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Benidorm 92, l’opprobre s’abat sur Luc Leblanc
Photo Panoramic

Benidorm 92, l’opprobre s’abat sur Luc Leblanc

Benidorm, 6 septembre 1992. C’est dans cette station balnéaire espagnole, au sud d’Alicante, que Gianni Bugno conserve le maillot arc-en-ciel conquis en 1991 à Stuttgart. Laurent Jalabert, battu au sprint par le coureur italien, n’est pas victime des critiques, contrairement à Luc Leblanc, vilipendé par les tauliers de l’équipe de France, Marc Madiot et Laurent Fignon en tête.

Benidorm, ses immeubles en béton et ses plages de sable. C’est là, dans cette ville côtière touristique, en août 1992, que l’UCI organise le championnat du monde de cyclisme.

Le circuit compte 22 kilomètres de développement. Récent vainqueur du Tour de France, son deuxième, Miguel Indurain fait figure d’épouvantail. Egalement lauréat du Giro au printemps, le Navarrais court à domicile. Son intérêt sera de rendre la course sélective, de faire exploser le peloton afin de porter l’estocade face aux rares survivants de cette course d’usure. Le virtuose espagnol rêve de réaliser le triplé Giro – Tour – Mondial, comme Merckx en 1974 et Roche en 1987. Mais tripler le maillot jaune n’est pas un exploit si évident que cela, étant resté utopique pour Merckx en 1971 (défaite sur le Giro) ou Hinault en 1980 (défaite sur le Tour).

Dans le cas inverse, si un peloton arrive groupé au sprint, Laurent Jalabert est favori. Maillot vert du Tour de France, le Tarnais est l’espoir numéro 1 de l’équipe de France. D’autres coureurs auront cependant leur mot à dire : Tony Rominger, vainqueur de la Vuelta, Gianni Bugno, champion du monde en titre et 3e du Tour de France, voire Claudio Chiappucci, dauphin d’Indurain sur la Grande Boucle.

Compte tenu de la blessure de Pascal Lino, maillot jaune pendant dix jours sur le Tour 1992, et de la méforme de Gilles Delion, les quatorze coureurs retenus par le sélectionneur Lucien Bailly, dans l’optique du championnat du monde de Benidorm, sont : Laurent Fignon, Jean-François Bernard, Thierry Claveyrolat, Jean-Claude Colotti, Gilbert Duclos-Lassalle, Laurent Jalabert, Luc Leblanc, Marc Madiot, Thierry Marie, Charly Mottet, Gérard Rué, Eric Boyer, Richard Virenque, et Stéphane Heulot.

Plus de 261 kilomètres seront à parcourir sur le circuit espagnol. Les premiers tours sont tranquilles, comme le veut la coutume. Le championnat du monde est une course de fond, le temps fait son oeuvre, le circuit se charge d’alourdir les jambes des concurrents … La première véritable offensive intervient au huitième tour, avec comme protagonistes les Suisses Fabian Jeker et Tony Rominger, l’Espagnol Mikel Zarrabeitia, et l’Irlandais Stephen Roche. Dans la montée de Finestrat, Jeker cède, pendant que Luc Leblanc se rapproche sur le groupe de tête. Ce groupe d’échappés est vaincu par la longueur du parcours, épuisé par une longue poursuite devant le peloton. Condamné à l’échec, le groupe se fait absorber par le peloton avant la fin de course, et les meilleurs se retrouvent ensemble.
Environ à 40 km de l’arrivée, Chiappucci, Indurain, Rominger et Jalabert attaquent. Cette échappée semble être la bonne, mais la présence du Français calme les esprits : personne ne veut le convoyer à l’arrivée et se faire battre au sprint. Cette nouvelle offensive échoue aussi.

Emerge alors un nouveau groupe de 17 coureurs parmi lesquels Gianni Bugno et son coéquipier Giancarlo Perini, respectivement le champion sortant et son gregario désigné. Le danger vient des Français, avec cinq coureurs tricolores dans ce groupe, dont l’épouvantail Laurent Jalabert. Le jeune coureur de la ONCE devra cependant compter avec le fantastique coup de pédale de Bugno et la force de Perini. Le sprint est un chef-d’oeuvre des Azzurri : le gregario Perini pilote à la perfection son leader Bugno, qui conserve son titre mondial, et retrouve son maillot-arc-en-ciel.

Dans ce championnat du monde 1992, l’équipe de France rate une occasion de mettre fin à douze ans de disette. Depuis Bernard Hinault en 1980 à Sallanches, aucun coureur hexagonal n’a pu ceindre le maillot arc-en-ciel.

Dans le sprint final, Gianni Bugno, champion du monde en titre, a donc devancé Laurent Jalabert (récent maillot vert sur le Tour de France) et Dimitri Konyshev. Tony Rominger, quatrième, et Miguel Indurain, sixième, complètent le groupe des coureurs qui suivent directement Bugno. Luc Leblanc, deuxième français de la course, termine huitième de ce championnat du monde 1992 à Benidorm, sur la Costa Blanca.

Indurain avait imposé un rythme infernal dans la dernière ascension de la côte de Finestrat. Le roi Miguel est suivi par Rominger et Jalabert, avant que Gianni Bugno ne règle tout ce beau petit monde au sprint. L’équipe de France a oublié un principe de base du cyclisme sur route : après 260 kilomètres, un sprint n’est jamais gagné d’avance. C’est la fraîcheur qui compte, et Laurent Jalabert en a manqué contre Gianni Bugno. Seconde erreur de la part du tandem Lucien Bailly – Bernard Hinault, avoir mis tous ses oeufs dans le même panier, ne pas avoir envisagé une autre option tactique, en favorisant une échappée pour baroudeur.

L’Italie gagne donc un nouveau titre mondial, tandis que l’Espagne, à domicile, n’a pas réussi à conquérir son premier maillot irisé (il faut attendre 1995 et le titre d’Abraham Olano). Jalabert, à seulement vingt-trois ans, décroche une médaille d’argent et conserve le secret espoir de gagner un jour le prestigieux championnat du monde.

Ce ne sera jamais le cas, même s’il gagnera le titre mondial du contre-la-montre en 1997. Bugno, lui, est l’auteur d’un exploit : conserver le maillot irisé, du jamais vu depuis Rik Van Looy en 1960 et 1961. Même Eddy Merckx, pourtant triple champion du monde, n’a pas réalisé une telle prouesse. Depuis Bugno en 1991 et 1992, seul Paolo Bettini a aussi réussi à conserver son titre (2006 et 2007).

Après la course, les critiques fusent sur Luc Leblanc, notamment celles de Marc Madiot, Charly Mottet et Laurent Fignon, cadres de l’équipe de France. Leblanc est victime d’un procès d’intention. Les anciens reprochent au jeune coureur limousin son attitude en course, sa participation à l’échappée matinale. Le bouc-émissaire est facile, Madiot, Fignon et Mottet savent que Luc Leblanc n’osera pas répliquer, compte tenu de sa jeunesse.

Que reproche-t-on exactement à Luc Leblanc ? D’avoir roulé au mauvais moment, d’avoir gaspillé des forces qui auraient pu éviter d’emmener Bugno dans un carrosse, vers la victoire ? Pourtant, il fallait bien que quelqu’un tente quelque chose dans une échappée comprenant des coureurs aussi prestigieux que Rominger ou Roche. Jalabert, lui, échappe aux critiques, malgré son échec dans la seconde échappée et sa défaite au sprint contre Bugno. Le procès qui est fait au champion de France en titre, Luc Leblanc, est profondément injuste, d’autant que les briscards Madiot, Bernard, Mottet et Fignon n’ont pas su éviter la défaite de leur équipe. Le cyclisme, cruel paradoxe, est un sport individuel couru par équipes.

En 1994, Leblanc tient sa revanche à Agrigente, en Sicile. Dans la sélection composée par Bernard Thévenet, le leader est Armand de las Cuevas. Leblanc, comme Virenque, est équipier et outsider. Champion du monde devant Claudio Chiappucci et Richard Virenque (alors son coéquipier chez Festina), Leblanc venge le souvenir de Benidorm.

Jalabert, lui, ne sait pas qu’il ne retrouvera jamais pareille occasion de conquérir le maillot irisé. Il finit 15e en 1993 à Oslo, 7e en 1996 à Lugano, 11e en 1997 à San Sebastian. Marqué à la culotte en 1997 sur le circuit du Pays Basque, où il est le grand favori du Mondial avec l’italien Michele Bartoli, le Mazamétain échoue également en 2000 à Plouay, et en 2002 à Zolder. Seule consolation, il gagne en 1997 le titre mondial du contre-la-montre. Cependant, son palmarès est somptueux, avec une Vuelta (1995), trois Paris-Nice (1995, 1996, 1997), deux Flèches Wallonne (1995 et 1997), deux Clasicas San Sebastian (2001 et 2002), un Milan San Remo (1995), un Tour de Lombardie (1997), un titre de champion de France sur route (1998).

Depuis 1994, excepté le sacre de Laurent Brochard en 1997 à San Sebastian, c’est à nouveau le grand vide pour le cyclisme français : seules deux médailles de bronze, obtenues par Jean-Cyril Robin en 1999 à Vérone et Anthony Geslin en 2005 à Madrid, sont venues garnir le tableau d’honneur de l’équipe de France.

  1. avatar
    6 mars 2014 a 17 h 49 min

    Cruel destin que celui de Luc Leblanc à Benidorm en 1992, désigné comme bouc-émissaire de l’échec français face aux Italiens.

    Aussi puant qu’en football fin 1993 d’avoir désigné David Ginola comme seul responsable de la défaite France – Bulgarie (1-2) au Parc des Princes. Houllier devrait se rappeler que l’affaire aurait du être réglée contre Israël un mois plus tôt, mais déjà une défaite 3-2.

  2. avatar
    7 mars 2014 a 14 h 05 min
    Par DerAqua

    Tes articles sont toujours aussi plaisants à lire Axel. Même si je ne commente que rarement (l’activité ici est très réduite) je tiens à t’informer que je continue de lire tes articles de cyclisme.

  3. avatar
    7 mars 2014 a 16 h 39 min

    Merci Aqua, ça fait un bail ! Au plaisir d’échanger avec toi, certains articles sont des anciens papiers du Vox, d’autres des nouveaux, moins le temps d’écrire depuis l’été 2013 et la fermeture du Vox

    @+
    Axel

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