• Grille TV beIN SPORTS
Marseille, sa Bonne Mère, son Vieux Port et son Ohème : 1971-1977 (1/3)
Photo Panoramic

Marseille, sa Bonne Mère, son Vieux Port et son Ohème : 1971-1977 (1/3)

L’OM est comme une carabine: elle tire en rafale avec des titres de champion de France consécutifs (1971-1972 et 1989-1990-1991-1992), ou elle s’enraye avec de longues périodes de jachère. Tout le monde connaît parfaitement la grande Histoire des années Tapie (1986-1994) avec ses joueurs emblématiques : Papin, Waddle, Mozer, Abedi Pelé, Boli, Völler, Giresse, Deschamps, Barthez, Francescoli, Boksic ou encore Desailly, sans oublier Cantona, Amoros, Olmeta, Vercruysse, Tigana ou Stojkovic... Mais avant cet âge d’or signé de cet OM 2.0, le club phocéen a connu deux décennies de galère, après deux titres de champion de France au début des années 70. Deux décennies à forte identité pour la ville de Marseille, quelques années après le fameux match de Forbach vu par seulement 434 spectateurs le 23 avril 1965, mais dont tous les Marseillais se souviennent sur la Canebière ou sur le Vieux Port, dans une sorte de concours Lépine de l’anecdote la plus originale.

Marseille, ses calanques, sa bouillabaisse, son pastis, sa pétanque, son Château d’If, son mistral, son chant des cigales, sa Bonne Mère, son Vieux Port et son Ohème, club fondé en 1899 et devenu un totem dans la deuxième ville de France, club pour qui les Marseillais ont les yeux de Chimène.

1971 Le dimanche 21 mars 1971, Gaston Defferre, maire de Marseille depuis 1953, est réélu pour un quatrième mandat à la tête d’une majorité qui allie socialistes et modérés de la droite non-gaulliste face à Georges Lazzarino du PCF, et le Secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports Joseph Comiti, gaulliste de l’U.D.R. … Le samedi 3 juillet, les Ferrari du Belge Jacky Ickx et du Tessinois Clay Regazzoni talonnent la Tyrrell de l’Ecossais Jackie Stewart en première ligne du Grand Prix de France de Formule 1 organisé par Paul Ricard sur le nouveau circuit du Castellet. Dès 1962, le roi du pastis s’était construit un aérodrome sur ce domaine de mille hectares de rocaille et de garrigue à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Marseille … L’industriel parraine une zone de loisirs et chercher à tout prix comment promouvoir sa marque, alors que l’alcool est de plus en plus contrôlé : ce sera la Formule 1. Projet pharaonique, le circuit du Castellet est construit en cent jours de travaux, et inauguré le 19 avril 1970. Après la Champagne (Reims), la Normandie (Rouen), l’Auvergne (Charade) et les Pays de la Loire (Le Mans), c’est au tour de la Provence de recevoir la Formule 1 … Ultra-moderne, plat comme un billard d’asphalte avec sa ligne droite du Mistral, référence de l’époque en matière de sécurité, le circuit provençal a vu le jour grâce aux pilotes Jean-Pierre Beltoise, Henri Pescarolo et Jean-Pierre Jabouille, ainsi que le journaliste de L’Equipe Johnny Rives. Interdit de publicité sur les monoplaces, bien avant la loi Evin de 1991, Paul Ricard avait trouvé une solution de contournement ce problème : créer un circuit à son nom, comme l’explique son ancien directeur François Chevalier : Personnellement, Paul Ricard n’éprouvait aucun intérêt pour les sports mécaniques. Mais la vitesse était alors dans l’air du temps, porteuse de retombées financières. Le dimanche 4 juillet 1971, les bolides écarlates de la Scuderia sont battus par les Tyrrell Ford Cosworth de Jackie Stewart et de François Cevert. Le Brésilien Emerson Fittipaldi (Lotus Ford Cosworth) complète le podium de ce premier Grand Prix de France organisé au Castellet. Il y en aura d’autres jusqu’en 1990, avec la concurrence de Dijon-Prenois imposée par Jean-Marie Balestre (le patron de la FFSA puis de la FIA voulant limiter l’influence de Paul Ricard ou de tout autre intervenant commercial extérieur à la F1), avant que Nevers Magny-Cours (imposé par François Mitterrand dans son fief électoral, pour services rendus par la famille Bernigaud en 1946) ne prenne le relais entre 1991 et 2008. En 1986 cependant, l’accident mortel du pilote italien Elio de Angelis (Brabham BMW) en essais privés écornera la réputation de temple de la sécurité qu’était alors le Castellet … Il faudra la volonté de Christian Estrosi, Président de la région Provence Alpes Côte d’Azur entre 2015 et 2017, pour faire du Castellet le phénix du Grand Prix de France en 2018, après dix ans de jachère. Le jeudi 9 juillet, une étape du Tour de France se termine sur le Vieux-Port 2 heures avant l’horaire le plus optimiste (les techniciens de l’O.R.T.F. n’avaient pas fini d’installer le matériel pour retransmettre l’arrivée en direct), le Cannibale belge Eddy Merckx réagit avec panache et orgueil après sa terrible défaite d’Orcières-Merlette la veille contre le nouveau maillot jaune, Luis Ocaña. Dans la station alpestre, juge de paix de cette 58e Grande Boucle, ce dernier a dressé la guillotine face au Bruxellois, dont le refus viscéral de la défaite est légendaire. Nourri au nectar et à l’ambroisie par les fées du destin sur le plan physique mais également redoutable compétiteur d’un point de vue psychologique, Merckx en fait la démonstration sur la route de Marseille au lendemain des banderilles reçues face à son rival espagnol. Pour l’anecdote, la victoire d’étape en terre provençale revient au coureur italien Luciano Armani. Cet épisode homérique inspirera la plume virtuose d’Antoine Blondin sur la lutte Merckx / Ocaña : “la descente héroïque, folle, superbe, fut celle que nous délivra le champion belge, dès le départ d’Orcières, dans le sillage hautement qualifié de son équipier Wagtmans, spécialiste de ce genre d’acrobatie, véritable Wagtmans show d’une prodigalité folle, qui devait conduire l’homme de la Molteni (du nom d’une marque de charcuterie) à bon porc sur le rivage marseillais avec deux minutes d’avance sur ses rivaux les plus directs après 250 kilomètres d’échappée. Les experts les plus chevronnés n’en revenaient pas, et il est vraisemblable que l’exploit, par son ampleur, rejoindre le mythe de la sardine géante dans la légende phocéenne.” Le maire Gaston Defferre furieux, jure que la Grande Boucle ne reviendra pas à Marseille de son vivant (il décèdera en 1986), malgré des passages du Tour dans le Sud de la Provence, à Aubagne (1973) ou encore Martigues (1980, 1981 et 1982)… L’édile marseillais tiendra donc parole, lui qui en 1967 avait joint le geste à la parole en affrontant en duel le député René Ribière … Le 21 avril 1967, Ribière dispute et perd donc le dernier duel pour l’honneur de l’histoire de France contre Gaston Defferre, alors maire de Marseille et qui était à l’époque président du groupe socialiste, avec qui il avait eu un différend dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, alors présidée par Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux … Gaston Defferre interpelle son collègue, qui s’agite sur son banc, et lui crie : Taisez-vous, abruti ! Un peu plus tard, dans la salle des Quatre-Colonnes, Gaston Defferre refuse de retirer son injure et René Ribière lui envoie ses témoins et demande réparation par le fer (en l’occurrence l’épée). Le duel a lieu dans une résidence privée de Neuilly-sur-Seine, et est arbitré par le député gaulliste Jean de Lipkowski. Gaston Defferre rejette les épées « limées » qu’on lui propose et refuse que l’on s’arrête au premier sang. Manquant d’expérience et devant se marier le lendemain, René Ribière est blessé une première fois, mais demande la reprise du combat. Après une seconde estafilade, Defferre consent finalement à ce que l’arbitre du combat y mette fin … En cette année 1971, l’OM gagne son troisième titre de champion de France (attendu depuis 1948) grâce à Josip Skoblar, l’Aigle Dalmate, auteur de 44 buts en Division 1, deux buts devant l’attaquant malien Salif Keita, auteur de 42 buts avec l’AS Saint-Etienne. Depuis, personne n’a fait mieux, pas même Carlos Bianchi (37 buts en 1978 avec le PSG), Jean-Pierre Papin (30 buts en 1990 avec Marseille), Zlatan Ibrahimovic (38 buts en 2016 avec le PSG), Edinson Cavani (35 buts en 2017 avec le PSG) ou encore Neymar (19 buts en 20 matches en 2018 avec le PSG) … Le club revient de loin : remontée en D1 en 1966, il a remporté sa huitième Coupe de France en 1969 contre le Girondins de Bordeaux, un quart de siècle après la septième, conquise en 1943 ! Le président Marcel Leclerc, arrivé en 1965, a fait venir en 1968 l’attaquant suédois Roger Magnusson, épouvantail des défenses hexagonales avec ses dribbles. Le dirigeant avait fait fort … Le propriétaire d’un journal de sport (But !), Marcel Leclerc amène dans les caisses vides du club un apport financier important puis demande à la mairie de Marseille une détaxe pour les matchs au Stade Vélodrome et l’octroi d’une subvention … Devant le refus de la municipalité, le dirigeant quitte le Vélodrome et fait aménager le vieux Stade de l’Huveaune où le club phocéen retrouvera l’élite. En 1969, il remporte la Coupe de France et tient sa promesse émise avant la finale en plongeant dans le Vieux-Port. Dès 1970, l’OM est dauphin de l’ogre stéphanois qui remporte son quatrième titre consécutif depuis 1967 … Après le premier doublé Coupe-Championnat de l’histoire du club, en juillet 1972, Marcel Leclerc est démis de ses fonctions, accusé d’avoir détourné l’argent du club au profit de ses entreprises de presse … Jean Djorkaeff parti au PSG, l’O.M. se pose cependant en rival de l’AS Saint-Etienne. Les quadruples champions de France en titre sont éliminés dès le premier tour de Coupe d’Europe par Cagliari. Battus 3-0 en Sardaigne, les Verts ne parviennent pas à remonter leur retard à Geoffroy-Guichard, qui n’est pas encore le chaudron que l’Europe découvrira entre 1974 et 1980 … La lutte entre l’OM et Saint-Etienne va être magnifique. L’OM prend la tête dès le début de la saison et cartonne contre Sedan, Angers et Angoulême. A Saint-Etienne, on ne change pas une équipe qui réussit… deux doublés en deux ans. Il suffit de continuer avec les mêmes, sur le même rythme d’invincibilité. Les Stéphanois ne s’en privent pas, qui ne concèdent que deux défaites au cours des matches aller, contre Bastia (2-4) et Sedan (1-3). A la fin des matches aller, les Verts se retrouvent pourtant ex-æquo avec des Marseillais qui les ont suivis au classement. Il est vrai que l’OM (qui a recruté Gilbert Gress, en provenance de Stuttgart) a déniché l’oiseau rare avec un Josip Skoblar qui s’est montré irrésistible pendant cette première partie de championnat, durant laquelle il a marqué 21 buts sur les 44 réussis par son équipe. La course est lancée, passionnante, incertaine. Côté olympien, Marcel Leclerc décide de remplacer Mario Zatelli par Lucien Leduc. Le 6 mars 1971, les deux grands ne peuvent se départager à Marseille (2-2). Et puis Saint-Etienne écrase Bastia, 6-0 et possède deux points d’avance et semble parti pour enlever son cinquième titre d’affilée, cannibalisant un peu plus le championnat de France. C’est alors qu’éclate l’affaire Bosquier-Carnus. Les deux joueurs, libres en fin de saison, ont cédé très tôt aux offres de Marcel Leclerc. Bernard Bosquier et Georges Carnus se sont engagés avec l’OM et ne peuvent plus reculer. Le 8 mai, les Girondins de Bordeaux viennent gagner à Geoffroy-Guichard (3-2), ce qui n’est du goût ni du public stéphanois ni de Roger Rocher qui, furieux, décide alors de suspendre les deux joueurs et de résilier sur-le-champ leur contrat. Albert Batteux, qui n’est pas du tout d’accord avec son président, le compare, pour son orgueil, à Vercingétorix et à Napoléon … Cette affaire sonne le tocsin, pour ne pas dire le glas, des espoirs des Verts de gagner leur cinquième titre national consécutif. L’équipe stéphanoise affaiblie perd un point à Nancy et un autre point à Nantes le dernier jour. A l’OM, Skoblar marque buts sur buts. Lors de la 37e journée, l’OM est pratiquement Champion à Saint-Ouen contre le Red Star où menant par 4 à 0, il l’emporte par 4 à 3. Strasbourg est pulvérisé 6 à 3 pour le dernier match et l’OM est sacré champion de France 1971 avec quatre points d’avance : son premier titre depuis vingt-trois ans (1948), sans oublier une demi-finale de Coupe de France perdue face à Rennes qui légitime sa couronne ! Josip Skoblar a battu tous les records (44 buts), et Keita est son brillant second avec 42 buts. Mais la guerre est déclarée entre les présidents Roger Rocher et Marcel Leclerc.

1972 Déjà jumelée depuis 1958 avec de grands ports mondiaux comme Abidjan, Anvers, Copenhague, Gênes, Haïfa ou encore Hambourg (sans oublier Kobé en 1961 ou Dakar en 1968), la ville de Marseille tisse des liens avec le port ukrainien d’Odessa, rendu célèbre par le Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein en 1927. Le film French Connectionreçoit l’Oscar du meilleur film à Hollywood le 10 avril à l’occasion de la 44e cérémonie des Oscars. Le comédien Gene Hackman est sacré meilleur acteur pour son rôle de policier James Popeye Doyle. Le chimiste Jo Cesari se suicide dans sa prison des Baumettes, et son personnage servira de clin d’œil au chimiste norvégien Sveig Larsen dans les bandes dessinées H et Dutch Connection de Largo Winch en 1994-1995 (scénario de Jean Van Hamme / dessin de Philippe Francq). Né le 2 janvier 1915 à Bastia, Joseph Cesari est d’abord garçon de bord sur des paquebots puis débitant de boissons. Ce serait son demi-frère, Dominique Albertini, ancien préparateur en pharmacie, qui le lance dans l’apprentissage de la fabrication d’héroïne. Ce dernier, chimiste surdoué, a lui-même fait ses classes au laboratoire clandestin de Bandol, installé par Paul Carbone dans les années 1930. Joseph se fera remarquer et devient le chimiste le plus célèbre de la French Connection : on le surnomme « Monsieur 98 % » par référence à la qualité de l’héroïne qu’il raffine. Avec un kilogramme de morphine-base, il fabrique un kilogramme d’héroïne pure à 98 % alors que ses concurrents chimistes d’alors ne dépassent pas 60-70 %. Paul Carbone et son associé italien François Spirito inspireront à Jacques Deray le film Borsalino qui réunit Alain Delon et Jean-Paul Belmondo en 1970, dont le scénario est écrit par le journaliste sportif Eugène Saccomano à partir de son roman Bandits à Marseille paru en 1959. Paul Carbone, lui, était mort le 16 décembre 1943 dans un sabotage de la Résistance qui, visant les soldats allemands en permission, avait fait dérailler le train à bord duquel il voyageait. Selon sa légende, Paul Carbone, les jambes sectionnées, aurait alors dit aux secouristes : Moi, c’est foutu, occupez-vous de ceux qui peuvent être sauvés. Il agonise pendant des heures avant de mourir d’exsanguination, une cigarette à la bouche, en disant : C’est la vie … À la Libération, son associé François Spirito s’enfuit en Espagne franquiste, puis en Amérique du Sud, où il se livre au trafic d’héroïne jusqu’aux années 1960, se plaçant en tête des trafiquants internationaux. Les origines de la French Connection remontent à la fin du XIXe siècle ! En 1898 en effet, alors que le Viet Nam fait partie de l’Empire colonial français, le futur président de la République, Paul Doumer, alors gouverneur général de l’Indochine, décide de créer un monopole d’État sur l’opium dans le Sud sous forme de régie générale. C’est donc l’administration qui achète, fait préparer et vend l’opium. Ce qui représente, à l’époque, un tiers des recettes du budget du gouvernement général. À Saïgon, Doumer fait construire une raffinerie d’opium à haut rendement. Cette politique axée sur l’opium fit que le gouvernement enregistra un excédent dans son budget. En 1912, la première Convention Internationale est signée à La Haye, en vue d’éradiquer le trafic d’opium. Malgré cela, les autorités françaises indochinoises continuèrent leurs productions alors qu’officiellement le gouvernement métropolitain menait des actions contre le trafic de l’opium, afin de répondre aux besoins des soldats blessés de la Première Guerre mondiale. Vers 1930, Blaise Cendrars mentionne que l’opium clandestin se vend moins cher à Marseille que l’opium officiel en Indochine. L’explication est que les entrepôts de la Régie indochinoise sont régulièrement cambriolés ce qui permet à de nombreux paquets d’opium d’arriver à Marseille cachés dans les bateaux de ligne puis d’être ensuite centralisés dans quelques bars phocéens. Dès le début du XXe siècle des marins corses, en service sur la ligne maritime Saïgon-Marseille, convoyaient discrètement de l’opium demi-raffiné, c’est l’époque des « navigateurs ». Les premiers laboratoires illégaux furent découverts, près de Marseille, en France, en 1937. Ces laboratoires, important l’opium d’Orient (Indochine à travers la Régie française de l’opium, Syrie et Turquie où la culture était légale pour vendre la morphine-base aux laboratoires pharmaceutiques de ce pays, les surplus de production étant exportés clandestinement), furent mis sur pieds par le parrain marseillais de l’époque, d’origine corse, Paul Carbone. Durant la Seconde Guerre mondiale, le gouverneur d’Indochine nommé par Vichy continuait à tirer une partie importante de son budget du commerce de l’opium indochinois. De 7,5 tonnes en 1940, il passera à plus de 60 tonnes en 1944. Pendant ce temps aux États-Unis, la mafia américaine, Lucky Luciano en tête, se détournait de la contrebande d’alcool moins lucrative au profit des drogues, éliminant les gangs juifs de la Yiddish Connection et les triades chinoises qui détenaient jusque-là le monopole. Luciano incarcéré à la prison de Denamora pour proxénétisme. Les États-Unis de Franklin Roosevelt entrent dans la Seconde Guerre mondiale en décembre 1941, suite à l’attaque japonaise sur la base hawaïenne de Pearl Harbor. Luciano démontre sa force et ses moyens en ordonnant l’incendie du paquebot Normandie, utilisé comme transporteur de troupes, le 9 février 1942. Cet acte est officiellement attribué aux nazis, officieusement c’est l’œuvre de Lucky Luciano. Il lance les négociations. Le capo décide de se mettre au service de l’armée américaine pour lutter contre les nazis en échange de sa libération. Dans un premier temps l’armée refuse puis elle projette un débarquement en Sicile. Depuis sa prison, Luciano et ses associés font appel à la mafia sicilienne qui se lance dans des travaux de sabotages et servent de guide lors du débarquement des alliés en Sicile en 1943. Pour services rendus au pays, après 10 ans d’incarcération, Luciano est libéré et déporté vers l’Italie en 1946. Salvatore Lucania, de son vrai nom, n’avait pas prévu qu’il serait expulsé par le gouverneur de l’Etat de New York … En effet, les juristes de Washington découvrirent dans le dossier de Luciano qu’il n’avait jamais été naturalisé aux Etats-Unis ! Ce dernier atterrit à Naples et se lance dans des affaires légales qui ne sont en fait que des couvertures. Luciano rencontre Jo Renucci qui a une influence considérable dans les milieux politiques français de l’époque. Ils décident de saisir tous les petits bateaux trafiquant en Méditerranée pour structurer le marché noir. Ils revendent bas nylon, cigarettes, produits de premières nécessités. Financier de la Cosa Nostra new-yorkaise, Meyer Lansky fut le premier à avoir l’idée de faire appel à la pègre marseillaise. En 1949, lors d’un tour d’Europe, Lansky se rendit d’abord en Suisse ouvrir des comptes bancaires secrets. Visitant son ami Luciano à Naples, Meyer Lansky rencontra ensuite le milieu corse à Paris, dans leurs salles de jeux. Fréquentant leurs palaces à Nice, l’Américain rencontra ensuite les grands parrains marseillais, en particulier les Guérini. Marseille, de par sa position de carrefour de la Méditerranée, servait de port d’entrée pour l’Europe à toutes sortes de trafics de produits illégaux, dont notamment l’héroïne. En 1946, l’Indochine est toujours une colonie française. Sous la pression internationale, la France décide d’interdire la production et la consommation d’opium. Mais les services secrets français ne sont pas d’accords. Ils élaborent l’opération X3. Pour contrer les vietminhs communistes, il crée le CGMA (Groupement de Commandos Mixtes Aéroportés). Ce groupe d’élites forment des tribus des haut-plateaux du Laos à la lutte et aux maquis : sauts en parachute, missions de guérillas en tout genre, maniement d’armes et d’explosifs. Parmi elles se trouvent les Meos3. Alors que l’interdiction de production et de la commercialisation de l’opium est décrétée, le CGMA, à travers l’opération X, v acheter l’opium des Meos pour les garder dans le giron français. Mais le CGMA va vendre cet opium à des trafiquants français pour collecter des fonds qui serviront à l’effort de guerre. En 1953, 1500 kilos d’opium sont trouvés dans une cantine du CGMA. C’est considéré comme une activité résiduelle, le trafic est estimé porter sur plusieurs dizaines de tonnes. Le colonel Trinquier, expert en contre-guérilla et commandant responsable des maquisards témoigna quelques années plus tard : l’argent de l’opium finança le maquis de Laos. Un DC-3 acheminait la drogue… L’argent placé servait à réapprovisionner en vivres et en armes les guérillas. Bien sûr, nous taisions ces pratiques. Nous n’en parlions pas aux autorités d’Hanoï, moins encore à celles de Paris. La première prise significative du côté trafiquant, de l’après-guerre, date du 5 février 1947 avec 3 kg d’héroïne. Elle s’effectua sur un marin corse, arrivé de France. De fait, il devenait clair que le milieu français tentait de s’imposer de plus en plus dans le trafic international de l’opium. Cette intuition s’avéra confirmée par la prise de 13 kg d’héroïne, le 17 mars 1947, sur le paquebot St-Tropez. De même, le 7 janvier 1949, la police saisit plus de 23 kg d’opium et d’héroïne sur le bateau français Batista. Après la Seconde Guerre mondiale, le milieu corse, ainsi que la mafia sicilienne et napolitaine, collaboraient avec les services secrets américains et français, comme la CIA, et le SDECE. Cette collaboration avait pour but de préserver le port de Marseille de l’emprise des communistes, comme pour la Sicile durant la guerre, l’île constituant aux yeux des Américains une pièce stratégique du puzzle méditerranéen. En novembre 1947, une grève éclate avec les dockers sur le port de Marseille. Les manifestants s’en prennent aux biens des Guerini, nouveaux parrains de la pègre marseillaise, qui ont su durant la guerre se retrouver du côté des alliés après avoir travaillé pour la Gestapo. Ils ont remplacé Paul Carbone et François Spirito qui ont, eux, collaboré. Mémé Guerini tue un manifestant qui détruisait une de ses boites de nuit. Les Guerini ne seront pas inquiété au niveau judiciaire. La grève s’étend au niveau national. Le milieu est inquiet car tous leurs trafics sont bloqués. Quant au gouvernement américain, il est lui aussi inquiets, la CIA craint que les communistes ne prennent le contrôle de toutes les activités portuaires et ne viennent bloquer le plan Marshall. La CIA utilise le syndicaliste américain Irving Brown pour scinder le syndicat ouvrier CGT en deux avec la création de Force Ouvrière. Force Ouvrière se veut un syndicat libre, anti-communiste et acquit au plan Marshall. Après 30 jours de grèves et de luttes physiques entre les sbires des Guerini et les dockers, la CIA remporte la partie. Les Guerini s’affirment comme les nouveaux maîtres de la pègre marseillaise. Mais le port n’est pas totalement sous contrôle. En 1950, les dockers du port de Marseille refusaient de charger les armes pour le combat de l’armée française en Indochine. En représailles, les autorités du port décidèrent de licencier 800 dockers du port. Par solidarité, les syndicats, dont la CGT et les 4 000 dockers se mirent en grève. Ce fut la fameuse grève de 1950, qui débuta le 10 mars. Deux semaines plus tard, 35 000 manifestants bloquent l’ensemble des ports français. Le gouvernement français, la CIA, les Guérini et Lucky Luciano avaient un intérêt commun à faire cesser cette grève. Pour cela, les autorités libérèrent des criminels de prison pour briser la grève. C’étaient des sbires des clans Guérini, Franscisi et Venturi payés par Irving Brown avec l’argent de Thomas Braden, directeur des affaires internationales de la CIA. Au bout de 40 jours, le « milieu » gagna le port. Les politiciens, reconnaissants, laissèrent faire les trafics en tout genre. Luciano s’associa avec les clans corso-marseillais pour reprendre le trafic d’héroïne, notamment avec les Venturi et les Francisi sous le patronage des Guerini. Ses équipes transportaient la morphine-base, issu de l’opium d’Indochine, du Moyen-Orient mais surtout de Turquie jusqu’à Marseille. La transformation était opérée dans des laboratoires clandestins à Marseille et dans ses alentours. L’héroïne marseillaise était réputée pour sa grande qualité, pure à près de 98 % (contre 60 % à 70 % pour les autres productions de l’époque). Les chimistes du milieu marseillais, notamment Jo Césari et Henri Malvezzi, étaient particulièrement recherchés. Marseille devient le laboratoire d’héroïne des États-Unis où la marchandise est envoyée. La French Connection est vraiment lancée … En 1953, Dominique Venturi dit “Nick” crée une entreprise de travaux public, la CEGM. Il empochera pendant près de 30 ans des marchés publics de la mairie de Marseille. Son frère Jean est responsable de la société Ricard au Canada. Il assure une filière canadienne de l’héroïne. À cette époque, on parlait surtout de « French Sicilian Connection », les grands laboratoires de transformation de drogue étant implantés en Sicile sous la coupe de la Cosa Nostra avant que des luttes entre clans mafieux favorisent le développement de laboratoires en Provence. Les autorités américaines considéraient que la mafia corse et Cosa Nostra avaient beaucoup de similitudes. Durant les années 1970, les autorités américaines dénombraient 15 familles mafieuses corses. Mais il n’y aurait que 4 familles principales en Corse : les Francisci (Marcel), les Orsini (Joseph, ancien de la Carlingue, a monté une filière au Canada), les Venturi (Dominique, dit Nick) et les Guerini (Antoine, le chef et Barthélémy). La mafia corse dispose comme sa cousine Cosa Nostra d’un code d’honneur. Ses membres doivent respecter la loi du silence, la fameuse omerta, la parole donnée est considérée comme sacrée. L’effectif de la brigade des stupéfiants de Marseille passera quant à lui de 8 personnes en 1969 à 77 en 1971 et plusieurs milliers de fonctionnaires furent formés à la lutte contre le trafic des stupéfiants. Sur une période de 14 mois débutant en février 1972, six laboratoires majeurs de transformation de morphine-base en héroïne sont démantelés dans la banlieue de Marseille, le juge Michel envoyant derrière les barreaux un grand nombre de trafiquants. Le plus célèbre est celui découvert à Aubagne, connu sous le nom de « Labo Césari » du nom de Joseph Césari qui se fait arrêter pour la deuxième fois et qui se suicidera pour échapper à une très lourde condamnation. Les arrestations liées au stupéfiant montent en flèche, passant de 57 en 1970 à 3016 en 1972. La French Connection aurait été financée par l’argent de la Carlingue (la Gestapo française installée à Paris au 93 rue Lauriston durant la guerre) par l’intermédiaire d’Auguste Ricord, agent de Lafont, arrêté en septembre 1972, jugé et condamné aux États-Unis. Des années 30 aux années 50, Les Américains surnommaient la cité phocéenne le Chicago français, en référence au statut de capitale du crime de la métropole de l’Illinois pendant la prohibition, avec Al Capone en symbole du crime organisé. Plus redoutable que Naples, le milieu marseillais avait donc infiltré les réseaux politiques locaux, tel Simon Sabiani qui avait accès à la mairie dans les années 30. De même, il était un secret de polichinelle que Nick Venturi, ancien résistant et garde du corps de Gaston Defferre, avait pu contrôler le marché de la réparation navale. En 1973, les Américains forcèrent par ailleurs le Paraguay d’Alfredo Stroessner à extrader Auguste Ricord, ancien collaborateur de la Carlingue, devenu l’un des principaux parrains de la branche sud-américaine de la French Connection. Comme les nazis Josef Mengele, Klaus Barbie ou plus simplement Ronnie Biggs (le cerveau du gang du train postal de 1963), Ricord avait choisi l’Amérique du Sud pour éviter une extradition vers l’Europe. La chape de plomb de la French Connection durera quatre décennies, même si le milieu va survivre à la fin de la French … En 1947, la CIA utilisa les gangs corses et marseillais pour contrer la C.G.T. dans le Port de Marseille. En 1972, l’OM de Marcel Leclerc a repris le commandement du football français. Il a aussi mis sur pied une équipe très performante, avec ses deux grandes révélations, Skoblar et Magnusson qui ont fait de l’attaque de l’OM l’une des plus percutantes de l’histoire. Et désormais, avec Carnus et Bosquier, la défense marseillaise est à la hauteur du reste. Leclerc a connu quelques problèmes avec Charly Loubet qui a décidé de s’en aller à Nice. C’est Didier Couécou qui prendra sa place en attaque. L’AS Saint-Etienne a été dépouillée, car en plus de Carnus, de Bosquier et des deux Niçois, elle a perdu son défenseur yougoslave Vladimir Durkovic, parti en Suisse (où il trouvera un an plus tard une mort tragique en juin 1972 à Sion, tué par un policier helvétique en état d’ivresse). Les deux matches qui opposent Saint-Etienne et l’OM sont spectaculaires et tous deux gagnés par les Verts. A Marseille, en octobre (avec Carnus et sans Bosquier, blessé), les Stéphanois l’emportent 3-2 (doublé de Salif Keita). Et le 1er avril, alors que l’OM avec dix points d’avance, a course gagnée, Saint-Etienne l’emporte encore 2-1 dans un stade Geoffroy-Guichard qui réserve à Carnus et à Bosquier un accueil peu amical. Les Marseillais ont encore changé d’entraîneur en cours de route, Mario Zatelli revenant sur le banc au mois de mars pour y remplacer Lucien Leduc. Mais cela n’affaiblit pas le moins du monde une formation dont la défense est intraitable (elle ne concédera que 37 buts) et où Josip Skoblar marquera encore 30 buts (sur les 78 de l’équipe), devançant Keita d’un tout petit but. L’OM conserve donc son titre de champion de France avec cinq points d’avance sur Nîmes qui a été son rival le plus coriace. En l’emportant 3 à 1 à Nîmes face aux Crocodiles, l’OM s’assure du titre. L’AS Saint-Etienne termine sixième à douze points (avec la meilleure attaque : 81 buts). L’OM, lui, réalise le doublé Coupe – Championnat en cette saison 1972. Le 4 juin 1972, l’OM domine Bastia en finale de la Coupe de France, grâce à des buts de Didier Couécou et Josip Skoblar, les deux fois grâce à un centre de Roger Magnusson, le génial dribbleur suédois. Le club est éliminé en quart de finale de Coupe d’Europe des Clubs Champion, dans un duel logiquement perdu contre le grand Ajax Amsterdam de Johan Cruyff, qui sera stratosphérique pour ne pas dire stellaire ce soir là. Le Ballon d’Or 1971 marque en effet le deuxième but des Hollandais après une course de 60 mètres. C’est le combat inégal de David contre Goliath, et l’Ajax fonce une nouvelle fois vers le Graal européen. A l’intersaison, Rolland Courbis quitte Marseille pour Ajaccio, un an avant de filer en Grèce en pleine dictature des colonels. Le futur entraîneur de Zinédine Zidane (né le 23 juin 1972 à Marseille) à Bordeaux refera parler de lui … A l’époque, en Grèce, dirigée par une junte militaire, les joueurs étrangers sont interdits. A moins d’avoir un ancêtre grec. Courbis remonte cinq générations, n’en trouve pas et s’invente un Alexandre Courbis, qui habitait autour de 1800 autour de Salonique. C’est ainsi qu’il passe un an à l’Olympiakos Le Pirée … Il deviendra à Marseille un quart de siècle plus tard, comme entraîneur, en 1997. Rolland Courbis, clope au bec et barbe fleurie sur le bord du terrain, ne brille pas que sur le rectangle vert. Il vit dans une somptueuse villa, rachetée à l’acteur allemand Curd Jürgens, porte des costumes Armani sur mesure sur le bord du terrain quand la mode est encore au survêtement à la Guy Roux, et s’offre des virées dans les casinos de la Côte dans sa Maserati. A son bras, la comtesse italienne Maria-Luisa Rizzoli, veuve du magnat des médias Andrea Rizzoli (président de l’AC Milan de 1954 à 1963), joueuse professionnelle, qui confiera avoir perdu 75 millions de francs sur les tapis de roulette. Il se murmure qu’elle lui a offert un hors-bord à 3,5 millions de francs pour leurs fiançailles. “Que veut-on ? Que je m’excuse ? Bien ! Je m’excuse. Oui, j’ai rencontré une jeune fille belle, riche, intelligente, célèbre. C’est promis, la prochaine, je la choisirai moche, conne et fauchée”, se défend Courbis, surnommé à l’époque “le Parrain de la rade”, note le Nouvel Obs. Il a le nez creux en achetant Zinédine Zidane à Cannes en 1992 … Le couple est chanceux au jeu. Un peu trop. La police les soupçonne d’être de mèche avec un des croupiers du casino du Palm Beach de Cannes. L’affaire ira en justice, le couple sera blanchi. “Le problème au casino, c’est que quand tu perds, tu as des ennuis avec ton banquier, et quand tu gagnes, c’est avec la police”, commente Courbis avec son inimitable art de la formule. L’amour des casinos avec vue sur la Méditerranée lui a fait refuser le PSG. Francis Borelli voulait lui confier l’équipe. Malgré ses casseroles judiciaires, Courbis exerce un pouvoir de séduction incroyable sur les dirigeants du foot français. Il est auditionné par l’aréopage de la F.F.F. pour diriger l’équipe de France en 1993. Il manque de prendre en main l’AS Monaco en 1996… après avoir esquissé le recrutement gagnant du club qui deviendra champion de France sous les ordres d’un autre Marseillais, Jean Tigana. Mais parvient à convaincre Robert Louis-Dreyfus, le milliardaire suisse qui dirige Adidas, de lui confier l’OM. RLD demande des garanties : Pas de matchs arrangés ou achetés, pas de dopage, pas de magouilles, raconte Courbis dans son autobiographie, intitulée Pourquoi mentir ? où il pose avec un Pinocchio en couverture. Louis-Dreyfus a raison d’avoir peur. Rolland Courbis cultive de solides amitiés dans le milieu. “Quand tu es né dans certains quartiers de Marseille, la fréquentation de gros voyous, ce n’est ni un mythe, ni un choix, c’est une obligation”, reconnaît-il. “Avec de l’argent, tu n’es pas sûr de réussir, sans argent, tu es sûr d’échouer”, a un jour déclaré Courbis au sujet du microcosme du football, cité dans un livre consacré à Bernard Tapie. Jamais Courbis et Tapie ne travailleront ensemble à l’OM, mais le premier conseillera le second sur le milieu si particulier du ballon rond : les matchs ne se gagnent pas que sur le terrain, ce que Tapie traduira à voix haute le mercredi 18 avril 1990 après la cruelle main de Vata face au Benfica Lisbonne, en demi-finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions : “Ce soir, j’ai compris pourquoi nous étions un petit club et comment il fallait faire pour gagner la Coupe d’Europe. On n’a pas trouvé la femme de ménage espagnole de l’arbitre belge.” Bernard Tapie et Rolland Courbis, deux personnages hauts en couleurs qui feront reparler d’eux du côté du Stade Vélodrome.

1973 L’année 1973 restera marquée au fer rouge, que ce soit à Marseille, ou à Grasse (Alpes-Maritimes), par de terribles ratonnades. Ces événements interviennent onze ans après la fin de la guerre d’Algérie, en 1962, et lors du premier choc pétrolier (1971, suite à la fin du système de Bretton Woods, décision de Richard Nixon suspendant la convertibilité du dollar en or). Face aux premières difficultés économiques de la France marquant la fin de ce que l’économiste Jean Fourastié appellera les Trente Glorieuses (1945-1973), le nouveau gouvernement de Pierre Messmer (qui remplace Jacques Chaban-Delmas à Matignon), sous la présidence Georges Pompidou, adopte la circulaire Marcellin-Fontanet (Raymond Marcellin et Joseph Fontanet étant respectivement Ministres de l’Intérieur et de l’Education Nationale), qui limite l’immigration en France. En 1972, alors que la crise économique se profile à l’horizon, la circulaire Fontanet restreint la circulation des travailleurs maghrébins en liant l’attribution de la carte de séjour à un titre de travail. Les Algériens, principaux visés, subissent aussi les conséquences des rapports houleux entre la France et son ancienne colonie. L’afflux d’expatriés de retour du Maghreb a conduit à la création de villes nouvelles, telle Carnoux-en-Provence. Cette ville est située à l’est de Marseille, entre Aubagne au nord et Cassis au sud, au cœur d’un ensemble de collines prolongeant à l’est le massif de Saint-Cyr. En 1957, des Français rapatriés du Maroc créent sur le territoire de Roquefort-la-Bédoule la localité nouvelle de Carnoux, où ceux d’Algérie sont accueillis à partir de 1962. En 1966, la commune de Carnoux-en-Provence est créée devenant ainsi la 119e commune du département des Bouches-du-Rhône. De fait, la circulaire Fontanet de 1972 place d’un coup dans la clandestinité 83 % des travailleurs migrants. La population française est alors divisée sur la question de l’immigration. Si la situation n’est en rien comparable à l’apartheid en Afrique du Sud ou aux émeutes raciales des années 60 aux Etats-Unis, le clivage populaire est très fort. En septembre 1972, un mouvement de protestation à la circulaire s’était mis en place pour soutenir les immigrés en situation irrégulière par des grèves, dont des grèves de la faim. La contestation est forte à Valence, et plusieurs églises de la Drôme annulent, en signe de solidarité, la messe de Noël. La question de l’immigration entre dans l’actualité et, en juin 1973, la circulaire Fontanet est assouplie. Le 12 juin 1973, le maire de Grasse, Hervé de Fontmichel, fait asperger par une lance incendie des travailleurs immigrés manifestant pour la régularisation de leur situation qui tentaient de pénétrer dans la mairie. Ceci fait monter la tension, et des affrontements commencent, dégénérant en « ratonnades ». Plusieurs blessés, dont un grave, sont à déplorer chez les travailleurs immigrés dans la capitale du parfum. Le maire déclare par la suite : Les Arabes se comportent dans la vieille ville comme en terrain conquis […]. Ces gens-là sont différents de nous, ils vivent la nuit […]. C’est très pénible d’être envahi par eux. Le 21 juin 1973, le groupe d’extrême droite Ordre nouveau (mouvement qui sera dissous dans le Front National, avec François Duprat comme premier n°2 de Jean-Marie Le Pen), dont des affiches avaient été placardées à Grasse, organise un meeting à la Mutualité, à Paris, avec pour slogan Halte à l’immigration sauvage. La contre-manifestation d’extrême-gauche n’est pas autorisée, mais a tout de même lieu, dégénérant en affrontements avec la police qui font plus de 70 blessés chez les forces de l’ordre. Dans la foulée, le ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin, fait dissoudre Ordre nouveau ainsi que la Ligue communiste et arrêter son dirigeant, Alain Krivine. Dans ce contexte de tension, un évènement met le feu aux poudres à Marseille : le 25 août 1973, l’Algérien Salah Bougrine assassine un conducteur d’autobus, Emile Gerlache, en l’égorgeant au couteau. Le lendemain, Gabriel Domenech, rédacteur en chef du Méridional et futur membre du Front national, écrit dans un éditorial intitulé « Assez, assez, assez ! » : “Bien sûr, on nous dira que l’assassin est fou, car il faut bien une explication, n’est-ce pas, pour satisfaire ceux qui refusent d’admettre que le racisme est arabe avant d’être européen. Et qu’il n’y a, finalement, de racisme européen que parce que l’on tolère, depuis trop longtemps, tous les abus du monde arabe? pour de basses raisons pétrolières. La folie n’est pas une excuse. Cet assassin-là, même s’il est fou (je dirai plus, s’il est fou), les pouvoirs publics sont encore plus gravement coupables de l’avoir laissé pénétrer sur notre territoire. Nous en avons assez. Assez des voleurs algériens, assez des casseurs algériens, assez des fanfarons algériens, assez des trublions algériens, assez des syphilitiques algériens, assez des violeurs algériens, assez des proxénètes algériens, assez des fous algériens, assez des tueurs algériens. Nous en avons assez de cette immigration sauvage qui amène dans notre pays toute une racaille venue d’outre-Méditerranée et se mêlant (pour leur malheur et ils le savent, et ils sont avec nous lorsque nous dénonçons le mal) aux honnêtes et braves travailleurs venus pour gagner leur vie et celle de leur famille? Parce que l’indépendance ne leur a apporté que la misère, contrairement à ce qu’on leur avait laissé espérer. Hier, c’était un malheureux chauffeur d’autobus marseillais, qui a été la victime de la bête malfaisante que M. Boumediene nous a envoyée au titre de la Coopération. Encore un ouvrier, après des chauffeurs de taxi, des petits commerçants, des vieillards sans défense et des jeunes filles ou des femmes attaquées, alors qu’elles rentrent seules. Jusqu’à quand ?Et qu’attend-on pour faire quelque chose, nous le demandons une fois de plus ? Ne comprendra-t-on que trop tard, en haut lieu, que tout cela risque de finir très mal ?Et laissera-t-on longtemps les criminels gauchistes – comment les qualifier autrement ? – entretenir la haine du Blanc parmi les immigrés arabes? Pour se servir d’eux et obtenir ce qu’ils souhaitent le plus : une ” ratonnade ” ! Leur rêve ! Car, dès lors, la France pourrait enfin être mise au ban des nations civilisées. Notre gouvernement est-il donc stupide au point de ne pas comprendre cela ?” Le 28 août, jour des obsèques du traminot Emile Gerlache, le quotidien communiste La Marseillaise riposte : parce que le meurtrier est Algérien, certains en profitent pour attiser une campagne de haine raciste et xénophobe. Nostalgiques des conquêtes et des guerres coloniales, silencieux lorsque les bombes des B. 52 faisaient des centaines de milliers de morts en Indochine, aujourd’hui ils se déchaînent et appellent à ‘la ratonnade’. et d’achever l’article en se servant du “racisme hitlérien” comme d’un repoussoir. Dès le lendemain du drame, un Comité de Défense des Marseillais se constitua pour assurer « la sécurité des Français ». Ce comité organisa une manifestation pacifique de protestation, le 29 août sur la place de la Bourse à Marseille. D’autres échos racistes se firent entendre : la section des Bouches-du-Rhône des Comités de Défense de la République, le Centre des Démocrates, l’Union des Jeunes pour le Gaullisme des Bouches-du-Rhône et le Front National, entre autres, se placèrent de manière plus ou moins claire du côté de l’exclusion. Ces sentiments, Marcel Pujol, suppléant du Ministre des Relations avec le Parlement Joseph Comiti, les résuma à la presse : “Les immigrés finissent par croire qu’ils sont chez eux, ils alimentent la chronique du proxénétisme, du banditisme, ils sont à la charge du contribuable français.” Des voix modérées tentèrent de ramener le calme et la lucidité. Mgr Roger Etchegarray, archevêque de Marseille, préconisa la solidarité face au racisme le 27 août. Plusieurs associations chrétiennes s’associèrent à ses déclarations. Le MRAP manifesta aussi son indignation : Nous mettons solennellement en garde l’opinion publique contre cette vague d’obscurantisme qui évoque de sinistres souvenirs. Tour à tour, Le Monde, Le Figaro, l’Humanité, Le Provençal et La Marseillaise réagirent aux propos racistes par des prises de positions nuancées mais unanimes. Le Président de la République intervint pour sa part en Conseil des Ministres le 30 août. Georges Pompidou déclara : “La France ne doit pas mettre le doigt dans l’engrenage du racisme.” En janvier 1975, Gabriel Domenech sera condamné, pour cet article, à 1 500 francs d’amende et à payer 1 franc symbolique au MRAP ; le directeur de Minute est également condamné, à 2 000 Francs d’amende, pour avoir reproduit des extraits de cet éditorial. Le 4 septembre 1973, les autorités annoncèrent l’expulsion du Pasteur suisse Berthier Perregaux, responsable du CIMADE à Marseille. La décision fut prise par le Ministre de l’Intérieur qui évoqua le manque de neutralité politique de l’ecclésiastique. Cette décision ne manqua pas de surprendre l’opinion. Le pasteur était bien connu pour son action en faveur des immigrés dans la région marseillaise. En pleine flambée raciste cette mesure provoqua un véritable tollé : les partis politiques de gauche, les organisations syndicales, les mouvements religieux et une bonne partie de la presse condamnèrent avec virulence la décision, jugée maladroite, du gouvernement. Le Monde parla d’arbitraire en critiquant sévèrement Raymond Marcellin : “Si les pouvoirs publics avaient fait leur travail, ni le CIMADE, ni le pasteur Perregaux n’auraient eu à s’occuper des immigrés.” Installé dans cette ville depuis 1967, M. Perregaux avait déployé, comme responsable local de la CIMADE, service œcuménique d’entraide, une intense activité en faveur des immigrés. À ce titre, il avait participé à des manifestations et soutenu des grèves de la faim. Le 18 juin 1973, une procédure d’expulsion est engagée contre lui. Le 4 septembre au matin, 17 policiers en civil l’appréhendent à son domicile et le mettent dans le premier avion pour la Suisse. Après une vague de protestations, dont celles de la Fédération protestante de France et de Mgr Roger Etchegaray, archevêque de Marseille, M. Marcellin explique sa décision : “Le préfet délégué par la police considérait le pasteur Perregaux comme un des principaux agitateurs des mouvements politiques de travailleurs étrangers.” Un peu plus tard, en réponse à une question écrite de François Mitterrand, le ministre affirme que le pasteur suisse ne respectait pas la réserve et la neutralité politique à laquelle sont tenus les étrangers résidant en France. Le tribunal administratif de Marseille (en juillet 1975) et le Conseil d’État (en mai 1977) jugeront l’expulsion légale. L’arrêté annulant son expulsion du pasteur suisse est daté du 20 mai 1981, veille de l’investiture de François Mitterrand, mais le consulat de France à Genève n’en a été avisé que le 17 juin et l’intéressé le 28 juin. Il est signé au nom du ministre de l’intérieur, alors démissionnaire, M. Christian Bonnet, remplacé Place Beauvau par … Gaston Defferre. Un nouveau coup de théâtre se produisit le 19 septembre 1973. Une information en provenance d’Alger fit état de la décision du Président Houari Boumédienne de suspendre l’émigration algérienne vers la France. Cette décision symbolique était une affaire de dignité. Le Président algérien aurait voulu qu’un secrétariat d’État à l’immigration soit rattaché au Gouvernement Français et que les enquêtes de police concernant les attentats anti-Algériens soient menées avec plus de conviction. Houari Boumédienne aurait également apprécié que Georges Pompidou dénonçât plus clairement les menées racistes en France. La conférence de presse du Président français, le 27 septembre, n’avait satisfait qu’à moitié son homologue algérien. Georges Pompidou y déclara : “La France est profondément antiraciste. Nous exécrons tout ce qui ressemble au racisme (…). En France, de racisme il n’y en a pas, en tout cas il ne doit pas y en avoir.” L’année 1973 se termine par l’explosion d’une bombe contre le consulat d’Algérie à Marseille le 14 décembre, qui fait quatre morts et 22 blessés. Malgré les déclarations du Préfet des Bouches-du-Rhône, l’opinion estima que cet attentat était d’origine raciste. La situation prit une tournure tellement grave qu’une délégation d’information fut envoyée officiellement par les autorités algériennes à Marseille pour y enquêter sur les événements. L’attentat fut revendiqué par un groupuscule composé d’anciens membres de l’OAS et de nostalgiques de l’Algérie Française baptisé Le Club Charles Martel. La référence historique était claire : Charles Martel, père de Pépin le Bref et grand-père de Charlemagne, vainqueur des Arabes en 732 à Poitiers. En 732, lors de la bataille de Poitiers, Charles Martel affronta les armées omeyyades du gouverneur d’al-Andalus, l’émir Abd el-Rahman. En effet, depuis 711, les troupes musulmanes avaient conquis la majeure partie de la péninsule Ibérique, et poursuivaient progressivement leur avancée vers le nord, au-delà des Pyrénées, si bien qu’à partir de 725, ayant déjà conquis la Septimanie, ils s’emparèrent de la vallée du Rhône, mettant à sac la ville d’Autun (le 22 août 725), et assiégeant sans succès, en territoire franc, la ville de Sens. À la suite de l’intervention du duc d’Aquitaine et de Vasconie, Eudes, qui les arrêta une première fois à Toulouse, en 721, les premières tentatives furent repoussées. Fort de sa victoire, le duc d’Aquitaine voulut prévenir le retour des troupes musulmanes venues de la péninsule Ibérique en s’alliant à Munuza, gouverneur musulman de la Septimanie. Munuza était en révolte contre ses coreligionnaires d’al-Andalus. Eudes lui arrangea son mariage avec sa fille. Mais Munuza fut tué en affrontant le gouverneur d’al-Andalus Abd el-Rahman qui, dans la foulée, lança une expédition punitive contre les Vascons. Il engagea donc en 732 une double offensive au sud de l’Aquitaine, du côté de la Vasconie, et dans la vallée du Rhône. Cette fois, le duc Eudes ne put les arrêter seul, et demanda à Charles de venir à son aide. Le 19 octobre 732, les armées de Charles et du duc Eudes réunies faisaient face à la razzia à Moussais, sur l’actuelle commune de Vouneuil-sur-Vienne, au sud de Châtellerault. Charles fit tout pour éviter l’affrontement mais encouragea le pillage aux alentours, ce qui eut pour double effet de saturer de butin les Sarrasins et de les rendre moins mobiles. Après six jours d’observation, la bataille s’engagea le 25 octobre et fut assez brève. Charles tua leur chef Abd el-Rahman, ce qui décida les troupes sarrasines à prendre le chemin du retour. Selon certains auteurs, c’est à la suite de cette victoire que Charles fut surnommé Martel (en ancien français et en occitan signifie « marteau »), puisqu’il avait violemment écrasé les troupes musulmanes, tel un marteau — le « marteau d’armes » étant aussi une arme de combat. La référence à Charles Martel sera réutilisée par Jean-Marie Le Pen en janvier 2015 après les attentats contre le journal Charlie Hebdo et l’hyper-casher de la Porte de Vincennes : Je suis Charlie Martel, déclara l’ancien leader frontiste avec son habituel pour la provocation et l’outrance, détournant le slogan Je suis Charlie. Les animateurs du club Charles Martel déclarèrent dans un communiqué : ”II y a plus d’Arabes en France qu’il y avait de Pieds-Noirs en Algérie. Ils nous ont expulsé par la violence, nous les expulserons par la violence. La lâcheté de nos pseudo-gouvernements est en cause. A bas la France Algérienne !” Revendiqués par le Groupe Charles-Martel qui fustige la France algérienne et l’occupation de notre sol par des ethnies totalement inassimilables et d’un apport qualitatif nul , une vingtaine d’attentats auront lieu dans la décennie qui feront au moins six morts sans que leurs auteurs ne soient jamais retrouvés. Deux ans plus tard, en juillet 1975, le film Dupont-Lajoie (sorti en salles le 26 février 1975) d’Yves Boisset avec Jean Carmet, Isabelle Huppert, Jean Bouise et Victor Lanoux, obtiendra l’Ours d’Argent au Festival de Berlin, son scénario étant directement inspiré des évènements sanglants de l’été 1973. Une grande partie des scènes extérieures de ce film ont été tournée sur les plages de Saint-Aygulf, Fréjus-plage dans le Var. Le groupe extrémiste Charles Martel menace l’équipe de Boisset. Le camping, principal lieu de tournage, est caillassé, et reçoit même des grenades et des cocktails Molotov. Toute la première partie de la saison 1972-1973 va tourner autour de Marseille et de l’O.G.C. Nice. L’OM est brutalement secoué par une énorme tempête interne au mois de septembre 1972, lorsque les treize membres du comité directeur exigent la démission de Marcel Leclerc, à la suite des contrôles fiscaux qui ont fait apparaître des lacunes bizarres dans la comptabilité du club. Leclerc a beau réagir violemment, il doit partir lors de ce qui ressemble à une Nuit des Longs Couteaux. Les causes de l’affaire sont lointaines. Les plus anciennes ont 51 ans, disait avec malice un supporter de l’OM : l’âge de Marcel Leclerc. Ce dernier était fait pour jouer les équilibristes et les funambules, donc un jour ou l’autre, pour se casser la figure. En mars 1972, Marcel Leclerc annonce qu’il est sur le point d’engager Eugène Steppé, ancien secrétaire général d’Anderlecht, comme directeur sportif. Il ne mit personne au courant des contacts pris avec Steppé et pas davantage de leur conclusion. Mais il est obligé de composer avec son comité directeur et fait marche arrière, le Belge ne viendra pas. Le 7 juillet 1972 à l’assemblée fédérale de la Ligue à Ajaccio, Marcel Leclerc reçoit une véritable volée de bois vert et son moral est atteint. Beaucoup plus qu’on ne le croit. Quelques jours plus tard, il assure, détendu, que la séance du comité directeur, fixée à 23 heures, durera une heure tout au plus. Mais la séance ne fait que commencer … Elle durera jusqu’à quatre heures du matin, l’affrontement devient alors violent entre d’un côté le président Leclerc, seul, et de l’autre les treize membres du comité directeur. Les injures, les menaces pleuvent. Plus tard, le président de l’OM a un entretien avec M. Gaston Defferre, député-maire de la ville. Il le met au courant de sa démission. Le FC Nantes va grappiller les points en décembre et janvier et se rapprocher de Nice, parti sur les chapeaux de roue, avant d’avoir à repousser quelques assauts d’un Marseille qui a enrôlé Marius Trésor et Salif Keita. L’OM gagne à Nantes par 2 à 1 et fait figure de favori pour le titre après ce succès au stade Marcel Saupin. Mais une défaite à Saint-Etienne et une série de nul privent les Olympiens d’un troisième titre consécutif … Marseille quitte la scène continentale après un premier tour de Coupe d’Europe des Clubs Champions perdu contre la Juventus Turin de Dino Zoff, la Vecchia Signora étant la future finaliste de la C1 contre le grand Ajax, auteur d’une nouvelle razzia après avoir atomisé le grand Bayern Munich au stade olympique d’Amsterdam le 7 mars 1973 (4-0 contre les coéquipiers de Franz Beckenbauer). Ce jour là, Cruyff et consorts atteignent leur pinacle, la quadrature du cercle de leur propre génie … La rage chevillée au corps après une telle démonstration de force, le gardien du Bayern Sepp Maier en jettera ses gants de rage dans les canaux de la Venise du Nord, l’O.M. n’a donc aucun regret à avoir, étant si loin du niveau du triple champion d’Europe des clubs dans l’univers darwinien du football continental …

1974 Le 18 avril 1974, Marseille apprend le décès de Marcel Pagnol, académicien depuis 1946. Le cinéma adaptera l’Eau des Collines en 1986 (Jean de Florette et Manon des Sources de Claude Berri, avec Gérard Depardieu, Daniel Auteuil, Yves Montand et Emmanuelle Béart) puis le diptyque la Gloire de mon Père / le Château de ma Mère en 1990 (Souvenirs d’Enfance, réalisation d’Yves Robert avec Philippe Caubère, Thérèse Liotard ou Didier Pain). L’affaire Ranucci défraye la chronique, après la mort le 3 juin 1974 de la petite Marie-Dolorès Ramba. L’affaire dite du pullover rouge se terminera le 28 juillet 1976 par la mort par guillotine de Christian Ranucci. Une défaite à domicile pour la 1ere journée contre Saint-Etienne plombe le début de saison, assorti d’un revers à Nîmes 4 à 1 et un autre à Nice 3 à 0, le tout en seulement six journées … Marseille finira à une anonyme douzième place, dans le ventre mou du classement général de la Première Division. Après la Coupe du Monde en RFA, l’attaquant brésilien Jaïrzinho, champion du monde en 1970 au Mexique avec Pelé et Rivelino, débarque sur la Canebière, rejoignant son compatriote Paulo Cesar … Cette arrivée du tandem auriverde sonne le chant du cygne d’un autre duo d’artistes, celui formé par Josip Skoblar et Roger Magnusson. L’Aigle Dalmate part, tandis que le Suédois rejoint le Red Star Saint-Ouen.

1975 C’est en quart de finale de la Coupe de France contre le PSG de Daniel Hechter et Just Fontaine que les choses se grattent, Jairzinho est accusé d’avoir bousculé l’arbitre, Paulo-Cesar aussi, l’OM est éliminé et Jairzinho suspendu une année. Il semble s’être accusé à la place de Paulo… C’est la fin de la carrière en France de ce fantastique joueur qui avait été un grand artisan de la victoire du Brésil en 1970 (7 buts). A deux journées de la fin, les Verts de Saint-Etienne comptent, avec deux matches en retard, deux points d’avance sur l’OM, qui’ls reçoivent justement le 3 mai. Un OM où joue désormais Georges Bereta, transféré après l’exploit de l’ASSE contre l’Hajduk Split vers le rival provençal. La mise au point est indiscutable : Jean-Michel Larqué, Dominique Bathenay, Patrick Revelli et Christian Sarramagna sont déchaînés : 4-1 et bonus. Pourtant, Paulo Cesar a ouvert le score pour Marseille. Le Brésilien qui avait manqué le départ vers le Forez pour s’être endormi sur la plage de Cassis rejoint le car sur l’autoroute en short et sandalettes ! Fernand Méric voulait du cinéma, il en a. Les Stéphanois ont maintenant cinq points d’avance. Ils ont quasiment assuré leur qualification pour la prochaine Coupe d’Europe. Ils terminent donc tranquillement le championnat en battant Nice 2-0 puis Bastia 3-2 et enfin, en apothéose, après une défaite à Lens 3-1, en triomphant du dernier match contre Troyes devant le public stéphanois. Saint-Étienne est champion de France pour la huitième fois. Le club stéphanois a terminé avec neuf points d’avance sur l’OM, et possède la meilleure attaque (70 buts) et la meilleure défense (39) de l’Hexagone. Cerise sur le gâteau, au Parc des Princes contre Lens, les Stéphanois remportent la Coupe de France grâce à Oswaldo Piazza et surtout à une reprise de volée magistrale de Jean-Michel Larqué (2-0). Les Brésiliens de l’OM quittent la Commanderie, ils seront remplacés par l’argentin Hector Yazalde, Soulier d’or Européen en 1974 avec le Sporting Lisbonne (46 buts).

1976 Avec Jules Zvunka aux commandes, le départ de l’OM est remarquable en championnat (5 victoires en 5 journées), avec notamment une victoire sur Saint-Étienne 4 à 2, mais la suite va être de moins bonne qualité. Le point d’orgue de cette saison 1975/1976 restera un succès en Coupe de France face à Lyon grâce au buteur argentin Hector Yazalde, ainsi qu’à la défense redoutable de Marius Trésor. En ce 12 juin 1976 devant le président Valéry Giscard d’Estaing, l’OM s’offre une neuvième Coupe de France, record battu. Marseille finit 9e d’un championnat largement éclipsé par les exploits continentaux de Saint-Etienne, qui font rêver la France entière avec leurs joutes d’anthologie contre le Dynamo Kiev d’Oleg Blokhine. Mais comme Raymond Poulidor, les Verts ne sauront pas conclure face au Merckx de leur époque, le Bayern Munich de Franz Beckenbauer …

1977 Le dimanche 20 mars 1977, Gaston Defferre est réélu maire de Marseille à l’occasion des élections municipales, l’année où ouvre le métro de Marseille. C’est le cinquième mandat consécutif de l’édile phocéen depuis 1953. Globalement, ces élections municipales sont un succès à droite en ce qui concerne les très grandes villes : Jacques Chirac (R.P.R.) élu à Paris devant le candidat du pouvoir Michel d’Ornano (U.D.F.), Jacques Chaban-Delmas (R.P.R.) réélu à Bordeaux dès le premier tour devant le socialiste Roland Dumas, Pierre Baudis(R.P.R.) réélu à Toulouse devant le candidat socialiste Alain Savary, Jacques Médecin (R.P.R.) réélu à Nice face à une opposition communiste, Francisque Collomb (U.D.F.) élu à Lyon dans la foulée du remplacement de Louis Pradel décédé en novembre 1976, Pierre Pflimlin réélu à Strasbourg … Seule la ville de Lille reste un bastion de gauche, avec la réélection de Pierre Mauroy, tandis que Nantes bascule à gauche, Alain Chénard battant André Morice au deuxième tour. Le 26 novembre 1977, Gaston Defferre inaugure en grande pompe la ligne 1 du métro de Marseille, qui relie la technopôle de Château-Gombert à la Gare Saint-Charles. Les travaux avaient démarré le 13 août 1973. En raison de la nature géologique des sous-sols, et notamment de la variété des terrains traversés le long du tracé (alluvions, marnes argileuses, poudingue, grès…) les tunnels ne sont pas construits au moyen de tunneliers mais plutôt par forage. À cet effet, plusieurs puits d’accès sont creusés, à partir desquels des galeries sont creusées pour former le tunnel. Parallèlement à ces travaux souterrains, se déroulent les travaux de construction des sections en viaduc ainsi que du dépôt de La Rose. Les premières rames du métro y sont livrées en 1976. Début 1977, les travaux sont quasiment terminés. Des journées portes ouvertes, organisées en février 1977, permettent aux Marseillais de découvrir leur futur métro, sur un court trajet entre La Rose et Malpassé. Plus de 70 000 personnes s’y rendent. Enfin, l’année 1977 marque la publication du Temps des Amours, édition posthume du quatrième tome de Souvenirs d’Enfance, après la Gloire de mon Père (1957), le Château de ma Mère (1957) et le Temps des Secrets (1960). Fernand Méric recrute José Arribas, l’homme qui a offert trois titres de champion de France au FC Nantes (1965, 1966, 1973), en remplacement de Jules Zvunka. Ce sera un fiasco … Southampton, dernier de Ligue 2 anglaise explosait l’OM 4 à 0 en Coupe des Coupes et La Paillade de Nicollin, alors amateur, se chargeait de la partie Coupe de France : Montpellier sort Marseille. En revanche, les prévisions concernant le Championnat se révélaient un peu optimistes : l’OM se classait anonyme 12e en 1977 … Quant à Arribas, il ne dépassa pas le cap de février et venait prendre place dans le douloureux martyrologe des entraîneurs olympiens. Qu’était-il venu faire dans cette galère ? Il dut longtemps se le demander même si le procès qu’il intenta, et gagna lui valut de percevoir plus de 100 millions de centimes. Entre la Jonelière et la Commanderie, le fossé était profond. José Arribas eut plus d’une fois l’occasion de méditer là-dessus. Toute sa connaissance du football ne lui servait à rien dans ce club sans arrière-boutique, qui vivait au rythme de pulsions plus ou moins frénétiques, au gré des saisons, au gré de l’argent. Lequel vint rapidement à manquer dans le Tonneau des Danaïdes marseillais. L’épisode brésilien déjà avait coûté cher. Le transfert de Norberto Alonso, présenté comme le nouveau prodige argentin, allait achever de vider les caisses. A son arrivée à la présidence, Fernand Méric avait trouvé un monstrueux redressement fiscal – 800 millions de francs – héritage de ses prédécesseurs. Il avait balayé la menace d’un revers de main, paraphrasant un certain Talleyrand : “Tout ce qui est exagéré est insignifiant.”

Partie 2 à suivre prochainement…

  1. avatar
    11 juillet 2018 a 19 h 54 min

    Pour la suite (parties 2 et 3), l’élimination politique de Jean Carrieu par Gaston Defferre et Bernard Tapie me rappelle le Comte de Monte-Cristo : Edmond Dantès face à Villefort (G. Defferre) et celui qui lui prend son bien, Mercedes alias l’OM, soit Fernand Mondego devenu comte de Morcerf (B. Tapie qui deviendra Ministre de la Ville en 199).

    Tapie qui sera parodié par les Inconnus dans le sketch Stade 2 (football) …

Répondre à Axel Borg Annuler la réponse.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter