déjà riche de Federer.

Bien sûr, un tel retour n’a pas pour vocation à être utilisé à répétition. L’intérêt de ce coup réside dans le fait qu’il brouille les pistes, et fait cogiter l’adversaire lorsqu’il s’apprête à servir en seconde balle. Il ne doit représenter qu’une alternative au retour parmi d’autres, un moyen de mettre la pression sur l’opposant. C’est dans ce contexte que Federer l’a notamment utilisé contre Djokovic, à Cincinnati, à 3-1 pour lui dans le tie-break. Décontenancé, le Serbe en avait expédié son revers dans le filet : 4-1 Federer sur un point joué en trois secondes à peine, et le set était quasiment dans la poche. Reste à se pencher sur l’effet à plus long terme du SABR, une fois l’effet de surprise dépassé.

 

Un bilan intéressant, au-delà du point de vue comptable

Lors de l’US Open, chaque adversaire de Federer (excepté l’immense John Isner, immunisé contre cette arme de par sa taille et son monstrueux service) s’attendait à subir, à un moment ou un autre, cette fameuse « attaque sournoise de Roger ». Au moment d’aborder le bilan comptable de cette stratégie, celui-ci est relativement satisfaisant : à l’US OPEN, Federer a gagné plus de la moitié des points (52%, soit 13 sur 25 selon la très bonne analyse du site Prise Marteau) lorsqu’il attaquait de cette façon au retour. Ce pourcentage est d’ailleurs le même que son pourcentage de points gagnés au retour tout au long de sa carrière. Mais il faut souligner que Federer a gagné 67% des points avec le SABR lorsque son retour passait le filet. Un pourcentage très intéressant, qui confirme qu’une fois que le premier coup est réussi, le Suisse a fait le plus dur. De plus, il convient de s’attarder également sur deux caractéristiques essentielles du SABR.

D’une part, il permet à Federer de s’économiser : gagner un point au retour après 10 coups de raquette est une chose ; gagner un point au retour en ayant simplement joué le retour en est une autre. A 34 ans, le Suisse a compris qu’il était important de s’économiser. D’autre part le SABR distille le doute dans la tête de l’adversaire. Est-ce un hasard si Djokovic, numéro 1 mondial, s’est rendu coupable de trois double-fautes dans le premier jeu du deuxième set de la finale de Cincinnati ? Probablement pas. Décontenancé par ce coup, le Serbe en a perdu l’espace de quelques instants sa seconde balle. En finale de l’US Open, le même phénomène s’est produit : à 3-3 dans le troisième set et 0-15 sur son service, Djoko commet une double faute alors que Federer s’avance pour « sabrer » et partir à l’abordage au filet : tout sauf une coïncidence. Plusieurs fois, le Suisse a répété ce schéma de jeu, et souvent avec succès, notamment au cours du troisième set. Si beaucoup ont regretté l’incroyable nombre de balles de break vendangées par Federer au cours de cette finale (4 converties sur 23), il est tout de même important de noter que c’est notamment le SABR (jamais utilisé sur balle de break, d’ailleurs) qui lui a permis de se procurer tant d’occasions, notamment à partir du second set.

 

Un coup controversé

Comme toute innovation, le SABR a fait jaser. Coup de génie qui « mange la tête » de l’adversaire selon Benoît Paire, stratégie pas aussi efficace qu’on veut bien le dire d’après le Belge Steve Darcis… Les avis divergent. Et certains vont jusqu’à critiquer ce coup de Federer, allant jusqu’à l’assimiler à un manque de respect. C’est l’avis de Boris Becker, coach de Novak Djokovic, qui n’a pas hésité à expliquer que si lui avait dû affronter le SABR, il aurait directement servi sur le corps de son adversaire pour lui montrer son agacement. Il est vrai que le coup de Federer peut être interprété par certains comme une sorte de provocation : « Ton deuxième service est tellement lent que je me permets de le retourner en demi-volée ! ». Pour Becker, le SABR serait donc à ranger dans la même catégorie que le service à la cuillère, un coup généralement peu apprécié du relanceur. Mais, plus qu’un signe d’humiliation, ne faut-il pas plutôt voir dans le SABR un symbole du talent pur de Federer ? Alors que tout le monde est capable de viser le carré de service à la cuillère, peu de joueurs disposent du talent nécessaire pour rattraper au rebond une balle à 150 km/h. Reste cependant à savoir si Becker condamne réellement une telle stratégie, ou bien s’il a simplement essayé de déstabiliser Federer alors que son protégé, Djokovic, éprouve un certain nombre de difficultés contre le SABR : la question de ses réelles intentions mérite d’être posée.

 

Quel avenir pour le SABR ?

Bien malin celui qui saura prédire l’avenir de cette nouvelle stratégie de Federer. En 2009, déjà à l’US Open, l’esthète suisse avait grandement à contribué à repopulariser le « tweener », ce fameux coup entre les jambes qui provoque l’admiration du public. Mais le tweener relève avant tout du coup d’exhibition, spectaculaire. Le SABR, en revanche, représente une réelle stratégie au retour.

La question qui se pose principalement est de savoir si l’intérêt du SABR ne va pas décroitre au fil du temps, puisque son principal atout réside dans l’effet de surprise dont bénéficie le relanceur. La finale de l’US Open a tout de même permis de répondre partiellement à cette question, puisque Djokovic est, à l’heure actuelle, le seul joueur à avoir dû affronter le SABR au cours de deux matchs différents. Il a donc eu le temps, avant son deuxième match, pour se préparer à la riposte. Résultat des courses ? Le Serbe a éprouvé (encore une fois) du mal à répondre aux attaques sabrées de Federer, puisqu’il n’a gagné le point que deux fois sur six dans ce type de séquence. Il n’a d’ailleurs réalisé qu’un seul point gagnant sur un SABR de Federer, sur une merveille de lob millimétré qu’il aura du mal à répéter régulièrement. La jurisprudence Djokovic semble donc démontrer qu’il sera difficile pour les adversaires de Federer de s’habituer à un tel coup, s’il en use à bon escient, avec parcimonie.

 

Bien sûr, à l’avenir, Federer devra adapter la fréquence de son SABR en fonction de la surface et de ses adversaires. On l’imagine aisément utiliser cette stratégie sur dur (intérieur comme extérieur) ou encore sur un gazon au rebond très bas. Il devrait par contre beaucoup moins s’y risquer sur terre battue. Quant à ses adversaires, on a déjà pu voir que Federer ne pouvait pas se risquer à sabrer contre les serveurs très puissants. Reste un point à évoquer : le cas Rafael Nadal. Si les deux joueurs devaient à nouveau se rencontrer, le SABR permettrait-il au Suisse de contrer l’effet « slice de gaucher » imprimé par son plus grand adversaire au service ? Cet effet sortant sur le revers de Federer a été la cause de bien des désillusions pour le Suisse. En prenant la balle très tôt, sans laisser à la balle le temps de gicler sur sa gauche, peut-être pourrait-il enfin annihiler ce fameux service. Quand on sait que Federer aurait pu rencontrer Nadal en quart de finale à Cicinnati, pour la première fois depuis l’Open d’Australie 2014, on se dit que la perspective d’appliquer cette nouvelle stratégie contre lui se trouvait certainement dans un coin de sa tête, au début du tournoi.

ChapeauDifficile, pour tout amateur de tennis, de ne pas avoir entendu parler du fameux « SABR », le tube de l’été. Le SABR (« Sneak Attack By Roger », baptisée ainsi par le Maetro himself), c’est cette nouvelle attaque développée par Federer, introduite durant le tournoi de Cincinnati puis réutilisée tout au long de l’US Open. Ultra-offensive, cette nouvelle stratégie a fait jaser, dans le monde du tennis : entraîneurs, joueurs, consultants… Chacun y est allé de son avis sur le SABR. Dans un tennis où les styles de jeu tendent à s’uniformiser, l’apparition de ce nouveau coup a surpris, et parfois agacé. Après deux tournois et douze matchs joués par Federer le mois d’août, il apparaît intéressant de dresser un premier bilan du SABR. Alors que la saison d’indoor s’annonce, retour sur un été 2015 où le génie suisse de 34 ans a une nouvelle fois bluffé son monde.  Extrait19 août 2015. Federer s’apprête à effectuer son match « de rentrée », après plusieurs semaines de break. Il n’a pas joué depuis sa finale perdue contre Djokovic à Wimbledon, et s’apprête à disposer assez facilement de Roberto Bautista-Agut, un joueur qui ne lui a jamais posé le moindre problème. A priori, ce match ne délivrera pas énormément d’enseignements : tout juste permettra-t-il de voir comment se sent le maestro, après cette coupure estivale. Mais voilà qu’après quelques minutes de match, sur seconde balle, le Suisse se met à surprendre son monde : alors que son adversaire effectuer son lancer de balle, Federer bondit jusqu’au carré de service pour cueillir la balle de son adversaire une fraction de seconde après le rebond, avant que celle-ci ne s’élève dans les airs. Ce faisant, il se projette au filet et propose ainsi à un adversaire décontenancé de jouer un passing alors qu’il vient à peine de servir. Au moment où Federer tape la balle au retour, il se situe plusieurs mètres dans le terrain, à l’endroit où on se trouverait pour renvoyer le faible service d’un joueur évoluant en quatrième série. Oui mais voilà : Bautista Agut est un joueur solidement ancré dans le Top 30, dont la seconde balle tourne autour des 150 km/h. Oui, le Suisse réalisait déjà (avec plus ou moins de succès) des retours-volées en s’appuyant notamment sur son revers coupé. Mais avec le SABR, la prouesse de Federer réside dans le fait d’arriver à prendre cette balle extrêmement tôt, en demi-volée, et de la contrôler suffisamment pour arriver à la mettre du côté adverse. Avec ce retour, son but premier n’est pas de placer un coup gagnant à l’adversaire : l’idée est d’enlever du temps à ce dernier et de le désorganiser, en montant au filet alors qu’il ne s’y attend pas.

  1. avatar
    13 octobre 2015 a 17 h 48 min

    Très bon article mais le SABR ne change pas tout pour Federer, c’est d’abord son travail physique qui paie.
    A 34 ans, le Suisse est au top sur le plan physique car il travaille pour limiter les effets de l’âge.

    Sa panoplie technique est suffisamment remplie pour ne pas considérer le SABR comme l’arme absolue même si cela l’aide à abréger l’échange, via un jeu plus offensif qu’avant.

    En d’autres termes, le SABR n’est qu’une composante du puzzle de Federer pour limiter les effets de l’âge. Il joue de façon plus offensive pour raccourcir les échanges et donc les matches, tout en faisant en sorte de se refaire un physique en béton.

  2. avatar
    15 octobre 2015 a 15 h 07 min
    Par Cullen

    C’est marrant, en voyant Federer agir de la sorte à l’US Open ( jamais entendu parler du terme SABR en revanche, je dois être le seul amateur de Tennis dans ce cas du coup :-) ), je me suis demandé pourquoi le Suisse n’avait jamais tenté une telle approche avec Nadal jusque-là. Alors bien sur c’est un geste tellement complexe à réaliser ( même pour lui ) qu’il aurait pu nécessiter des années d’entrainement mais on apprend dans cet ( excellent ) article que ça a été improvisé au terme d’une séance que le Suisse voulait simplement abréger. Du coup, même si ça semble plus efficace sur surface rapide que sur terre où le joueur a davantage le temps de s’organiser, on ne saura jamais si cette approche ultra agressive aurait pu lui permettre de rivaliser vraiment avec Nadal lorsque celui-ci était au sommet.

    Merci pour la lecture en tout cas.

  3. avatar
    16 octobre 2015 a 1 h 09 min
    Par Nicolas

    Federer a raison d’innover car le tennis souffre un peu des éternels même coup et il a besoin de nouveauté.

  4. avatar
    16 octobre 2015 a 22 h 06 min
    Par Guga57

    Comme tu le fais justement remarquer dans ton article, le retour-sabré de Federer perturbe beaucoup l’adversaire. Quel dommage qu’il n’ait pas osé le tenter au moins 2 ou 3 fois sur ses 23 balles de break obtenues durant la finale du dernier US Open face au métronome serbe !

  5. avatar
    28 octobre 2015 a 11 h 28 min
    Par Guga57

    Fed a encore fait des retours sabres hier a Bale… voici un exemple:
    http://www.record.xl.pt/multimedia/videos/detalhe/o-sabr-de-federer-esta-de-volta-983392.html

  6. avatar
    30 octobre 2015 a 3 h 03 min
    Par Nicolas

    Franchement c’est carrément du génie car cela perturbe l’adversaire qui ne s’y attend pas et cela abrège l’échange.

    C’est bien quand c’est un match chiant.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter