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GFCA 2017-2018, l’année de l’esbroufe
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GFCA 2017-2018, l’année de l’esbroufe

Censé jouer les premiers rôles dans un championnat de Ligue 2 très ouvert (encore huit clubs concernés par la montée à deux journées de la fin), le Gazélec Football Club d'Ajaccio a dû se contenter d'une opération maintien sans grande envergure. Au-delà des résultats, c'est une part de l'âme du club qui a été abandonnée sur le rectangle vert. Autopsie d'une authentique saison de merde.

Vendredi 27 avril 2018. 36e journée de championnat. Coup de sifflet final. Soulagement. Enthousiasme ? Néant. Avec 41 points et surtout huit d’avance sur la place de barragiste, le GFCA est officiellement maintenu en Ligue 2. La déception n’en demeure pas moins immense sur l’ensemble de la saison. Albert Cartier peut-il ne pas en avoir conscience au moment d’aller en conférence de presse ? De nouveau il énonce son discours avec sérénité, teinté de valeurs humaines et sur fond de devoir accompli. Or, deux ans après une pige frustrante mais néanmoins riche en enseignements du côté de la Ligue 1, le public de Mezzavia pouvait nourrir des exigences plus élevées que celles du coach, a priori appelé à garder les manettes pour la saison 2018-2019.

 

Recrutement estival : noms prestigieux, prénoms un peu moins…

Impossible de lire autrement que sous le prisme du gâchis ce retour à l’anonymat du club, en particulier une année où la lutte pour la montée s’élargissait aux cinq premières places du classement via de tout frais play-offs. Pour ce qui est de la saison de transition, le peuple rouge et bleu avait déjà donné avec 2016-2017, exercice sans vague particulière où le club avait navigué entre la 4e et la 14e place pour s’ancrer finalement à la 9e. Avec le recul, les reproches à l’encontre du coach d’alors, Jean-Luc Vannuchi, paraissent sévères. Le virage du retour aux réalités avait été plutôt bien négocié, fort de l’ossature de L1 conservée (Bréchet, Ducourtioux, Lemoigne, Youga, Tshibumbu) et de beaux coups rayon arrivées (Elana, Court en été puis les prêts de Kemen et Benrahma au mercato hivernal). L’efficacité n’était pas toujours au rendez-vous, notamment à domicile (première victoire contre Orléans lors de la 6e réception de la saison) mais on sentait en permanence un groupe investi dans sa mission : installer le Gazélec comme l’un des clubs les plus solides de L2, en attendant mieux…

Et lorsque les dirigeants optent dés le mois de juin 2017 pour un remue-ménage sans précédent dans l’effectif, le message envoyé devient confus. Comment rentabiliser sur une saison de transition réussie si l’on recrute tout azimut ? Parmi la quinzaine d’arrivées, une tendance interpelle : celle aux fils de/frère de/cousin de/homonymes de (rayez la mention inutile) joueurs célèbres. Comme si une logique avait prévalu au-delà du sportif. Dans les tribunes, cela donne libre cours au jeu « Trouvez le lien » : Puel, Grégoire, fils de Claude, ancien cisailleur culte de l’AS Monaco devenu entraîneur de renom ; Ba, Ousseynou, aucun lien a priori avec l’ancien Havrais et Milanais Ibrahim ; Marveaux, Joris, frère de Sylvain ; Ribéry, Steeven, frère du Munichois et ancien Marseillais Franck, ou cousin selon les sources ; Armand, Romain, besogneux attaquant sans lien avec le défenseur retraité Sylvain ; Gomis, David, à mille lieux des qualités de Bafétimbi ; Diabaté, Fousséni, un dribbleur fou dont le mérite aura été de rééquilibrer les caisses du club (voir par ailleurs) mais incomparable à son aîné Cheick. Bref, la suspicion est de mise face à cette tendance, qui se poursuivra d’ailleurs plus tard avec Gautier Lloris, frère d’Hugo et Ibrahima Touré, patronyme si commun que mêmes les footeux les plus chevronnés ne savent plus vraiment de quel joueur on parle.

Cependant, une donnée importante rassure en apparence : le départ du banc de touche du frileux Vannuchi au profit du très respecté Albert Cartier. Promis, avec l’ancien coach de Metz et Sochaux, on allait voir une autre équipe. Au-delà du tacticien, l’homme est connu pour sa capacité à insuffler cet aspect guerrier si cher au Gazélec.

 

L’imperméabilité illusoire des premières semaines

La saison s’ouvre fin juillet à Valenciennes dans une atmosphère relativement confiante. Sur le terrain, les premières tendances tendent à la valider. Pour cause, avec sa muraille de « papys » bien conservés Bréchet-Perquis-Clerc, le Gaz semble tenir à son niveau l’équivalent de la BBC (Bonucci-Barzagli-Chiellini) de la Juventus de Turin. Ajoutez à cela en dernier rempart un Steeve Elana que le monde de la L2 lui envie et vous obtenez un premier bilan défensif saisissant au bout d’un mois : un petit but encaissé seulement en six rencontres, Ligue 2 et Coupe de la Ligue confondues. L’inefficacité offensive en parallèle ? Une « paille» à en croire l’optimiste Albert Cartier, une histoire de réglages à trouver au sein d’une ligne intégralement renouvelée (à l’exception de Robert Maah, dont le contrat sera résilié au début de l’automne) où l’autoproclamé « prodige » Fousséni Diabaté, prometteur en matchs de préparation, s’avère difficilement complémentaire avec David Gomis ou Romain Armand. Reste aussi à trancher la question du meneur de jeu entre le technique Yoann Court, essentiel la saison précédente, et Olivier Kemen, prêté une deuxième fois par l’Olympique Lyonnais. À moins que l’énigmatique Alexis Araujo, aussi petit de taille que physiquement léger, puisse tirer son épingle du jeu par sa vivacité.

De fait, au soir de sa courte victoire sur Quevilly-Rouen (1-0), le GFCA, invaincu, se classe 8e à deux points du podium. Un temps de passage correct après quatre journées. Et les déclarations de satisfaction abondent sous le mot d’ordre « On a fait du Gaz », développé par Steeven Ribéry ainsi : « Intensité, pression, étouffement de l’adversaire ». Ce dernier, alors entrant habituel des vingt dernières minutes, imagine que de nombreuses victoires s’enchaîneront.

 

Absence de dynamique et misère dans les coupes

Comment expliquer alors la période chaotique que va traverser le club durant tout l’automne ? À qui ou quoi attribuer le délitement progressif d’un effectif où l’on déplore manque d’investissement, individualisme voire sabotage intentionnel ? Les blessures n’ont pas épargné le groupe bien sûr, mais c’est une donnée à intégrer au haut niveau, de même que les retards répétés à l’entraînement, souvent réglés par la mise en place d’amendes. Ce seul manquement sera prétexte au licenciement de Robert Maah début octobre, déplaçant le spot dans les coulisses alors que le club peine à s’inscrire dans un cercle vertueux.

Si les résultats deviennent irréguliers et l’équilibre défensif s’effondre avec l’indisponibilité jamais résorbée de François Clerc, le Gazélec pratique de l’avis général un football plutôt agréable entre septembre et novembre. Un football de possession, parfois technique, à la circulation relativement fluide, si ce n’est un problème de transmission dans la dernière passe comme d’exécution dans le dernier geste. Redevenue impériale à Mezzavia (trois victoires consécutives aux 7e, 9e et 11e journées), l’équipe démontre une trop grande naïveté et une faiblesse mentale certaine à l’extérieur. Une fois menée, elle paraît comme paralysée, incapable de s’appuyer sur ses forces vives pour renverser la vapeur. Le derby fin octobre chez un voisin acéiste davantage en réussite (et davantage armé offensivement) s’avère symptomatique jusqu’à la caricature du mal gazier : une maîtrise collective improductive, une erreur individuelle venant gripper la mécanique, une réaction trop timide, puis le renoncement pur et simple. L’ACA conclut deux fois sur ses rares incursions tandis que l’impression dominante côté GFCA est celle d’une équipe qui aurait pu jouer six heures sans marquer.

Puisque la manière est là, faute de mieux, les espoirs restent permis. Dans la foulée du derby, le club enchaîne cinq matchs sans défaite, dont quatre en championnat. De plus, des rumeurs insistantes indiquent l’arrivée d’un joker. Une perle rare passée récemment par Monaco, de surcroît un gros gabarit, indispensable pour palier le manque de physique de l’ensemble de la ligne offensive. Le nom de Lacina Traoré, doué mais éclipsé l’an passé par l’émergence de Kylian Mbappé, revient dans toutes les discussions de comptoirs. Perdu, ce sera Ibrahima Touré, effectivement ex-monégasque mais parti faire fortune au Qatar et en Chine depuis plusieurs années. De pertinent, le recrutement se transforme en exotique.

En passe de revenir dans la première moitié de tableau au soir de la réception de Niort (17e journée), le Gaz est tiraillé hors terrain par plusieurs épines se transformant en gros cailloux. Ainsi la préparation intense du mercato hivernal promet de redistribuer (encore) les cartes de l’effectif. Voire en déboulonner les rares ténors. Jugé plus concerné par le projet, Yoann Court grille sa dernière cartouche en tirant avec une nonchalance rare le pénalty obtenu face aux Niortais, ces derniers venant s’imposer 0-2 dans une ambiance délétère en tribunes, d’où germent des insultes au-delà de l’habituel folklore local. Le déluge forçant le report du dernier match à domicile de l’année 2017 est vécu comme une bénédiction tant le groupe paraît désuni à ce moment-là.

Les dirigeants obtiennent un peu de répit des supporteurs en mettant en exergue l’accumulation de blessures et les changements à venir en 2018. Aussi, ils prennent une initiative « feu de paille » en peuplant subitement la feuille de match de joueurs locaux (Campanini, Anziani, Troffa, Uras) pour la réception de Grenoble en 1/32e de finale de Coupe de France. Les jeunes démontrent leur envie, sans pouvoir empêcher l’élimination par un représentant de National (1-2). Nouveau camouflet après la sortie aux tirs aux buts par le Red Star, également pensionnaire du troisième échelon, en Coupe de la Ligue l’été précédent. On en reverra encore certains en janvier-février, mais l’initiative est avortée.

La paix sociale sera bientôt obtenue avec la promesse de la création d’un centre de formation, et un coup (dé)tonnant sur le marché des transferts…

 

Le coup de grâce du mercato de janvier

La bonne nouvelle espérée intervient sous une forme originale : le départ pour une somme rondelette (entre 3 et 5 millions d’euros) de Fousséni Diabaté du côté de Leicester. Montant important pour un attaquant ayant inscrit trois pauvres buts durant la phase aller. Occasion à saisir diront certains, étrange transaction relèveront d’autres puisque le joueur avait prolongé son contrat jusqu’en 2020 quelques semaines plus tôt. D’une certaine façon ce départ avait déjà été compensé avec l’arrivée du joker Ibrahima Touré fin novembre. L’allègement de l’effectif se poursuit avec un accord obtenu pour pousser Yoann Court vers Bourg-En-Bresse, concurrent direct pour le maintien. Rupture de contrat aussi pour l’énigme Steeven Ribéry, déménageur du dernier quart d’heure dont l’utilité n’était plus de mise. Plus surprenant, les départs de Cédric Hountondji et Rémi Mulumba, bons soldats sans histoires jusque là. Le choix du KAS Eupen étonne tout particulièrement concernant ce dernier, devenu le dépositaire du jeu gazier au trimestre précédent.

Au lieu de compenser par des arrivées poste pour poste, le club va surtout développer la recherche d’un nouveau numéro 9 qui, promis cette fois-ci, sera le fer de lance apte à améliorer le rendement famélique (12 buts marqués à l’issue de la phase aller). Arrive tout droit d’un club de Corée du Sud un géant Serbe s’étant précédemment illustré dans le ventre mou du championnat belge. Cela prête à sourire jaune tant ce « Jan Koller du pauvre » semble ne pas savoir se positionner sur une pelouse. Le CV de Dylan Bahamboula n’incite à guère plus d’optimisme. Heureusement, les premiers pas satisfaisants de Gautier Lloris dans l’axe défensif empêchent de résumer ce mercato à une mascarade.

Une majorité de joueurs étant seulement prêtés pour une demi-saison, on ne saurait exiger qu’ils jouent avec l’amour du maillot, alors va pour la seule gnaque. La germe semble prendre lorsque le club fait mieux que résister à deux prétendants à la montée (1-1 face à Brest et victoire 2-0 devant Nîmes) tout en s’imposant dans un match « à six points » du côté de Quevilly-Rouen (0-2).

 

L’étrange mansuétude vis-à-vis de Cartier

Le maintien ? Les supporteurs rêvent de mieux lorsque cette petite série conduit le GFCA à la 11e place et à une distance mince de la 5e place qualificative pour ces tout nouveaux playoffs (sept points) mis en place par la LFP. Avec trente unités engrangées et douze longueurs d’avance sur la place de barragiste, le club peut légitimement regarder vers le haut. Fin janvier, la réception de Bourg-En-Bresse est une aubaine pour maintenir le cap, d’autant que le désormais ennemi Yohan Court a le bon sens de se faire porter pâle. Les locaux mènent rapidement au score, contrôlent les opérations, puis s’effondrent inexplicablement en quelques minutes ! Ce sera le fil rouge de la phase retour (voir tableau), témoignant de l’absence d’un esprit « tueur » comme de l’aspect contre-productif du coaching d’Albert Cartier. Voilà déjà plusieurs rencontres que le technicien gazier s’attire les foudres du public, soit par son manque de réactivité quand le match échappe à son équipe, soit par ses préférences défensives au mépris des rares créateurs à sa disposition. Alexis Araujo est la victime numéro un de ce manque d’audace. Orientateur du jeu, véritable poison pour l’adversaire, capable de faire basculer des rencontres à lui seul (nombreux pénaltys obtenus), le génial lutin est devenu indispensable à ce collectif fade. Il est hélas bien souvent sorti avant la fin, puis carrément sous-utilisé depuis début mars.

Cartier choisit ainsi de se priver de la strate de propulsion essentielle pour servir des attaquants maladroits (Armand), nonchalants (Touré) voire embarrassés de leur corps (Jobello, Veselinovic), réduisant la construction au seul Youssouf M’Changama dans un rôle box-to-box pour lequel il n’est pas forcément équipé. Ajoutons à cela les longues indisponibilités de la valeur sûre Joris Marveaux et d’Olivier Kemen, systématiquement bon lors de ses entrées en cours de match, et vous réunissez tous les ingrédients d’une spirale négative.

Le coach survit à une lamentable série de deux points pris en neuf rencontres (seize buts encaissés), comprenant une seconde défaite face au rival acéiste sur une pelouse ravagée dont seuls des guerriers auraient pu sortir victorieux. Son management est clairement en cause sur certains matchs. Qu’importe nous dit-on, puisque le club ne se retrouve jamais dans la charrette, en partie grâce au rythme escargot des poursuivants. Suite à une trêve internationale remettant à plat les tensions dans le groupe, trois victoires à domicile s’enchaînent pour atteindre la barre salvatrice des 40 points.

Sauvé, oui. Sorti grandi de cette saison, certainement pas. Alors qu’il avait su cicatriser si bien de l’aventure avortée dans l’Élite, le GFCA a effectué un gros pas en arrière. Comment voir autrement cette saison que comme celle de la régression ?

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