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Fagner, un remplaçant aux caractéristiques typiquement brésiliennes
Photo Panoramic

Fagner, un remplaçant aux caractéristiques typiquement brésiliennes

Il est l'un des appelés les plus méconnus de la liste de la Seleção pour la Coupe du Monde. Il n'en est pas le joueur le plus extravagant, le plus cher, ne joue pas pour un top club européen, et parmi les Neymar, Casemiro et autres pointures du football, son nom et sa carrière sont loin d'être connus du grand public. Découverte d'un joueur aux qualités très brésiliennes.

Une carrière en dents de scie

Son statut d’anonyme aurait pu laisser croire que Tite réalisait un pari sur l’avenir en intégrant un jeune joueur au sein de sa liste. A pourtant 28 ans, ce latéral est en effet assez méconnu pour de nombreuses personnes, qui au mieux ne retiennent que les deux années lors desquelles il a évolué dans des équipes européennes. Et encore fallait-il suivre les équipes en question.

Pour un jeune auriverde natif de São Paulo, quoi de mieux que de commencer sa carrière au SC Corinthians, l’un des plus grands clubs de la ville et du pays ? C’est là qu’il débute dans le football professionnel en 2006 en jouant 7 matchs pour sa première année. A notre époque, les gens ont souvent tendance à comparer un joueur méconnu à un autre plus illustre pour le faire connaître davantage du grand public. Nombreux sont ceux qui étaient ainsi destinés à avoir la carrière de Zidane. Finalement personne n’a réussi à l’égaler. Mais si on ne dérogeait pas à la règle de la comparaison, Fagner ressemblerait en de nombreux points à Jordi Alba. À peine plus petit que son homologue espagnol (1m68), son physique gringalet combiné à une vitesse folle pourraient faire penser à un pendant de l’international espagnol. Même si de nombreux points divergent. Première différence de taille, leur pied fort est différent. Le barcelonais détale côté gauche, l’auriverde côté droit. Autre différence importante, leur carrière. L’un se retrouve dans l’une des plus grandes équipes du monde, et titulaire au sein de la grande Roja, quand l’autre n’aura jamais réussi à s’imposer en Europe pour le moment et ne jouait jusqu’à peu « qu’un » rôle de réserviste de la Seleção.

En effet, après ses débuts au Brésil, Fagner est rapidement repéré puis acheté l’année suivante par le PSV Eindhoven. Dès le lendemain de son arrivée, il est prêté à l’Esporte Clube Vitoria de Salvador de Bahia, au pays, où il ne jouera aucune minute. Il reste ensuite un an au PSV où il n’aura l’opportunité de s’exprimer que lors de 3 matchs, marquant tout de même un but et participant au sacre de champion d’Eredivisie cette même année. Difficile donc, même pour ceux suivant ce championnat du bas-pays, de connaître ce joueur arrivé incognito et en ayant si peu joué. Cette aventure aux Pays-Bas s’achève ainsi. Durant 6 mois, il ne trouve aucun club. Un coup dur pour ce brésilien rêvant d’une carrière européenne. Mais au début de l’année 2009, il retourne faire ses classes au Brésil. Cette fois, cap à 400 km à l’Est de São Paulo, à Rio de Janeiro, au Vasco de Gama. Sa carrière renaît à cet instant. Durant deux ans et demi, il joue 126 matchs pour 9 buts et 16 passes décisives. Il participe à la montée de son équipe en Série A brésilienne en devenant champion de la Série B l’année de son arrivée avec 2 buts en 13 matchs, et remporte également la Coupe du Brésil en 2011.

2012 et nouvel essai en Europe. Une deuxième chance qui n’aboutit toujours pas. Son aventure connaît des difficultés, lui qui avait pour objectif de s’installer au sein d’une écurie européenne. Wolfsburg l’achète et le garde une année. Il a le temps de disputer une saison assez pleine en Bundesliga avec 30 matchs pour 2 passes décisives, puis est ensuite prêté à nouveau dans son pays natal au début de l’année 2014, là où tout avait commencé, aux Corinthians, pour un an et demi avant d’y être transféré définitivement en 2015.

Depuis, Fagner a joué plus de 150 matchs pour les Corinthians de São Paulo pour 4 buts et 10 passes décisives. Il y a croisé notamment Malcolm, Renato Augusto, Vagner Love mais a surtout été coaché par l’actuel sélectionneur du Brésil Tite entre 2014 et 2016, remportant sous ses ordres le championnat du Brésil l’année de son transfert définitif au club.

Et lorsque Tite prend les rênes de la Seleção en 2016 il n’oublie pas d’où il vient et n’hésite pas à appeler des joueurs des Corinthians avec qui il a gagné le titre de champion l’année précédente. C’est le cas pour le gardien Cassio, le milieu – maintenant parti s’exiler en Chine – Renato Augusto et donc également Fagner lorsqu’il en a besoin. Le latéral fait face à une grosse concurrence sur son côté avec l’indéboulonnable Dani Alves, largement devant le reste de ses concurrents à son poste.

Mais au printemps, l’impensable est arrivé pour le Brésil avec la blessure de Dani Alves, le rendant indisponible pour participer à la Coupe du Monde. Tite a donc dû faire des choix pour le remplacer dans sa liste pour partir en Russie. Comme l’a exprimé le sélectionneur brésilien après l’annonce de la blessure de Dani Alves, le Brésil perd son « leader ». Danilo semble être son remplaçant naturel, malgré un temps de jeu limité à Manchester City. Fagner le secondera.

Malgré tout, la carrière de Fagner avec l’équipe nationale est plutôt difficile, la faute à des joueurs meilleurs que lui à son poste. À 28 ans, il possède seulement quatre sélections. Mais surtout, il n’a pris part qu’à un seul match officiel, celui pour les qualifications du continent sud-américain pour la Coupe du Monde face au Paraguay le 29 mars 2017, soit il y a plus d’un an. Les trois autres sélections sont des matchs amicaux pour un total de 170 minutes de jeu face à la Colombie en janvier 2017, l’Argentine en juillet 2017 et la Russie en mars dernier.

La majorité du temps, il a été appelé en sélection pour prendre place sur le banc des remplaçants sans entrer en jeu. Un bon joueur de complément pour Tite au vu de la concurrence.

 

Du sang Joga Bonito

Un pur produit brésilien. Voilà en une phrase le résumé parfait de Fagner, de son vrai nom Fagner Conserva Lemos. Avec sa petite taille, ce latéral possède une grande vitesse. Son centre de gravité, si spécifique aux joueurs plus petits que les autres, lui permet de se faufiler, d’être vif dans ses courses, ses changements de direction, et surtout ses dribbles. Dans la lignée des Nilton Santos, Jorginho, Roberto Carlos, Cafú, Marcelo et Dani Alves, il n’hésite pas à prendre le couloir pour apporter le surnombre. Ainsi, il entreprend régulièrement de lourdes frappes aux abords de la surface, souvent depuis le coin pour soit accrocher le cadre ou une déviation d’un coéquipier. Mais cette grosse frappe peut se transformer en patte de velours pour brosser un coup-franc au-dessus du mur ou ajuster un centre.

Techniquement, il propose des caractéristiques très auriverdes : un crochet dévastateur, peu d’élan pour décocher un centre millimétré sur l’attaquant qui n’a plus qu’à pousser le ballon au fond des filets, une vitesse d’exécution dans ses crochets lui permettant de déborder rapidement son vis-à-vis avant de centrer. Saisissant.

Défensivement, il fait preuve d’une grande justesse combinée à un impressionnant calme et une tranquillité dans ses gestes. La preuve étant sa capacité à réaliser un sombrero ou un crochet dans ses 30 derniers mètres pour se libérer du ou des joueurs qui le pressent, sans aucune pression pour le coup. Du sang Joga Bonito assurément. Sa qualité de relance ou sa capacité à remonter le terrain balle au pied font frissonner chacun des supporters de l’Arena Corinthians qui attendent la suite de l’action, toujours imprévisible.

Offensivement, c’est une rareté. Et si un brésilien, sûrement plus connu que Fagner, parlait de lui dans un de ses livres ? Paulo Coelho, natif de Rio de Janeiro et connu pour ses nombreux ouvrages, aurait pu en extrapolant ses propos expliquer comment quelque chose de banal dans le football comme un centre peut devenir un acte si particulier. D’autant plus lorsqu’on observe le toucher de balle si doux de Fagner.

En effet dans son livre, La Sorcière de Portobello, Paulo Coelho expliquait qu’ « Après beaucoup de pratique, nous ne pensons plus à tous les mouvements nécessaires : ils font désormais partie de notre propre existence. […] Observez un bon forgeron qui travaille le fer. Pour l’œil mal entraîné, il répète les mêmes coups de marteau. Mais celui qui connaît l’art de la calligraphie sait que chaque fois qu’il soulève le marteau et le fait redescendre, l’intensité du coup est différente. La main répète le même geste, mais à mesure qu’elle s’approche du fer, elle comprend si elle doit frapper durement ou le toucher délicatement. Il en est ainsi de la répétition : ce qui paraît la même chose est toujours différent. »

Le toucher de balle de Fagner semble appartenir à cette classe. Ces centres paraissent si fouettés, si brossés délicatement, qu’il pourrait laisser imaginer qu’il réalise encore et toujours le même registre de centre. Mais comme sous-entend cette citation de Coelho, celui qui connaît cette art sait que chaque fois qu’un joueur touche le ballon pour l’expédier au cœur de la surface, au premier ou au second poteau, l’intensité du coup est différente, le toucher, la position du pied sur la surface du ballon est différente. Ce n’est plus la main qui répète le même geste pour un latéral droit mais bien le pied. Pour reprendre les termes de Coelho, « à mesure que » le pied s’approche du ballon, il comprend si il doit frapper « durement », sèchement pour l’envoyer plus loin ou plus fort dans les 16 mètres ou « le toucher délicatement », le brosser pour le déposer sur la tête ou le pied d’un coéquipier dans la surface.

C’est ainsi que cette répétition de centres pourrait paraître identique et assez aisée mais ces mêmes centres sont tous différents et tous les joueurs professionnels ne peuvent pas se targuer de les réussir toujours si bien… Contrairement à Fagner.

  1. avatar
    13 juin 2018 a 0 h 28 min
    Par Malou

    Très bon article, bien rédigé! Toujours un plaisir de lire vos articles monsieur. Continuez ainsi

  2. avatar
    13 juin 2018 a 0 h 28 min
    Par Deandre Ninho

    Excellent article, je suis tombé dessus par hasard, ça m’en apprend bien plus sur la planète football, joueur finalement peu connu mais qui mérite bien plus de l’être, tout comme son auteur qui détaille et analyse parfaitement ce sujet avec des arguments poussés et précis
    Bravo à toi, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet article, qui m’a apporté de nouvelles connaissances et ceci tout en étant à la fois instructif et divertissant, un régal

  3. avatar
    13 juin 2018 a 0 h 32 min
    Par Momo

    J’adore vos articles, je les lis à mon fils de 8 ans fan de football merci pour lui

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