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1930-2018, une histoire géopolitique de la Coupe du Monde (partie 1)
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1930-2018, une histoire géopolitique de la Coupe du Monde (partie 1)

De 1930 à 2018, en 21 éditions, la Coupe du Monde a toujours été le reflet du contexte géopolitique de son temps … Sans remonter jusqu’aux premiers Jeux Olympiques de l’Antiquité ni même à la soule florentine, le football moderne s’est constitué sur deux piliers : la séparation entre football et rugby au milieu du XIXe siècle en Angleterre, la création de la Football Association en 1863 et enfin les premiers Jeux Olympiques modernes, en 1896 à Athènes grâce au baron Pierre de Coubertin.

E1930, le monde s’apprête à subir une terrible décennie suite au krach du 24 octobre 1929. Le jeudi noir à Wall Street aura fait des millions de pauvres et peu de gagnants, dont un certain Joseph Kennedy qui sera nommé ambassadeur des Etats-Unis en Grande-Bretagne par Franklin D. Roosevelt, futur président d’une Amérique en berne durant cette prohibition dominée par les gangs mafieux d’Al Capone à Chicago. Le père de J.F.K., lui, ruinera sa carrière politique en faisant l’apologie du nazisme, qui devient le deuxième parti d’Allemagne le 14 septembre 1930. Après l’inévitable deuxième guerre mondiale du fait de la mégalomanie d’Hitler, beaucoup de nazis fuiront en Amérique du Sud : Adolf Eichmann en Argentine (retrouvé par le Mossad en 1960 et exécuté par Israël en1961), Josef Mengele au Brésil et au Paraguay, Klaus Barbie en Bolivie où il sera arrêté en 1983. C’est en Amérique du Sud, cet Eldorado lointain conquis par les Espagnols et les Portugais au début du XVIe siècle qu’a lieu la première édition de la Coupe du monde de football, imaginée par les Français Jules Rimet et Henri Delaunay. Libéré par José Gervasio Artigas (et non par Simon Bolivar) en 1830, l’Uruguay fête son centenaire en 1930, tout comme le royaume de Belgique. Mais le petit pays sud-américain a eu le mérite de gagner deux médailles d’or consécutives en football aux Jeux Olympiques d’été, en 1924 à Paris et 1928 à Amsterdam. Les candidatures européennes (Espagne, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Suède) s’effacent donc au profit de l’Uruguay au congrès de la FIFA le 17 et 18 mai 1929 à Barcelone. L’Europe échappe donc à des frais de construction de stade juste avant le contexte économique catastrophique qui suivra le krach new-yorkais de 1929. Seuls quatre pays européens font le déplacement jusqu’à Montevideo. L’Italie et l’Espagne snobent le tournoi, tout comme la nombriliste Angleterre, cette Perfide Albion qui se croit supérieure au reste du monde puisque berceau officiel du jeu de football, que Marcel Pagnol appelait la balle au pied dans le Temps des Secrets (1960), à son entrée en sixième au lycée Thiers de Marseille, soit en 1905. A Gênes, un paquebot italien nommé le Conte-Verde part en direction de Villefranche-sur-Mer, d’où embarque le 21 juin 1930 la délégation de l’équipe de France, qui rejoint donc celle de Roumanie partie de Gênes (la Yougoslavie est quant à elle partie de Marseille le 19 juin à bord d’un autre navire, le Florida). En 1930, Carol II monte sur le trône de Roumanie et fait aussitôt connaître la première des priorités royales : participer à la Coupe du Monde de la FIFA, Uruguay 1930. Insolite en soi, son dessein relève en outre de la gageure quand on sait que 35 jours seulement séparent sa prise de pouvoir du coup d’envoi de l’édition inaugurale du tournoi. Mais rien ne saurait entamer le bel optimisme du monarque de 37 ans, pas plus le manque de temps que l’inexpérience des Roumains, dont le baptême du feu international remonte à 1922. Après bien des efforts, Carol II parvient à ses fins à trois jours de la clôture des inscriptions. Il lève immédiatement toutes les suspensions pesant sur les joueurs et sélectionne lui-même l’équipe, au lieu d’en laisser le soin à l’entraîneur Costel Radulescu. Reste une broutille à régler : une partie des meilleurs footballeurs roumains travaille pour une compagnie pétrolière britannique qui leur refuse le congé de trois mois nécessaire pour participer au tournoi et prévient que les absences seront sanctionnées par des licenciements. Un coup de téléphone du roi, assorti de la menace de fermeture de l’entreprise, incitera très vite le pétrolier à revoir sa position. C’est ainsi que, le 21 juin 1930, les Roumains prennent leurs quartiers sur le Conte Verde à Gênes. Le président de la FIFA, Jules Rimet, qui transporte le trophée dans sa valise, avait embarqué à Villefranche-sur-Mer, tandis que les Belges montent à bord duConte-Verde à Barcelone. Le luxueux paquebot italien met ensuite le cap sur Rio de Janeiro, où la Seleção brésilienne doit embarquer. Pendant la traversée de seize jours, Radulescu astreint ses dix-neuf joueurs à des séances physiques sur l’un des dix ponts du vaste transatlantique. Mais dès qu’il s’agit de taper dans la balle, il lui faut compter avec un vingtième homme car, vous l’aurez deviné, le roi Carol II est incapable de résister à un dribble. Sur places, les Européens ne vont pas longtemps faire long feu malgré la belle victoire inaugurale de la France sur le Mexique (4-1), équipe de France dont le capitaine Alexandre Villaplane sera exécuté le 26 décembre 1944 au fort de Montrouge, après avoir collaboré avec Henri Lafont, chef de la Carlingue (la Gestapo française) ainsi que Pierre Bonny au 93 rue Lauriston. Parmi les représentants du Vieux Continent, seule la Yougoslavie atteint le dernier carré, mais la finale oppose l’Argentine au pays organisateur, l’Uruguay. Plus de 30 000 Argentins traversent le Rio de la Plata en navire pour se rendre à l’Estadio Centenario où se joue la finale. A Montevideo, l’arbitre belge John Langenus a prévu deux ballons, l’un argentin et l’autre uruguayen. C’est le ballon argentin qui servira à ce match, mais la force est du côté de l’Uruguay. La Céleste, double championne olympique en titre, y domine l’Albiceleste 4-2, et le premier capitaine à soulever le trophée de la Victoire Ailée s’appelle José Nasazzi. C’est la naissance du célèbre bâton de Nasazzi, qui sera rejoué lors de quatre autres finales de Coupe du Monde, respectivement 36 ans, 48 ans et 80 ans et 84 ans plus tard, d’abord entre la RFA et l’Angleterre, ensuite entre les Pays-Bas et l’Argentine, puis entre les Pays-Bas et l’Espagne et enfin entre l’Argentine et l’Allemagne. Malgré la victoire des Three Lions à Wembley en 1966, de l’Albiceleste à Buenos Aires en 1978 puis de la Furia Roja à Johannesburg en 2010 et de la Mannschaft à Rio de Janeiro en 2014, la Mannschaft, les Oranje par deux fois puis l’Albiceleste avaient à chaque fois conservé le précieux bâton car ils ne s’étaient inclinés qu’en prolongation et non au terme des 90 minutes du temps règlementaire. Le Brésil, détenteur du bâton en 1958, avait lui gardé le bâton de Nasazzi à Stockholm face à la Suède, ainsi que la RFA en 1974 face aux Pays-Bas.

En 1934, la Coupe du Monde apprend l’art du boomerang et de la loi du talion. Vexées de la faible présence des équipes européennes en 1930, les Sud-Américains boycottent massivement la deuxième édition sur le Vieux Continent. En Italie, l’Argentine et le Brésil envoient des équipes bis, sans compter que l’Albiceleste a perdu des cadres comme Luis Monti ou Raimundo Orsi, oriundi devenus citoyens italiens au profit de la Squadra Azzurra. En effet, l’Argentine a vécu à la fin du XIXe siècle une gigantesque vague d’immigration venant d’Italie, dont les familles d’Alfredo Di Stefano ou du pilote automobile Juan Manuel Fangio. L’Autriche du chancelier Dollfuss et l’Italie fasciste du Duce Mussolini sont les favorites de ce tournoi. Bien que fasciste convaincu, le chancelier Dollfuss est assassiné le 25 juillet 1934 en Autriche par des S.S.. Parvenu au pouvoir en Allemagne le 30 janvier 1933 par les urnes, Adolf Hitler écrase la rébellion interne de S.A. d’Ernst Röhm le 30 juin 1934 dans la Nuit des Longs Couteaux … La Suisse voisine, elle, réplique aux agressions nazies en instituant son célèbre secret bancaire. Le tournoi est lui marqué par la bataille de Florence entre l’Italie fasciste et la jeune république espagnole. L’indignation sera telle à Madrid que l’ambassadeur de France en Espagne, Jean Herbette, s’en fait l’écho auprès du Ministre des Affaires Etrangères, Louis Barthou, lequel sera assassiné à Marseille le 9 octobre 1934 lors d’un attentat contre le roi Alexandre Ier de Yougoslavie, qui succombera à l’assaut d’un révolutionnaire macédonien dans la cité phocéenne. En Toscane, après deux matches d’une extrême violence (1-1 et 1-0 en match d’appui), la Squadra Azzurra l’emporte donc sur la Furia Roja, avant de dominer le Wunderteam autrichien du virtuose Homme de Papier Matthias Sindelar, sort de Mozart du football. En finale à Rome au stade national du Parti National Fasciste (le stade de Turin ayant lui été baptisé stade Mussolini), l’Italie de Giuseppe Meazza domine la Tchécoslovaquie 2-1.

En 1938, lorsque vient le temps de la Coupe du Monde en France, l’Autriche n’existe plus. Le 15 mars 1938 à Vienne, le Führer Adolf Hitler parade dans son pays natal, l’Allemagne nazie a annexé l’Autriche via l’Anschluss. Le 3 avril 1938, un match Allemagne / Autriche ets organisé au Prater Stadion de Vienne. Les nazis ont tout prévu, un match nul est programmé mais un homme ne l’entend pas de cette oreille : Matthias Sindelar. Le maestro viennois, après 70 minutes de jeu, siffle la fin de la récréation pour l’Allemagne et marque avant d’aller brandir le poing serré et les bras levés devant la tribune nazie. Aux yeux des SS, Sindelar a franchi le Rubicon … Sa mort mystérieuse au monoxyde de carbone le 23 janvier 1939 n’a jamais été élucidée : suicide ? accident ? assassinat maquillé par les nazis ? L’irrésistible ascension du guide du parti nazi ne semble inquiéter que trois hommes lucides, Winston Churchill qui assiste impuissant aux accords de Munich signés par Neville Chamberlain et Edouard Daladier en septembre 1938 (Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre). Le deuxième est Hergé, qui dans le Sceptre d’Ottokar (1937) invente un dictateur bordure désireux d’envahir l’Etat voisin de la Syldavie, un certain Musstler et sa garde d’acier, contraction de Mussolini et Hitler. Le troisième, à Hollywood, est Charles Chaplin, qui incarnera Hynkel, sosie d’un petit barbier juif en 1940 dans le Dictateur. La culture en réponse au totalitarisme, Jean Zay l’avait pensé dès 1939 en imaginant un Festival de Cannes en riposte à la Mostra de Venise devenu l’instrument des fascistes italiens dont le violon d’Ingres est l’huile de ricin. La Croisette attendra finalement 1946 pour concurrencer le Lion de Saint-Marc, six ans après le plaidoyer final de Chaplin dans le Dictateur. Mais il est trop tard, la guerre a déjà commencé depuis le 1erseptembre 1939 quand Hitler viole les accords de Munich en lançant ses troupes à l’assaut de la Pologne, après avoir testé sa puissance militaire en 1937 durant la guerre civile espagnole, et la bataille de Guernica qui inspirera à Pablo Picasso le chef d’œuvre éponyme. Malgré sa ligne Maginot, la France est vaincue médiocrement dès le printemps 1940, ce qui inspirera ce mot terrible au général de Gaulle dans ses Mémoires de Guerre sur le dernier président de la IIIe République, Albert Lebrun : Le président Lebrun prit congé. Je lui serrai la main avec compassion et cordialité. Au fond, comme chef de l’État, deux choses lui avaient manqué : qu’il fût un chef ; qu’il y eût un État. Sur les terrains de football, à l’inverse des circuits automobiles où Mercedes et Auto Union triomphent grâce aux virtuoses as de la vitesse que sont Rudi Caracciola et Bernd Rosemeyer (les deux refusant le joug nazi), le tyran sanguinaire qu’est Hitler aura vu l’Allemagne battue maintes fois : en 1936 par la Norvège aux Jeux Olympiques de Berlin marqués au fer rouge par la propagande infâme de Goebbels, en 1938 lors d’un match Allemagne / Autriche marqué par l’insolence du citoyen juif Sindelar (pierre angulaire de la victoire 2-0 du Wunderteam), en 1938 au premier tour de la Coupe du Monde par la Suisse de Karl Rappan … Ce dernier, nazi convaincu, est l’inventeur d’un système qui fera date : le verrou, ensuite adapté en catenacciopar Helenio Herrera à l’Inter Milan. En France, où la Cagoule de Jean Filliol fait des ravages, deux équipes font forte impression : tout d’abord, le Brésil ne cesse de s’attirer tous les superlatifs, en particulier un joueur au nom évoquant des chocolats belges et un roi de Sparte : Leonidas. Auteur d’un quadruplé face à la Pologne sous la pluie de Strasbourg, le Diamant Noir finit la rencontre pieds nus à la Meinau. Inventeur de la bicyclette, Leonidas da Silva devra son surnom à une tablette de chocolat baptisée le Diamant Noir, commercialisée par la société Lacta après le Mondial. La Seleçao a traversé l’Atlantique par les bénéfices issus d’une tombola nationale. L’Italie, médaillée d’or en 1936 aux Jeux Olympiques de Berlin, pérennise de nouveau les exploits. A Marseille en demi-finale, les champions du monde en titre profitent d’un Brésil orphelin et arrogant de Leonidas (ménagé pour la finale) pour se qualifier. Le télégramme du DuceMussolini avant la finale contre la Hongrie est lapidaire : Vaincre ou Mourir. Le gardien magyar Antal Szabo encaisse quatre buts au stade Yves-du-Manoir de Colombes en ce 19 juin 1938, mais sauve la vie de douze hommes, les onze titulaires et le sélectionneur Vittorio Pozzo.

En 1942, la Coupe du Monde qui aurait dû avoir lieu au Brésil ou en Argentine n’a bien entendu pas lieu. En voyage à Rio de Janeiro pour évaluer la candidature brésilienne, Jules Rimet apprend la déclaration de guerre conjointe de la France et de la Grande-Bretagne à l’Allemagne nazie. Le Mondial 1942 est annulé. Stefan Zweig, réfugié en Amérique du Sud après avoir fui l’Europe déclinante et le nazisme, se suicide le 25 février à Pétropolis. Deux mois plus tôt, les Etats-Unis de Franklin D. Roosevelt rentrent en guerre après l’attaque des kamikazes japonais sur Pearl Harbor, à Hawaïï. C’est le deuxième tournant d’une guerre où Winston Churchill et le Royaume-Uni défendent coûte que coûte la démocratie face aux puissances de l’Axe : Allemagne, Italie et Japon. Le premier tournant a été l’erreur stratégique d’Hitler d’attaquer, tel Napoléon en 1812, la Russie, avec comme enjeu les puits pétroliers du Caucase. La terrible bataille de Stalingrad sonnera le glas des espoirs nazis, l’Armée Rouge de Staline profitant du froid russe pour contenir les Panzer. L’Argentine, elle, perd l’occasion d’organiser le tournoi et de le gagner, car la plus belle équipe du début des années 40 aurait été celle du pays du tango avec sa Maquina de River Plate dont la classe folle sera portée au pinacle par deux joueurs d’exception : José Manuel Moreno et Adolfo Pedernera, ensuite surclassés par un fils d’immigré napolitain qui deviendra la clé de voûte du Real Madrid en Europe : Alfredo Di Stefano, alias la flèche blonde, la Saeta Rubia, premier divin chauve du ballon rond avant Bobby Charlton. En 1938, pour empêcher les nazis de s’emparer du trophée – considéré déjà comme un objet de grande valeur -, l’un des membres de la Fédération italienne, Ottorino Barassi, va chercher juste à temps le précieux sésame dans son coffre-fort d’une banque romaine pour le dissimuler dans une boîte à chaussures qu’il planquera sous son lit …

En 1950 et non 1949 (date initiale du tournoi), le Brésil accueille donc le tournoi. L’Europe exsangue est suspendue à la perfusion financière du plan Marshall américain. L’Amérique, elle, s’engage dans la guerre froide et la chasse aux sorcières anti-communiste dont le climax sera atteint avec le procès des époux Rosenberg. Prônée par le mouvement sioniste fondé par Theodore Herzl né en 1860 à Budapest, la création de l’Etat d’Israël est effective en 1948 suite à la Shoah. L’Angleterre nombriliste vient enfin disputer une Coupe du Monde où la France déclare forfait, de peur du ridicule. Inutile de se déplacer aussi loin qu’au sud du tropique du Capricorne. Les Anglais, eux, n’ont pas pris ombrage de l’erreur faite par le concepteur de l’affiche de cette Coupe du Monde 1950. On y voit, sur la chaussette qui recouvre le protège-tibia d’un joueur, une myriade de drapeaux de nations, dont l’Union Jack, qui n’est pas une nation mais le Royaume-Uni avec le croisement des croix rouges de Saint-Georges (Angleterre) et Saint-Patrick (Irlande) ainsi que de la croix blanche de Saint-André (Ecosse), sur le fond bleu du drapeau écossais … L’Italie, double tenante du titre, fait le déplacement bien que décimée depuis le crash aérien de Superga. Le 4 mai 1949 au retour du jubilé du capitaine du Benfica, le vol Lisbonne / Turin s’écrase contre la colline qui surplombe la capitale du Piémont. L’équipe du Grande Torino et son maître à jouer Valentino Mazzola succombent. L’Inde, elle, qualifiée refuse finalement de se rendre au Brésil, la FIFA refusant que les Indiens jouent pieds nus tels Leonidas en 1938 à Strasbourg. Le pays est indépendant de l’Angleterre depuis 1947, année de l’assassinat du Mahatma Gandhi. La Perfide Albion, elle, tombe de haut dès son premier match à Belo Horizonte : défaite 1-0 face aux Etats-Unis, sur un but d’un joueur naturalisé américain, Joseph Gaetjens, d’origine haïtienne. Ce dernier sera assassiné le 8 juillet 1964 dans Port-au-Prince par les Tontons Macoutes du dictateur François Duvalier. Personne ne semble capable d’enrayer la marche triomphale du Brésil vers un premier sacre à domicile, dans cette enceinte gigantesque qu’est le Maracaña de Rio de Janeiro : près de 200 000 places, un véritable Colisée moderne du football. La passion du public brésilien est viscérale, tels ces spectateurs de la Rome Antique qui avaient le pouce baissé pour le gladiateur. L’avatar moderne du combattant vaincu est le gardien de la Seleçao Moacir Barbosa, qui encaisse le but maudit d’Alcides Ghiggia lors de l’ultime match de poule contre l’Uruguay. Les Brésiliens ont oublié la fièvre jaune, le vaccin obligatoire, l’assassinat de Pinheiro Machado (président de la République tué en 1915), mais ils n’ont pas oublié la boulette de Barbosa, écrira plus tard le journaliste Nelson Rodrigues à propos du Macaranazo¸ sorte de traumatisme national. La France a Azincourt (1415), Waterloo (1815) ou Dien Ben Phu (1954), les Etats-Unis ont l’assassinat de Lincoln en 1865, celui de Kennedy et le 11 septembre 2001. Le Brésil a le Macaranazo, ensuite rejoint dans la nécrologie du football local par le Minheirazo de juillet 2014. En 1970, Barbosa vit l’épisode le plus cruel de son existence, point d’orgue de son long châtiment de cinq décennies de souffrance, ce qu’il avouera en 2000 à quelques semaines de son décès … Dans un supermarché, une femme retient son enfant et désigne l’ancien gardien de but du doigt avant de porter l’estocade verbale à Moacir Barbosa … Regarde, mon petit, c’est l’homme qui a fait pleurer le Brésil. En 1994, avant la World Cup aux Etats-Unis où le Brésil mettra fin à une interminable disette de 24 ans, Barbosa se voit refuser l’accès du camp d’entrainement de la Seleçao à Teresopolis, alors qu’il est accompagné d’une équipe de la BBC. Un vigile l’avait reconnu et, de peur qu’il ne porte la poisse, ne l’avait pas autorisé à entrer. Version officielle. La version officieuse dit que Carlos Alberto Parreira, le sélectionneur brésilien d’alors, ne voulait pas du chat noir national Barbosa près de ses joueurs. Le président de la confédération brésilienne Ricardo Teixeira refuse qu’il commente un match du Brésil à cause de cette finale perdue. Moacir Barbosa déclare : Au Brésil, la peine maximale pour un crime est de 30 ans. Moi, je paie depuis plus de 43 ans pour un crime que je n’ai pas commis. Printemps 2000. Alors qu’il se rend au Brésil, Alcides Ghiggia présente son passeport à l’aéroport de Rio de Janeiro. Face à lui, une jeune femme d’une vingtaine d’années. Elle regarde le document, dévisage son interlocuteur. Il y a un problème, demande-t-il ? Etes-vous LE Ghiggia?, l’interroge la fille. Oui, c’est moi, dit-il, surpris. Mais 1950, c’était il y a très longtemps. Alors, la main sur la poitrine, elle lui lance: Au Brésil, nous le sentons dans nos cœurs tous les jours. Toute sa vie, Barbosa va payer ce maudit but qui priva le Brésil d’un sacre prévu à l’avance, et tel Sisyphe poussant son rocher, va payer son châtiment jusqu’à sa mort, le 31 mars 2000. Idole du Vasco de Gama des années 40, meilleur gardien du tournoi mondial de 1950 avant la terrible erreur contre l’Uruguay, Barbosa ne cessera de tomber de Charybde en Scylla par la suite. Ghiggia, héros involontaire du jour, avouera plus tard qu’il fut un des trois seuls hommes à faire taire le Maracaña, avec Frank Sinatra et le pape Jean-Paul II. Rio de Janeiro est une ville morte de chagrin en ce 16 juillet 1950, et ce chagrin va se transformer en courroux. Le destin va donc s’abattre sur le pauvre gardien martyr Barbosa, ainsi que sur le deuxième coupable, l’arrière Bigode. Les journaux européens, dont L’Equipe, décrivant le désarroi d’un certain Joas da Silva, qui meurt à 58 ans après une ultime phrase avant son dernier souffle : Le Brésil est mort. Et sur ces mots, il mourut ….

En 1954, la Suisse, rare pays neutre en Europe durant le conflit mondial (avec l’Espagne franquiste), accueille le tournoi, à domicile pour la FIFA donc. L’or nazi volé aux juifs dort encore au chaud dans les coffres forts des banques de Berne, Genève et Zurich, à moins qu’il ne soit au fond du lac Töplitz en Autriche, avec des faux billets conçus par les Allemands durant l’opération Barnhard pour détruire l’économie britannique. L’année 1953 a été marquée par deux évènements : la mort de Staline en Union Soviétique, et le fait que l’U.R.S.S. dispose comme les Etats-Unis de la bombe H, la force ultime de dissuasion nucléaire. Sur le plan du football, l’Angleterre cède 6-3 le 25 novembre à Wembley face à l’Aranycsapat hongroise, véritable épouvantail mené par un gaucher prodigieux, Ferenc Puskas. A l’occasion de sa cinquantième sélection en 1953, le Major Galopant, surnommé ainsi pour son grade dans l’armée hongroise, s’était vu offrir par le régime communiste un tapis persan et des couverts en argent pour douze personnes. L’hiver venu, Puskas et ses coéquipiers, les Czibor, Bozski, Hidegkuti, Kocsis et autres Grosics, se reposaient au large du lac Balaton. A l’approche du tournoi suisse, l’Angleterre réclame sa revanche, au Nepstadion de Budapest le 23 mai 1954. La foudre s’abat une deuxième fois sur les Three Lions : 7-1 pour les Magyars, Goliath a de nouveau écrasé David. Après la revanche, il n’y aura pas de belle, l’Angleterre a compris, même si le Wunderteam autrichien et la Squadra Azzurraitalienne avait failli créer l’exploit respectivement en 1932 et 1934 : défaite de l’Autriche 4-3 à Stamford Bridge le 7 décembre 1932, revers de l’Italie 3-2 le 14 novembre 1934 à Highbury. Personne ne semblait donc pouvoir s’opposer à l’insolente facilité du onze d’or magyar. La Hongrie, invaincue depuis 1950 et championne olympique en 1952 aux Jeux Olympiques d’Helsinki, marche sur l’eau, prête à apposer son sceau sur le tournoi suisse avec une rare violence. Le onze d’or démarre sur les chapeaux de roue en Suisse : 8-3 devant l’Allemagne, 9-0 face à la Corée du Sud, alors que les Français suivent le tournoi par le biais de la télévision. A Paris, la foule se masse salle Pleyel dans le VIIIe arrondissement de Paris, ainsi qu’au collège Arago situé place de la Nation et dans le hall de la compagnie aérienne TWA sur l’avenue des Champs-Elysées, profitant des tubes cathodiques disponibles. Punching-balls, figurants, les rivaux des Hongrois sont surclassés par tant de maestria : Brésil et Uruguay sont chacun dominés 4-2 par l’Aranycsapat. L’équipe atteint la quadrature du cercle, tirant la substantifique moelle du talent de ses joueurs mais surtout d’un esprit collectif sans égal. Le seul bémol est la blessure du capitaine Ferenc Puskas, qui revient pour la finale de Berne face à la RFA. La Mannschaft a battu l’Autriche 6-1 en demi-finale, mais se retrouve vite menée 2-0 sur la pelouse du Wankdorf, mais la RFA égalise vite à 2-2. Le miracle de Berne va alors s’accomplir : pluie, potentiel de Puskas bridé par sa blessure, tirs des Hongrois sur les poteaux … Proche de son soleil d’Austerlitz, la Hongrie se noie dans la mer Egée tel Icare qui a vu ses ailes de cire fondre près du dieu Phoebus. Après 31 matches sans défaite, l’Allemagne de l’Ouest met fin à cette fabuleuse série, contre la meilleure équipe de tous les temps, ce que montre l’application du classement Elo – un Hongrois – des échecs au football … En 90 minutes, la Hongrie de Puskas est passée du Capitole à la Roche Tarpéienne. Dindon de la farce du Traité de Trianon en 1920 où elle perdit la Transylvanie avant de devenir après la guerre un pays satellite de Moscou dans le Pacte de Varsovie à l’Est du Rideau de Fer, la Hongrie manque l’occasion unique de graver son nom en lettres d’or au panthéon du football (malgré deux nouvelles médailles d’or aux Jeux Olympiques de Tokyo en 1964 et Mexico en 1968) : car l’insurrection hongroise d’octobre 1956 est matée par les chars soviétiques de Khrouchtchev dans Budapest. Profitant de déplacements internationaux avec leurs clubs, Puskas, Kocsis et consorts restent en Europe occidentale, avant de vivre une deuxième carrière en Espagne, à Madrid pour Puskas, à Barcelone pour Kocsis et Czibor qui rejoignent l’exilé Kubala. Au lieu de cela, Ferenc Puskas rejoint Matthias Sindelar dans le gotha des rois maudits de la Coupe du Monde, où Eusebio, Johan Cruyff, Zico, Socrates et Michel Platini viendront les rejoindre plus tard … Avec le Real Madrid qu’il rejoint en 1958, Puskas se console en gagnant la Coupe d’Europe des Clubs Champions le 18 mai 1960 face à l’Einthracht Francfort. Le Hongrois s’offre un quadruplé, son complice Alfredo Di Stefano complétant le feu d’artifice castillan par un triplé : 7-3 pour un cinquième titre européen de suite, mais le premier pour le Major Galopant, interdit en 1959 d’entrer sur le territoire ouest-allemand par les autorités de RFA pour la finale européenne de Stuttgart contre le Stade de Reims, battu 2-0 au Neckarstadion par Di Stefano et Kopa. Cette décision s’était appliquée en représailles des allégations de dopage de Puskas à l’égard de la Mannschaft de Sepp Herberger, coach qui entraînait déjà l’équipe au temps des nazis. Les Allemands répliquent que les crampons Adidas les ont aidés sur la pelouse détrempée de Berne en ce 4 juillet 1954. Adidas, marque fondée par Adolf Dassler, est la rivale de Puma, propriété de Rudolf Dassler, son frère. La lutte fratricide entre les Dassler, des deux côtés de la rivière Aurach à Herzogenaurach (village de Bavière qui verra naître un certain Lothar Mätthaus en 1961), sera terrible, telle celle des deux jumeaux de la Louve, Romulus et Remus dans la Rome Antique. D’autres théories du complot avancent le paiement de la Hongrie par l’Allemagne : les chefs du parti communiste magyar auraient reçu cinquante Mercedes pour laisser filer la victoire, d’autres sources évoquant le paiement de récolteuses à petits pois par Bonn à Budapest …

En 1958, le monde a encore beaucoup changé alors que la Suède s’apprête à accueillir la sixième Coupe du Monde. En plein baby-boom, l’Europe se reconstruit à l’ombre de la domination d’un aigle bicéphal, Etats-Unis contre Union Soviétique. Fin 1956, la crise de Suez a vu le naufrage diplomatique de la France et de la Grande-Bretagne face à l’Egypte, soutenue par Moscou. Cette crise accélère le rapprochement franco-allemand qui scelle la naissance de la Communauté Economique Européenne en 1957, par le traité de Rome du 25 mars. Au cosmodrome de Baïkonour le 4 octobre, l’U.R.S.S. lance un nouveau défi à l’Amérique d’Eisenhower en pleine guerre froide : la conquête de l’espace, symbolisée par ce Spoutnik qui échappe à la gravité. Embourbée dans la guerre d’Algérie après celle d’Indochine, la France aborde 1958 comme un nain diplomatique, alors que le controversé pape Pie XII, détenteur de la tiare romaine depuis 1939, décède : Jean XXIII est élu, certains affirmant que le conclave du Vatican aurait d’abord choisi le cardinal Siri, farouchement anti-communiste … La dissuasion nucléaire entre Américains et Soviétiques fonctionne pour donner naissance à une coexistence pacifique qui permet à une nouvelle Exposition Universelle de se tenir à Bruxelles, future capitale de cette Europe politique qui vient de naître : l’Atomium verra le Tour de France 1958 (gagné par le Luxembourgeois Charly Gaul, l’Ange de la Montagne) démarrer de la capitale belge, à deux pas d’un stade du Heysel où le Real Madrid de Kopa et Di Stefano conquiert son troisième couronne européenne consécutive : l’usure du pouvoir attendra encore … Il aura fallu aux Merengue recourir à la prolongation pour avoir le dernier mot face aux Rossoneri de l’AC Milan, avec en fers de lance Juan Alberto Schiaffino et le Suédois Nils Liedholm, dernier maillon du trio Gre-No-Li débarqué en Lombardie en 1949. De retour au pays pour la Coupe du Monde, Liedholm retrouve son compatriote Gunnar  Gren parti exporter son talent à Florence puis à Gênes entre 1953 et 1956. Personne n’imagine le Brésil, si immature tactiquement et mentalement en 1954 face à la grande Hongrie, l’emporter à Stockholm … Mais la Seleçao de 1958 est soutenue par Juscelino Kubitschek, alors que le pays fait construire par Oscar Niemeyer sa nouvelel capitale en plein désert : Brasilia. Rien n’est laissé au hasard à Hindas, station balnéaire au sud de Göteborg, où le personnel féminin de l’hôtel accueillant la délégation du Brésil est prié de prendre ses vacances. Quant à la plage nudiste bordant l’établissement, elle est priée de se faire plus discrète. Les Auriverde possèdent deux diamants bruts que Vicente Feola se résout à faire jouer pour le troisième match de poule contre l’U.R.S.S. : Garrincha et Pelé. Le premier, Mané, est le septième fils d’un gardien d’usine, avec le handicap de jambes difformes. Avec Stanley Matthews et George Best, Garrincha laissera pourtant le souvenir du plus formidable dribbleur jamais vu sur le pré. Né en 1933, le Django Reinhardt du ballon rond ne recueille que 38 points sur 123 aux tests que le psychologue adjoint à Feola avait fait passer à l’ensemble de la sélection ! Cela n’aurait pas permis à Mané Garrincha de postuler à un emploi de chauffeur de bus à la mairie de Rio de Janeiro. Qu’importe, tant le joueur du Botafogo a sa créativité et ses arabesques à apporter au Brésil. Quant à Pelé, alias Edson Arantes do Nascimento, le jeune prodige pauliste de Santos n’a que 17 ans et 8 mois : il est jugé immature pour participer à un tournoi d’une telle importance. L’U.R.S.S. de Lev Yachine, médaille d’or en 1956 aux Jeux Olympiques de Melbourne, se prive de son meilleur joueur Eduard Streltsov, accusé à 21 ans de viol sur Marina Lebedeva, fille d’un général soviétique, deux mois après qu’il ait refusé la main d’une membre du Poltiburo, Ekaterina Fourtseva … Eduard Strelstov avait impressionné un dirigeant de l’Olympique de Marseille après un triplé du prodige moscovite face au club phocéen, laminé 7-1 : Streltsov, il vaut au moins quatre Kopa ! Son coéquipier Valentin Ivanov, après un succès 4-0 contre la Bulgarie à Sofia (doublé et deux passes décisives du génie russe) va même plus loin dans les éloges dithyrambiques, tant pis pour le pléonasme : Ce que je l’ai vu faire ce jour là, je ne l’ai jamais vu faire avant ou depuis. Même pas Maradona en 1986, contre les Anglais. Il prit la balle dans la surface, passa en revue toute l’équipe adverse, avant d’offrir le but à un coéquipier comme s’il était trop vulgaire qu’il finisse tout seul le travail. Nostalgique, Ivanov enfonce le clou : Cette action n’était pas la première du genre. Ce n’était pas un problème pour lui de passer sept ou huit joueurs. Le prodige du Torpedo Moscou verra sa carrière gâchée par des années de goulag en Sibérie, manquant la World Cup 1966 pour cause de visa manquant à son passeport et le Mundial 1970 sur blessure. Pourtant, dira plus tard Pelé, Mon plus grand rival ? Eduard Streltsov. Et encore, je pense qu’il était meilleur que moi. Mais le régime communiste ne veut pas glorifier le talent individuel de celui qui décèdera en 1990 d’un cancer de la gorge, attrapé soit au goulag soit dans les matches caritatifs auquel il participa en 1986 pour aider les victimes de la catastrophe de Tchernobyl. Streltsov possède aujourd’hui une statue à son effigie devant le stade Loujniki de Moscou, où se jouera en 2018 la finale de la Coupe du Monde, soixante ans après le rendez-vous raté du génie russe, qui verra sa trajectoire brisée à 21 ans, comme Duncan Edwards, figure de proue de Manchester United décédé le 6 février dans le crash aérien de Munich au retour d’un match face à l’Etoile Rouge de Belgrade. Meilleur joueur de ce Mondial, Didi, le Prince d’Ethiopie et inventeur de la feuille morte, est trop esseulé au Brésil. En lançant Garrincha et Pelé dans la fosse aux lions, Feola prend un risque payant. Les Soviétiques sont battus 2-0 et le Brésil sort vainqueur d’un groupe de la mort où il a tenu en échec l’Angleterre 0-0 et battu l’expérimentée équipe d’Autriche 3-0. En quart de finale, le talent de Pelé explose tel un diable sortant de sa boîte. Buteur face au pays de Galles, l’adolescent fait encore mieux contre la redoutable équipe de France emmenée par le Napoléon du football, alias Raymond Kopa. Ce fils de meneur polonais sera logiquement élu Ballon d’Or 1958, avec son complice Just Fontaine sur le podium. Malgré l’absence de joueurs algériens partis jouer avec l’équipe du FLN (dont le Stéphanois Rachid Meklhoufi, les Monégasques Abdelaziz Ben Tifour et Mustapha Zitouni), le sélectionneur Jean Nicolas a bâti une équipe de France très compétitive, qui permet à Just Fontaine de marquer 13 fois, dont le but de l’honneur face au Brésil. La mission devient impossible pour les Bleus une fois réduits à dix après la blessure de leur défenseur Robert Jonquet. Le football samba du Brésil, le célèbre jogo bonito, devient réalité sur la pelouse de Gôteborg : 5-2, dont un triplé du jeune Pelé. Garrincha, Didi et Vava ont également fait des ravages. Le doute fait surface en finale quand la Suède de Liedholm ouvre le score à Stockholm, mais la Seleçaoterrasse le pays organisateur 5-2 : dix buts pour les deux derniers matches, aucun champion du monde n’a fait preuve d’un tel festival offensif dans le money time. Plébiscité idole des jeunes, en larmes après la finale où le gardien Gilmar le porte en triomphe, Pelé va régner sur le football pendant douze ans, prenant le relais de géants comme Di Stefano et Puskas, les deux rois des années 50. Le Brésil, lui, est lancé, et deviendra le pays du football comme la Nouvelle-Zélande est celui du rugby. Manquent juste les équivalents du haka et de la fougère argentée en terme de symboles. L’imaginaire collectif s’en charge, par ce maillot auriverde qui rappelle le drapeau du Brésil ensuite repris comme emblème par le pilote de F1 Ayrton Senna, et ces images de joueurs issus des favelas de Rio de Janeiro jouant sur le sable des plages de Copacabana, Ipanema et Leblon, avec Pain de Sucre et christ de Corcovado pour veiller sur leur destin …

En 1962, le Chili accueille la septième Coupe du Monde. Mais le pays est frappé par un très violent séisme le 18 mai 1960. Nous devons avoir la Coupe du Monde, car nous n’avons rien d’autre, argumente le Chili auprès de la FIFA. L’argument fait mouche. La France sort de la guerre d’Algérie par les accords d’Evian. Des navires entiers de pieds-noirs quittent Alger et Oran pour Marseille. 1961 a vu le bloc communiste remporter deux victoires symboliques : l’érection du mur de Berlin et le premier vol d’un Soviétique dans l’espace, Iouri Gagarine, le 12 avril 1961. Par les moustaches de Plekzsy-Gladz ! Comme un symbole, les deux meilleures équipes du Vieux Continent en 1962 seront issues d’Europe de l’Est : Tchécoslovaquie et Yougoslavie, toutes deux présentes dans le dernier carré du premier Championnat d’Europe des Nations organisé par la France, en 1960. Le lauréat, l’Union Soviétique, avait vu l’Espagne faire l’impasse sur leur duel en quart de finale sur ordre de Caudillo … L’exploit de Gagarine, premier homme dans l’espace en ce 12 avril 1961, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour le président américain John Fitzgerald Kennedy. Ce dernier décrète que dans la décennie à venir, un Américain marchera sur la Lune. La promesse sera tenue par la mission Apollo 11 menée par Neil Armstrong le 21 juillet 1969, à moins que les images fournies par la N.A.S.A. ne soient signées du virtuose Stanley Kubrick, pour prolonger la magie de son chef-d’œuvre 2001, Odyssée de l’Espace marqué par la sublime musique de Johan Strauss, Ainsi Parlait Zarathoustra et le Beau Danube Bleu. Quelques mois plus tard, la crise de Cuba voit le monde frôler l’apocalypse nucléaire, le bras de fer étant remporté par le jeune président Kennedy face au maître du Kremlin. Le téléphone rouge a failli embraser la Terre entière. Rapidement orphelin du roi Pelé, le Brésil s’en remet à un onze titulaire compact où Amarildo et Vava secondent un Garrincha au faîte de sa gloire : une vraie madeleine de Proust pour les amateurs d’un football qui a trouvé son ADN, le jogo bonito. Angleterre, Chili, Tchécoslovaquie, aucune équipe ne résiste à la tornade carioca, qui permet au Brésil de conserver le titre acquis en 1958, exploit seulement réussi par l’Italie en 1934 et 1938, et jamais reproduit depuis. Rayon de soleil de ce tournoi morose, la Seleçao est la seule à offrir encore des scores de baby-foot dans un football de plus en plus défensif …

En 1966, trois ans après le centenaire de la Football Association, la FIFA offre la Coupe du Monde à l’Angleterre en pleine mutation. Winston Churchill est décédé en 1965 dans un pays en proie à la Beatles mania. Quatre garçons venus de Liverpool et passés par Hambourg remportent un succès immense avec des tubes planétaires qui prolonge la vague initiée par Elvis Presley : Love Me Do, Can’t Buy Me Love, Michelle, Help !, Yesterday … Le meilleur reste encore à venir avec Sgt Peppers’s Lonely Hearts Club Band et le sommet Hey Jude de l’album blanc. Mais surtout, Lennon, Paul McCartney et leurs deux acolytes vont inspirer plusieurs générations de groupes britanniques et américains, des Rolling Stones à Muse en passant par Pink Floyd, The Who, Led Zeppelin, Queen, Dire Straits, U2, Pixies, R.E.M., Oasis, Blur, Radiohead, Coldplay, Kaiser Chiefs ou encore Kasabian. La contrée du bœuf à la menthe voit son orgueil légendaire réhaussé par les aventures cinématographiques d’un espion incarné à la perfection par un Ecossais qui devient une star universelle par ce rôle de James Bond : Sean Connery. L’argent 007 reçoit le coup de pouce médiatique du président Kennedy, qui confie que Bons Baisers de Russie fait partie de ses dix livres favoris. Après l’épisode inaugural James Bond contre Dr No en 1962, le chef d’œuvre de Ian Fleming est adapté à l’écran en 1963 (J.F.K. étant assassiné à Dallas le 22 novembre 1963), avec double clin d’œil via la scène mythique de l’Orient-Express à l’univers d’Agatha Christie et Hercule Poirot, mais aussi au passage du Rideau de Fer via la Yougoslavie de Tito, entre Istanbul, l’ancienne Constantinople, et la Sérénissime Venise, où le S.P.EC.T.R.E. est vaincu, temporairement, car James Bond will return. Ridicule en 1962 au Chili, l’Italie ne l’est pas moins en 1966 sur les terres de la Perfide Albion, où le swinging London est en pleine effervescence : guerre du Viet Nam, lutte anti-avortement, défense des droits des Noirs aux Etats-Unis … 1966 voit aussi la diffusion, en Chine, du petit livre rouge par Mao Zedong, le grand timonier de Pékin. Le camouflet pour la Nazionale est atteint lors d’une défaite sans gloire face à l’invité surprise du tournoi, la Corée du Nord, vaincue 3-0 par l’Union Soviétique dans une sorte de derby communiste. Battus 1-0 à Middlesbrough, les Transalpins sont accueillis avec des tomates pourries et des œufs à l’aéroport de Gênes. Le Parlement se saisit de l’affaire qui aboutit au renforcement de la fermeture des frontières du Calcio jusqu’en 1980. La Corée du Nord, elle, n’est pas reconnue officiellement par la Grande-Bretagne. Mais les Anglais ont frôlé le ridicule à trois mois de l’ouverture de leur World Cup en perdant le trophée, dérobé au Westminster City Hall ! Ce n’est pas Ronald Biggs, exilé au Brésil (pour éviter l’extradition) depuis le gang du train postal Glasgow / Londres en 1963, qui a fait le coup … C’est un chien, Pickles, qui retrouve le précieux objet dans un parc de Londres. Son propriétaire, David Corbett, est invité à la grande finale du 30 juillet 1966 à Wembley, avec un absent de marque : Duncan Edwards, fauché en février 1958 par le crash aérien de Munich avec Manchester United. C’est pour lui et les autres victimes que Bobby Moore, Bobby Charlton et Gordon Banks vont jouer dans ce tournoi, où ils dominent l’Argentine qu’Alf Ramsey traitera d’animaux. Du haut de sa tour d’ivoire suisse, la FIFA a concocté un tournoi aux petits oignons au onze de sa Majesté, qui joue tous ses matches à Wembley. Qui a dit que la France était jacobine ? L’Angleterre d’Alf Ramsey ne quittera pas une seule fois le nord-ouest de Londres. La province anglaise, qu’elle ait pour nom Liverpool, Sheffield, Manchester ou Leeds, ne verra jamais son équipe nationale dans ce tournoi. Après son exploit face à l’Italie, la Corée du Nord continue d’impressionner, menant 3-0 en quart de finale à Liverpool face au Portugal. Les coéquipiers d’Eusebio, sortis d’un groupe de la mort devant la Hongrie et le Brésil de Pelé et Garrincha, remontent de 0-3 à 5-3 à Goodison Park. Pyongyang a cru pendant une mi-temps cannibaliser le football européen, avant qu’Eusebio ne remette les pendules à l’heure de Greenwich : le Ballon d’Or 1965, star du grand Benfica de Lisbonne, s’offre un quadruplé. La panthère du Mozambique a sorti ses griffes. Mais cette victoire à la Pyrrhus leur prend tellement d’influx nerveux que les Three Lions de Bobby Charlton les dominent à Wembley : 2-1 sur un doublé du divin chauve de Manchester United, Eusebio sauvant l’honneur du Portugal, qui retrouve l’U.R.S.S. en match de classement. Les Soviétiques de l’araignée noire Lev Yachine ont battu la Hongrie de Florian Albert dans un quart de finale qui sent le soufre, dix ans après l’invasion de Budapest par les chars soviétiques à la Toussaint 1956. En finale, l’Angleterre retrouve la R.F.A. du jeune Franz Beckenbauer. La finale, que l’Ecossais Dennis Law dédaigne, préférant jouer au golf en ce dimanche 30 juillet 1966, est marquée par le but de Geoff Hurst en prolongation. Beaucoup d’encre a coulé et beaucoup d’arbres sont morts suite à ce but dont personne n’a jamais vraiment su s’il était valide, rebondissant sur la ligne de but ouest-allemande après avoir touché la barre transversale. Tout le dilemme est là pour les arbitres du match, le Suisse Gottfried Dienst et son juge de ligne, le Russe Tofik Bachramow. Employé des téléphones à Bâle, Dienst va se retrouver bien involontairement sous le feu des projecteurs. Le Suisse demande à son juge de ligne : Le ballon était derrière la ligne ? Ce dernier répond : Oui, derrière la ligne. Ainsi est validé un des buts les plus litigieux de l’Histoire, sur décision d’un juge de ligne dont le pays venait d’être éliminé par l’Allemagne de l’Ouest ! Après cette banderille, Hurst porte l’estocade aux joueurs d’Allemagne de l’Ouest par un troisième but personnel, le quatrième pour la sélection des Three Lions. La boîte de Pandore sera rouverte en 2010 lors d’un but (valide) cette fois de Frank Lampard lors d’un Allemagne / Angleterre joué à Port Elizabeth en pleine Coupe du Monde sud-africaine. Car malgré le vacarme de tous les vuvuzelas, tout le monde avait vu le joueur de Chelsea marquer un but superbe à Manuel Neuer, quarante-quatre ans après Geoff Hurst … L’héritage de 1966 en Angleterre est immense à commencer par la célèbre chanson We are the champions du groupe Queen, écrite par Freddie Mercury en 1977 sur l’album News of the World.

En 1970, alors que la mission Apollo 13 vient de tenir en haleine la planète entière par son sauvetage in extremis dans un mois d’avril bien triste marqué par la fin des Beatles après la sortie de leur album Let it Be, le Mexique accueille la neuvième Coupe du Monde, qui reste encore aujourd’hui la plus belle de toutes. Ce n’est en tout cas pas grâce à la chaleur mexicaine, et aux matches joués en plein soleil pour satisfaire les télévisions européennes, du fait du décalage horaire entre les pays des Aztèques et le Vieux Continent. Préparé façon N.A.S.A. par un certain Joao Havelange, le Brésil veut laver l’affront de 1966. Stratosphérique, la Seleçao va gagner ses six matches en produisant un football de rêve. Le roi Pelé, quelques semaines après des problèmes de vue, est à l’apogée de sa carrière : quatre buts, et deux gestes inoubliables restés vains : un lob du milieu du terrain face au gardien tchécoslovaque Ivo Viktor, et un grand pont face au portier uruguayen Ladislao Mazurkewicz. Deux ans après les Jeux Olympiques de Mexico, le Mexique est donc l’hôte de ce Mundial qui aura vu une guerre se déclencher durant les éliminatoires, entre le Honduras et le Salvador. La guerre du football sera rapidement terminée, et le Salvador qualifié pour le tournoi mexicain ! Pendant que les hippies de Woodstock partent à la conquête de Katmandou, Pelé réalise des prodiges sur le pré, après avoir interrompu pendant 48 heures la guerre du Biafra lors d’une visite à Lagos. L’homme aux mille buts s’envole en apesanteur en finale contre l’Italie via une détente à faire pâlir Michael Jordan, montrant la voie au Brésil au stade Aztec. L’apothéose vient par une victoire 4-1, avec en épilogue la célèbre passe à l’aveugle du roi Pelé pour son capitaine Carlos Alberto. Mais comment oublier le pied gauche de Rivelino, les caviars de Gerson, les sept buts de Jairzinho ou les gestes d’alchimiste de Tostao, dont le décollement de la rétine inspirera à un mangaka japonais le personnage de Roberto Hongo dans Captain Tsubasa(alias Roberto Sedinho dans Olive et Tom) ? L’Europe, avec ses vedettes Bobby Moore, Gerd Müller, Franz Beckenbauer et Luigi Riva, aura défendu ses couleurs avec fierté, et deux matches d’anthologie ayant offert des montagnes russes d’adrénaline aux spectateurs : l’Angleterre orpheline de Gordon Banks victime d’une intoxication alimentaire qui touchera aussi le pilote de F1 Nigel Mansell au Grand Prix du Mexique 1986, mène 2-0 contre la RFA. Alf Ramsey commet une gigantesque erreur tactique en sortant Bobby Charlton, 33 ans. Ramsey veut ménager son orfèvre pour la demi-finale explosive qui attend la Perfide Albion. Reste un seul joueur de grand calibre aux Three Lions ; Bobby Moore, le capitaine perturbé par une affaire d’émeraudes volées lors de la préparation en Colombie. Malgré la présence de la star de West Ham, l’Allemagne de l’Ouest réussit une remontada dont elle a le secret : trois pierres successivement jetées dans le jardin anglais : Uwe Seeler, Franz Beckenbauer et Gerd Müller : 3-2, Albion est au tapis et l’impitoyable Allemagne en demi-finale. Contre l’Italie en demie, le Kaiser Beckenbauer joue malgré le bras en écharpe .C’est dire l’importance du génial libero du Bayern Munich face à une Nazionale qui refuse toujours d’associer ses joyaux milanais Rivera et Mazzola. Le second remplace le premier pour une prolongation mythique à interdire à ceux qui sont cardiaques. Luigi Riva et Gianni Rivera terrassent la Mannschaft 4-3 et qualifient l’Italie pour la finale où les attend ce Brésil qui voltige à une altitude stellaire, dans un match qui ne sera pas le juge de paix du tournoi, tant l’écart est criant techniquement comme physiquement, les Italiens étant laminé par la dantesque prolongation jouée face aux Allemands. La nuit mexicaine peut débuter dans la péninsule. La Botte ne dormira pas entre les 17 et 18 juin 1970, que ce soit à Milan, Naples, Rome ou Turin …

En 1974, la RFA reçoit la neuvième Coupe du Monde dans une ambiance triste, avec un ciel gris qui rappelle les sinistres épisodes de l’inspecteur Derrick. Deux ans après les Jeux Olympiques de Munich, l’Allemagne de l’Ouest est encore marquée par les attentats du groupe palestinien Septembre Noir, que le Mossad poursuivra dans toute l’Europe pendant des années, comme le montre le film Munich de Steven Spielberg (2006). L’U.R.S.S., elle, n’est pas présente de l’autre côté du mur de Berlin, ayant été disqualifiée lors d’un barrage contre le Chili de Pinochet. Le 21 novembre 1973, la sélection soviétique ne se présente pas à Santiago. Le Chili est qualifié dans une ambiance surréaliste, dans ce stade Nacional où le poète Victor Jara et des milliers d’opposants ont été massacrés par la nouvelle dictature en place. Mais cela n’a a priori pas marqué les envoyés spéciaux de la FIFA à Santiago du Chili, en l’occurrence le docteur Helmut Käser et Abilio d’Almeida, vice-président de la FIFA et proche d’un certain Joao Havelange : Nous avons trouvé que le cours de la vie était normal, il y avait beaucoup de voitures et de piétons, les gens avaient l’air heureux et les magasins étaient ouverts. On nous a dit que contrairement à la période précédant le 11 septembre 1973, la nourriture et d’autres biens étaient disponibles. Le général Augusto Pinochet est devenu dictateur depuis le 11 septembre 1973, quand le régime démocratique du président Salvador Allende a été balayé à Santiago par l’armée chilienne, avec l’aide de la C.I.A. et d’Henry Kissinger, le Secrétaire d’Etat de Richard Nixon. Ce dernier est contraint de quitter la Maison-Blanche après le scandale du Watergate. Mais les Etats-Unis ont réussi en 1973 un superbe coup politique en faisant rentrer la Grande-Bretagne dans la Communauté Economique Européenne. Le cheval de Troie américain, comme le craignait le général de Gaulle, a donc rejoint l’Europe politique, ainsi que le Danemark et l’Irlande, secoué en 1972 par le Bloody Sunday qui inspirera au groupe U2 l’un de ses hymnes sur l’album War (1983). 1972 a marqué un double affrontement sportif où Américains et Soviétiques se rendent coup pour coup : si l’Américain Bobby Fischer terrasse le Soviétique Boris Spassky en finale du championnat du monde d’échecs à Reykjavik en Islande, l’équipe de basket-ball soviétique domine sa rivale américaine pour la médaille d’or en finale du tournoi de basket des Jeux Olympiques de Munich. La chasse gardée de chaque camp est prise par le rival … Le véritable enjeu de cette Coupe du Monde n’est pas sportif mais économique. La formule à 16 équipes perdure mais en lieu et place des matches couperets, les quarts et demi-finales sont remplacés par une deuxième phase de poules. Cela permet aux sponsors de la FIFA, Adidas et Coca-Cola, de bénéficier de plus de matches, donc d’une exposition commerciale supérieure. Car sous l’égide d’Horst Dassler, le football va rentrer dans une autre dimension. Pantin manipulé par Dassler, le Brésilien Joao Havelange est élu le 13 juin 1974 président de la FIFA, face au sortant Stanley Rous, un Anglais qui n’avait pas compris la célèbre phrase de l’empereur Vespasien : L’argent n’a pas d’odeur. L’or non plus, et Havelange ne se privera pas de son passeport diplomatique pour régulièrement ramener dans une valise l’équivalent de 30 000 dollars entre Zurich et Rio de Janeiro. Défenseur des nations d’Asie et d’Afrique, officiellement anti-apartheid, l’ancien nageur (Jeux Olympiques 1936 à Berlin) et joueur de water-polo (Jeux Olympiques 1952 à Helsinki) est investi grâce à Horst Dassler dans un hôtel de Francfort. L’Europe, elle, voit de ses deux dictateurs tomber en cette année 1974 : l’Estado Novo est renversé au Portugal le 25 avril par la Révolution des Œillets, tandis que le régime des colonels est renversé en Grèce. Mais il reste encore bien des dictatures, notamment celle du maréchal Mobutu en Afrique. Ce dernier offrira à Kinshasa le fameux combat Ali / Foreman, the Rumble of Jungle, après que l’équipe nationale ait été ridiculisée 9-0 par la Yougoslavie à Gelsenkirchen. Le match évènement du premier tour reste l’affrontement des deux Allemagne, RDA contre RFA. Et surprise, c’est l’Allemagne fédérale, bien que championne d’Europe en 1972, qui s’incline face à son voisin de l’Est ! Mais les Allemands de l’Ouest voient plus loin tandis qu’un ouragan détruit sur son passage, les Oranje néerlandais de Johan Cruyff. Jamais, depuis Di Stefano, un joueur jouant en Europe n’avait à ce point été nourri par les fées du destin au nectar et à l’ambroisie. Vitesse, technique, charisme, anticipation, sens du but, le numéro 14 qui parviendra à obtenir deux bandes sur son maillot (du fait de son contrat avec Puma et non Adidas, équipementier des Oranje). Le bulldozer néerlandais est sans pitié au deuxième tour pour les deux géants venus d’Amérique du Sud : Argentine atomisée 4-0, Brésil laminé 2-0 … En finale, les pays-Bas de Cruyff retrouvent la RFA de Franz Beckenbauer, qui s’est sortie d’un deuxième tour compliqué face à la Pologne, à la Yougoslavie et la Suède. L’équipe nationale allemande entraînée par Helmut Schön a pour ossature les joueurs du Bayern Munich, champion d’Europe des clubs deux mois plus tôt à Bruxelles. Mais Sepp Maier et consorts n’ont pas oublié la terrible soirée du 7 mars 1973 à Amsterdam. En quart de finale aller de la Coupe des Champions, l’Ajax avait éparpillé le Bayern façon puzzle ce jour là : 4-0. Dans la Venise du Nord, le club bavarois n’avait pas existé, et Maier en avait jeté son équipement de rage dans les canaux d’Amsterdam. Le football total imaginé dans Soccer Revolution par Willy Meisl (frère d’Hugo, l’architecte du Wunderteam autrichien) va vivre son acmé en ce dimanche 7 juillet 1974. Mais la soirée du 30 juin 1974 à Munster, après la victoire hollandaise contre la RDA, vire à l’orgie. Cruyff et quelques autres s’arrosent un peu trop au whisky et au champagne dans une piscine de l’hôtel Krautkrämer en compagnie de belles jeunes femmes. L’histoire parvient jusqu’à l’épouse du double Ballon d’Or, métronome d’un Barça retrouvé et champion d’Espagne. Quelques jours avant d’écraser le Real Madrid 5-0 à Santiago Bernabeu, Cruyff a même prénommé son fils Jordi, prénom catalan interdit par le régime de Franco … Quand le bus néerlandais arrive en direction de la toile d’araignée, la chanson de David Bowie Sorrow sert de bande originale aux Oranje. Tristesse, oui, car après le penalty transformé par Neeskens à la première minute, les Pays-Bas semblent chloroformés, victimes de catalepsie mais surtout de leur péché d’orgueil. Paul Breitner égalise sur penalty avant que Der Bomber, le légendaire Gerd Müller n’offre la Coupe du Monde à la RFA. Mais certains joueurs, dont Wim Van Hanegem, ne sont pas lucides, faisant de ce match une revanche sur le destin, la star du Feyenoord Rotterdam ayant perdu son père, sa sœur et deux frères par la faute des nazis. Le père de Ruud Krol avait lui caché treize juifs dans une maison d’Amsterdam pendant la Seconde Guerre Mondiale. Vingt ans après le miracle de Berne contre la Hongrie de Puskas, l’Allemagne de l’Ouest fait tomber un autre favori, la Hollande de Cruyff et ses oranges mécaniques. Beckenbauer peut soulever le nouveau trophée signé du sculpteur italien Silvio Gazzaniga dans le ciel gris de Munich.

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    11 décembre 2017 a 16 h 22 min

    La suite avant publication de la partie 2

    En 1978, l’Argentine accueille la dixième Coupe du Monde. Depuis 1976, la junte militaire du général Videla dirige un pays pourtant déjà habitué à la dictature pendant les années Juan Peron (1946-1955 et 1973-1974). En France, des intellectuels et artistes, dont Marek Halter, Simone Signoret, Maurice Clavel ou Bernard-Henri Lévy, dénoncent les crimes de la junte, voire demandent le boycott du tournoi. Des manifestations prennent forme à Paris, Dijon, Grenoble, Lyon ou Toulouse. Mais la raison d’Etat l’emporte : le gouvernement de Raymond Barre et le président Valéry Giscard d’Estaing ne s’opposent pas à ce que l’équipe de France de Michel Hidalgo, qualifiée pour la première fois depuis 1966, aille en Argentine. Les intérêts commerciaux de Renault et de Matra, qui vendra des missiles Exocet utilisés pour la guerre des Malouines, sont en jeu. La comparaison avec les Jeux Olympiques 1936 de Berlin est souvent faite. Amnesty International s’en mêle. Jimmy Carter, lui, réussit à faire signer les accords de Camp David entre l’Egypte et Isräel, fort des techniques de négociation de Harvard. La Bretagne découvre elle une nouvelle marée noire, celle de l’Amoco Cadiz, onze ans après le Torrey Canyon. 1978 sera l’année des trois papes, Paul VI, Jean-Paul Ier et Jean-Paul II. Le deuxième ne règnera que 33 jours en tant qu’évêque de Rome. La loge P2 (Propaganda Due) de Licio Gelli a-t-elle un lien avec la mort de l’ancien cardinal de Venise ? En tout cas, elle a des ramifications en Argentine, et des liens avec le régime autoritaire de Videla. Contrairement aux apparences, ce n’est pas la raison pour laquelle Johan Cruyff boycotte ce Mundial argentin, malgré les demandes de la reine Juliana. Il y a autant de théories que de poupées gigognes dans un modèle vendu à Moscou. Le numéro 14 du Barça et de la sélection expliquera bien plus tard qu’il avait subi l’expérience d’un cambriolage traumatisant dans sa maison de Barcelone en 1977, et qu’il ne voulait pas se rendre en Argentine. Pour d’autres, c’est le souvenir de la piscine de Munster qui fait que Johan ne parte plus loin de son épouse Danni … Avec Robbie Rensenbrink, Arie Haan, Johnny Rep et Johan Neeskens, les Pays-Bas parviendront en finale de ce Mundial où le sport passe au second plan. Responsable de l’organisation, le général Omar Actis est assassiné le 19 août 1976 (jour de sa première conférence de presse), remplacé par l’amiral Carlos Lacoste. Tout près du stade Monumental où se déroule la finale le 25 juin 1978, un Auschwitz argentin tourne à plein régime, à l’Ecole de Mécanique de la Marine. Un camp de torture et d’extermination fait des centaines de victimes. Certains prisonniers sont ensuite jetés vivants dans l’océan Atlantique Sud. Le régime argentin se félicite de l’absence du voisin chilien, le régime de Pinochet auquel il dispute la Terre de Feu, le point le plus méridional de la planète, exception faite de l’Antarctique. Omar Actis avait refusé à Joao Havelange la construction d’un nouveau stade. Le zèle de Carlos Lacoste sera récompensé en 1979 par un poste de vice-président de la FIFA, mandat dont il devra démissionner en 1984, un an après le retour de la démocratie en Argentine … A Rosario, les bidonvilles en périphérie de la cité furent cachés par des murs où étaient peintes en trompe-l’œil des maisons colorées. La mascarade atteint le firmament lors du célèbre match Argentine / Pérou où l’Albiceleste doit marquer quatre buts à son voisin péruvien pour devancer le Brésil à la différence de buts. L’enjeu est crucial pour les hommes de Luis Cesar Menotti : se qualifier pour la finale. Pour cette Coupe du Monde, Menotti a mis de côté un prodige surnommé El Pibe del Oro : Diego Armando Maradona. A seulement 17 ans, le génie devra attendre l’édition espagnole 1982 pour faire voir son talent sur l’échiquier mondial du football. La star de cette Argentine jouant avec short court et manches très longues est Mario Kempes, alias El Matador, deux fois pichichi en Espagne avec le FC Valence. Ce match est surréaliste, tout d’abord parce que Jorge Videla et Henry Kissinger rendent visite à l’équipe nationale du Pérou avant le match dans son propre vestiaire ! Le dictateur argentin y évoque la fraternité entre les peuples d’Amérique Latine et sa solidarité dans de nombreux intérêts communs. Ensuite parce que le gardien péruvien, Ramon Quiroga, est d’origine argentine, nationalisé péruvien quelques semaines seulement avant la compétition. Ensuite car pendant ce match fou où les papelitos pleuvent sur la pelouse de Rosario, une bombe explose au domicile de Roberto Teodoro Alemann, membre du gouvernement argentin opposé aux dépenses pharaoniques engagées par Videla et Lacoste pour cette Coupe du Monde 1978 en forme de propagande à la Goebbels (chiffrées à plus de 700 millions de dollars) … Depuis le début du Mundial, l’attitude de l’Argentine à l’égard de la délégation péruvienne a tout de l’entreprise de séduction. Contre l’Ecosse que le Pérou affronte à Cordoba, l’amiral Eduardo Massera (membre de loge P2) convie le président péruvien Francisco Morales Bermudez en tribune. En vain. Ce dernier s’affichera cependant au match suivant avec Jorge Rafael Videla et Joao Havelange contre l’Iran (4-1), toujours à Cordoba. Au deuxième tour, la pression devient terrible. Un émissaire du Brésil vient proposer à Hector Chumpitaz, Teofilio Cubillas et leurs coéquipiers une propriété dans le Sud- Est du pays, ou une plage de Pernambouc. Trois joueurs péruviens auraient touché de l’argent de l’Argentine pour jouer en dedans … Combien ? Certains évoquent jusqu’à 200 millions de dollars, une somme folle passée par l’intermédiaire du cartel colombien de drogue de Cali, concurrent de Pablo Escobar basé à Medellin. Le contexte géopolitique de ce match surréaliste du 21 juin 1978 reste l’Amérique du Sud des années 70, et l’opération Condor, alliance entre les dictatures sud-américaines : Argentine de Videla, Brésil, Chili de Pinochet, Paraguay de Stroessner et Uruguay de Bordaberry. Le président péruvien Francisco Morales Bermudez aurait offert ce match sur un plateau à Videla en contrepartie d’un service rendu : que son homologue argentin le débarrasse de treize opposants gênants. Les treize opposants auraient dû être balancés via un « vol de la mort » comme le régime de Videla avait l’habitude d’en organiser dans les eaux du Rio de la Plata séparant Buenos Aires de Montevideo … Heureusement, une photo de l’avion Hercules péruvien, prise par un reporter dans la baie de Jujuy, met la puce à l’oreille des instances des Droits de l’Homme à Paris. Jorge Videla est contraint de renoncer, et les proies peuvent filer vers le Mexique puis vers la France, où l’Elysée et le gouvernement Barre ont agi sous la pression du COBA, le COmité pour le Boycott de l’organisation de la coupe du monde de football par l’Argentine … Selon Alemann, l’Argentine aurait ensuite versé 50 millions de dollars au Pérou, plus un crédit non remboursable de 35 000 tonnes de blé en la faveur de son voisin. Pour mêler son nez dans les affaires de Lacoste et Videla, Alemann voit son domicile frappé d’un attentat à la bombe à 20h22, minute précise où Leopoldo Luque marque le quatrième but, celui de la délivrance … Lacoste, lui, aura vu son patrimoine personnel progresser de 433 % entre 1977 et 1979, une vraie caverne d’Ali Baba … Mais Argentine – Pérou n’est pas le seul match étrange dans le parcours des coéquipiers d’Ubaldo Fillol et Mario Kempes dans leur première quête du Graal mondial : contre la Hongrie en ouverture, les deux stars magyars (Torocsik et Nyilasi) sont expulsées en fin de match. Face à la France, une main involontaire de Marius Trésor est sanctionnée d’un penalty transformé par le capitaine Daniel Passarella. Contre la Pologne, Mario Kempes arrête un ballon de la main sur la ligne de but sans être expulsé. Le penalty de Kazimierz Deyna est raté de façon étrange par la star polonaise … Enfin en finale face aux Pays-Bas où Rensenbrink manque l’estocade en touchant le poteau à la 90e minute, Luis Cesar Menotti réalise son discours d’avant-match dans le vestiaire sans le gardien Fillol ni les remplaçants, le temps de doper les dix joueurs de champs. Le sélectionneur insiste pour jouer au nom du peuple : On ne va pas gagner pour ces fils de pute mais pour alléger les douleurs des gens. Menotti conseille à ses hommes de ne pas regarder la tribune officielle pendant les hymnes, mais de fixer le public : les bouchers, les boulangers, les ouvriers et les chauffeurs de taxi. Et pour Mario Kempes et Alberto Tarantini, le tour d’honneur dure une heure le temps de faire retomber les injections. L’urine analysée contiendra celle d’une femme enceinte … Occupé à fêter le titre avec les aficionados dans les tribunes de Buenos Aires, le meilleur buteur et meilleur joueur du Mundial, Mario Kempes, fut le seul joueur argentin à manquer la remise officielle de la Coupe du Monde et donc à ne pas serrer la main du dictateur Videla en ce 25 juin 1978. Un acte manqué ? L’ombre du Condor plane toujours sur le Monumental près de quarante ans plus tard …
    En 1982, l’Espagne sort d’une période de transition démocratique, sept ans après la mort de Franco en 1975. Désigné héritier par le Caudillo en 1969, Juan Carlos a berné Franco car l’héritier de la dynastie des Bourbon va instaurer la démocratie. Mais celle-ci est fragile, comme le montre la tentative manqué de coup d’Etat du 23-F, le 23 février 1981, où Juan Carlos gagne ses galons de père de la patrie espagnole. Le pays avait obtenu l’organisation de la Coupe du Monde dès juillet 1966, se retirant au profit de la RFA pour 1974 en contrepartie du retrait ouest-allemand pour 1982. Joao Havelange s’occuper de gérer avec clientélisme ses pays électeurs. En contrepartie du vote des pays africains et asiatiques pour Juan Antonio Samaranch comme président du C.I.O. en 1980 à Moscou, l’Espagne de Juan Carlos accepte le passage de 16 à 24 équipes pour ce Mundial 1982, et tirera les marrons du feu avec l’obtention des Jeux Olympiques d’été de 1992 à Barcelone. Ce ne sont plus 38 mais 52 matches qui seront diffusés et sponsorisés par les partenaires économiques de la FIFA. A Zurich, un certain Joseph Blatter a été placé à la FIFA en 1975 par Horst Dassler. Cet ancien cadre de l’horloger Longines remplacer en 1981 le docteur Helmut Käser comme secrétaire général de la FIFA. Tombé en disgrâce auprès du roi Soleil Joao Havelange, Käser tombe de Charybde en Scylla. En 1983, il n’est pas invité au mariage de sa propre fille Barbara. Comble du déshonneur, celle-ci épouse … Sepp Blatter ! Le favori du tournoi espagnol est le grand Brésil de Tele Santana, fort de son joyau Zico, de son poumon Falcao et de son inspirateur Socrates. Ce dernier, frère aîné de Rai, porte le prénom d’un philosophe grec. Ses autres frères, Rai excepté, tirent aussi leur nom de références antiques, avec Sostenes (cité dans l’épitre de Saint-Paul) et un Sophocles, du nom de l’auteur d’Œdipe Roi adapté en 1975 au cinéma par Pier Paolo Pasolini. Docteur en médecine et grand fumeur devant l’éternel, Socrates défendra la démocratie au Brésil. Comme le cycliste Gino Bartali qui avait contribué à sauver des Juifs durant la guerre (cachant des documents dans le cadre de son vélo et se rendant de couvent en couvent entre Florence, Assise ou Gênes), Socrates dépasse le simple cadre du sport. Mais son but contre l’UR.S.S. n’en reste pas moins un chef d’œuvre. La Seleçao pense avoir trouvé la martingale gagnante. Elle atteint son climax lors d’une démonstration 3-1 face à l’Argentine où le jeune Maradona mesure encore le chemin à parcourir pour éblouir une Coupe du Monde comme le fait Zico, le Pelé Blanc de Flamengo. Mais l’Italie, où Enzo Bearzot a instauré un silenzio stampa après l’opprobre jetée par la presse sportive lors d’un premier tour moribond (trois matches nuls et deux buts marqués seulement), va se mettre en travers de ce Brésil naïf tactiquement. Claudio Gentile ayant muselé Maradona face à l’Argentine, les deux équipes jouent un quart de finale à Sarria, sur les hauteurs de Barcelone. Les épiciers contre les artistes, les serruriers contre les magiciens, les bouchers contre les virtuoses. La caricature est facile mais c’est pourtant le moins talentueux qui va gagner, avec un réalisme effarant, là où le Brésil est sur son propre nuage, dans une autre dimension : celle du rêve. Le réveil va être douloureux, façon uppercut de Mike Tyson en plein dans la gencive. Zico pris par le cerbère Gentile, les autres stars italiennes se chargent du travail. Dino Zoff, Bruno Conti et surtout Paolo Rossi offrent la victoire à la Squadra Azzurra, tandis que le Brésil n’a cessé de courir après le score. Ce 5 juillet 1982, à Rio de Janeiro et Sao Paulo, reste le jour où le football est mort. D’autres équipes seront des héros malheureux de ce Mondial, comme l’Algérie de Belloumi et Madjer. Les Fennecs s’offrent le scalp de la RFA, championne d’Europe en 1980 en Italie. La prouesse des stars du Maghreb reste sans lendemain. Comme en 1978 pour Argentine / Pérou, un match va profiter de la connaissance du résultat de celui de ses rivaux pour fausser la glorieuse incertitude du sport. Le match de la honte RFA / Autriche est gagné par les hommes de Jupp Derwall 1-0 sur un but de raccroc de Horst Hrubesch. Derwall qui avait pourtant déclaré, avec une arrogance non dissimulée : Si nous ne battons pas l’Algérie, je rentre par le premier train. Le sélectionneur allemand sera bien là jusqu’à la grande finale de Madrid … L’autre cocu du premier tour est le Cameroun de Roger Milla, privé d’un but valide face au Pérou par l’arbitre autrichien Franz Wöhrer. Avec ce but camerounais, l’Italie n’aurait pas accédé au deuxième tour … La seule consolation est pour Thomas N’Kono. Le gardien camerounais est embauché par l’Espanyol de Barcelone, où il jouera pendant dix ans. La France, elle, se voit annuler un but valable d’Alain Giresse par l’intervention sur le terrain du cheikh du Koweït. Les Bleus gagneront 4-1 avant que Manuel Amoros ne sauve la patrie face à la Tchécoslovaquie de Panenka. La France frôle l’exploit à Séville en demi-finale mais l’entrée en jeu de Rummenigge en prolongation redonne la grinta nécessaire à la RFA. Car cette équipe de France a un péché mignon : elle ne sait pas tenir un résultat. La RFA va en profiter pour tirer les marrons du feu. Menée 1-3, cette dernière revient à 3-3 et l’emporte aux tirs aux buts, pendant que Patrick Battiston a évité de peu la mort sur la barbare agression d’Harald Schumacher. Pas même averti et encore moins expulsé par l’arbitre néerlandais Charles Corver, le bourreau de Battiston sera ignoble jusqu’au bout : Je lui paierai ses frais de dentiste. La sortie violente du gardien de Cologne inspire l’acteur Francis Huster, passionné de football qui se fend “Lettre ouverte à Michel Platini”, écrite peu après le match dans sa nuit d’insomnie du 8 au 9 juillet 1982, le comédien engagé fait les louanges de ces qualités qui ont coûté cher aux joueurs français et emploie des mots très durs pour qualifier les footballeurs Outre-Rhin, renforçant ainsi inexorablement l’antagonisme franco-allemand : Ce pourquoi Cyrano, Molière, Jean Moulin en France sont morts : le panache. Contre la brute aveugle, contre la bêtise de la force, contre la masse de muscles sans faille, vous avez jailli avec votre poésie, votre imagination, votre finesse, votre inspiration, et tu sais quoi Michel, votre humilité. Mais plus que jamais, lors du match de 1982, les vieilles rancœurs sont réapparues. Si de nombreux Français font ainsi le serment de ne plus jamais mettre les pieds Outre-Rhin, la haine est principalement canalisée sur le gardien allemand Harald « Toni » Schumacher. Surnommé Schumacher-SS, il devient le personnage allemand le plus détesté des Français devant Adolf Hitler ! Le magazine Paris-Match rajoute alors de l’huile sur le feu en prolongeant la comparaison avec les précédents affrontements franco-allemands : Tout est guerre. Et 1914. Et 1940. Et 1982 où, pour la troisième fois en un siècle, la France rencontrait l’Allemagne dans un match et le champ de bataille de Séville. Ce sentiment haineux d’injustice français est tel que le Président de la République François Mitterrand et le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt se voient dans l’obligation d’écrire un communiqué commun afin de ne pas mettre en péril une entente harmonieuse. Deux ans plus tard, par leur émouvante poignée de mains du 22 septembre 1984, devant la nécropole de Douaumont, François Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl offrent à l’Europe entière l’image symbole du pacte franco-allemand, garant de paix sur le Vieux Continent, donnant ainsi une belle leçon aux imbéciles qui ont voulu exploiter la défaite de Séville à des fins d’anti-germanisme primaire … En finale à Madrid, l’Italie venge la France, battant la RFA 3-1. A quarante ans, Dino Zoff soulève dans le ciel de la Castille le trophée de la Coupe du Monde, la troisième pour la Nazionale. Il était temps pour le gardien de la Vecchia Signora, qui partira en retraite en 1983. En parallèle de ce Mundial espagnol spectaculaire, la guerre des Malouines gagnée par le Royaume-Uni de Margaret Thatcher face à l’Argentine de Jorge Videla servira de terreau à l’édition suivante de la Coupe du Monde.

    En 1986, c’est le Mexique qui organise la Coupe du Monde, après le désistement en 1983 de la Colombie. Mais dès 1980, l’aigle bicéphale Dassler / Havelange espérait le retrait colombien, comme en témoigne cette déclaration du Machiavel d’Adidas : En 1986, la Coupe du Monde de football sera probablement donnée au Mexique si la Colombie se désiste de son mandat d’organisateur, une possibilité, qui, pour l’instant, est prise en compte par la FIFA. Le Brésil est aussi considéré comme un second choix possible par les cercles d’influence de la Fédération Internationale, même si le président de la FIFA, le docteur Joao Havelange, use du tout le prestige de sa position pour aider de tout son poids la candidature de son pays natal. Ces mêmes cercles considèrent absurde et presque ridicule les suggestions de tenir une Coupe du Monde aux Etats-Unis. D’autant plus que l’intérêt pour le soccer est en déclin aux Etats-Unis. Certains voient même l’existence de la North American Soccer League remise en question. Le coup de grâce sera en effet porté à la NASL par la désignation du Mexique au détriment de la candidature américaine. La Warner Bros, propriétaire du Cosmos New York qui avait enrichi Pelé, Chinaglia ou Beckenbauer, cessera d’investir dans un championnat privé d’une caisse de résonance telle que la Coupe du Monde. Dix ans après la candidature américaine défaite pour les Jeux Olympiques de 1976 (année du bicentenaire de l’indépendance des Etats-Unis), bien que Richard Nixon et Henry Kissinger aient offert des pierres de lune aux membres du CIO, l’Amérique apprend à perdre face au voisin mexicain, comme Los Angeles face à la candidature de Montréal. L’oncle Sam s’en souviendra, notamment pour les Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, privant Athènes du centenaire des Jeux de 1896. Ironie du destin, Mexico est frappé en septembre 1985 par un terrible séisme. Mais le Mexique honorera tout de même son engagement, devenant le premier pays, avant l’Italie (1990), la France (1998), l’Allemagne (2006) et le Brésil (2014) à recevoir une deuxième fois l’épreuve suprême du football mondial. Quand l’heure du tournoi arrive, le monde est encore sous le choc de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le 28 avril 1986 en Ukraine. Cela n’a pas perturbé les joueurs du Dynamo Kiev, qui ont écrasé l’Atletico Madrid 3-0 à Lyon en finale de la Coupe des Coupes. Alors que le football n’a toujours pas digéré le traumatisme du Heysel le 29 mai 1985 à Bruxelles, l’Europe politique a vu l’Espagne et le Portugal rejoindre la C.E.E. portant à douze le nombre de ses membres, la Grèce ayant rejoint l’union en 1981. Les favoris sont au nombre de trois : la France de Platini, surnommé le Brésil de l’Europe depuis sa victoire à l’Euro 84, l’Argentine de Maradona, et le grand Brésil de Zico. Le triple Ballon d’Or (1983, 1984, 1985) français, victime d’une tendinite, ne sera pas au mieux durant ce tournoi où les Bleus dominent l’Italie puis le Brésil, le 21 juin 1986. Deux jours après la mort de Coluche en moto à Opio, la France se hisse en demi-finale après un match sublime où Joël Bats a sauvé la patrie devant un penalty de Zico. Platini et Socrates ratent chacun un tir aux buts dans la fatidique séance om Luis Fernandez qualifie les Bleus. Le lendemain à Detroit, Ayrton Senna gagne le Grand Prix des Etats-Unis de Formule 1 devant deux pilotes français, Jacques Laffite et Alain Prost. Le pilote brésilien de Lotus Renault prend une habitude, utiliser son drapeau national comme emblème de victoire, geste qu’il répètera à domicile à Interlagos en 1991 et 1993, sur l’autodrome José Carlos Pace de Sao Paulo. Zico et Socrates, rois maudits, sont rejoints au tour suivant par Michel Platini, puisque la RFA se montre impitoyable. Il faudra tout le talent de Diego Maradona en finale pour priver l’Allemagne du titre mondial. El Pibe del Oro est de très loin le meilleur joueur de ce treizième édition, malgré les parades du gardien belge Pfaff et les six buts de la fine gâchette anglaise Lineker. Contre l’Argentin, le buteur d’Everton suave l’honneur après deux buts inoubliables de Maradona. Le premier, la fameuse Main de Dieu, permet aux hommes de Carlos Bilardo de venger la guerre des Malouines face à la Perfide Albion, ainsi que les injures d’Alf Ramsey en 1966 à Wembley. Par sa main face à Peter Shilton, Diego a brisé deux totems. Le second, un slalom spécial face aux défenseurs de Three Lions aussi inoffensifs que de piquets dans une descente de ski alpin à Kitzbühel ou Cortina d’Ampezzo, fait rentrer le numéro 10 napolitaine dans la légende du football. En moins de dix secondes, Maradona devient un Dieu vivant … Quant à Thierry Roland, connu pour ses fulgurances à l’antenne, sa remarque raciste sur l’arbitre du match vaudra à Antenne 2 de gérer un incident diplomatique avec la Tunisie : Honnêtement, Jean-Michel Larqué, ne croyez-vous pas qu’il y a autre chose qu’un arbitre tunisien pour arbitrer un match de cette importance? (…) Je ne suis pas raciste, je n’ai rien contre les tunisiens. D’ailleurs, ma femme de ménage est tunisienne. Le journaliste gratifiera les télévisions de France et de Navarre d’autres punchlines en 1998 et 2002 … Le succès 2-1 de l’Albiceleste contre les Three Lions ne sera pas une victoire à la Pyrrhus. Sorte de dragster trempé dans la nitroglycérine comme Achille dans le Styx, Maradona élimine les Diables Rouges belges à lui tout seul en demi-finale par un nouveau doublé : Diego est l’arme fatale de ce mois de juin 1986, sorte d’orichalque unique en son genre. Un ultime caviar du prodige en finale permet à l’Argentine de marquer le troisième but vainqueur par Jorge Burruchaga.

    En 1990, le communisme vit son crépuscule après la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. L’Italie de Giovanni Agnelli accueille sa deuxième Coupe du Monde, pour tourner le dos aux années de plomb. Le propriétaire de la FIAT, bien que sa Juventus soit dominée par l’AC Milan du nouveau tycoon des médias Silvio Berlusconi, place son fidèle Luca Cordero Di Montezemolo à l’organisation de ce Mondiale. La fin du bloc communiste débloque la situation de Nelson Mandela en Afrique du Sud. Le leader de l’A.N.C., symbole de la lutte contre l’apartheid, emprisonné depuis 1962 (dont 18 ans à Robben Island), est libéré le 11 février 1990, Johannesburg n’étant plus une menace potentielle du fait de la perte d’influence de l’Union Soviétique sur l’échiquier géopolitique. Les Etats-Unis, seule hyper-puissance restante dans le monde, font leur retour en phase finale pour la première fois depuis 1950. Les Américains ont encore beaucoup à apprendre avant d’organiser l’évènement en 1994 … L’Angleterre, elle, est confinée en Sardaigne pour que la police italienne puisse mieux circonscrire les éventuels hooligans sur l’île. Cinq ans après le Heysel, la Perfide Albion fait encore peur. L’affiche de ce Mondiale montre le Colisée de Rome accueillir un terrain de football. Trente ans après les Jeux Olympiques de Rome (1960), l’Italie doit vaincre à domicile comme les gladiateurs devant les empereurs romains. Mais malgré la qualité de l’effectif (Zenga, Baresi, Maldini, Bergomi, Baggio, Vialli …), les rivaux ne manquent pas : l’Argentine de Maradona, la RFA de Mätthaus, les Pays-Bas de Van Basten, le Brésil de Careca voire même l’Angleterre de Lineker ou la Yougoslavie de Stojkovic. Le rayon de soleil de ce Mondiale sera le Cameroun, auteur du premier exploit dès le match d’ouverture à San Siro face à l’Argentine (1-0). Mais cette victoire milanaise des Lions Indomptables ne sera pas un feu de paille, et seule l’expérience de l’Angleterre viendra à bout du superbe parcours des Camerounais en quart de finale dans un volcan de San Paolo qui accueille ensuite une affiche explosive : Argentine / Italie. L’Albiceleste a éliminé le Brésil en droguant le joueur auriverde Branco avec une bouteille d’eau préparée tandis que Caniggia profite du marquage de Maradona pour marquer face à Taffarel, avant de sortir les virtuoses yougoslaves in extremis à Florence aux tirs aux buts, dans une séance où le gardien argentin Goycochea soulage sa vessie sur la pelouse de Toscane … Avant d’affronter le pays organisateur où Toto Schillaci vit une sorte d’été indien, Diego Maradona chauffe le peuple de Naples, au pied du Vésuve : Amis napolitains, pendant 364 jours par an, vous êtes considérés comme des étrangers dans votre propre pays. Aujourd’hui, vous devez faire ce qu’ils veulent que vous fassiez, en supportant l’équipe d’Italie. À l’inverse, moi, je suis napolitain pendant 365 jours par an. Walter Zenga encaisse son premier but du tournoi devant Claudio Caniggia. Schillaci égalise mais la Squadra Azzurra se fait sortir de son tournoi aux tirs aux buts. En finale, alors que Gary Lineker peut déposer le brevet pour sa célèbre phrase sur l’Allemagne (Le football est un jeu qui se joue à onze et où les Allemands gagnent toujours à la fin), la RFA marque sur penalty grâce à Andreas Brehme, Lothar Mätthaus ressentant une gêne dans sa chaussure. Quel plus beau cadeau pour l’Allemagne, trois mois avant la réunification entre RFA et RDA sous l’égide du chancelier Kohl ? Au lendemain du concert des trois ténors (Luciano Pavarotti, Placido Domingo et José Carreras) à Rome que l’on retrouvera en 1994 à Los Angeles et en 1998 à Paris, ce Mondiale se finit 1-0 en queue de poisson, avec un nombre de buts marqués très pauvres et un spectacle désolant, les artistes sont restés muets, se regardant en chiens de faïence au pays du catenaccio. Dans Maradona d’Emir Kusturica (2008), le roi Diego ressasse sa théorie du complot. Tout serait parti de cette élimination italienne, avec multiples effets boomerangs : arbitre mexicain Codesal manipulé pour faire gagner la RFA, contrôle anti-dopage de mars 1991. En tout cas, Maradona entame sa descente aux Enfers à partir de ce mois de juillet 1990, après avoir offert un deuxième Scudetto à Naples, devant le grand Milan de Sacchi et Berlusconi. Sans le savoir, Bernard Tapie emprunte lui aussi le toboggan du déclin, la pente savonneuse vers la loose. Ayant annoncé le rachat d’Adidas la veille de la grande finale, le patron de l’OM a compris lors de l’élimination du club phocéen par Benfica Lisbonne comment gagner une Coupe d’Europe, après l’épisode de la main de Vata. Bernard Tapie paiera aussi très cher son différend avec le Crédit Lyonnais dans la vente d’Adidas en 1993. Mais en ce mois de juillet 1990, le propriétaire du Phocéa a le vent en poupe, se permettant même de faire signer Franz Beckenbauer sur la Canebière, un an après avoir raté de peu le transfert de Diego Maradona de Naples vers la Commanderie …

    En 1994, encore marquée au fer rouge par le suicide Kurt Cobain le 7 avril, l’Amérique du président Bill Clinton accueille la World Cup, dix ans après les Jeux Olympiques d’été de Los Angeles. Diana Ross vient chanter au Soldier Field de Chicago en ce 17 juin 1994, où l’Allemagne de Jürgen Klinsmann domine 1-0 la Bolivie, qui avait commis le crime de lèse-majesté de vaincre le Brésil en éliminatoires à la Paz, la plus haute capitale du monde. Mais Romario, rappelé par Carlos Alberto Parreira, avait remis l’Eglise au milieu du village lors d’un doublé au Maracaña face à l’Uruguay le 19 septembre 1993 … Pour Pelé, qui tient une chronique dans USA Today, le favori est la Colombie, qui a massacré l’Argentine 5-0 en 1993 durant les éliminatoires de la zone sud-américaine : l’Albiceleste se qualifiera par la petite porte, via un barrage contre l’Australie. Le but mythique de Diego Maradona contre la Grèce (avec ce regard plein de fureur du Pibe del Oro devant les caméras de télévision), en forme de chant du cygne du gamin en or, et l’explosion au plus haut niveau de Gabriel Batistuta seront les seules satisfactions d’une édition qui verra l’Argentine rentrer bredouille. Car une fois Diego exclu pour dopage par la FIFA après la victoire face au Nigeria à Dallas, l’Argentine illustre à merveille la citation d’Alphonse de Lamartine : Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Le Saoudien Al Owairan se prend pour Maradona avec un but d’extra-terrestre contre le meilleur gardien du tournoi, le Belge Michel Preud’Homme, mais malgré cette copie carbone du but de Diego contre l’Angleterre en 1986, l’original reste incomparablement supérieure à la copie … En effet, sans son capitaine, l’Albiceleste cède par deux fois contre les voisins des Balkans, la Bulgarie (0-2) puis la Roumanie (2-3), qui avait déjà coupé l’herbe sous le pied du favori colombien au premier tour. Car le Maradona des Carpates, alias le Roumain Gheorghe Hagi, trop heureux du sortir du purgatoire vécu en Série B avec Brescia Calcio, va ramener les Colombiens à la raison d’un lob rappelant celui du Monténégrin Dejan Savicevic en finale de la ligue des Champions à Athènes face au Barça de Cruyff, qui perd ce jour là son titre de Dream Team. Battus également par le pays organisateur avec un but contre son camp d’Andres Escobar, la Colombie de Francisco Maturana rentre à la maison prématurément, malgré son toque précurseur qui inspirera Pep Guardiola plus tard. Andres Escobar est assassiné le 2 juillet 1994, lui l’homonyme du patron du cartel de Medellin, Pablo Escobar, mort en 1993. Le baron de la drogue n’aura pas vu Israël et la Palestine signer les accords d’Oslo sous l’égide de Washington, pas plus que le génocide rwandais succéder à celui en vigueur en ex-Yougoslavie, ni François Mitterrand et la reine Elizabeth inaugurer l’Eurostar entre la France et l’Angleterre en mai 1994, avec un clin d’œil jusqu’en 2007 pour les mangeurs de grenouilles arrivant à Londres, à Waterloo Station, du nom de la plus terrible défaite de Napoléon. Le tunnel sous la Manche, tout bon pour Dennis Bergkamp qui va contracter une phobie de l’avion durant le tournoi à Orlando et pourra ainsi rejoindre l’Hexagone en 1998, tant pis pour Français et Anglais qui regardent ce Mondial à la télévision, une première commune depuis 1974 ! Le Brésil, lui, joue pour la mémoire d’Ayrton Senna son as du volant, également triple en champion du monde en quête d’une quatrième couronne mondiale. L’archange est décédé le 1er mai dans le cockpit de sa Williams-Renault FW16 après un crash dans le virage de Tamburello, sur l’autodrome Enzo e Dino Ferrari d’Imola. L’hôpital de Bologne apprend l’horrible nouvelle au monde entier, dix ans avant de déclarer la mort clinique d’un autre sportif romantique, le cycliste italien Marco Pantani. Ce dernier se révèle lors d’un Giro qui précède de quelques jours cette Coupe du Monde 1994 qui n’intéresse pas vraiment l’Amérique. Occupée par le procès de l’ancienne star du football américain O.J. Simpson et la victoire des Houston Rockets d’Hakeem Olajuwon sur les New York Knicks de Patrick Ewing dans une NBA orpheline d’His Airness Michael Jordan, l’oncle Sam ignore superbement le soccer, malgré le show Robin Williams face à Sepp Blatter lors du tirage au sort en décembre 1993 à Las Vegas. En témoigne cette question d’un journaliste américain à la star allemande Lothar Mätthaus, capitaine des champions du monde sortants, à son arrivée à l’aéroport de Chicago : Qui êtes-vous ? L’Allemagne sera mise K.O. au Giants Stadium d’East Rutherford, près de New York, par un épouvantail venu de Bulgarie : Hristo Stoïtchkov. Meilleur buteur du tournoi marqué par la canicule (comme au Mexique en 1970 et 1986 les matches sont joués en pleine journée pour que les télévisions européennes diffusent les matches en prime time, avec 45 degrés Celsius et non Fahrenheit à Dallas lors d’Allemagne / Corée du Sud), le numéro 8 du Barça voit son compère en Catalogne emporter le trophée au Rose Bowl de Pasadena : Romario, muet en finale comme son rival Roberto Baggio, est sacré champion du monde en Californie, près de cette Silicon Valley et de Hollywood, moteurs de l’Amérique avec Wall Street et les grandes universités de la côte Est (Columbia, Yale, Princeton, Harvard, MIT). Dans le remake de la finale de 1970, le plus célèbre bouddhiste d’Italie manque le nirvana par un tir au but qui s’envole dans le ciel de la Cité des Anges … Baggio laisse ainsi le titre mondial à Romario, qui lui succèdera au palmarès du joueur FIFA de l’année, tout comme Stoïtchkov lui prendra le Ballon d’Or en fin d’année. Les deux joueurs du Barça soulagent la plaie béante de la défaite 4-0 au stade olympique d’Athènes, la Dream Team de Johan Cruyff ayant été hachée menue par l’AC Milan de Fabio Capello. Cruyff, lui, a refusé de coacher les Oranje¸ expliquant a posteriori sa décision avec une punchline digne de sa légende : En 1994, la sélection néerlandaise manquait d’agressivité. Comment pourrait-elle en avoir avec des joueurs leaders comme Bergkamp et Rijkaard qui n’en ont pas? Impossible. Tu ne peux pas commander un steak dans un restaurant de poissons. Il est vrai que sans Marco Van Basten et Ruud Gullit, le jeu n’en valait pas la chandelle pour Cruyff. Mais avec Argentine – Roumanie en huitième de finale (où Hagi profite d’une Albiceleste orpheline de Maradona suspendu pour dopage), Brésil / Pays-Bas sera le plus beau match de cette édition fertile en buts. Avec l’inoubliable image de Mazinho, Bebeto et Romario berçant un bébé, celui de Bebeto en l’occurrence, prénommé Mateus en hommage au joueur du Bayern Munich. En voilà au moins qui connaît le nom du capitaine de l’équipe d’Allemagne ! Bebeto qui résuma parfaitement l’esprit de cette Seleçao de Dunga vouée aux gémonies par Socrates et tous les esthètes du jogo bonito : Un même sang coule dans nos veines. Il faut dire que l’enlèvement du père de Romario et l’agression de la femme de Bebeto, avant le tournoi américain, avait soudé le groupe, qui rendra hommage à feu Ayrton Senna dans leur tour d’honneur après la victoire à Los Angeles.

    En 1998, année où les livres d’Histoire rappelleront qu’un président avait une libido dévorante à Washington (Bill Clinton avec Monica Lewinsky) et un autre une addiction à la vodka à Moscou (Boris Eltsine) sans oublier de favoriser un aréopage de favoris (Wall Street via une dé-régularisation massive de la finance de marché pour Clinton, les oligarques pour Eltsine), c’est la France qui organise la Coupe du Monde, au détriment du Maroc. Connu pour ses légendaires retards, le roi Hassan II aura provoqué le courroux de Joao Havelange, et donc la défaite de la candidature marocaine. Le président brésilien de la FIFA passe le témoin à son secrétaire général Sepp Blatter, mais finit son règne de 24 ans en apothéose : cinq semaines en suite impériale à l’hôtel Bristol, là où Woody Allen tournera en 2011 son chef d’œuvre européen Minuit à Paris. L’Hexagone, qui passe aux 35 heures par les volontés du gouvernement socialiste de Lionel Jospin et Martine Aubry, a été traumatisée par le préfet de Corse Claude Erignac en février à Ajaccio. Le coupable présumé, Yvan Colonna, sera retrouvé en 2003 par la police avant un référendum et cinq années de cache dans le maquis sur l’île-de-Beauté …L’omerta en vigueur dans le peloton cycliste n’est pas plus belle quand le Tour de France part de Dublin le samedi 11 juillet, jour où le Croate Robert Prosinecki devient le premier joueur à marquer sous deux maillots différents en Coupe du Monde (le premier avait été inscrit en 1990 avec la Yougoslavie contre les Emirats Arabes Unis) : l’exclusion des Festina de Virenque, Dufaux et Zülle sera ordonnée en Corrèze une semaine plus tard à la demande du président Chirac, lequel remonte dans les sondages d’opinion face à son Premier Ministre de cohabitation Lionel Jospin. Depuis 1967, la Corrèze est la terre électorale de celui qui était surnommé le bulldozer par Georges Pompidou : pas de question de s’afficher auprès de cyclistes dopés. La belle remontée dans les sondages pourrait faire pschitt … La France voit Richard Cœur de Lion Virenque et ses cheveux blonds platine donner rendez-vous l’année prochaine avec des trémolos dans la voix. La Virenquemania part aux oubliettes, place à la Zidanemania. Jacques Chirac reçoit les champions du monde français lors de la garden-party de l’Elysée le 14 juillet, le surlendemain de la grande finale du 12 Juillet entre la France et le Brésil, où plutôt entre Adidas et Nike. La firme à la virgule force Ronaldo à jouer malgré une crise d’épilepsie dans sa chambre d’hôtel, alors que Michael Schumacher coupe en vainqueur la ligne d’arrivée du Grand Prix de Grande-Bretagne à Silverstone. Groggy comme un boxeur massacré par Rocky Balboa, le numéro 9 du Brésil était attendu comme le Messie par toute la planète football. Après deux saisons d’extra-terrestre au Barça et à l’Inter, le plus jeune Ballon d’Or de tous les temps a subi trop de pression : on lui parle matin, midi et soir des 13 buts de Just Fontaine en 1958. Son complice Romario, lui, est mis de côté par Mario Zagallo et son adjoint Zico. O Baixinho se vengera en dessinant Zagallo et Zico dans les W.C. de son restaurant à Rio de Janeiro … Après la finale gagnée par la France et qui offre une fontaine de jouvence à Gloria Gaynor (I will survive), notre Thierry Roland national assène l’une de ses phrases cultes en direct sur TF1 : Après cela, Jean-Michel, on peut mourir tranquille ! Enfin, le plus tard possible. Mais on peut ! Dans le vestiaire français après la remise de la coupe à Didier Deschamps, un échange sympa se déroule entre le Basque et Michel Platini, un peu jaloux de cette équipe où seul Zidane possède un talent comparable un sien : Alors les gars, il a fallu que j’organise un Mondial pour que vous le gagniez ? La réplique du capitaine Deschamps est au vitriol. Certains sont faits pour organiser, d’autres pour gagner. Aimé Jacquet, lui, tient sa revanche : une avenue des Champs-Elysées noirs de monde le 13 juillet 1998 pour la première fois depuis la Libération de Paris en août 1944, et une vengeance personnelle sur les Guignols de l’Info de Canal + et le journal L’Equipe, deux médias qui n’ont eu de cesse de le tourner en ridicule depuis plusieurs mois, voire plusieurs années pour le quotidien sportif, sous l’influence du tandem Jérôme Bureau / Gérard Ejnès. L’ancien coach de Bordeaux des années Claude Bez ne leur pardonnera pas. Jamais. La belle image du tournoi reste le match Iran / Etats-Unis le 21 juin au stade Gerland à Lyon, ainsi que la participation du Petit Poucet, la Jamaïque : le pays de Bob Marley et de Crab Key est étrillé par l’Argentine 5-0 au Parc des Princes, avec un triplé de Batigol. Aux antipodes, le gendarme Daniel Nivel est massacré par des hooligans allemands avant le match Allemagne / Yougoslavie au stade Félix Bollaert de Lens. Le sélectionneur croate Miroslav Blazevic aura beau porter un képi de gendarme pendant la suite du Mondial et Davor Suker enfiler les buts comme des perles, Daniel Nivel ne retrouvera jamais ses capacités, victime de séquelles irréversibles. L’antidote contre le hooliganisme n’a pas encore été trouvé … Comme l’avait écrit Michel Audiard, les cons, ça ose tout, c’est même cela qu’on les reconnait. Difficile de le contredire …

    En 2002, le monde tremble encore des attentats terroristes du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York, et contre le Pentagone. George W. Bush a lancé la riposte en Afghanistan tandis que l’euro devient une monnaie concrète pour douze pays d’Europe au mois de janvier 2002. Et Lionel Jospin assume pleinement la responsabilité de [son] échec, et en tire les conclusions en [se] retirant de la vie politique. Il ne sera pas le dernier favori à mordre la poussière en 2002. Le football, lui, ne sait plus comment il s’appelle. Arrêt Bosman, Ligue des Champions XXL, favoris au tapis. La France, d’abord, certes orpheline de Pires et Zidane, dont la cuisse devient plus importante que celle de Jupiter. Pas de Bacchus à l’horizon, ou même de caviar, zéro but in fine pour les Bleus malgré Henry et Trezeguet en force de frappe. L’arrogance française aura perdu la troupe à Roger Lemerre, qui avait l’autorité d’un Père Noël des Galeries Lafayette et le charisme d’un vendeur de saucisses itinérant … Soirées au Sheraton de Pusan avec alcool et filles, les Bleus de 2002 ont été les précurseurs de la génération Knysna 2010. Mais chut, il ne faut pas dévoiler ce secret de polichinelle, on ne tire pas sur une ambulance, il ne faut pas dévoiler la partie immergée de l’iceberg. Encore moins sur des champions du monde qui ont eu la Légion d’Honneur, serré la pince à Nelson Mandela et eu pour certains leur statue de cire au Musée Grévin. Zidane et consorts appartiennent à la caste des intouchables, sortes de rois du pétrole à qui tout le monde mange dans la main depuis 1998 : sponsors, Fédération, public, médias, politiques … S’il y eut des matches médiocres avant l’Euro 2000 (1-0 contre Andorre sur penalty de Frank Leboeuf au stade olympique de Barcelone, sur la colline de Montjuich), les tauliers du vestiaire qu’étaient Didier Deschamps et Laurent Blanc avaient su mobiliser les troupes pour conquérir le trophée Henri-Delaunay à Rotterdam face à la redoutable Italie. Après un nouveau triomphe en 2001 à la Coupe des Confédérations et de nouvelles agapes, le capitaine Marcel Desailly ne saura pas suivre le fil d’Ariane de son ami Deschamps, jeune retraité. Les erreurs de la FFF, avec des déplacements éreintants au Chili puis en Australie, achèveront de faire de cette saison 2001-2002 une gigantesque partie de trapèze volant sans filet … Car pour devenir de vraies légendes, il manque juste aux Bleus leur étoile sur Hollywood Boulevard. Pas de chance, elle a été prise par Adidas pour une campagne pleine d’arrogance : deux étoiles sur le maillot au-dessus du coq. Le pauvre gallinacé va finir fracassé par cette étoile bien lourde à porter. Les marabouts sénégalais sonnent le tocsin, l’iceberg danois renvoie le Titanic français de Séoul à Roissy Charles-de-Gaulle. On est dans l’avion devient le tube de l’été 2002. L’effet domino sera terrible. Argentine et Portugal ne passent pas le premier tour de cette Coupe du Monde asiatique. Le plus grand continent du monde accueille pour la première fois le grand évènement, après avoir eu les Jeux Olympiques d’été en 1964 à Tokyo et 1988 à Séoul, en attendant Pékin 2008. La FIFA fait les yeux de Chimène à la Corée du Sud. Le pays du matin calme peut doper le merchandising de cette édition où trop peu d’Européens ont fait le déplacement … L’Italie va faire les frais de ce concours Lépine de l’arbitrage télécommandé … En huitième de finale, Byron Moreno se surpasse. La Nazionale passe à la trappe, et finit aux oubliettes de ce Mondial en forme de Koh-Lanta. La Coupe du Monde restera donc une belle utopie pour l’immense Paolo Maldini … Quand l’arbitre originaire du Costa Rica est arrêté avec six kilos d’héroïne cachés dans son caleçon le 21 septembre 2010, la réaction au vitriol de Gianluigi Buffon fuse. Huit ans plus tard, la Botte n’a pas oublié cette terrible cicatrice et cette injustice : Six kilos de drogues ? En 2002, il ne les avait pas dans le slip mais dans le corps ! Au tour suivant, c’est l’Espagne qui servira de victime sur l’autel du marketing sud-coréen de Sepp Blatter. Il faudra une Allemagne moribonde pour venir à bout des Sud-Coréens de Guus Hiddink. Le scénario des victoires allemandes, entre les huitièmes et la demie, est toujours le même : victoire 1-0 et un Oliver Kahn en forme de mur. Le gardien du Bayern a inventé un nouveau poste, le portier 2.0 tant il repousse tous les tirs. Il faudra un OVNI, en finale, du nom de Ronaldo, pour le voir enfin céder dans ce Mondial. Avant la finale face au Brésil, Franz Beckenbauer sort sa punch-line habituelle sur l’équipe nationale allemande : A l’exception de Kahn, il faudrait mettre tous les autres joueurs allemands dans un sac et taper dessus, on serait certain de toucher quelqu’un qui le mérite. A Yokohama le 30 juin, un phénix prend son envol. Après quatre années de galère, et des images terribles le 6 avril 2000 où il replonge en enfer en finale de la Coupe d’Italie (même les joueurs de la Lazio sont catastrophés de voir Il Fenomeno se blesser sur le même genou après cinq minutes de jeu), Ronaldo remonte sur son trône, celui du prodige qui avait massacré Valence et Compostelle à l’automne 1996 avec le Barça. Bien aidé par Rivaldo et Ronaldinho (qui a refait à David Seaman le coup du lob de Saragosse en 1995), le Ballon d’Or 1997 est le grand monsieur de cette Coupe du Monde 2002 où tant d’autres stars ont mordu la poussière, de Zidane à Totti en passant par Figo, Batistuta, Raul ou Beckham. Avec 8 buts en 7 matches, Ronaldo nous a fait Moïse séparant la mer Rouge en deux. Tel un shérif rentrant violemment dans un saloon en fracassant la porte, le Pantagruel de Rio de Janeiro est assoiffé de buts. Il en marquera 6 jusqu’en demi-finale. Tout le barillet y est passé dans une ambiance de western-spaghetti. A peine le temps de repasser l’harmonica d’Ennio Morricone et de recharger qu’Oliver Kahn prend deux autres pions en finale, passant sous les fourches caudines de ce diable de Ronaldo. 8 buts, du jamais vu depuis Gerd Müller en 1970. Ce joueur est décidément bel et bien le plus fort jamais vu sur un terrain depuis Diego Armando Maradona, dressant la guillotine sur tous ses rivaux, exception faite de la Perfide Albion : mais les autres chevilles ouvrières du 3R, en l’occurrence Rivaldo et Ronaldinho, se chargeront des Anglais. Le Brésil, lui, remporte sa cinquième étoile, pour Nike. Adidas peut revendre son étoile périmée sur eBay, et aller faire soigner le coq blessé à l‘hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Gérard Saillant s’y connaît en grands blessés après Michael Schumacher et Ronaldo. Pour résumer, 2002, c’est la Coupe du Monde où les favoris désignés (France, Argentine) tombent comme des mouches et les favoris habituels (Brésil, Allemagne) partent incognito pour se transformer en outsiders, au grand dam des Diafoirus des pronostics. Au début du tournoi le 31 mai 2002, personne n’aurait en effet parié un kopeck sur Brésiliens et Allemands, tous deux qualifiés in extremis pour ce Mondial asiatique, mais les deux géants, qui s’affrontent pour la première fois en Coupe du Monde, se retrouvent en finale comme on retrouve bien souvent un colonel moustachu de retour des Indes fumant un cigare dans un fauteuil au début des romans d’Agatha Christie. Avec ce cinquième titre mondial, contre trois à l’Italie et à l’Allemagne, le Brésil peut toiser ses deux rivaux européens, le voilà avec deux longueurs d’avance alors qu’il était encore en mort clinique six mois plus tôt, avec un encéphalogramme aussi plat que la qualité de son jeu … Bref, le Mondial 2002 c’est un gloubi-boulga inextricable que personne n’a jamais su comprendre, un panier de crabes, le triangle des Bermudes du football, son Atlantide, sa zone 51, son monstre du Loch Ness … Le seul truc qui est certain, c’est que les courses de cabri de Roberto Carlos ne se font pas à l’eau claire. Mais heureusement, à l’époque, un certain Lance Armstrong attirait à lui seul les chercheurs de scoop sur le dopage …

    En 2006, l’Allemagne de la nouvelle chancelière Angela Merkel reçoit la Coupe du Monde, arrachée en juillet 2000 face à l’Afrique du Sud et face à l’Angleterre. Le pays se prend à rêver d’une quatrième Coupe du Monde, dans la foulée des succès individuels de Michael Schumacher en F1 ou de Steffi Graf en tennis. Franz Beckenbauer, comme Michel Platini en 1998 pour la France, préside le comité d’organisation dans un pays qui a enfin digéré la réunification avec la RDA, racontée avec humour dans Good Bye Lenin en 2003. Le chancelier Schröder avait lancé en 2003 d’ambitieuses réformes qui feront de l’Allemagne l’économie la plus puissante de l’Union Européenne. On reprochera à l’Allemagne d’organiser la finale dans le stade olympique de Berlin, celui des Jeux Olympiques de 1936, ceux du nazisme. Ce point Godwin et raccourci facile fait oublier combien la ville a changé en 70 ans, ayant vécu tant de mutations, inspirant des artistes comme David Bowie (trilogie berlinoise Low, Heroes et Lodger) ou U2 (Achtung Baby). C’est donc près de la Porte de Brandebourg que se termine une Coupe d’un monde où la paix reste encore un miroir aux alouettes, un vœu pieux. George Debeuliou Bush a déclaré unilatéralement la guerre à l’Irak en 2003. Comme son père, le locataire texan de la Maison-Blanche s’en prend donc à Saddam Hussein, ou plutôt à son pétrole … La France de Jacques Chirac, elle, a refusé de suivre les trois pays qui se sont illustrés comme autant de moutons de Panurge européens : le Royaume-Uni de Tony Blair, l’Italie de Silvio Berlusconi, l’Espagne de Jose Maria Aznar. Si le Cavaliere a vu son Milan AC retrouver le sommet européen en 2003 à Old Trafford, Aznar et son héritier désigné Mariano Rajoy prennent en pleine face le boomerang du mensonge en 2004 après les attentats de Madrid. Faisant croire au peuple espagnol que l’ETA est responsable du carnage d’Atocha, Aznar et Rajoy manipulent une opinion qui propulse, par le célèbre effet underdog, l’outsider socialiste Jose Luis Zapatero au pouvoir lors des élections législatives. En France, on retiendra la scène d’anthologie entre Colin Powell et Dominique de Villepin à New York, au Conseil de Sécurité, scène reprise par Bertrand Blier dans Quai d’Orsay avec Thierry Lhermitte … Deux ans plus tard, en 2005, le mandat de Jacques Chirac prend une tournure d’eau de boudin avec le veto des Français au raffarindum européen proposé par l’ennemi historique de J.C. : Valéry Giscard d’Estaing. Quelques mois plus tard, Jacques Chirac est victime d’un A.V.C. dont profite l’imitateur Gérald Dahan pour piéger Raymond Domenech et Zinédine Zidane par téléphone. Car Domenech a dû rappeler Zizou, ce jeune retraité du coq, au bercail ainsi que les tauliers Makélélé et Thuram. Grâce à Gérald Chirac alias Jacques Dahan, la France portera la main sur le cœur en Irlande. Une praline de Thierry Henry à Dublin propulse les Bleus, avant d’expédier les affaires courantes contre Chypre. ZZ alias McGyver sera le grand bonhomme de la Coupe du Monde 2006, malgré un premier tour moribond façon Baggio en 1994. Le prodige du Real Madrid, qui prend sa retraite sportive après le Mondial, se fait chambrer par les médias espagnols avant un huitième de finale où la France fait figure d’outsider : Vamos a jubilar Zidane. Le grand fauve est vexé dans son orgueil, il va sortir les griffes. La réponse du maestro a lieu sur le terrain, à Hanovre : 3-1 et une santé insolente ! Le taureau espagnol s’est vu porter l’estocade par Zizou, qui enchaîne ensuite par un récital digne de son flamboyant Euro 2000. Face au Brésil, la technique de velours de l’alchimiste originaire de Kabylie fait merveille. Sa passe décisive pour Thierry Henry envoie la France en demi-finale. Pour la première fois depuis 1982, l’Europe fait le Grand Chelem dans le dernier carré ! L’Argentine de Riquelme et le Brésil de Ronaldinho sont donc au tapis … Le Portugal de Figo cède sur un penalty de Zidane, tandis que l’Italie met fin à l’odyssée allemande à domicile. La France retrouve donc son voisin transalpin six ans après la fameuse finale de Rotterdam à l’Euro 2000, celle où Dino Zoff ont appris à reboucher une bouteille de champagne par la faute Sylvain Wiltord. La finale démarre sur les chapeaux de roue. Dès la troisième minute, la France ouvre le score sur un penalty de Zidane, qui s’offre une panenka face à Gianluigi Buffon ! Marco Materazzi égalise avant de provoquer Zidane par le biais de sa sœur. Comme en 1998 face à l’Arabie Saoudite, ZZ craque, assorti d’un coup de boule à la façon d’un Juventus – Hambourg en l’an 2000. Carton rouge. La France est à dix, orpheline de son maître à jouer. La pression française retombe jusqu’à la séance de tirs aux buts. Comme en 1994 à Los Angeles, la Coupe du Monde se joue sur un coup de dés. C’est l’Italie qui l’emporte, mettant fin à sa scoumoune dans l’exercice dans la compétition mondiale (face à l’Argentine en 1990, au Brésil en 1994 et à la France en 1998). La baraka italienne, notamment en défense, permet à Fabio Cannavaro de soulever le trophée. Malgré le scandale du Calciopoli touchant la Juventus de Luciano Moggi, le sélectionneur Marcello Lippi a su souder son vestiaire autour de l’objectif suprême : une quatrième étoile sur le maillot de la Squadra Azzurra. A Berlin en 2006, Zidane, lui, perd, comme Maradona en 1990 Rome l’occasion d’un deuxième titre mondial. ZZ, héros du musée Grévin et de tant publicités, icône nationale ayant détrôné l’abbé Pierre, Yannick Noah ou Jean-Jacques Goldman en terme de popularité, perd un deuxième Ballon d’Or après celui de 2000. Deux coups de boule, deux Ballons d’Or perdus, un pour Luis Figo et l’autre pour Fabio Cannavaro, premier défenseur de métier à être élu par le jury de France Football … Car Franz Beckenbauer et Matthias Sammer étaient des milieux de terrain reconvertis en liberos libérés. Comme pour mieux clouer le bec à ceux qui lui cherchent des poux dans la tête, Fabio Cannavaro fera même le doublé avec le trophée du meilleur joueur FIFA de l’année. Zidane, lui, se consolera avec le titre de meilleur joueur de la Coupe du Monde, devant Fabio Cannavaro et un autre uomo squadra : Andrea Pirlo.

    En 2010, le monde est plongé en pleine crise économique. Pressentie par les analystes économiques dès 2007, la crise des subprimes explose à la face du monde entier le 15 septembre 2008. Les employés de Lehman Brothers font leurs cartons à New York devant les caméras de télévisions. Le dilemme a certainement été cornélien pour le Secrétaire d’Etat au Trésor de George W. Bush, Henry Paulson, ancien dirigeant de Goldman Sachs, banque rivale à Wall Street ! Le monde du football, lui, est dominé par le Barça de Pep Guardiola même si l’Inter de Jose Mourinho a réussi à dresser la guillotine face à Messi et consorts pour s’offrir une Ligue des Champions à Madrid, où le Special One reste pour signer son contrat avec le Real Madrid de Cristiano Ronaldo. Rival de Lionel Messi, le Portugais sera vite éliminé de cette Coupe du Monde en Afrique du Sud, malgré un 7-0 contre la Corée du Nord qui n’est pas vraiment du goût du régime de Pyongyang … En plein hiver austral et malgré les vuvuzelas qui gâchent un peu la fête, le pays de Nelson Mandela reçoit donc la grande kermesse de thermidor. L’apartheid semble loin mais les townships existent encore, et la sécurité est aussi chancelante qu’un château de cartes au Cap ou à Johannesburg. L’apartheid avait conduit l’Afrique du Sud à être mise au ban de la communauté internationale. Suite à un match de rugby entre Springboks et les All Blacks néo-zélandais, des pays africains boycottent les Jeux Olympiques de Montréal en 1976. L’Afrique du Sud ne reviendra qu’en 1992 à Barcelone, année où la Formule 1 fait également son retour à Kyalami. Car même Bernie Ecclestone avait dû céder à la pression, bien qu’ayant longtemps posé le chapiteau du F1 circus dans le régime de l’apartheid, ou dans les dictatures brésilienne et argentine des années 70 … La nation arc-en-ciel espère gagner une troisième fois un grand évènement qu’elle organise, après la Coupe d’Afrique des Nations en 1996, gagnée par les Bafana Bafana, et le Mondial de rugby en 1995, malgré de forts soupçons de dopage envers les Springboks. Mais la victoire de 1995 aura offert au monde l’image inoubliable de Nelson Mandela, vêtu du maillot vert et or de son pays, remettre la Coupe Webb-Ellis au capitaine François Pienaar. La scène sera immortalisée dans Invictus de Clint Eastwood, avec Morgan Freeman en Mandela et Matt Damon en Pienaar. Le charismatique dirigeant sud-africain, libéré de prison en 1990, avait vu un certain Ruud Gullit lui dédier son Ballon d’Or en 1987. Les Bafana Bafana de 2010 eux, sont à des années-lumière de pouvoir gagner leur Coupe du Monde. Pour la première fois, un pays organisateur ne franchit pas l’obstacle du premier tour, ce que même les Etats-Unis avaient réussi en 1994. Pire, l’Afrique du Sud prendra même un but contre une équipe de France en-dessous de tout. Qualifiée grâce à la main de Thierry Henry lors d’un barrage serré face à l’Irlande, la France doit à la FIFA sa présence en Afrique du Sud. Car l’instance suprême de Zurich a logiquement voulu éviter de faire jurisprudence en donnant leur billet aux Irlandais pour le pays de Madiba … Inexplicablement, malgré un fiasco à l’Euro 2008 et la sortie médiatique peu glorieuse d’un Domenech demandant en mariage sa compagne Estelle Denis sur M6 après un camouflet contre l’Italie (0-2), la F.F.F. a maintenu l’ancien coach des Espoirs en poste jusqu’en 2010. Jean-Pierre Escalattes aura bien marqué son mandat du sceau de l’amateurisme. Les éliminatoires seront un long chemin de croix jusqu’au scandale irlandais … Mais on avait encore rien vu. Rarement vestiaire aura été aussi divisé, et sélectionneur aussi peu autoritaire. Bien plus que fin 1993 après la douche froide Kostadinov ou en 2002 après la lente agonie en Corée du Sud, la France va toucher le fond à Knysna, étant la risée du monde. Après un nul contre l’Uruguay, et une défaite 0-2 face au Mexique, le volcan bleu entre en éruption le samedi après que L’Equipe face sa une sur une insulte lancée par Nicolas Anelka à Raymond Domenech à la mi-temps du match contre le Mexique : Va te faire enculer, fils de pute ! Les amateurs de prose apprécieront les références littéraires du natif de Trappes. En solidarité avec l’enfant terrible Anelka, la journée du samedi 18 juin est donc exploitée par Patrice Evra à chercher la taupe du vestiaire français plutôt de que préparer. 70 ans après Charles de Gaulle à Londres, le capitaine Evra lance lui aussi un appel depuis Knysna : trouver la taupe ! Le dimanche devient surréaliste avec la fameuse grève du bus devant des journalistes du monde entier. Car les 23 Bleus ne font pas que faire honte à la France, ils sont la risée de la planète entière, avec la fulgurance des réseaux sociaux Facebook et Twitter pour diffuser l’information à une vitesse foudroyante. Mais malgré ce contexte plus que catastrophique digne de l’Aventure du Poséidon, le Radeau de la Méduse français trouve les ressources pour marquer un but à l’Afrique du Sud le mardi 21 juin 2010. Florent Malouda sauve l’honneur français, mais c’est trop tard. L’Elysée, agacée d’un tel fiasco, dépêche les Ministres des Sports, Roselyne Bachelot et sa secrétaire d’Etat Rama Yade … La France entière découvre le somptueux Pezula Resort de Knysna, hôtel bien plus luxueux que celui des futurs champions du monde espagnols. David Villa enchaîne les buts et la Roja, loin du football pétillant du Barça de Guardiola, gagne 1-0 au raccroc tous ses matches. Seules trois équipes offrent un peu de jeu dans ce Mondial : l’Allemagne, l’Uruguay et les Pays-Bas. Après avoir profité d’une erreur d’arbitrage face à l’Angleterre de Fabio Capello, l’Allemagne écrase l’Argentine du sélectionneur Diego Maradona. 4-0, les coéquipiers de Lionel Messi n’ont pas existé en quart de finale. Le Brésil, lui, est battu par les Oranje d’un Wesley Sneijder stratosphérique, pour ne pas dire stellaire. Le meneur de jeu de l’Inter retrouve en demi-finale un autre joueur en état de grâce, l’Uruguay Diego Forlan. Mais la Céleste s’incline face aux Néerlandais. L’Espagne ne laisse pas l’Allemagne prendre sa revanche de l’Euro 2008. Johannesburg accueille donc Espagnols et Néerlandais pour la grande finale. Pendant qu’Andres Iniesta envoie la Roja au paradis en prolongation, la Hollande perd donc une troisième finale de Coupe du Monde, après celles de 1974 et 1978. Le plat pays est maudit, alors que l’Invincible Armada espagnole prolongera encore deux ans l’euphorie, avec une victoire à l’Euro 2012, son troisième tournoi majeur gagné de suite depuis l’Euro 2008 … En remerciement de cette victoire en forme de baume au cœur pour une Espagne en pleine crise économique, le roi Juan Carlos fait de Vicente Del Bosque le marquis Del Bosque !

    En 2014, alors que Nelson Mandela est décédé fin 2013, recevant l’hommage du monde entier, le Brésil accueille la Coupe du Monde, la première depuis en 1978 sur le continent sud-américain. Le géant lusophone se prépare également aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016. Dès le tirage au sort, les ennemis commencent : le superbe décolleté de Fernanda Lima, qui n’a aucun lien de parenté avec Adriana Lima, prive les téléspectateurs iraniens du tirage, censuré par Téhéran. Mais le plus gros problème est celui du Pot Gate : comme l’a démontré avec brio le polytechnicien Julien Guyon depuis New York, le système de la FIFA est pourri de l’intérieur. Le quatrième chapeau, celui des équipes européennes non tête de série, ne peut contenir que huit pays. Or il y a neuf nations sur le Vieux Continent qui ne sont pas têtes de série : Angleterre, Bosnie-Herzégovine, Croatie, France, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie. Au lieu de reconduire la règle en vigueur depuis 2006, en l’occurrence de sortir du chapeau la nation la moins bien classée au classement FIFA, l’instance de Zurich effectue un tirage au sort, à la façon des chaises musicales … C’est l’Italie qui sort cocue de ce jeu de hasard. La Nazionale tombe donc dans le traditionnel groupe de la mort, avec l’Uruguay et l’Angleterre, plus le Costa Rica ! La France, elle, a évité d’être reversée dans le deuxième chapeau à la place de son voisin transalpin … Comme en 2010, la Squadra Azzurra sera dans l’avion du retour dès la fin du premier tour. Mais l’Angleterre passe aussi à la trappe au profit de l’Uruguay et

  2. avatar
    11 décembre 2017 a 16 h 35 min

    En 2014, alors que Nelson Mandela est décédé fin 2013, recevant l’hommage du monde entier, le Brésil accueille la Coupe du Monde, la première depuis en 1978 sur le continent sud-américain. Le géant lusophone se prépare également aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016. Dès le tirage au sort, les ennemis commencent : le superbe décolleté de Fernanda Lima, qui n’a aucun lien de parenté avec Adriana Lima, prive les téléspectateurs iraniens du tirage, censuré par Téhéran. Mais le plus gros problème est celui du Pot Gate : comme l’a démontré avec brio le polytechnicien Julien Guyon depuis New York, le système de la FIFA est pourri de l’intérieur. Le quatrième chapeau, celui des équipes européennes non tête de série, ne peut contenir que huit pays. Or il y a neuf nations sur le Vieux Continent qui ne sont pas têtes de série : Angleterre, Bosnie-Herzégovine, Croatie, France, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie. Au lieu de reconduire la règle en vigueur depuis 2006, en l’occurrence de sortir du chapeau la nation la moins bien classée au classement FIFA, l’instance de Zurich effectue un tirage au sort, à la façon des chaises musicales … C’est l’Italie qui sort cocue de ce jeu de hasard. La Nazionale tombe donc dans le traditionnel groupe de la mort, avec l’Uruguay et l’Angleterre, plus le Costa Rica ! La France, elle, a évité d’être reversée dans le deuxième chapeau à la place de son voisin transalpin … Comme en 2010, la Squadra Azzurra sera dans l’avion du retour dès la fin du premier tour. Mais l’Angleterre passe aussi à la trappe au profit de l’Uruguay et du Costa Rica, qui ne cèdera qu’aux tirs aux buts en quart de finale face à l’Argentine. La Suède, éliminée le Portugal en barrages, pourra avoir des regrets tant les coéquipiers de Cristiano Ronaldo auront été inexistants au premier tour. On se rappellera de la punch-line de Zlatan Ibrahimovic fin 2013 : Une chose est sûre. Une Coupe du monde sans moi, ça ne sert à rien de la regarder parce qu’il n’y a rien à voir. Faux car ce Mondial brésilien offre un spectacle époustouflant au premier tour, avec une myriade de buts. François Hollande, lui, compte sur l’Histoire des Bleus pour remonter dans les sondages. En 1984, 1998 et 2000, les trois glorieuses du football français, le coq avait gagné un grand tournoi international en présence d’un gouvernement socialiste : celui de Pierre Mauroy en 1984, celui de Lionel Jospin en 1998 et 2000. Mais le gouvernement de Manuel Valls ne portera pas chance aux hommes de Didier Deschamps, logiquement battus par l’Allemagne à Rio de Janeiro. Les joueurs de Joachim Low devaient leur qualification pour les quarts de finale à Manuel Neuer, héroïque en huitièmes face à une Algérie galvanisée par le souvenir de 1982. Le portier du Bayern sera, avec Neymar et Arjen Robben, le grand monsieur de cette vingtième Coupe du Monde. Neymar, lui, à seulement 22 ans, porte tous les espoirs du Brésil tel Ronaldo en 1998. Mais la pression est encore plus grande pour la star du Barça : car le Brésil joue à domicile. Il faut effacer l’échec de 1950, et conquérir cette sixième étoile restée lettre morte en 2006 puis 2010. La Seleçao va jouer avec le frain à main pendant tout le tournoi, tant la pression sera colossale. Tels Atlas dans la mythologie grecque, les joueurs au maillot auriverde doivent porter la voûte céleste sur leurs frêles épaules. Le Brésil frôle la correctionnelle en huitième de finale face au Chili, qui contrairement à 1998 et 2010 regarde le géant dans le blanc des yeux. La Seleçao passe aux tirs aux buts, façon bachelier qui obtient le précieux sésame à l’oral de rattrapage. Par la petite porte encore, le Brésil force le passage vers le dernier carré. La Colombie, orpheline de Falcao blessé en Coupe de France avec Monaco, ne peut demander à James Rodriguez de marquer deux buts à chaque match. Le futur joueur du Real Madrid sauve l’honneur de la Colombie. Le Brésil, lui, perd son joyau : Neymar se blesse avant une demi-finale capitale face à l’Allemagne. Ce match va tourner au cauchemar à Belo Horizonte. Le scénario est surréaliste alors que le capitaine Thiago Silva manque aussi à l’appel, suspendu. Le brassard est sur les épaules de David Luiz, qui le rejoindra au PSG après le tournoi. Thomas Müller ouvre le score à la 11e minute. Mais entre la 23e et la 29e minute, cette demi-finale bascule dans l’irrationnel. La Mannschaft semble seule sur le terrain, dans une autre dimension … Plus aucun repère connu n’a alors de valeur. Les Allemands marquent quatre buts en sept minutes : Miroslav Klose bat le record de Ronaldo, et inscrit son seizième but en phase finale de Coupe du Monde. 2-0, le Brésil mange son pain noir. Ce n’est que le début de quelques minutes totalement invraisemblables. Toni Kroos, cheville ouvrière du superbe parcours de l’Allemagne dans ce Mondial, enfonce deux fois le clou aux 24e et 26e minutes. Le supplice se poursuit avec le cinquième but de Sami Khedira. Le Brésil est K.O., sous terre. 5-0, la Seleçao est en charpie … Dans une compétition comme la Coupe du Monde, qui voit le plus fort émerger après un processus digne de Charles Darwin, il est rare de voir de gros scores dans les derniers tours. Les duels au couteau, l’enjeu colossal et la fatigue physique conduisent les équipes à jouer façon épicier, avec une forteresse défensive aussi imprenable que Fort Knox. Mais la défense du Brésil ce jour là, c’était open bar, journées portes ouvertes, le Black Friday … Le Maracanazo de 1950, loin d’être conjuré, trouve un dans la nécrologie du football brésilien, le Minheirazo, du nom du stade de Belo Horizonte. Pour l’anecdote, dans ce match au score de baby-foot, les Allemands finiront par l’emporter 7-1, après avoir menés 7-0. En finale à Rio de Janeiro, l’Allemagne implacable retrouve l’Argentine de Lionel Messi. Ce dernier n’a jamais marqué face à Manuel Neuer. Le signe indien ne sera débloqué qu’au printemps 2015 lors d’un Barça – Bayern où la Pulga ridiculisera Jérôme Boateng. Malgré la forme herculéenne de Neuer ou de Robben, c’est pourtant Lionel Messi qui est élu meilleur joueur du Mondial. Comme pour Ronaldo en 1998 pourtant moins brillant que Bergkamp, Desailly ou Suker, l’aréopage des sages triés sur le volet par la FIFA a élu le meilleur produit marketing. A Rio de Janeiro, alors que Copacabana, Ipanema et le Corcovado contemplent le Maracaña, la Mannschaft fait enfin de l’Amérique un Eldorado pour une nation européenne. Depuis 1930, le Vieux Continent était maudit outre-Atlantique, avec quatre défaites en finale : la Tchécoslovaquie devant le Brésil en 1962 à Santiago du Chili, l’Italie face au Brésil en 1970 à Mexico, les Pays-Bas contre l’Argentine en 1978 à Buenos Aires, la RFA devant l’Argentine en 1986 à Mexico et enfin l’Italie face au Brésil en 1994 à Los Angeles … Grâce à un but de Mario Götze qui sonne l’hallali pour l’Albiceleste en prolongation, l’Allemagne conjure le sort, et rejoint l’Italie au panthéon avec un quatrième titre mondial, son premier depuis la réunification en 1990. C’est plus que mérité, après quatre présences consécutives dans le dernier carré du Mondial depuis 2002, exploit inédit. Gary Lineker avait bien raison en 1990 à Turin, le football est un jeu qui se joue à onze et dans lequel les Allemands finissent toujours par gagner …

    C’est en 2018, en Russie, que l’Allemagne remettra son titre en jeu, dans une Coupe du Monde privée de l’Italie pour la première fois depuis 1958. Mais le géant allemand devra se souvenir qu’aucun lauréat de la Coupe des Confédérations n’a ensuite gagné le Mondial : le Brésil quadruple lauréat en 1997, 2005, 2009 et 2013 a échoué quatre fois par la suite (1998, 2006, 2010 et 2014), la France en 2001 aussi n’a pas su transformer l’essai en 2002. L’Allemagne devra affronter une autre statistique défavorable : seuls deux champions du monde ont conservé leur titre, l’Italie en 1938 et le Brésil en 1962. Vladimir Poutine devra lui composer avec le contexte du hooliganisme russe vu à Marseille de l’Euro 2016, et du terrorisme international, qui depuis 2015 a frappé de Paris à New York en passant par Bruxelles, Copenhague, Londres, Barcelone, Berlin, Nice, Manchester ou encore Stockholm. L’idéologie djihadiste s’est propagée, profitant des réseaux sociaux et du manque de coordination des pays occidentaux, particulièrement en Europe. Le président russe pourra recevoir le monde entier, après les Jeux Olympiques d’hiver de 2014 à Sotchi, qui avaient vu une trêve lors de l’annexion de la Crimée par la Russie au détriment de l’Ukraine. Contrairement aux Jeux Olympiques d’été de 1980 à Moscou, le Kremlin ne subira pas de boycott politique en 2018. Exclu du G8, Vladimir Poutine recevra des nations d’un monde chamboulé : élection de Donald Trump aux Etats-Unis (dans laquelle le Kremlin est suspecté d’avoir joué un rôle par le biais de la cybercriminalité d’Etat), élection d’Emmanuel Macron dans une France divisée en quatre (gauche populiste et eurosceptique de la France Insoumise, droite populiste et europhobe du Front National, droite républicaine libérale, centre pro-européen et libéral), sécession de la Catalogne en Espagne sous l’égide de l’indépendantiste Carles Puigdemont, Brexit en Grande-Bretagne voté en 2016 deux ans après le non au référendum d’indépendance écossaise, menace nucléaire de la Corée du Nord … Cette Coupe du Monde 2018 représentera l’ultime occasion pour Lionel Messi et Cristiano Ronaldo de soulever le trophée mondial. La pression sera sur l’Argentin, le Portugais ayant gagné l’Euro 2016 avec sa sélection. D’autres voudront détrôner les deux monstres après une décennie d’annexion du Ballon d’Or. Quoi de mieux qu’une victoire en Coupe du Monde pour y parvenir, même si la Ligue des Champions est un levier de plus en plus important pour y parvenir ? Parmi les vedettes attendues, Neymar pour le Brésil, Eden Hazard pour la Belgique, Alvaro Morata pour l’Espagne, Luis Suarez pour l’Uruguay, Antoine Griezmann et Kylian Mbappé pour la France, Manuel Neuer pour l’Allemagne, Robert Lewandowski pour la Pologne, Luka Modric pour la Croatie ou encore Harry Kane pour l’Angleterre. Réponse le dimanche 15 juillet au stade Lénine, pour savoir qui soulèvera le trophée mondial dans le ciel moscovite, face à Vladimir Poutine et Gianni Infantino, l’homme qui était censé nettoyer les écuries d’Augias de la FIFA après les désastreuses ères Havelange et Blatter.

    Sinon, il faudra attendre 2022 au Qatar, en plein mois de décembre, entre la dinde de Thanksgiving et celle de Noël. Une chose est sûre, on voit mal comment la Premier League pourra disposer de toutes ses stars pour le Boxing Day du lundi 26 décembre 2022, avec une finale à Doha le dimanche 18 décembre.

    Quant à l’édition 2026, que le président de la FIFA Gianni Infantino rêve de porter à 48 équipes qualifiées dans un Mondial format XXL, elle attire toutes les convoitises. Chine, Australie, Canada, Etats-Unis, Inde voire candidature de petits pays européens, difficile de savoir qui emportera la mise … L’Amérique du Nord attend depuis 1994, l’Europe (hors Russie) depuis 2006, l’Extrême-Orient depuis 2002 et l’Océanie n’a jamais reçu le microcosme du ballon rond …

  3. avatar
    11 décembre 2017 a 19 h 45 min

    Merci Axel, très long mais d’autant plus agréable, tant tu mêles histoire du foot avec histoire tout court.

    De mon côté je commence réellement à être désabué par le sport professionnel tant tout semble pourri: les instances internationales, les paris sportifs, l’augmentation constante des valeurs (des clubs, salaires des joueurs), les grands clubs rachetés par des fonds d’investissements non pas par passion mais comme simple investissement justement…

    Tout ceci fait que tout contact avec la réalité du “peuple” est complètement sevré, l’accès au stade étant prohibitifs pour le commun des mortels. Mème à la télé l’accès devient payant. Les gens continuent de se passioner par procuration, cependant tout ceci a l’air d’une bulle, je me demande combien de temps cela va durer. D’un autre côté, se passionner pour un sport populaire semble faire partie de la nature humaine.

  4. avatar
    12 décembre 2017 a 9 h 30 min

    Salut Fabrice,

    Oui le sport est pourri par plusieurs fléaux : dopage, corruption des élites dirigeants, paris truqués …

    Donc dilemma en effet : doit-on consommer (tickets au stade / circuit, déplacement sur le bord de la route pour le cyclisme, forfeit TV sur chaîne payante) pour alimenter la machine à cash, ou pas ?

    Perso le choix est fait depuis longtemps, je consommé peu mais bien : soit du gratuit, soit des grands évènements TV ou carrément sur place …

  5. avatar
    12 décembre 2017 a 16 h 17 min
    Par Cullen

    La corruption, les paris truqués ou les salaires indécents pour le commun des mortels ça a toujours plus ou moins existé. Peut-être qu’on en parlait moins, que les sommes étaient moins exorbitantes mais sur le fond, rien n’a fondamentalement changé. Non, ce qui me gêne beaucoup plus, c’est que les notions de mérite, de territorialité ont presque totalement disparu. Il y a 20 ou 30 ans un club qui remportait la Ligue des Champions, ça voulait dire quelque chose, c’était essentiellement avec des gars du cru, quelques stars achetées à prix d’or parfois mais un socle de joueurs nés dans la région. C’était aussi grâce à un style de jeu bien particulier et qui se fondait à merveille avec la culture locale. Même en tribunes, il y avait une âme, les ouvriers des manufactures mancuniennes par exemple se rendaient tous à Old Trafford le week-end, c’était leur identité qui était représentée à travers ce club. Aujourd’hui c’est devenu un simple nid à touristes, des clients fortunés en provenance d’Asie ou d’Amérique du Nord sans lien direct avec ce club et son Histoire, sans parler des très nombreuses personnes qui, avec l’accès aux chaines de tv étrangères qui s’est largement démocratisé, s’autoproclament supporters de tel ou tel club sans avoir jamais foulé les travées des stades en question…

    PS : pas lu l’article (le roman plutôt), je n’en dirai donc pas un mot pour le moment.

  6. avatar
    12 décembre 2017 a 16 h 34 min

    Salut Cullen,

    Le mérite n’a pas totalement disparu. Comme disait Johan Cruyff, je n’ai jamais vu un sac de billets marquer un but.

    sinon, Manchester City et le PSG auraient déjà gagné la C1. Après personne n’est naïf, l’agent coule aussi à flots à Madrid, barcelone ou Munich, le club des 3 qui truste le dernier carré depuis tant d’années.

    Mais tu as raison MU, Chelsea ou City ne sont plus anglais. Du fait u hooliganisme, on a nivellé par le haut le cout des places et seul des cadres ou tourists fortunes peuvent venir à Old Trafford, Anfield, l’Emirates ou Stamford Bridge.

    Donc il faut toujours u nstyle de jeu, un bon coach pour gagner la C1.
    Moi ce qui me gave c’est de voir toujours les memes affiches en 1/8 ou 1/4 de finale. Cela deviant d’une consanguinité.

    J’aimerais qu’on donne le meme budget à tous, ainsi Ajax, Celtic et Benfica pourraient avoir la chance de retrouver leur lustre d’antan !

    Chacun dépenserait soit sur l’entraineur, soit sur l’attaque, soit sur le gardien, soit sur les défenseurs … Ce serait un choix.

    Mais bon totalement utopique. Il faudrait plafonner le sponsoring, harmoniser droits TV et fiscalités européennes. Impossible donc sauf dans le monde des Playmobil et autres Bisounours …

    Un mot sur le PSG qui jouera gros face au Real Madrid dès février. Le Bayern 2e se prend le Besiktas, les Allemands sont vernis !

  7. avatar
    12 décembre 2017 a 17 h 07 min

    Cullen, les spécificités locales ont disparu et ce n’est que la conséquence de la “mondialisation” en général, et plus particulièrement la facilité des déplacements.

    Axel, les fans à travers le monde pour les grands clubs, c’est normal, les grands club font justement d’importants efforts pour les recruter aux 4 coins du monde avec les contrats télé d’abord, suivi par les tournées promotionnelles (c.f. les tournées asiatiques de MU et qui d’autre…), et enfin avec la vente de maillot.

    Axel, c’est inévitable que les plus grands clubs aient le plus de budget, attirent les meilleurs joueurs et remportent la part du lion des trophées.
    Note que ce sont les grands clubs historiques qui sont dans cette position, ce qui n’est pas une mauvaise chose car ils ont une base importante de fans.

    Maintenant cette libéralisation que j’évoque plus haut n’est peut-être pas une mauvaise chose car elle permet à un investisseur motiver de s’inviter à la danse en finançant un “nouveau” club. On voit l’exemple avec Chelsea, Manchester City et plus récemment le PSG.

    Évidemment, avec l’ordre de grandeur atteint par les sommes en jeu, le plateau est tout de même assez réduit à disons une dizaine d’équipe.

    D’autre part comme les grands clubs recrutent les stars de plus en plus jeunes, on ne pourra plus avoir de très jeune équipe (budget relativement faible donc) assez talentueuse pour se rendre loin (disons demies) en LDC, comme on a pu le voir en 2004 avec Porto et Monaco par exemple.

  8. avatar
    13 décembre 2017 a 15 h 33 min

    Salut Fabrice,

    Oui mais pour moi c’est le meme principe qu’en F1, un excellent entraîneur comme Mourinho ne peut plus gagner avec un Porto comme en 2004.

    Car Porto, Benfica, Ajax, les clubs russes, turcs, suisses et belges sont devenus les bolides de milieu de peloton genre Toro Rosso, je ne parle meme pas des champions de Hongrie, Chypre, Malte ou Luxembourg.

    Le vrai sport ce serait budget identique pour tous au depart (coach inclus), et à l’entraineur de tirer le meilleur de son groupe.

    Donc soit tu prends un cador comme Ancelotti, Guardiola,Mourinho ou Simeone, jadis Capello, Cruyff, Ferguson, Lippi ou Trapattoni, soit tu prends un coach moins coté et tu recrutes un super joueur, voire un groupe harmonieux de joueurs moyens / bons.

    Là, à Chelsea, PSG, City, Real ou Bayern, tous les postes sont doubles voire triples. Et meme l’équipe C est meilleure que la plupart des champions des petits pays.

  9. avatar
    13 décembre 2017 a 21 h 30 min

    Axel, c’est bien ce que je dis, l’augmentation du budget des grands clubs attire tout le talent en double ou triple exemplaire.

    Cela dit le problème est similaire en F1 car le budget des grandes écuries doit bien être dix fois supérieur à celui des plus petites écuries.

    Comme j’ai essayé de dire (et tu en es conscient aussi) mettre tous les clubs à budget égal n’est pas envisageable. Cependant pour les plus grands clubs, ils sont effectivement à armes (relativement) égales. Mais ils concentrent donc tout le talent au détriment des clubs des “couches inférieures”.

    C’est là que les politiques de gestion des ligues majeures nord-américaines prennent leur sens: le plafond salarial notamment semble efficace pour niveler le niveau (!) des équipes. En LNH par exemple il n’y a pas eu depuis 20 ans de véritable dynastie. Les équipes dominantes changent tous les 4-5 ans environ.

    En NBA il y a certes un plafind salarial mais il est contournable moyennant une taxe de luxe que certains clubs sont prêts à payer, mais l’on voit du coup un empilement de stars (Miami, Cleveland et surtout Golden State), mais le basket par nature est plus influencé par le 5 majeur, la profondeur étant moins importante qu’en hockey par exemple.

    On peut donc faire le parallèle avec le désir des grands clubs de foot européens de former une ligue fermée. Je suis loin d’en connaitre tous les détails, mais je doute que ce soit une bonne idée…

  10. avatar
    14 décembre 2017 a 9 h 42 min

    Salut Fabrice,

    Oui mais pour revenir à la F1, c’est dommage qu’un Fernando Alonso perde son temps à cause d’un moteur Honda merdique.
    Si le V6 Mercedes avait propulsé la McLaren en 2017, l’Espagnol aurait été souvent sur le podium, tant le chassis de Woking était réussi.

    Je sais qu’un budget cap comme un salary cap sont utopiques.

    Pour la ligue fermée, c’est déjà Presque le cas. Ce sont toujours les memes en 1/4 de finale, à 1 ou 2 exceptions près : Real, barça, Bayern, PSG, Juventus voire Chelsea, Manchester City, MU, Dortmund, Atletico puisque les clubs milanais n’y arrivent plus depuis pres de 10 ans, idem pour Arsenal ou l’AS Rome qui font partie de cette D2 européenne.

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