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Le Calcio storico : “trop petit pour qu’on l’appelle la guerre et trop cruel pour être un jeu”
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Le Calcio storico : “trop petit pour qu’on l’appelle la guerre et trop cruel pour être un jeu”

Depuis le Moyen Age, quatre quartiers de la ville de Florence en Toscane s'affrontent sans merci pour l'honneur de remporter le tournoi de Calcio Storico Fiorentino, un sport d'une violence inouïe, mélange abracadabrantesque de football, rugby, lutte voire freefight et pratiqué par des hommes ­entraînés à se battre jusqu'au bout d'eux-mêmes. A la découverte des derniers gladiateurs des temps modernes.

Calcio Storico. Même si vous n’avez jamais entendu ce terme, son étymologie résonne aux oreilles des amateurs de sport et de ballon rond. “Calcio“, chez les transalpins, c’est le foot, c’est d’ailleurs le nom donné au championnat national. On peut donc facilement en déduire que le Calcio Storico désigne ce qui semble être le “Football Historique“. Pourtant, si certains historiens du sport le considèrent comme l’ancêtre du football moderne – au même titre que la soule serait l’ancêtre du rugby – de football ce sport n’en a que le nom, car il s’avère être en réalité le nom d’un incroyable sport, historiquement pratiqué depuis des siècles en Toscane du côté de Florence – ce qui lui vaut d’être aussi appelé Calcio Florentin -. Mais alors, comment est né ce sport et quelles en sont ses règles ?  Autant de questions qui méritent des réponses.

Le Calcio Storico - on trouve aussi des sources en Italie parlant de calcio in livrea (football livré) ou encore calcio in costume (football costumé) -, est né sur les rives de l’Arno à Florence (fleuve de 241 km qui traverse la Toscane en passant par Florence et Pise) au début du XVIème siècle, et semble issu des joutes de l’harpastum romain, sport collectif antique pratiqué par les Étrusques et lui-même cité à moult reprises comme l’ancêtre du…rugby. Le Calcio Storico aurait été introduit à Florence par les légionnaires florentins en mal de sensations fortes lors de leurs périodes de repos. A l’époque, ce “sport”  était à l’époque pratiqué un peu partout dans tous les quartiers de la ville comme peut l’être le foot “moderne” aujourd’hui par la jeunesse italienne. Il ne fallait alors pas s’étonner de tomber sur un affrontement sauvage entre deux équipes/quartiers florentins sur les places et rues de la cité toscane. Pour des problèmes évidents d’ordre public, on cantonna par la suite la pratique de ce sport aux grandes places de la ville, qui devenaient alors des Arènes à ciel ouvert. A cette époque, les “joueurs” sont des hommes qui ont entre 18 et 45 ans et font souvent parti des nobles de la ville. En outre, il se murmure même que  plusieurs papes en avaient fait leur sport favori, comme Clément VII, Léon XI et Urbain VIII qui devaient se défouler en pratiquant le “Dragon Screw”, “Monkey Flip” ou autre “Snake Eyes” (noms des prises les plus utilisées lors des matchs) sur leurs cardinaux, futurs prétendants au Trône. Après avoir vu un match de Calcio Storico, le Roi Henri III de France a résumé à merveille ce que pouvait être ce sport. “C’est trop petit pour qu’on l’appelle la guerre et trop cruel pour être un jeu.” Bon résumé. La ferveur pour ce sport va se prolonger jusqu’à la fin du XVIème siècle pour décliner tout doucement à partir de cette date, la dernière partie recensée dans les archives Florentines se joua en janvier 1739 et ce sport historique disparu des radars pendant près de 200 ans !

Pourtant la pratique de ce sport resta intimement gravée dans la mémoire collective italienne et Florentine jusqu’à intégrer le patrimoine culturel immatériel de la ville.  C’est grâce à cette mémoire collective toujours vivante que 191 ans plus tard (!) allait (re)naitre le Calcio Storico Fiorentino, disputé en costume médiéval sur la Piazza Santa Croce. Les premières parties de l’ère moderne se déroulèrent en 1930 à l’occasion de la célébration du 400éme anniversaire de l’occupation de la ville par les forces impériales. A l’époque, le spectacle fut organisé par le fasciste italien Alessandro Pavolini, déjà sur la aujourd’hui célèbre place piazza Santa Croce.  Ce premier tournoi de l’époque moderne regroupait les quatre principaux quartiers de Florence : “les blancs” (i bianchi) de Santo Spirito, “les bleus” (azzuri) de Santa Croce, “les rouges” (rossi) de Santa Maria Novella et “les verts” (verdi) de San Giovanni. Toutes ces équipes, qui vont devenir de véritables “clubs” ont toures un rapport étroit avec la paroisse de leurs quartiers mais les participants se battent surtout pour les couleurs de leurs quartiers, une sorte de gang de rue. Depuis près de 86 ans, cet évènement hors du temps ne cesse de gagner en popularité au point d’attirer, comme aujourd’hui, plus de 10 000 spectateurs pour la finale du championnat des “quartiers” de la ville. Si à première vue le Calcio Storico semble dénué de toute règle, il est pourtant parfaitement réglementé et régit par une série de codes rendant sa compréhension difficile pour les novices que nous sommes.

Les règles de ce sport ancestral sont plutôt simples à comprendre même si elles paraissent très compliquées à mettre en place au milieu du fourmilières de joueurs/lutteurs/boxeurs composés de deux équipes de 27 joueurs (oui vous comptez bien, ça fait pas moins de 54 joueurs au milieu du sable !).  Le but du jeu est basique : pousser un ballon rond dans le filet adverse, avec les pieds, les mains, la tête, les genoux, le dos, le nez ou les parties intimes, peu importe. Les joueurs sont habillés en gladiateurs, en costume d’époque et défilent – à pieds ! – dans les rues de la ville avant d’entrer dans l’Arène surchauffée de la Piazza Santa Croce. Partout sur le long du parcours, les spectateurs qui les suivent depuis la Piazza Santa Maria Novella quelques hectomètres plus haut agitent des drapeaux sous les yeux hallucinés des touristes venus assister à la scène. Tour à tour, des enfants embrassent leurs pères et des mères sermonnent leurs fils, qui s’en vont combattre comme autrefois les soldats des armées des Médicis. Les joueurs se tiennent par les épaules et bandent leurs muscles en scandant le nom de leur équipe. Sur les côtés, les forces de l’ordre sont presque plus nombreuses que les spectateurs, et plus on approche du terrain de la Piazza Santa Croce, plus les risques de débordements sont possibles. Les deux équipes arrivent par des chemins opposés mais la rivalité entre les quartiers est profonde et ancienne. Ici, les supporters et les joueurs ont leur couleur dans la peau, au sens propre comme au figuré. Au milieu des fleurs de lys, l’emblème de la ville, tatouées sur le corps de nombreux tifosi, des motifs inspirés par les luttes historiques entre Guelfes et Gibelins côtoient des tatouages tribaux et des déclarations d’amour ou de rage. Le temps du tournoi, le peuple de Florence règne sur la ville. Benvenuti al Calcio Storico ! 

Durant les 50 minutes de la partie,  les équipes s’affrontent sur un terrain rectangulaire, divisé en deux par une ligne blanche, qui ne reste visible que quelques minutes. Sur la largeur du terrain, deux zones situées au niveau de “nos” poteaux de corner, permettent à chaque équipe de marquer des points appelés la caccia (but). Chaque tir marqué vaut un point et les tirs ratés qui heurtent les poteaux ou sortent du terrain offrent un 0,5 point à l’adversaire. Au niveau du schéma tactique et de la compo des équipes, c’est du 4-3-5-15 à savoir : 4 datori indietro (sortes de gardiens de but), 3datori innanzi (assimilés à des 3ème ligne “découpeurs” au rugby), de 5 milieux de terrains sconciatori censés distribuer la balle et enfin d’une ligne d’attaque composée à faire pâlir tous les entraineurs de Ligue 1 avec pas moins de 15 attaquants baptisés corridori du fait que leur rôle est de courir le plus loin possible avec le ballon, le plus souvent dans les mains. Le rôle des capitaines des deux équipes est primordial car ce sont d’abord eux qui doivent éviter au maximum les rixes et pacifier le jeu avant que les arbitres n’interviennent. Le staff arbitral est composé d’un juge arbitre et de 6segnalinee (assistants) qui sont la pour l’aider dans ses décisions….et séparer les gladiateurs.  Un juge commissaire est aussi présent mais le principal dépositaire de l’ordre du jeu est le maestro di campo c’est lui qui ordonne le début du match et peut à tout moment il peut stopper la partie si pugilat incontrôlable il y a. Et les risques de bagarres générale sont énormes quand on sait que tous les coups ou presque sont permis : seuls les combats à 2 contre 1 et les attaques par derrière sont strictement interdits. Au passage, si un joueur est blessé ou exclu, il ne peut pas être remplacé.

Si bon nombre d’historien du sport considèrent le Calcio Storico comme un ancêtre du football qui a influencé la création du sport le plus populaire au monde, d’autres voix s’élèvent pour condamner un jeu traditionnel dénué de sens entretenu par une mémoire collective à la recherche de ses racines. Pour d’autres enfin ce sport n’est qu’un exutoire ou l’homme libère ce qu’il a de plus mauvais en lui ou la violence sans limite est gratuite et tolérée, une “corrida anthropique” des temps modernes où des hommes risquent leur vie pour offrir une parodie de spectacle à une foule avide de sang comme à l’époque des gladiateurs romains.

Et vous, êtes vous plutôt pro ou anti Calcio Storico ?

Geoffrey Lieutaud – @Geoffrey2B

  1. avatar
    5 octobre 2016 a 16 h 20 min

    Très bonne article sur un sport très méconnu mais très présent dans la culture italienne. Ça fait plaisir de voir de gens s’y intéresser Merci à toi

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