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1998 – 2018 : les Bleus, une histoire en grand huit (3/4)
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1998 – 2018 : les Bleus, une histoire en grand huit (3/4)

Vingt ans séparent les deux sacres mondiaux de l’Équipe de France. Vingt ans de gloire, de triomphes mais aussi de doutes et d’échecs cuisants. Retour sur les deux décennies les plus fortes de l’histoire des Bleus.

2007 – 2010 : la confirmation manquée puis la fracture

La France se prépare à l’Euro 2008 qui se déroule en Suisse et en Autriche avec la ferme intention de confirmer son statut de vice-championne du monde et par la même occasion son retour au premier plan du football mondial. Les Bleus héritent d’un groupe de qualification plutôt relevé avec la présence de l’Italie ainsi que de l’Ukraine, quart de finaliste du dernier Mondial. L’Équipe de France parvient à battre ces deux équipes à domicile et ramène un match nul de ses déplacements en Italie et en Ukraine… mais deux défaites face à l’Écosse envoient les tricolores à la deuxième place du groupe derrière la Squadra Azzurra. S’en suit une préparation à l’accent hispanique face à l’Équateur (victoire 2-0), au Paraguay (0-0) et à la Colombie (victoire 1-0) qui s’avère plutôt encourageante, notamment sur le plan défensif, bien que plusieurs inquiétudes soient émises sur la capacité des Bleus à contrôler véritablement une rencontre.

Ces derniers débutent la phase finale de l’Euro face à la Roumanie, adversaire présumé le plus faible du « groupe de la mort » constitué de l’Italie, des Pays-Bas et donc de la Roumanie ainsi que de la France. Dès son entrée dans la compétition, la France inquiète fortement après un match nul et vierge concédé face aux Roumains. Ces inquiétudes ne sont que lourdement renforcées par la défaite 4-1 subie face aux Pays-Bas lors de la deuxième rencontre, plus lourde défaite de la France dans une compétition internationale depuis 1968. Les espoirs de titre placés dans cette équipe en sont considérablement amoindris et volent définitivement en éclats lors du troisième et dernier match de groupe au terme duquel les Bleus s’inclinent 2-0 face au rival italien. L’Équipe de France quitte donc la compétition par la petite porte, en ayant montré de grandes faiblesses défensives (6 buts encaissés) ainsi que des difficultés notoires à animer le jeu et à mettre en danger ses adversaires.

Lilian Thuram, détenteur du record de sélections en Équipe de France avec 142 unités, Willy Sagnol et Claude Makélélé annoncent leur retraite internationale ; Raymond Domenech est quant à lui maintenu à son poste mais est placé « sous la surveillance du Club France 2010 », ce dernier étant l’héritier du Conseil de Gestion de l’Equipe de France précédemment évoqué. Il a pour but de limiter les fonctions du sélectionneur aux aspects concernant uniquement le terrain et l’équipe et l’assiste dans les domaines extra-sportifs. De plus, les joueurs sélectionnés doivent désormais signer une charte qui institue leurs droits et leurs devoirs, comme chanter La Marseillaise ou encore respecter le public et l’adversaire, sans oublier des règles de comportement en sélection.

Mais au-delà de l’aspect purement sportif, ce nouvel échec détériore davantage les liens entre les Bleus et le peuple français. Après les désillusions successives de 2002 et 2004, la cote de popularité de l’Équipe de France auprès de leurs supporters n’a cessé de décroître jusqu’au magnifique parcours de 2006 et ce statut de vice-champion du monde. Mais ce nouveau fiasco éclipse partiellement – si ce n’est complètement – l’épopée du dernier Mondial, et la communion du peuple avec les Bleus de 1998 semble bien lointaine tant les Français peinent à s’identifier à cette équipe.

Seulement, ce parcours lamentable à l’Euro 2008 n’était finalement qu’une vague silhouette du désastre cataclysmique qu’allait être la Coupe du Monde 2010.

Les éliminatoires sont poussifs, avec une défaite 3-1 en Autriche lors de la première rencontre qui révèle le triste record de trois défaites consécutives en compétitions officielles (face aux Pays-Bas et à l’Italie lors de l’Euro 2008 puis en Autriche), une contre-performance jamais réalisée dans toute l’histoire de l’Équipe de France. La suite n’est guère plus réjouissante : de courtes victoires 1-0 face aux Iles Féroé et face à la Lituanie par deux fois, deux matchs nuls face à la Roumanie et un troisième en Serbie placent les Bleus à la deuxième marche du groupe, devancés par les Serbes. C’est synonyme de barrages pour pouvoir participer à la Coupe du Monde en Afrique du Sud.

Les tricolores doivent battre la République d’Irlande lors d’une double confrontation les 14 et 18 novembre 2009 pour participer au Mondial ; si les Bleus parviennent à s’imposer 1-0 à Dublin lors du match aller, le match retour est quant à lui nettement plus compliqué et voit naître l’une des plus grosses polémiques du football français. La France est nettement dominée dans cette rencontre et est mené 1-0 dès la 33ème minute… mais elle parvient presque miraculeusement à accrocher les prolongations. A la 103ème minute,  Gallas marque un but libérateur dans un premier temps, mais aussi déclencheur d’une tempête dans le football européen. Thierry Henry, passeur décisif sur le but, a contrôlé le ballon de la main, geste qui est passé inaperçu aux yeux de l’arbitre ce qui a valu la validation du but et donc la qualification de la France pour la Coupe du Monde dans la controverse.

L’après-match n’est presque consacré qu’à ce fait de jeu, et les réactions irlandaises fustigent le corps arbitral et Thierry Henry. La fédération de football irlandaise ainsi que le Premier Ministre demandent à ce que le match soit rejoué ou que l’Irlande soit tout de même qualifiée pour le Mondial, demandes refusées par la FIFA, le règlement stipulant que les décisions des arbitres sont irrévocables. De son côté, Thierry Henry est vivement critiqué par de nombreuses personnes du milieu du football ; si Arsène Wenger prend sa défense et estime qu’on ne peut oublier 15 ans de professionnalisme à cause de ce geste, Eric Cantona reproche quant à lui l’attitude de l’attaquant français, à savoir sa célébration du but ainsi que le fait qu’il soit resté sur le terrain à l’issue du match pour consoler un joueur irlandais. Henry demande aussi à ce que le match soit rejoué, position jugée comme étant un coup de communication afin de réhabiliter son image après ce geste peu glorieux. Malgré son statut de d’icône et de meilleur buteur de l’Histoire de l’Équipe de France (51 réalisations), l’image de Henry, particulièrement en France, subit les conséquences de cette affaire et demeure grandement entachée encore aujourd’hui.

Peu de temps après cette première polémique, un nouveau scandale éclate. Au printemps 2010, une escort-girl nommée Zahia Dehar, mineure au moment des faits, révèle avoir eu des relations sexuelles avec Karim Benzema en 2008 et avec Franck Ribéry en 2009. Un troisième joueur de l’Équipe de France, Sidney Govou, est lui aussi impliqué dans cette affaire mais a fréquenté l’escort-girl alors que cette dernière était majeure, évitant ainsi toutes formes de poursuite judiciaire. Benzema et Ribéry sont quant à eux mis en examen pour « sollicitation de prostituée mineure », et ne seront relaxés qu’en janvier 2014. Cette affaire ayant provoqué un grand bruit médiatique, elle participe avec la qualification litigieuse précédemment évoquée et aux résultats décevants à une baisse significative de la popularité de l’Équipe de France auprès des Français.

Les Bleus disputent ensuite trois matchs amicaux de préparation à la Coupe du Monde, tous loin d’être convaincants : une victoire 2-1 face au Costa Rica, un match nul 1-1 en Tunisie et une défaite 0-1 face à la Chine… des résultats qui sont loin d’apporter de la confiance à une équipe qui en manque pourtant cruellement. Dès son arrivée en Afrique du Sud dans la ville de Knysna, l’Équipe de France est à nouveau critiquée, notamment par la secrétaire d’État Rama Yade, à cause du coût de l’hôtel qui est le plus élevé parmi toutes les équipes de ce Mondial. De plus, plusieurs médias révèlent l’existence de clans au sein du groupe et d’un conflit ouvert entre Yoann Gourcuff et Franck Ribéry.

Le climat est donc pesant à l’aube du premier match des Bleus dans la compétition face à l’Uruguay. Domenech relève le manque d’investissement de la part de ses joueurs ainsi que leurs états d’âme. Le match se solde finalement par un nul 0-0 au cours duquel la France a montré de nombreuses lacunes dans le jeu. Yoann Gourcuff peine à animer le secteur offensif de l’équipe et des cadres comme Thierry Henry, relégué sur le banc après une saison en club jugée trop moyenne, ne se sentent plus vraiment concernés. Le second match de groupe plonge davantage l’Équipe de France dans une crise qui ne semble pas avoir de fin. Si la défaite 2-0 met en grand péril une éventuelle qualification pour les huitièmes de finale, elle est presque anecdotique devant l’événement survenant à la mi-temps, qui va entraîner la plus grande crise de l’Histoire du football français.

Au cours d’un débat tactique entre Domenech et Anelka, le journal l’Équipe révèle que l’attaquant français aurait lancé “VA te faire enculer, sale fils de pute” à son sélectionneur, phrase qui paraît en Une du quotidien sportif le lendemain du match. Aujourd’hui, cette version est contestée et Domenech livre dans son ouvrage “Tout seul” une autre version : “Enculé, t’as qu’à la faire tout seul ton équipe de merde ! J’arrête, moi…”. Quoi qu’il en soit, cette phrase d’Anelka provoque son exclusion de l’Équipe de France, alors que cette dernière est déjà quasi-éliminée du Mondial. L’après-midi suivant la publication des insultes d’Anelka en Une de l’Équipe, une conférence de presse est organisée durant laquelle Evra, capitaine des Bleus, insiste sur le fait qu’il faut absolument trouver la “taupe” dans l’équipe qui a fait fuiter cette scène de vestiaire dans la presse. Cette obsession sur cette “taupe” plutôt que la concentration sur le dernier match face à l’Afrique du Sud provoque la consternation des médias ainsi que du public. L’attitude d’Evra durant cet épisode lui sera d’ailleurs vivement reproché tout au long de sa carrière.

Anelka est finalement renvoyé le 19 juin après avoir refusé de s’excuser publiquement, condition pour rester au sein du groupe qui avait été préalablement négociée par Evra auprès de Domenech et du président de la Fédération Française de Football. Cependant, le joueur de Chelsea a tout de même l’autorisation de rester dîner avec ses coéquipiers avant de prendre son avion. Durant cette soirée, les joueurs se réunissent tous ensemble dans un des salons de l’hôtel et c’est à ce moment que l’idée d’une grève en soutien à Anelka aurait germé.

Le lendemain, dimanche 20 juin, marque l’un des jours les plus mouvementés et certainement le plus sombre du football français. Dès le matin, Franck Ribéry fait une intervention non-prévue sur le plateau de l’émission Téléfoot où il évoque le mal-être et la souffrance au sein de l’équipe. Il présente ensuite ses excuses envers les Français pour ne pas s’être donnés comme ils l’auraient dû lors des deux premiers matchs et promet de donner le maximum afin que les Bleus se qualifient pour les huitièmes de finale malgré les mauvais résultats. Si ces excuses publiques sont vite relayées par les médias, elles perdent toute leur crédibilité quelques heures après.

Plus tard dans cette même journée, les joueurs de l’Équipe de France refusent de s’entraîner, affichant ainsi leur solidarité avec leur coéquipier renvoyé de l’équipe. Après être sortis saluer les quelques supporters présents au bord des terrains d’entraînement, les Bleus remontent dans un bus qu’ils ne quitteront plus. Seul Patrice Evra, en tant que capitaine, rejoint les terrains où se trouve l’encadrement technique et a une vive altercation avec Robert Duverne, le préparateur physique, devant des centaines de journalistes internationaux. Raymond Domenech est forcé de séparer les deux hommes et cette scène est restée célèbre de par les images montrant Robert Duverne jeter son chronomètre au sol sous l’énervement dû au comportement des joueurs. Quelques minutes plus tard, le sélectionneur se présente face aux médias pour lire un communiqué des joueurs : « par ce communiqué, tous les joueurs de l’équipe de France, sans exception, souhaitent affirmer leur opposition à la décision prise par la Fédération française d’exclure Nicolas Anelka ». Suite à cela, les joueurs regagnent leur hôtel, sans Robert Duverne.

Les Bleus perdent finalement leur dernier match de groupe 2-0 face à l’Afrique du Sud, rencontre au terme de laquelle Raymond Domenech refuse de serrer la main du sélectionneur sud-africain Carlos Alberto Parreira. La France quitte ce Mondial à la dernière place d’un groupe qui lui était à priori favorable, avec un bilan identique à celui du fiasco précédent en 2008 : deux défaites, un match nul et un seul but inscrit. Meilleur buteur de l’Histoire de l’Equipe de France avec 51 réalisations, Thierry Henry annonce sa retraite internationale tandis que le président de la FFF, Jean-Pierre Escalettes, présente sa démission le 28 juin 2010.

Ce second échec total en deux ans amène la classe politique à intervenir sur le cas désastreux de l’Équipe de France ; ainsi, le Président de la République Nicolas Sarkozy demande par l’intermédiaire de la Ministre des Sports Roselyne Bachelot et de la Secrétaire d’Etat aux Sports Rama Yade des réponses structurelles quant au mal-être de l’Equipe de France. Il convoque également les États Généraux sur la gouvernance du football. La Ministre des Sports qualifie les Bleus d’équipe où « des caïds immatures commandent à des gamins apeurés », tandis que Rama Yade appelle à une refonte de l’Equipe de France et de la Fédération Française de Football. Anelka, Evra, Ribéry, Toulalan et Abidal sont convoqués devant la commission de discipline de la FFF tandis que Raymond Domenech est démis de ses fonctions le 5 septembre 2010 pour « faute grave ».

Les images de l’altercation entre Evra et Duverne couplées à l’immixtion de nombreuses personnalités politiques entraînent une médiatisation extrême des Bleus et par extension du « fiasco de Knysna », nom donné à l’ensemble des événements de 2010, tant sur le plan footballistique qu’extra-sportif. La relation entre l’Équipe de France et les Français est désastreuse : les Bleus ont perdu le soutien de presque toute la population et cette dernière, emplie de désamour, est parfois au bord de la haine envers ses anciens héros. La tunique bleue ne représente désormais qu’échec et déshonneur aux yeux de ceux qui ont tant vibré devant les tricolores. L’image de l’Équipe de France à l’étranger est aussi lourdement affaiblie, les Bleus ayant été les « bouffons » (terme employé par un journaliste du Monde) de la Coupe du Monde 2010.

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