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Alexis, Viking made in France
Photo Panoramic

Alexis, Viking made in France

Ses quatre succès de rang en slalom Géant (Yuzawa, Hinterstoder deux fois, puis Kranjska Gora) en à peine trois semaines ont fait le tour de la planète sport. Car avant lui, ils ne sont que quatre skieurs à l'avoir fait. Quatre, dont un certain Jean-Claude Killy, LA légende du ski français avec qui les comparaisons ne sont pas prêtes de s'arrêter. Retour sur le phénomène Pinturault, qui n'en est pourtant qu'à sa chrysalide...

Son ambition sans limite et sa grande confiance en lui, Alexis Pinturault la doit en grande partie à son père, Claude. Quand on demande au garçon s’il a un doute quant à ses chances de remporter un jour le gros globe de cristal – de vainqueur de du classement général de la Coupe du Monde de ski – la réponse fuse : “non, pas pour l’instant”. L’incarnation de la confiance en soi. “Ce n’est pas du tout de l’arrogance, c’est uniquement mon ambition. Je pense vraiment que j’en ai les capacités et que je m’en donne les moyens”. Ses derniers résultats plaident en sa faveur. Avec désormais 15 victoires en coupe du monde à seulement, 25 ans, Alexis a déjà rejoint au panthéon de son sport la légende Killy, qui ne tarie pas d’éloges quant au talent de son jeune successeur : “il skie de manière éblouissante. Je suis un peu estomaqué de voir sa solidité, sa légèreté sur la neige, et le fait qu’il contrôle parfaitement tous ses programmes. Les trois ou quatre années qu’on vient de vivre, c’était simplement de la mise en place. Il va, à mon avis, continuer à rester au sommet”. Malgré tout, la piste est encore longue avant de suppléer son glorieux aîné dans la hiérarchie sportive, et surtout dans l’imaginaire collectif du pays. Ses trois titres olympiques (slalom, slalom géant, descente) aux J.O 1968 de Grenoble assurent encore à Jean-Claude Killy une notoriété et une aura éternelles, auxquelles « Pintu » n’accédera que s’il décroche à son tour une médaille d’or lors de l’événement suprême, dont la prochaine édition aura lieu dans deux ans à Pyeongchang, en Corée du Sud. Et ça, Alexis le sait mieux que quiconque, couvé par un papa qui n’est pas du genre à s’extasier devant l’ armoire à trophées – pourtant déjà bien garnie – installée dans le hall d’accueil du luxueux Hôtel***** Annapurna de la station de Courchevel, propriété familiale. Il suffit de lire quelques-une des déclarations de Claude Pinturault pour cerner le personnage : ”si on fait quelque chose, c’est pour tout donner et le faire à fond”, “deuxième, c’est le premier des derniers”, “quand vous allez à Wengen ou à Kitzbühel, il n’y a que le nom du vainqueur qui est inscrit sur les remontées mécaniques”. Celui qui a inculquer à son fils l’idée d’un engagement total a trouvé du répondant chez son skieur de fils qui dit prendre chaque départ pour jouer “la gagne”.

Cet apprentissage de l’exigence a débuté alors qu’Alexis Pinturault, deux ans à peine, venait de chausser ses premiers skis dans le hall de l’hôtel pour aller dévaler la piste du Pralong toute proche, à 1900m d’altitude. Très vite, Alexis est poussé dans ses retranchements d’enfants avec comme unique objectif d’être le meilleur, toujours. “C’est mon éducation. Je me dis qu’il n’y a que le podium qui compte, et même que la victoire qui compte. Il faut toujours être à fond car mon but c’est de gagner”. Le discours paternel est donc bien passé chez un fils qui ne le remettrait pas en cause pour rien au monde : ”Non cela ne m’inhibe pas, j’ai été élevé comme cela. Quand mon père me dit quelque chose, c’est qu’il a raison”. Et quand on lui pose la question, papa Claude a des arguments à faire valoir. 1) Non, il ne s’estime pas trop dur avec son fils car “la vie d’un sportif de haut niveau est globalement plus agréable qu’un salarié dans une entreprise”. 2) Oui, il trouve normal de pousser Alexis car il l’a toujours fait quel que soit le domaine : ”ce qui fait plaisir en tant que parents, c’est que nos enfants réussissent”. Quand il était à l’école, il l’a poussé pour obtenir son Bac Scientifique, ce qu’il a fait et avec mention. Maintenant qu’il est sportif professionnel, ce sont les Jeux Olympiques et les Mondiaux qu’il faut gagner, à tout prix, pour faire parti des grands. “Je serai alors le plus heureux pour lui, pas pour moi. Ce n’est pas de l’exigence. C’est de la logique. Vous en connaissez vous, des familles qui ne veulent pas que leurs enfants réussissent ? Je veux qu’il réussisse ce qu’il aime faire. Il aime le ski, il doit réussir. L’ADN est là. S’il était artiste peintre, je voudrais que ses peintures soient bien cotées. Je l’ai éduqué ainsi.” Dans ce portrait de famille, quid du rôle de la mère ? Si elle semble en retrait, Alexis Pinturault n’oublie pas et sait l’importance que peuvent avoir ses origines scandinaves dans son ADN de champion et dans sa réussite en tant que sportif de haut niveau – sa maman Hege est originaire de Bergen en Norvège - car “on dit que chez les Norvégiens, il y a beaucoup de skieurs précoces !”  Avec cet alliage d’inné et d’acquis, Pinturault a beaucoup d’atouts pour réussir. Ne reste donc plus qu’à aller au bout de son histoire car les nombreuses victoires (15) et podiums (21) n’ont encore pas satisfait le nouveau leader du ski français, surnommé “La Bête”. Pas plus que son père, on s’en serait douté : “il n’a fait qu’une petite partie du chemin. Il s’en rend compte par lui-même. Qu’est-ce qui fait que tu restes dans l’histoire du sport, c’est que tu gagnes pendant plusieurs années. On saura si c’est un grand skieur dans dix ans, s’il continue comme la saison dernière et à un niveau au-dessus.”

Pintu, c’est aussi les autres qui en parlent le mieux, comme son copain Julien Lizeroux, vice-champion du monde de slalom en 2009 à Val d’Isère : “Ce n’est pas très français de dire qu’on a envie de gagner Lui, ça ne lui pose aucun problème, et c’est une grande force”Ce à quoi Alexis répond “c’est peut-être mon côté norvégien” . Pour David Chastan, son entraineur en Équipe de France, “il a un gros tempérament, il sait vraiment où il veut aller et quels sont ses objectifs. Parfois, il a un peu subi le défaut de sa qualité, il a pu perdre un peu de temps à cause de sa jeunesse”. Comme lors de l’hiver 2009-2010 où pour ses débuts en Coupe du Monde – à seulement 18 ans -  il va se faire remarquer pour un fait assez cocasse : il n’a vu la ligne d’arrivée d’aucune de ses huit premières courses ! “Je sortais de la piste ou j’enfourchais un piquet à chaque fois. Je ne skiais peut-être pas suffisamment avec ma tête, je prenais tellement de risques qu’il n’y avait aucune chance que ça passe. Je suis toujours un peu fou, et c’est aussi ce qui fait ma force”.Aujourd’hui, l’immense potentiel entrevu depuis un moment lors des courses de Pintu – premier podium en Coupe du monde en 2011 à 20 ans ! – se concrétise sous nos yeux, et le skieur de “Courch’” a désormais les deux skis dans la cour des grands. Le problème – pour l’instant – c’est qu’il est le contemporain d’un grand, d’un immense champion : l’Autrichien Marcel Hirscher, meilleur « géantiste » que lui (766 points, contre 690 dans cette discipline cet hivers), et bien meilleur slalomeur (780 points pris, contre 220), qui vient de remporter pour la cinquième année de suite le gros globe de cristal récompensant le meilleur skieur de la saison. Le tout à seulement 27 ans. Tout bonnement hallucinant. Alexis a conscience de l’ampleur du phénomène…et du problème que présente l’Autrichien “même si je garde cette régularité, je me rends compte que Marcel a aussi été plus fort que les autres années. Ce sera très dur. Il est très bon en géant et en slalom, moi pour le moment je suis très bon en géant et en super combiné. Mais il n’y a pas suffisamment de courses en super combiné pour pouvoir rivaliser avec lui sur le slalom. En plus de ça, il montre qu’il est de mieux en mieux en Super G. Il va vraiment falloir franchir un cap pour rivaliser avec Marcel”.

Mais pour Alexis, à seulement 24 ans, tous les rêves sont encore permis, pour notre plus grand bonheur, et celui de Claude, bien sur.

Geoffrey Lieutaud – @Geoffrey2b

 

  1. avatar
    6 avril 2016 a 19 h 03 min
    Par Guga57

    Super article Geoffrey !

    Je suis vraiment curieux (et je ne dois pas etre le seul) de voir jusqu’ou Pintu sera capable d’aller. Le record de Killy en Coupe du Monde est plus anecdotique qu’autre chose in fine:

    d’un part, parce que le nombre de courses en Coupe du Monde etait bien moins important qu’actuellement.

    et d’autre part (ne l’oublions pas!) parce que Jean-Claude Killy a pris sa retraite a seulement 24 ans… soit l’age de Pinturault aujourd’hui…

    Enfin bref, le potentiel est la, s’il garde la tete sur les epaules et parvient a passer au travers du filet des blessures, alors oui, les Gros Globes de Cristal et les medailles d’or mondiales et olympiques devraient vite remplir son armoire a trophees.

    Et puis c’est vrai que c’est rare un Francais qui ne semble pas avoir peur de gagner ;)

  2. avatar
    10 avril 2016 a 18 h 41 min
    Par Marc RETSIN d'Ambroise

    MERCI pour cet Article, nous devons tous être solidaires avec nos ATHLETES: LA FRANCE qui gagne, çà nous change un peu et nous illumine l’avenir….!

  3. avatar
    11 avril 2016 a 16 h 59 min

    Merci Geoffrey.

    C’est rafraichissant un Français qui n’a pas peur d’afficher ses ambitions, surtout qu’elles sont réalistes. Lui et son entourage semblent avoir la tête sur les épaules, ce qui est de bon augure pour la suite.

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