• Grille TV beIN SPORTS
Un football européen à deux vitesses
Photo Panoramic

Un football européen à deux vitesses

Des promenades de santé qui n’ont rien à envier à des premiers tours de coupe nationale. Voilà ce qu’ont vécu Liverpool, Manchester City et le Bayern Munich en huitièmes de finale de Ligue des Champions. Bâle et Porto recevaient en premier et Besiktas se présentait à Munich en leader invaincu de sa poule, mais les trois formations ont subi de belles raclées, clôturant tout suspense avant même le match retour. Illustration impressionnante et inquiétante du fossé qui s’est creusé entre les puissances sportives et financières du Top 4 européen et les autres.

Plutôt « Ligue » que « Champions »

A quoi rime aujourd’hui la Ligue des Champions sous son appellation et son format actuels ? Pendant de longues phases préliminaires, les « petits » se tuent entre eux, avant d’être inlassablement mangés par les gros bonnets qui finiront par s’expliquer entre eux lors des tant attendues joutes européennes du printemps. C’est l’Histoire du foot, me direz-vous. Cependant, la mainmise de certains clubs sur la compétition peut devenir gênante et incarne un football européen à deux vitesses qui n’augure rien de bon pour l’équité sportive et l’intérêt footballistique lors des années à venir.

Sur les 32 clubs engagés dans la Coupe aux grandes oreilles version 2017-2018, 15 provenaient des championnats du Big 4 européen (Liga Santander, Premier League, Bundesliga, Série A). Il n’y a plus que 5 survivants du « reste du monde » (sur 17 au départ) en huitièmes de finale, et plus aucun en quarts de finale. C’est tout simplement la première fois de l’Histoire de la compétition que le Big 4 a 8 représentants sur 8 possibles au stade des quarts !

Une dynamique incontestable de concentration des meilleures équipes est en marche. Dans les années 2000, Lyon, Monaco, Porto ou le PSV ont été des candidats sérieux au trophée, et des clubs turcs, grecs et néerlandais pouvaient regarder des clubs du Top 4 dans les yeux en aller-retour. Aujourd’hui, seul le PSG est en mesure de rivaliser, le reste des confrontations prenant rapidement des tournures de David contre Goliath.

L’autre phénomène notable est la disparition au meilleur niveau des « champions nationaux ». Pour les plus jeunes d’entre nous, le Steaua Bucarest, le Celtic Glasgow ou l’Etoile Rouge de Belgrade sont des faire-valoir qui atteignent au mieux la phase de poules. Selon toute vraisemblance, ils seraient à peine dans le ventre mou s’ils évoluaient dans les championnats anglais ou espagnol. Dans leur sillage, c’est toute une partie du continent qui se retrouve exclue par la surpuissance de l’élite, qui bénéficie de championnats extrêmement forts et de mannes financières leur accordant un avantage irrémédiable. Cependant, et il faut peut-être le rappeler, ce sont des clubs historiques, champions d’Europe en leur temps et suivis par des dizaines de milliers de fans.

Chaque année, ce sont donc les mêmes qui se taillent la part du lion. En Ligue des Champions, les récompenses financières sont cumulatives et deviennent de plus en plus importantes à mesure que l’on s’approche de la finale. Ainsi, le vainqueur empoche entre 50 et 55 millions d’euros quand l’équipe éliminée en poules gagne 12 à 15 millions d’euros, sans compter évidemment le surplus financier amené par les contrats sponsoring durant les phases finales. Quand on sait que 20 des 21 dernières finales (et toutes les recettes qu’elles engagent) se sont jouées exclusivement entre des clubs du top 4 (Monaco-Porto 2004 faisant figure de double exception), l’écart de chiffre d’affaires avec les championnats de « second rang » n’est plus très étonnant.

Un gouffre financier, politique et sportif qui se creuse

Les facteurs d’explication de ce gouffre béant qui ne cesse de se creuser sont nombreux mais surtout imbriqués, ce qui me fait craindre un cercle vicieux terrible dans les années à venir. Profitant de leur poids sportif et économique, les clubs les plus puissants font passer auprès des instances européennes des réformes les avantageant, comme la dernière réforme de la Ligue des Champions votée en août 2016 et définitivement confirmée la semaine dernière.

Les quatre places sûres accordés aux quatre premières associations en phase de poules sont un cataclysme et pour moi une catastrophe à long terme pour l’équité et l’esprit du football. De 11 places assurées, le Big 4 passe à 16, soit la moitié des engagés. 4 pays ont autant de places en phase de poules que les 50 autres ! Rapidement, alors que les médias commencent à se pencher sur cette réforme qui sera implémentée dès 2018-2019, on s’est rendu compte que la France n’était pas la plus mal lotie puisqu’en tant que cinquième association, elle garde ses deux places assurées. Cerise sur le gâteau, le 3e de Ligue 1 aura un chemin moins tortueux en barrages, puisque les clubs anglais, espagnols, allemands et italiens en sont totalement exemptés. Et selon certaines conditions cumulées, on pourrait même avoir trois clubs directement qualifiés.

Le vrai drame se déroule un peu en-dessous. Quand les qualifications accordaient cette année 10 places, elles n’en offriront plus que 6. Pour beaucoup de « petits » champions nationaux, accéder à la phase de poules va devenir un exploit, voire un rêve inaccessible. Les champions suisse, néerlandais ou encore grec n’auront pas d’accès garanti à la LDC et devront passer par plusieurs tours de galère. Le Portugal (7 Coupes d’Europe, 18 finales !) n’aura qu’un seul représentant garanti, deux au maximum. Quant aux clubs issus de championnats encore plus mineurs, cela signifie quasiment la fin de tout espoir.

La raison évoquée de cette réforme est la densification du niveau de la compétition, mais j’y vois plutôt une pression des plus grands championnats, sous menace de ligue fermée, pour avoir encore plus de revenus. A court terme, cela offrira plus de grandes affiches et surtout encore plus de droits TV à l’UEFA, mais à long terme la fracture au sein du football européen risque d’être irrémédiable, avec quatre puissants qui vont se permettre de décider au nom de tous. Si vous préférez avoir le Bayer Leverkusen et la Lazio Rome plutôt que le Benfica et l’Olympiakos en Ligue des Champions, ce n’est pas mon cas. La déception est d’autant plus grande que l’élection du Slovène Aleksandr Ceferin à la tête de l’UEFA aurait pu aider les « petites » fédérations à augmenter leur poids à la table de négociations.

La mécanique du cercle vicieux est dès lors en marche. La manne financière débloquée par une participation à la Ligue des champions est nécessaire pour beaucoup de petits pays, qui profitent en général des réinvestissements du champion dans tout le football national. Privés de cet argent, ces pays ne pourront plus garder leurs jeunes talents, qui partiront de plus en plus tôt. Et, encore une fois, le gouffre ne cessera de se creuser.

La voie royale vers une ligue fermée

La menace est bien réelle. C’est bien d’ailleurs grâce à cette dernière que la réforme de la Ligue des Champions est passée si facilement en 2016. Lire la déclaration de l’époque de Karl-Heinz Rummenigge, président du Bayern et de l’Association Européenne des Clubs (ECA) suffit à s’en convaincre : « vous ne pouvez pas exclure qu’à l’avenir, nous pourrions créer une ligue européenne avec les grands clubs d’Italie, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne et de France, sous l’égide de l’UEFA ou d’un organisme privé. Ce serait une compétition avec 20 équipes et peut-être que nous pourrions jouer quelques matches en Amérique et en Asie. »

Financièrement, une Super Ligue est une évidence pour quiconque s’intéresserait à l’économie du sport. En termes de droits TV, de billetterie, de sponsoring, elle dépasserait très largement tout ce que le football a connu et atteindrait sûrement des montants faramineux. En d’autres termes, les grands clubs, leurs dirigeants et leurs actionnaires y ont tout intérêt.

Ainsi, on peut craindre qu’une ligue fermée voie le jour dès la prochaine phase de négociation du format de la Champions’, donc sur la période 2021-2024. Un championnat type NBA sonnerait tout simplement la fin du football par le biais de la mort de la majorité des clubs et donc de la ferveur qui les accompagne. Que deviendraient les équipes laissées pour compte ? On espère ne jamais avoir à le découvrir…

  1. avatar
    20 avril 2018 a 19 h 38 min

    Tout ça n’est que conséquences de l’arrêt Bosman. Depuis celui-ci seulement une seule victoire finale en Ligue des Champions ne provient pas des 4 meilleurs championnats européen (FC Porto en 2004); alors qu’en Ligue Europa (il y a eu le Galatasaray en 2000, le Feyenoord Rotterdam en 2002 (à domicile), le FC Porto à deux reprises (2003 et 2011), le CSKA Moscou en 2005, le Zenit St-Pétersbourg en 2008 et le Shakhtar Donetsk en 2009 (dernier vainqueur de la compétition sous le nom de Coupe de l’UEFA)). Et avec la nouvelle réforme de trop si on peut le dire, on prépare déjà la mise à mort de la Ligue des Champions (voir un de mes articles ici: http://yourzone.beinsports.fr/superleague-une-boite-de-pandore-contre-le-football-103688/ ), voire de l’UEFA au profit d’une compétition sur le modèle pourri par excellence qu’est l’Euroligue de basket (remise en cause de la méritocratie sportive, sélection de clubs sur le plus souvent des critères financiers). Ce modèle existe sur la dite Ligue des Champions de hockey sur glace (CHL qui ne vaut pas grand chose) et c’est ce qui va arriver à la décennie prochaine en handball avec une nouvelle réforme tout aussi scandaleuse ( http://yourzone.beinsports.fr/handball-ehf-ligue-champions-superligue-grands-clubs-conflit-federation-116967/ ). Malheureseument, le scénario d’une Euroleague footballistique approche à grand pas et les clubs provenant d’autres pays comme le Pays-Bas, de Russie, de Roumanie, etc. ne peuvent même plus jouer la C1 proprement si je puis dire. Le football, comme tous les sports, appartiennent à tous le monde et c’est d’abord une activité physique. Mais les intérêts économiques prennent beaucoup trop de places sur l’aspect purement sportif et ça c’est vraiment regrettable.

  2. avatar
    21 avril 2018 a 1 h 01 min
    Par M. birdy

    Article bien écrit et point de vue intéressant !

  3. avatar
    21 avril 2018 a 11 h 14 min

    Le gros problème, c’est l’écart de niveau entre les championnats. Même la France est encore assez loin du Big 4. C’est nul d’exclure les clubs de championnats moins huppés.
    Une année, il faudrait essayer de faire une compétition entre les champions de chaque association plus les deuxièmes selon le classement des associations pour avoir 64 clubs en format coupe.

  4. avatar
    23 avril 2018 a 11 h 21 min

    Conséquences de l’arret Bosman mais aussi de la Ligue des Champions XXL ouverte aux non champions.

  5. avatar
    24 avril 2018 a 8 h 57 min
    Par NUGUET

    Je suis pour un superleague de l Europe mais occidentale seulement car pays de l est pas possible améliorer les clubs ne sont pas les moyens et en plus politique

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter