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Andrija Živković, au nom de la délicatesse
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Andrija Živković, au nom de la délicatesse

Il était écrit qu’Andrija Živković allait devenir un brillant ailier. Après à peine plus d’une saison, le petit Serbe rend à Benfica la dose de douceur auquel il est habitué. Amené à devenir immense, un frisson de football yougoslave visite Lisbonne et son pied gauche voluptueux ressemble de plus en plus à une beauté.

Zivković n’est pas le transfert le plus élevé de l’histoire du Benfica. Il ne sort pas avec la sœur de Neymar. Il n’est pas international argentin. Et il n’a donc pas d’attraction médiatique particulière. Ce n’est pas Raúl Jiménez, ni Gabriel Barbosa ni Toto Salvio. Mais mercredi dernier, à 21 ans, Andrija Živković connaissait sa cinquième titularisation de la saison contre le FC Bâle de Raphaël Wicky. Avec une élégance yougoslave et un sens du tempo hispanique, il est tout simplement le meilleur joueur côté Águias depuis le retour des compétitions. Positionné à gauche devant Grimaldo ou à droite devant A.Almeida, en rampe de lancement de Jonas et consorts, il porte le jeu de Benfica avec la légèreté de son pied gauche. Un an et une quinzaine de rencontres après son arrivée, la douceur serbe fait effet dans la capitale portugaise. Derrière cette réalité, il y a l’histoire de la progression graduelle d’un diamant.

Millésime Partizan

Avril 2013, premier match officiel à 16 ans au Partizan qui finit champion. Cinq mois plus tard, premier but et contrat professionnel à 17 ans. Du côté du Partizan Belgrade, au centre de clubs plus ou moins inconnus du grand public et au centre de leurs joueurs plus ou moins inconnus, il y a Andrija Živković, une sucrerie. Au bout d’une première saison pleine : un brassard récupéré (plus jeune capitaine de l’histoire du Partizan), 25 matchs, il marque 5 fois et obtient sa première sélection (plus jeune de l’histoire de son pays). Signe du destin, il l’honore le jour où la légende nationale Dejan Stanković raccroche les crampons. Plutôt prometteur pour un jeune garçon né en juin 1996.

Deux belles saisons, une Coupe du Monde U20 avec la Serbie, un championnat avec le Partizan et une coupe nationale remportés plus tard, le club n’a plus de doute sur le talent de l’ailier de 20 ans. En trois saisons, Živković joue près de 100 matchs, gagne en influence, devient un cadre de l’équipe et apparaît plusieurs fois sous les couleurs de l’équipe nationale. Et tel un certain Lazar Marković, c’est sous les ordres de Siniša Mihajlović qu’il devient titulaire en équipe nationale. “Ce petit sera un grand joueur” déclare l’ancien sélectionneur serbe. Radovan Ćurčić, sélectionneur de la Serbie qui a connu Živković en sélection espoirs va dans le même sens : “Živković possède des talents incroyables : il est rapide, avec un grand bagage technique. C’est un très bon dribbleur et il est précis face au but. Avec Živković, il se passe toujours quelque chose en attaque. Il est jeune, mais ne néglige jamais les tâches défensives.”

Tout comme Jovetić et Marković avant lui, Živković ne reste pas longtemps à Belgrade. Gratuitement, il traverse l’Europe dans sa diagonale vers le Sud-Ouest, direction Lisbonne. Et deux ans après Lazar Marković, c’est un nouvel ailier serbe du Partizan Belgrade qui s’habille en rouge et blanc. « Ils occupent des zones de terrain semblables. Lazar Marković est plus direct, il attaque plus rapidement le but adverse, mais Živković marque plus de buts et est beaucoup plus dangereux avec la balle, il fait face aux adversaires sans crainte et les élimine. Živković aime commander le jeu, c’est un joueur qui assume les responsabilités, qui aime prendre des risques et à l’habilité pour décider du résultat d’une rencontre » précise Vladimir Vermezović. Trois ans après ses débuts, il est devenu « le jeune joueur le plus talentueux de la Serbie » selon l’ancien entraineur du Partizan.

Un mélange ultime entre qualité technique, force physique, vision du jeu et détermination : Živković savait comment offrir du spectacle au Partizan. Et depuis un an, il étonne à nouveau du côté de Lisbonne. Une ville reconnue pour son multiculturalisme où le jeune Serbe à l’identité captivante déploie tous les codes du football de l’Europe occidentale. Un départ vers une institution européenne à 20 ans, un corps de petit garçon mais même à la vitesse où il va, le crochet vers l’Ouest est réussi. Toujours.

Tage et Monsanto

Né à Niš, à plus de 400 kilomètres de la mer méditerranée, plus de 600 de la mer noire, physiquement de petite taille (1m70) avec des épaules courtes et des bras secs : Živković n’a rien d’hawaïen. Pis, il ressemblerait d’avantage à un sylvicole. Mais au niveau du style, c’est bien autre chose. Une savoureuse alliance de mer et de forêt, de champ libre et d’espace fractionné, de plaisir et de précision, d’adrénaline et de douceur.

Et à Lisbonne, une ville bordée par le Tage au sud et le parc forestier de Monsanto au Nord-Ouest (l’un des plus vastes parcs publics urbains au monde), Živković a trouvé le lieu parfait pour promener son potentiel. Et puisque le cadre de la capitale le permet, le Serbe joue un combat entre deux activités propres à ces espaces qui font la beauté de la ville. Sur le côté de l’échiquier, il est dans son micro-monde. A chaque confrontation, le bois pur du plateau et l’herbe verte des stades se transforment en une mer étendue. Calme lorsque le ballon lui arrive dans les pieds, déchainée lorsqu’il s’élance et gagne en vitesse. Alors, Andrija se mue en parfait surfeur et ses crampons deviennent une planche avec laquelle il fait face aux turbulences, aux tacles et autres coups d’épaules des défenseurs. L’adrénaline monte, tant pour lui que pour les observateurs, jusqu’au retour dans l’espace dans l’axe grâce à ses petites touches de balle. La course est tout à coup interrompue… bien souvent, par la violence d’un tacle. Plus fréquemment par une passe millimétrée vers un coéquipier, une lourde frappe de loin ou une roulette, son petit plaisir personnel. Le tout ne dure jamais plus de quelques secondes, mais l’intensité du moment est toujours spectaculaire.

Emporté à toute vitesse par le souffle moderne du football, Živković n’en reste pas moins un joueur authentique. Brigand au grand cœur, Andrija sur la pelouse, comme le héros légendaire de la forêt de Sherwood, chasse les inégalités. Lorsque le second, habile braconnier, défend ses idéaux à l’aide de son arc pour rendre au peuple l’argent des impôts, le premier, le génie serbe, habile footballeur, défend ses propres idéaux et offre la lumière par sa patte gauche, avec laquelle il est aussi précis qu’un archer pour rendre des émotions au peuple Benfiquista. Et cela passe forcément par des exploits et des victoires. Placé à droite sur son pied gauche, Živković dégage une délicatesse curieuse. C’est le secret de ce surdoué du toucher de balle. Sur coups de pieds arrêtés, dans le déroulement du jeu après quelques touches de balles ou à l’arrêt, le Benfica Lisbonne raffole des ballons veloutés de son gaucher et en a plus que besoin. Le prodige modélise le pied du SLB : la patience, l’utilisation du jeu de jambes et le pied gauche comme outil fantastique pour déposer des ballons volants ou étoiles filantes à ses coéquipiers et au fond des cages. Le tout ne dure jamais plus de quelques secondes, mais l’élégance du moment est toujours épatante.

Douceur méditerranéenne

Une nouvelle fois, la connexion Partizan-Benfica a fait des merveilles. Dans un Benfica où il a la place pour séduire, après de nombreuses danses, le Serbe multiplie les preuves d’amours et les supporters regardent. Et regardent encore. C’est une beauté. Passionné par la délicatesse et non-allergique aux contacts, sa conduite de balle ressemble à un numéro d’équilibriste. Živković est un poète du monde, un doux croisement du monde des anciens et du monde moderne. C’est un scientifique de la préparation type est de la péninsule ibérique aux efforts répétés type sud-ouest du territoire. Au cœur des tentatives de jeu ibérique de Rui Vitoria, Živković dicte le tempo, gère la conservation et l’orientation du ballon. C’est un chef d’orchestre. Au milieu des tentatives de jeu façon Blitzkrieg du coach portugais, il explose et fait parler sa science de la dernière passe. Il est le joueur idéal pour donner de la continuité aux manœuvres précédentes. C’est un « Tiburón » (requin en VF) comme Figo. Toujours sous un regard angélique et délectable.

Dans la capitale, les atouts de son pied gauche réchauffent tout un peuple qui frissonne une fois la nuit tombée. Lorsqu’il entre en jeu, l’Estádio da Luz n’a d’yeux que pour sa conduite de balle. Une posture droite et une technique déroutante, des crochets programmés, des slaloms et de la vista, des feintes de frappe sans la frappe qui suit. Sur les ailes, aussi bien qu’à gauche qu’à droite, dangereux, précis, au potentiel sans borne, Živković traîne son talent fascinant et délicat. Le jeu de l’équipe de Rui Vitoria reflète les caractéristiques de Lisbonne. Une ville étendue sur 7 collines. Alors quand il s’agit de tracer des belles passes lobées, des beaux centres, l’ailier ailé au pied gauche aussi esthétique qu’efficace prend les pinceaux et réalise son œuvre d’art. Durant ce moment, le temps de quelques secondes, le rythme cardiaque des Benfiquistas s’élève à l’image des eléctricos semés dans la capitale. La douceur de l’instant, la caresse du cuir et la pureté de l’envolée les apaisent. Ils sont chanceux et en profitent. Jusqu’à la soirée où le tableau de Lisboa par Andrija deviendra trop petit.

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