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Ajax Amsterdam : après trois Ligue des Champions d’affilée, la chute
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Ajax Amsterdam : après trois Ligue des Champions d’affilée, la chute

Victorieux du Bayern Munich, le Real Madrid est toujours en course pour remporter sa troisième Ligue des Champions de suite. Un exploit rare réalisé seulement trois fois dans l’histoire : les madrilènes l’avaient déjà réalisé dans les années 50, avant l’Ajax Amsterdam et le Bayern Munich dans les années 70. Si le Real était même parvenu à enchaîner 5 succès d’affilée et que le Bayern était resté l’une des meilleures équipes d’Europe, l’Ajax lui a très vite vu ses résultats baisser. Un changement d’entraîneur controversé, un vestiaire en tension… Zoom sur les raisons d’un brutal retour à la réalité.

Un âge d’or marqué par de fortes têtes

Au milieu des années 60, l’arrivée de deux hommes va faire basculer le destin de l’Ajax Amsterdam. Rinus Michels d’abord, en 1965, va inculquer des méthodes nouvelles aux néerlandais et fondera le « football total » qui fera rentrer l’Ajax dans l’histoire du football. Johan Cruyff ensuite, qui débute à 17 ans en 1964, et qui sera considéré comme le meilleur attaquant de sa génération. Avec Michels et Cruyff en tête, l’Ajax va très vite devenir une référence du football européen et enchaînera les titres nationaux (où le Feyenoord Rotterdam reste un concurrent de taille). Mais ces résultats ont un prix : Rinus Michels dirige son groupe avec énormément d’autorité et les entraînements sont hyper-intenses. Fidèle coéquipier de Johan Cruyff, le milieu de terrain Johan Neesken témoigne : « Au camp d’entraînement d’avant-saison, on avait quatre séances par jour ! […] En plus, Michels ne voulait pas de massages ! ». L’autorité de l’entraîneur ajacide augmente au fil des saisons, jusqu’à développer un « conflict model » : il n’hésite pas à aller directement au conflit pour remobiliser son groupe. Ainsi il « intervenait souvent à la mi-temps en s’en prenant à un de ses joueurs leaders. » pour pointer du doigt, en exagérant, les problèmes qu’il avait repéré en première mi-temps. Les résultats de l’Ajax vont s’améliorer saison après saison jusqu’à enfin gagner la Ligue des Champions en 1971 après une victoire en finale contre le Panathinaïkos. Mission accomplie pour Rinus Michels, qui quitte l’Ajax l’été suivant… au plus grand bonheur de ses joueurs ! En effet, si personne ne remet en question son génie, ses joueurs ne supportaient plus ses méthodes, Johan Cruyff en tête : « Lors de sa dernière saison, il devint clair que son management très autoritaire ne pouvait plus durer. Nous, joueurs, voulions nous exprimer. Mais il n’acceptait les opinions de personne. Sa volonté faisait loi ».

Sur le toit de l’Europe et libéré de l’autorité de Michels, Cruyff va vite prendre l’ascendant sur ses coéquipiers dans le vestiaire, et même sur son club entier. Dès juillet 1971, il signe un contrat de sept ans avec l’Ajax, gagnant ainsi deux fois plus que ses coéquipiers : il est le roi d’Amsterdam. Le génial numéro 14 va alors se comporter comme le maître du vestiaire, provoquant dès le premier jour Stefan Kovacs, son nouveau coach, comme le raconte le milieu Arie Haan : « Il lui a dit : « Vous qui vous occupiez du club de l’armée, que pensez-vous de nos cheveux longs ? ». Lorsqu’il passe de la réserve à l’équipe première, l’attaquant Johnny Rep découvre Johan Cruyff, avec qui les relations ne seront pas toujours amicales. Cruyff n’appréciait guère le caractère un poil insolant du jeune attaquant. Johnny Rep livre quelques anecdotes : « J’étais un gamin mais je lui répondais et il n’aimait pas qu’un jeune lui réponde. Il était buté et je l’étais aussi : c’était notre problème. Juste après Noël, à l’entraînement, on s’était un peu bousculé : on était proches d’en venir aux mains et de nous battre. », et sur le terrain Cruyff est rancunier : « Parfois, Johan me passait la balle trop forte, juste assez pour que je ne l’attrape pas et que l’erreur me soit imputable ». Quelques éléments vont dans le sens d’une montée en puissance de Cruyff dans le vestiaire ajacide : son statut de meilleur joueur du monde est confirmé car il remporte le Ballon d’Or 1971 et Kovacs s’avère être bien moins autoritaire que son prédécesseur, laissant une liberté presque totale à ses joueurs sur le terrain comme en dehors. La formule de Kovacs s’avère être victorieuse : le football total perdure à l’Ajax, qui domine encore l’Europe et remporte sa deuxième Ligue des Champions d’affilée.

Avant la saison 1972-1973, l’Ajax va comme chaque été changer de capitaine : Kovacs nomme alors Johan Cruyff capitaine. Le Ballon d’Or 1971 est encore plus légitime en tant que leader écrasant du vestiaire. Même à l’époque Michels, il n’hésitait pas à intervenir dans les discussions tactiques du staff. Son interventionnisme sera encore plus fréquent sous Kovacs, jusqu’à aller s’expliquer en plein match. Face à l’Independiente en amical, celui qu’on surnommait Johan 1er, en raison de son tempérament qu’on pourrait rapprocher à celui d’un empereur, va sérieusement s’emporter contre Kovacs sur le bord du terrain. Évidemment, c’est Cruyff qui a le dernier mot. Le néo-capitaine commencera même à donner son avis sur le mercato du club : sous ses conseils, l’attaquant d’Anderlecht Jan Mulder signe à l’Ajax en 1972. Auprès de « sa » recrue, Cruyff s’avère être un poil envahissant : « Il insistait pour que je ne sorte pas trop et que je boive un verre de limonade chaque soir avec ma femme » affirme Mulder. A ce moment, c’est bien Cruyff qui dirige l’équipe : « S’il n’aimait pas un joueur, vous pouviez être sûr qu’il ne jouait pas. Certains ont été « éliminés » du groupe à cause de leurs réactions contre lui » confirme Johnny Rep, qui sait de quoi il parle. Mais la prise de pouvoir de Johan 1er va commencer à déranger dans le vestiaire ajacide. Après une victoire 4-0 sensationnelle face au Bayern en quart de finale aller de la Ligue des Champions dans un match considéré encore comme le meilleur de l’histoire de l’Ajax, Cruyff se blesse légèrement. Le médecin de l’Ajax lui conseille toutefois de jouer le retour à Munich. Mais Cruyff se méfie et consulte son médecin personnel qui dit le contraire. Cruyff décide ainsi de ne pas faire le déplacement. Un nouveau caprice qui ne plaît pas à ses coéquipiers, qui ont de plus pris l’habitude de gagner en l’absence du numéro 14. L’Ajax s’incline de justesse (2-1) à Munich, confirmant ainsi sa qualification. Mais cette histoire fait mal au vestiaire de l’Ajax. Le défenseur Bary Hulshoff témoigne : « La saison 1972 avait été fabuleuse et l’année suivante, en 1973, on était partis pour recommencer. Mais au niveau des leaders, ça a été le début d’une dégringolade. […] Il n’y avait plus de but en commun, voire plus de but du tout. On avait déjà tout gagné… Et puis les rumeurs ont commencé autour de notre capitaine Johan, selon lesquelles il était sur le point de rejoindre Barcelone ». En effet, des rumeurs de plus en plus insistantes donnent le capitaine ajacide partant dès l’été 1973, malgré le contrat de 7 ans qu’il a signé deux ans auparavant. En interview, Cruyff préfère éviter le sujet. C’est donc dans un climat assez conflictuel que l’Ajax se prépare à affronter la Juve en finale d’une Ligue des Champions dont il est le double tenant du titre.

L’Ajax reste toutefois largement favori au moment de défier la Juve à Belgrade. Alors qu’on s’attend à une nouvelle démonstration de Cruyff et du football total, le match s’avère décevant. Vite mis à l’abri par un but de Johnny Rep à la quatrième, l’Ajax se contente de gérer et l’emporte 1-0. Une victoire sans beaucoup de saveur, qui va même décevoir une partie des supporters, amoureux du beau jeu que leurs proposaient d’habitude les joueurs de Kovacs. Les joueurs, eux, fêtent tout de même ce qui s’avérera être le dernier titre de cette génération. Le trophée rentrera à Amsterdam enfoui dans un bac sous le linge sale des coéquipiers de Cruyff, comme un symbole de la fin d’une génération.

 

L’été 1973, le tournant

En effet, la première décision de celui-ci va acter la fin du cycle à Amsterdam. Fidèle à la tradition du club, George Knobel veut changer de capitaine, mais plutôt que de le désigner lui-même comme le veut la coutume, il décide de faire voter les joueurs. D’un coup, Cruyff sent que son brassard ne sera bientôt plus le sien, se sachant être épuisant pour ces coéquipiers. Mais Johan 1er ne peut supporter cette éventualité. Jan Mulder, l’ancien protégé de Cruyff, se souvient de la réaction du numéro 14 : « Je l’ai vu sur son visage. Il ne s’attendait pas à ça. Une sorte de coup d’État, un truc terrible… Johan était le capitaine et tout d’un coup, avec ce nouveau coach, les joueurs devraient voter. Il était choqué, sa confiance détruite. Il était furieux. Oser défier son autorité relevait de l’insulte la plus basse. Je l’ai vu dans ses yeux. Dès que l’idée d’un vote fut lancée ; il voulut quitter l’Ajax ».

Sans surprise, Johan Cruyff perd largement l’élection au profit de son ancien mentor et, à partir de ce jour, ancien ami Piet Keizer. Tout de suite Johann Cruyff quitte la pièce et appelle son agent Cor Coster. Lui et l’Ajax, c’est fini. Jan Mulder raconte : « Il téléphonait toujours ouvertement, comme d’hab, au vu et au su de tous. C’est là qu’on l’entendit dire : « Appelle le Barça immédiatement. Je me tire d’ici » ». Cruyff multiplie alors les appels entre son agent, le sélectionneur des Pays-Bas et son ancien, mais surtout futur entraîneur, Rinus Michels qui entraîne Barcelone. Le milieu de terrain Gerrie Muhren regrette : « Personnellement, j’ai voté pour Johan parce que je savais que si on ne votait pas pour lui ; il partirait à Barcelone. Cette élection fut la goutte d’eau de trop pour Johan ; qui avait déjà reçu une proposition très alléchante. S’il n’y avait pas eu ce fichu vote, Johan serait sûrement resté encore au moins deux ans de plus à l’Ajax ».

Mais les racines de la rupture entre Cruyff et ses coéquipiers sont un peu plus profondes que le vote comme le rappelle Johan Neeskens : « Petit à petit, le groupe de joueurs s’était dit : « On est tous des stars et l’on sait ce qu’on a à faire ». Les troubles sont apparus. L’essentiel de la création revenait à Johan Cruyff mais des joueurs en ont pris ombrage, estimant qu’eux aussi étaient des stars et qu’ils en avaient assez de porter les valises de Cruyff pour son seul bénéfice ». Lorsqu’on l’interroge sur le jour du vote, Cruyff, amer, confirme la jalousie évoquée par Neeskens : « Moi, je ne m’occupe pas de la vie des autres, mais la jalousie est un peu le sport national des Hollandais. C’est vrai, j’ai toujours défendu mes intérêts comme je me suis toujours battu pour mes coéquipiers ».

Le 22 août 1973, Cruyff est officiellement Barcelonais. Le 22 août 1973, l’âge d’or de l’Ajax Amsterdam est officiellement terminé.

 

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé

Lors des deux premières journées de championnat, l’Ajax dispose encore de Cruyff dans son effectif. Celui-ci soigne sa sortie : deux victoires 4-0 et 6-1 face au FC Groningue et au FC Amsterdam. L’Ajax est sur de bons rails au moment de dire au revoir à Cruyff. Mais sans son meilleur joueur, il déchante : l’Ajax enchaîne les nuls en championnat et surtout, alors qu’il en est le triple tenant du titre, il se fait sortir de la Ligue des Champions dès le premier tour par le CSKA Sofia (1-0 ; 0-2). « A partir de là, on a eu des problèmes. Cruyff était très important pour nous », Johnny Rep est réaliste.

  1. avatar
    3 mai 2018 a 8 h 07 min

    Attention au titre, à l’époque c’était la Coupe des Champions et non la Ligue des Champions.

  2. avatar
    3 mai 2018 a 20 h 35 min

    En effet, petite coquille ;)

  3. avatar
    4 mai 2018 a 14 h 58 min

    De toute façon, l’épisode du vestiaire de l’été 1973 n’a fait qu’accélérer un processus ineluctable. Joueur grandiose, Cruyff a toujours suivi l’argent dans sa carriere donc il aurait forcément quitté l’Ajax au pire en 1974, la Coupe du Monde en RFA ayant fait de lui une star mondiale !

  4. avatar
    9 mai 2018 a 8 h 02 min

    Tout à fait: le talent, le caractère et l’entourage de Cruyff était, à ce moment, pas compatible à long terme avec l’Ajax.

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