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Top 10 : les matchs dramatiques (2ème partie)
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Top 10 : les matchs dramatiques (2ème partie)

Certains matchs sont faits de folie et de joie, d'autres de tristesse et de désespoir. Le sport et notamment le football ont réuni tous ces ingrédients dans leur histoire. Pour le pire et le meilleur.

Sur le même sujet : Top 10 : les matchs dramatiques (1ère partie)

6) Liverpool-Juventus 1986

Le 29 mai 1985 a lieu une rencontre hors du commun, une finale de Ligue des Champions entre Liverpool et la Juventus. D’un côté, il y a le Liverpool FC qui est la première équipe de foot en Europe, vainqueur de 4 des 8 dernières versions de la Coupe des clubs Champions. De l’autre côté, il y a la Juventus qui a atteint la finale de la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupes en 1983. L’équipe italienne compte aussi dans ses rangs d’excellents joueurs et un Michel Platini double Ballon d’or 1983 et 1984. Mais ce match reste le théâtre de l’une des plus grandes tragédies de l’histoire du football et du sport : le drame du Heysel, le jour où l’Europe a appris ce qu’était le hooliganisme. 39 morts, 454 blessés. Le bilan est lourd, trop lourd à supporter pour un monde qui ne fait que compter ses morts chaque jour. Un véritable cauchemar et un désarroi total face à la violence de ces hommes qui ne souhaitent que la haine.

L’Angleterre est en plein doute à cette époque, sonnée par des hooligans toujours plus nombreux qui gangrènent le monde du football, leur football. Déjà 18 jours plus tôt, un incendie dans un stade anglais de troisième division pour un Bradford-Lincoln avait fait 53 morts et 200 blessés. En France, en 1975, on connait aussi ces groupes lors de la finale de Ligue des Champions jouée entre le Bayern et Leeds United. Au Parc des Princes et aux alentours, les enragés ravagent tout ce qu’ils voient. Mais il faut dire que tout le monde est un peu au courant de ce qui se trame outre-Manche. Les bagarres et les casses sont légions lors des rencontres le week-end. “Football Factory” de John King raconte bien la vie de ces hooligans qui vivent dans la misère et la détresse perpétuelle. Désabusés par une société qui les rejette, ils expriment leur violence et viennent trouver un exutoire dans le football. C’est surtout du côté de Chelsea, Millwall, West Ham ou Norwich que les violences urbaines sont les plus présentes. On n’entend pas trop parler de Liverpool… jusqu’à ce match où tout va basculer.

La colonie italienne de Belgique (Charleroi, Liège) a pris des places dans ce funeste bloc Z, à proximité des supporters des Reds (en tribunes X et Y). La frontière entre les deux est constituée par une maigre clôture et un no man’s land dérisoire. À partir de 19 heures, les deux camps échangent tout ce qui leur tombe sous la main, à commencer par des pierres de la vieille enceinte bruxelloise. À mesure que le coup d’envoi approche, la tension devient plus intense. Des fans anglais s’approchent du muret qui sépare les deux camps avant de charger sauvagement pour réaliser ce que le hooliganisme a baptisé « une prise de tribune ». Peu coutumiers de ce genre de pratiques, les Juventini belges tentent de s’échapper par l’avant de la tribune pour accéder au terrain. Certains y parviennent, mais les autres doivent faire face à un mur qui finit par s’effondrer. Comme la police, les secours belges ne sont pas très prompts pour endiguer une catastrophe d’une telle ampleur. Le ballet des ambulances et des hélicoptères commence dans la plus grande confusion. Les joueurs des deux camps, restés aux vestiaires, ne sont informés qu’au compte-gouttes. Les journalistes ignorent pendant de longues minutes ce qui se trame vraiment tout près d’eux, même si, irrespirable, l’idée d’un drame flotte dans l’air. Bientôt, tout le monde saura.

39 morts et 454 blessés, la plupart par suffocation ou écrasement. Une paire d’années plus tard, 14 fans de Liverpool sont condamnés à 3 ans de prison. Ils n’en feront que la moitié. Après un long moment d’hésitation, les autorités incarnées par le maire de la ville, Hans Baugerter (UEFA), Louis Wouters (président de la Fédération belge), deux généraux de gendarmerie et Delmotte, le chef de la police bruxelloise, tiennent un conciliabule en liaison directe avec le premier ministre belge, Wilfried Martens. Le match est joué une heure plus tard. Par peur de voir le public entier se déchaîner dans la ville en cas d’annulation, le match est bien maintenu. Surréaliste.

L’histoire retiendra que la Juve gagnera sa première coupe d’Europe sur un penalty imaginaire marqué par Platini. Ce même Michel qui est accusé d’avoir célébré son but et “dansé sur les morts”. Des propos qui ont choqué à jamais ce dernier. La Coupe est remise dans le couloir du stade mais la fête n’a plus lieu d’être. Le cauchemar et l’horreur dominent le football. Il ne reste plus rien pour se réjouir, plus rien où se cacher pour des supporters qui voient des morts en face d’eux. En France, L’Équipe du 30 mai titre sur « le football assassiné ». Les réactions sont nombreuses et le monde pleure ces victimes. Des inconnus, de simples supporters, des êtres humains qui s’étaient levés le matin pour assister à un match. En ignorant trop longtemps l’expansion du hooliganisme, l’Europe n’a pu que constater le désastre. Comme un boomerang qui revient en pleine face, l’Angleterre suffoque et titube. Le ballon rond a longtemps cru qu’il pourrait échapper à ces horreurs, comme s’il se croyait à l’abri de ce monde de violence. Comme si le football était dans une bulle inaccessible. Celle-ci a explosé à jamais. Un drame du Heysel dont l’Angleterre ne s’est jamais réellement remise.

7) France-Italie 2006

“Pas ça Zinedine pas ça, pas aujourd’hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fais !” Les mots de Thierry Gilardi résonnent encore dans les têtes des Français. Un traumatisme gravé au fer rouge dans le pays. Une finale folle comme aucune autre dans une Coupe du Monde tournée vers l’offensive, notamment avec une Allemagne véritable machine à buts avant de se heurter aux solides Italiens en demi-finale. De leur côté, les Bleus galèrent en poules avant de sortir le grand jeu face à des Espagnols déjà en train de moquer la future retraite de Zidane. Un Zizou étincelant qui marque le 3ème but d’un match magique. En quart, le chauve le plus connu du football avec Barthez réalise le plus beau match de sa carrière en bleu. Jamais Zizou n’a été aussi irréel qu’en 2006. Intouchable, il élimine presque à lui seul le Brésil. Le Portugal est un adversaire coriace mais il finit aussi par s’incliner 1-0. En finale ce sont paradoxalement les deux équipes les plus fortes défensivement qui s’affrontent.

Les Italiens savent comment faire pour sortir les adversaires de leur match et ils ne s’en priveront pas. Provocations, fautes d’anti-jeu et insultes. Malgré tout, l’équipe de France prend la tête sur une panenka vertigineuse de Zidane. Mais 11 minutes plus tard, le terrible Materazzi égalise. Les deux équipes se tiennent et la tension est à son comble. A l’heure de jeu, premier coup dur : Vieira se blesse et doit quitter ses coéquipiers. Il est remplacé par Alou Diarra. Les contacts sont âpres, c’est dur et on n’arrive plus à respirer. La prolongation arrive. Zizou est à 30 minutes de la fin de sa carrière. Qu’il gagne ou qu’il perde, il dira au revoir aux Bleus. Dans sa tête, tout tourbillonne. Il peut conclure sur une dernière merveille. C’est écrit, le n°10 va faire quelque chose de grand. Quelque chose qui va marquer à jamais les esprits. Mais ça ne sera pas sa panenka, malheureusement. A la 103ème minute, Zinedine claque une tête puissante, le centre, le timing, la précision tout est beau… la parade d’autant plus belle. Buffon réalise l’un des plus beaux arrêts de sa vie.

Les Italiens sont à bout de force, ils subissent les assauts répétés des Français. Ca va craquer, ça va passer. L’Italie est sur un fil. Trezeguet vient de rentrer, lui qui faisait peur à toute l’Italie. C’est peut-être l’erreur de Domenech, de ne pas l’avoir fait rentrer plus tôt. On joue la 110ème quand l’arbitre arrête le jeu. Materazzi est à terre avec Zidane à côté, personne n’a vu ce qu’il s’était passé. L’arbitre du match, Horacio Elizondo, a avoué 7 ans après les faits ne pas avoir vu la faute. “Quand Materazzi est tombé, j’étais à l’autre bout du terrain, explique-t-il. Je le vois allongé au sol. Comme il ne se relève pas, j’arrête le match. Je demande immédiatement à mon assistant Dario Garcia s’il a vu quelque chose. Il me répond : « Je ne sais pas, je le vois au sol, mais je ne sais pas ce qu’il s’est passé ». Je demande alors à mon autre assistant, Rodolfo Otero, qui était loin de l’action et il me dit : « Moi non plus ». A ce moment-là, j’ai des doutes parce que je vois clairement qu’il s’est passé quelque chose. Et puis j’entends la voix de Luis Medina Cantalejo, le quatrième arbitre, dans mon casque : « Horacio, Horacio, je l’ai vu ! Un coup de tête vraiment violent de Zidane sur Materazzi, en pleine poitrine ! » Pour la première fois de l’histoire du football, un arbitre a recours à l’arbitrage vidéo, un fait unique et qui aura un goût amer pour les supporters qui se demanderont toujours ce qu’aurait été la décision de l’arbitre de terrain s’il n’avait pas été mis au courant par le quatrième arbitre.

Il continue : “Je vais voir Dario (l’un de ses assistants, ndlr) en sachant qu’il ne sait rien. Si vous allez voir l’assistant, tout le monde comprend que c’est parce qu’il va vous dire quelque chose. Je vais donc voir Dario et lui dis juste : “il reste dix minutes, restons concentrés”. Il donne un carton rouge à Zidane. Ces faits seront bien sûr relayés bien plus tard. Après avoir vu le ralenti, la France est sous le choc, le rouge est logique et horrible. Zizou passe à côté de sa Coupe du Monde sans lui jeter un regard. Un clap de fin dramatique. Mais le match n’est pas fini, la France attend désormais les pénaltys pour espérer se tirer de ce rêve qui se transforme en cauchemar. Trezeguet s’élance et sa frappe s’écrase sur la transversale. Derrière l’Italie ne tremble pas et s’adjuge sa quatrième Coupe du Monde.

Les Bleus et la France entière pleurent et sanglotent encore devant un match qu’ils ne pouvait pas perdre et qui s’est transformé en un théâtre mélo-dramatique. C’est aussi sans le savoir le début d’une période obscure pour les Bleus. Materazzi devient l’ennemi public n°1 dans l’hexagone. Zizou n’est pas un joueur comme les autres et sa dernière devait être hors norme. Elle l’a été en quelque sorte.

8) RFA-Hongrie 1954

Grosics-Buzánszky, Lorant, Lantos, Bozsik-Zakarias, Budai-Kocsis, Hidegkuti, Puskás, Czibor. Un onze magique. Le onze d’or hongrois. Entre 1949 et 1954, la Hongrie était la meilleure équipe du monde, certains diront de l’histoire. La Hongrie est liée à la Russie à cette époque. La guerre froide bat son plein. Les Hongrois veulent prouver à l’Europe qu’ils ne sont pas qu’un simple satellite russe. La folie gagne les rues quand on entend parler de l’équipe nationale. Ayant perdu les deux tiers de sa superficie après 14-18, le pays doit accueillir le communisme. Les pros et les antis vont créer des tensions dans la société. Seule l’équipe nationale fait oublier les tensions le temps d’un match. Cette équipe a été dépassée par son histoire : elle va devenir un rouleau-compresseur infernal. Collectivement et individuellement, c’est sublime et sans faille.

La Hongrie va terrifier l’Europe et coller des valises à chaque match, en 1953 par exemple. Un cauchemar pour les Anglais. Les inventeurs du football n’ont encore jamais perdu une rencontre à domicile face aux équipes européennes. Le 25 novembre 1953, devant plus de 110 000 personnes, l’Angleterre prend un set de tennis dans les dents : 6-3. Plus qu’une gifle, une leçon de football. En 1954 arrive la Coupe du Monde, la Hongrie est à son apogée, tout était prévu pour qu’elle soit couronnée. Et personne ne lui résiste en poules. La Corée du Sud en prend 9, la RFA en prend 8, les Brésiliens et les Anglais se font gifler à leur tour en quart et en demi. En finale, c’est à nouveau la RFA qui fait face aux Hongrois. Ce n’est pas seulement du sport qui se joue à Berne en ce 4 juillet 1954. Ce sont deux idéologies bien distinctes. La RFA veut prouver au monde entier que la page du IIIe Reich est tournée et que l’Allemagne n’a plus rien à voir avec le visage des JO de Berlin de 1936. La Hongrie veut prouver qu’elle est autre chose qu’un bout de la Russie. Et pourtant, elle va s’éteindre. Elle s’incline 3-2.

Les Allemands parleront de ce match comme du “miracle de Berne”. En 2003, un réalisateur allemand y a même consacré un film. C’est la première défaite hongroise depuis 1950. La seule de l’ère « dorée ». Elle tombe au plus mauvais moment. Pour beaucoup, les Hongrois ont été tués par leur romantisme. Le onze n’a pas changé du tournoi et les joueurs sont arrivés fatigués en finale. A noter aussi, le terrain gorgé d’eau et donc très lourd. Puskas a aussi traîné une blessure durant toute la compétition. C’est la fin de la grande Hongrie. 1954 devait être l’aboutissement de cette équipe. Paradoxalement, sa défaite en finale lui a sûrement permis d’être encore plus mythique, parce qu’il s’agit peut-être de la meilleure de tous les temps et qu’elle ne gagnera jamais la Coupe du Monde.

Une équipe incroyable dont les grands matchs n’ont pourtant jamais été télévisés pour des raisons de propagande. À l’époque, le service de propagande de l’État ne voulait pas d’images en direct pour éviter de prendre le risque de montrer une défaite. Le grand public n’avait droit qu’à des images reconstituées. Et en différée. Meilleur buteur de l’histoire de son équipe nationale (84 buts en 85 sélections), Puskás ne rentrera au pays qu’au début des années 90. L’arrière de l’équipe Sándor Szűcs sera lui pendu pour avoir voulu quitter le pays pour jouer à l’étranger. La Hongrie a aujourd’hui dit adieu à tous ceux qui ont évolué dans ce onze d’or. Les souvenirs restent pourtant, ceux d’une équipe unique et légendaire qui n’a rien gagné ou presque mais a révolutionné son temps et marqué les esprits.

9) OM-Bastia 1992

Dans le football, certains matchs sortent du contexte sportif. Certains pour leur beauté, d’autres pour des valeurs qui dépassent le cadre du sport… ou encore une partie pour leur désastre. La France a, elle aussi, souffert dans ce domaine. La catastrophe Furiani est sûrement encore aujourd’hui la pire catastrophe dans un stade en France. Elle hante ceux qui l’ont vécus ou ceux qui l’ont vus. Une demi-finale de Coupe de France à Furiani, ça se fête. Contre l’OM en plus. Bastia réussit cette année-là un parcours sans précédent en Coupe de France, éliminant tour à tour Toulouse, Nice et Nancy. Les supporters attendent le match avec impatience : ça chante dans les tribunes, on attend tranquillement le coup d’envoi. Une tribune nord est construite pour l’occasion. En à peine 10 jours, elle est sur pied, ce qui permet d’accueillir un nombre plus important de personnes venues en nombre profiter d’un moment unique, un moment qui reste dans les mémoires.

Il est 20h30, Christophe, supporter de Bastia, avait 7 ans et il raconte : “en me retournant pour prendre ma veste, je vois une partie de la tribune se décaler vers la droite puis chuter sur elle-même. Je me rappelle avoir vu les gens en face de moi disparaître, sans pour autant tout de suite comprendre le drame qui se déroulait sous mes yeux. Une sorte de souffle, un énorme bruit de tôles et de fer créent un vacarme assourdissant, puis les pleurs et les cris…” A ce moment-là, la télévision n’a pas encore lancé le direct, c’est quelques minutes après qu’on voit l’ampleur du désastre. Une marée humaine au milieu du terrain qui court ou qui regarde, désespérée et apeurée. On cherche ses amis, on appelle sa famille. On fait sortir les supporters de la tribune nord. Montée trop rapidement, la partie haute de la tribune s’est effondrée. Dès 19h, plusieurs responsables de la sécurité étaient déjà inquiets du comportement de la tribune qui reposait sur des cales en bois et des parpaings non-scellés. Des employés de Sud-Tribunes se sont affairés à revisser les boulons et écrous… en vain.

Jean-Pierre Paoli, le speaker du stade, est sommé par des représentants de la sécurité de calmer les supporters au micro. À 20h15, il invite les supporters de la tribune nord à « ne pas taper des pieds surtout sur les parties métalliques » mais il n’est pas écouté. S’en suit le drame et un traumatisme qui restera à jamais comme le pire subi en France. Le bilan est de 18 morts et 2357 blessés. En 2012 pour le 20e anniversaire de ce drame, aucun match ne fut joué le 5 mai.

10) Liverpool-Nottingham Forrest 1989

Le hooliganisme bat son plein en 1989 et l’Angleterre n’a pas encore fini de pleurer. Après les trop nombreux morts du Heysel, le match transformé en cimetière qu’a été Liverpool-Juventus est encore dans les têtes de l’Europe. On pensait avoir tout vu en terme de violence et de tristesse mais 3 ans après celui-ci va survenir la tragédie de Hillsborough. Le 15 avril 1989 se déroule la demi-finale de FA Cup entre Liverpool et Nottingham Forest. Le lieu de la rencontre est à Sheffield dans un stade qu’on annonce d’ores et déjà à guichets fermés. Depuis 11h, les pubs sont ouverts et la tension est palpable dans la ville. Les supporters arrivent de partout et en groupe pour participer à la fête. Le match se jouant l’après-midi, les groupes de fans arrivent tôt le matin pour se préparer. 54000 personnes doivent prendre place à Hillsborough.

Étrangement à 14h30, la tribune prévue pour les Reds est encore à moitié vide. Une habitude d’après un supporter de l’époque : « Depuis toujours, on éclusait dans les bars et on se pointait cinq minutes avant la fin du match. À Anfield, on connaissait le temps exact qu’il fallait pour rejoindre nos places. À l’extérieur, c’était plus tendu ». Alors que le match ne va pas tarder à commencer, 5 000 scousers se massent ainsi d’un coup devant les deux pauvres tourniquets de Leppings Lane. Une foule gigantesque déterminée à arriver pile au coup d’envoi. Et ça arrive encore… la foule se masse et s’écrase devant des policiers débordés et trop peu nombreux face à un tel afflux de personnes. La seule entrée est un tunnel reliant les blocs 3 et 4 ; elle est déjà prise d’assaut.

Petit à petit, tout le monde prend conscience du danger, les supporters s’entassent dans un endroit trop petit pour accueillir autant de monde. « Ceux qui arrivent à passer sont à bout de souffle et en nage, les femmes et les enfants comprimés contre les murs, les désespérés rampent sous et entre le cordon de sécurité de la police montée. » Malgré les renforts de la police, la situation devient incontrôlable. Voyant le désastre arriver, le chef de la police autorise l’ouverture d’une issue de secours. Plus de 2000 personnes, certaines sans ticket, pensent se libérer du piège. Ils arrivent dans un tunnel « bizarrement foutu, long, étroit, sombre et, au bout, une grille qui divise les blocs 3 et 4 », dixit Gary, un survivant de la catastrophe. Dans la tribune ouest, quelques minutes après l’entrée des joueurs sur la pelouse, l’horreur commence. Les mouvements de foule sont incontrôlables. D’un coup, les supporters se retrouvent pressés contre les grilles. Les appels au secours fusent, on essaye de faire passer les enfants au-dessus. L’odeur est infernale, on peine à respirer. Ecrasés et à bout de force, certains savent déjà que leur vie ne tient qu’à un fil. Pourtant le coup d’envoi est donné et personne ne voit la catastrophe qui se déroule sous leurs yeux.

« Depuis la tribune où tout le monde tanguait, comme dans un bateau, ça nous a simplement paru dingue qu’ils commencent à jouer. Très vite, au contraire du Heysel, on a compris qu’il y avait des morts », se remémore Terry Wilson (23 ans à l’époque), déjà présent en Belgique quatre ans plus tôt. Le gardien des Reds Bruce Grobbelaar remarque et entend les cris de détresse qui viennent de derrière lui et hurle aux deux policiers près de la porte de l’ouvrir. Comme une boisson gazeuse trop secouée, une grille s’effondre. Greenwood, chef en charge de la sécurité à l’intérieur du stade, court sur le terrain pour arrêter le match. A 15h07, les joueurs regagnent les vestiaires. Daniel Bennett, de la tribune sud, décrit le bordel aux alentours : « La majorité des policiers s’est placée au milieu du terrain pour former un cordon de sécurité. La plupart des tentatives de secours sont alors faites par les fans, qui ont réussi à se sortir de la tribune ouest et d’autres supporters, qui avaient déserté les tribunes principales pour aider. J’ai vu très peu de policiers faire quoi que ce soit. »

S’en suit une cacophonie monstrueuse. Tous les supporters courent dans tous les sens, déboussolés et tentant de comprendre ce qu’il se passe. Contactés à 15h13 par le PC Sécurité pour venir couper les grilles des tribunes et apporter du matériel de réanimation, des pompiers se font repousser à l’entrée de Leppings Lane – « Nous n’avons pas vraiment besoin de vous » – alors que d’autres brigades sont orientées par erreur vers le Spion Kop, la tribune de Forest. Une enquête démontrera qu’aucun appel vers les docteurs et infirmières du service public ne fut recensé avant 15h30. Une éternité.

4 jours plus tard, The Sun publie la une la plus honteuse de son histoire, “The Truth” avec pour sous-titres : « Certains fans ont fait les poches des victimes » ; « Certains fans ont uriné sur des policiers courageux » ; « Certains fans ont frappé des policiers qui tentaient le bouche-à-bouche ». La ville de Liverpool hurle au mensonge. Une enquête sera lancée pour faire la lumière sur ce drame et sur les accusations du journal. Le boycott est total dans la ville et il est presque impossible de trouver une trace du Sun. Les marchands de journaux brûlent par centaines le papier qui leur a fait tant de mal. En septembre 2012, c’est au tour de Kelvin MacKenzie, ancien rédacteur en chef du journal, de composer sa redemption song suite à la publication par une commission indépendante d’un rapport de 450 000 pages.

Ce dernier révèle, après deux décennies d’enquête, que la police aurait délibérément menti. Le but ? Profiter du contexte d’alors et du hooliganisme dont souffrait le football anglais pour accuser les supporters de Liverpool d’être responsables des événements par leur indiscipline. Pour cela, les officiers chargés de l’enquête ont censuré des témoignages en donnant de fausses informations à la presse, à l’instar du Sun. Plutôt que de reconnaître ses dysfonctionnements, on comprend mieux pourquoi la police a préféré faire porter le chapeau aux supporters de Liverpool. Hillsborough restera un drame total qui aura marqué une génération et touché Liverpool au plus profond de lui-même. Chaque année, le stade d’Anfield se lève et se tait en mémoire du 15 avril 1989.

Bonus : Barcelone – Paris Saint-Germain 2017

Encore une fois, c’est une affiche qui tend à devenir un classique en Ligue des Champions : Barcelone et Paris. Cette fois-ci en quart de finale. On annonce un tirage plutôt dur pour les Parisiens. Après tout, c’est l’épouvantail barcelonais qui se dresse face à eux, la MSN qui colle des buts à chaque rencontre. Bref, ça va être compliqué. Surtout que le PSG n’est pas à son aise en championnat, concurrencé par un Monaco qui écrase tous ses adversaires. Emery tâtonne un peu depuis le début de la saison et a du mal à trouver son rythme de croisière. On a le droit de s’attendre au pire… sauf qu’il y a aussi des motifs d’espoir. Le Barça n’est pas aussi rayonnant qu’à l’accoutumée, en attestent quelques contre-performances en championnat et un jeu collectif qui semble s’épuiser.

Au match aller au Parc des Princes, les Parisiens prennent très vite le jeu à leur compte. Pressing haut, récupérations dans les 30 mètres et attaques rapides. Barcelone suffoque et semble incapable de se sortir de ce tourbillon parisien. Di Maria marque deux buts dont un coup-franc, Cavani et Draxler iront eux aussi de leurs petits buts. Un chef-d’oeuvre parisien, Barcelone vient de prendre une déroute comme il n’en a pris que très peu dans son histoire. Sans imagination et sans réaction, les Catalans semblent incapables de renverser la vapeur au retour. La MSN n’a pas existé. On parle déjà du plus grand exploit d’un club français en coupe d’Europe. Bref, on s’enflamme et on a bien raison. Il ne faut pas oublier tout de même que le Barça a été en-dessous de tout et qu’il y a peu de chance de les revoir faire un tel match.

En Catalogne, on prépare déjà la fusée Remontada : les joueurs y croient, au Camp Nou l’histoire va s’écrire. Avant le match retour, bien peu imaginent que cette remontada puisse se faire. On fait semblant d’y croire à Barcelone, on se motive comme on peut en imaginant un scénario possible. Après tout, il faut bien trouver des raisons d’aller au stade. Si Paris joue comme à l’aller, il n’y aura pas d’exploit possible. Le problème, c’est que le club parisien ne va rien faire de ce qu’il avait prévu. Le premier but arrive au bout de 3 minutes de jeu. Une entame catastrophique, surtout que ce but fait encore plus mal puisqu’il conforte les Catalans dans une possible remontée. Les Parisiens n’arrivent à rien et se recroquevillent dans une sorte de défense en zone. Le début de match rêvé pour le Barça qui attaque à tout-va. Alors que la mi-temps approche et que les troupes d’Emery semble avoir traversé le plus dur, Kurzawa dévisse complètement et inscrit un csc ridicule. Le match est en train de tourner. Paris est déjà en train de couler alors qu’ils ont encore deux buts d’avance et que s’ils en marquent juste un, ils pourraient couper les jambes des Catalans.

On ne sait pas quel a été le discours d’Emery à la pause mais il n’a pas l’air d’avoir eu d’effet. Cinq minutes après le coup de sifflet, Meunier commet une faute… grotesque pour certains ou bien jouée par Neymar pour d’autres. Pénalty transformé par Messi. Barcelone n’a jamais été aussi proche de l’exploit. Dans le marasme, seul Cavani semble en mesure de sauver les siens. A la 62ème minute, il catapulte une reprise dans le but de ter Stegen et fait taire le Camp Nou et ses 95000 spectateurs. On se met à souffler. Malgré le match honteux des Parisiens, ils vont s’en sortir. Barcelone doit désormais en mettre 3 de plus en même pas 25 minutes. Très vite sur le terrain, on remarque que les Barcelonais baissent les bras : les remises en jeu sont plus lentes, peu d’actions à signaler, le Barça est résigné… sauf un joueur : Neymar. Le Brésilien porte à lui seul l’équipe et est le seul à provoquer, dribbler, créer et semer le désordre dans la défense française. Alors que tout semble terminé, Neymar inscrit un chef-d’oeuvre sur coup franc. 88ème minute.

Barcelone regrette ce but inscrit par Cavani, qui lui aurait permis d’aller au moins en prolongations. Arrivent alors les 10 minutes les plus folles de l’histoire de la Ligue des Champions. Lancé par Messi, Suarez s’effondre dans la surface. Faute ? Pas faute ? L’arbitre désigne le point blanc. Neymar marque. 91ème minute. Paris est à un but de l’élimination. Surréaliste. A partir de la 88ème minute, les Parisiens vont réussir 4 passes dont 3 coups d’envoi. Il n’y a plus personne en face : Thiago Silva n’est pas un leader, Emery réalise des changements catastrophiques. Di Maria perd tous ses ballons, Krychowiak et Aurier n’auraient jamais dû rentrer. Sur un ultime coup-franc, le ballon est envoyé dans les pieds de Neymar qui pique son ballon au-dessus de la défense et envoie Sergi Roberto sur orbite. 6-1, fin du match, c’est splendide, fou, irréaliste. Barcelone vient de renverser Paris et l’histoire du football. C’est la première fois qu’une équipe remonte un 4-0.

On pourrait sortir tous les records de ce match, toutes les stats mais il n’y a pas de mot pour le résumer. Paris a été en-dessous de tout ce 8 mars 2017, la pire humiliation de l’histoire d’un club français. Peut-être pire que France-Bulgarie 93. Sans âme et sans mental, les Parisiens ont donné l’impression d’être une équipe de salon. Un traumatisme qui restera gravé à jamais dans les têtes des joueurs et des supporters.

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