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Les inquiétantes limites de Rudi Garcia
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Les inquiétantes limites de Rudi Garcia

C’est l’histoire d’un entraineur respecté, estimé et qui incarne avec ses dirigeants, un nouvel espoir, un nouveau rêve pour tout un peuple. Un peuple qui n’attend qu’une chose depuis tant d’années : retrouver l’ivresse des succès. Un « nouvel OM » est naturellement à l’origine d’une excitation retrouvée, d’une joie anticipée. La folie et la démesure sont là, bien avant les résultats, ne pas comprendre cela, ce n’est pas comprendre l’OM. Tout cela n’empêche que l’heure des premières évaluations a sonné, et elles ne sont pas positives pour tout le monde...

Pour toute personne suivant attentivement le football en France, Rudi Garcia est associé à des termes positifs, voire élogieux : « offensif », « beau jeu », « champion » , « espagnol », « 4-3-3 Barca ».

Si il n’est pas question ici de réfuter ces termes, les accomplissements de cet entraineur (bien qu’ils mériteraient d’être contextualisés), et son amour du football dit offensif, un constat s’impose à l’étude de ses premiers mois à Marseille : il démontre régulièrement d’inquiétantes limites.

Que ce soit en terme de tactique, de vision, de dimension, de mental, de conviction dans ses idées, il semble par moments incertain. Tout semble précaire avec lui.

Il est bien trop tôt pour le condamner, et il aura l’an prochain un effectif digne de plus grandes ambitions et résultats. Mais cela ne signifie pas qu’il ne doit pas être critiqué négativement (positivement, il l’est…) si il le mérite, sur sa capacité à tirer 100% de l’effectif actuel.

OM-PSG : symbole d’une approche primaire et limitée

On pourrait penser qu’un match comme celui face au PSG n’est pas porteur de leçons, tant le potentiel individuel parisien est sans commune mesure avec le potentiel marseillais. Et pourtant, nous avons encore pu constater dimanche certaines limites dans l’approche et la gestion du match par Rudi Garcia. Le score final, lourd, très lourd, trop lourd, n’a pas comme unique origine la supériorité individuelle parisienne.

Face à des individualités largement supérieures, la réponse ne peut passer que par le collectif, une organisation cohérente, une idée de jeu concrétisée en un plan clair. La réponse doit notamment passer par une obsession, celle de pousser cette équipe bien supérieure à défendre par moments, à subir. Difficile de savoir où Rudi Garcia voulait voir son bloc, mais ce qui est sûr c’est qu’il a voulu faire mal physiquement au PSG. Il a voulu que son OM soit dans des 1-1, que Zambo fasse mal à Verrati/Rabiot, que Fanni fasse mal à Cavani, que chaque zone du terrain soit marquée par un combat, par des combats….

Des combats perdus d’avance tant la supériorité technique de l’adversaire était criante. La maitrise parisienne fut totale, le ballon circula parfaitement, les joueurs ont été aisément trouvés entre des lignes écartées par l’obsession du combat (marquage orienté sur l’homme donc) et par un bloc désorganisé. Les conséquences ont été dramatiques tant le talent est partout à Paris.

Pendant les très rares moments durant lesquels l’OM a existé, les joueurs ne semblaient vraiment savoir que faire du ballon. On leur a dit ce qu’il fallait faire sans (enfin, on peut en douter), mais pas avec… Comme si le coach et les joueurs savaient eux-même, sans se le dire, que les combats seraient perdus et que les situations de maitrise et de domination seraient effroyablement rares et vaines…

Rudi Garcia a appuyé sur des ressorts faciles et surtout primaires. Sa causerie d’avant-match comportait sans aucun doute les mots ou expressions : « tout donner », « mouiller le maillot », « leur rentrer dedans », « ne rien lâcher ». Tout ce champ lexical est pertinent, il appuie sur le mental, met en avant le contexte particulier d’un OM/PSG. Mais ce champ lexical doit accompagner un travail de fond élaboré, une idée de jeu approfondie, une organisation cohérente, et une intention ambitieuse. Il y a clairement eu des manques à ces niveaux dans la préparation du match.

Comme trop souvent avec les entraineurs français, le problème représenté par le PSG fut pris dans le mauvais sens. Le but n’est pas d’être binaire et simpliste, mais simplement de résumer : l’approche est trop souvent inverse à celle donnant une (petite) chance de surprendre et d’obtenir un résultat positif. Au lieu de baser sa logique et son discours sur la nécessité de faire défendre un minimum l’adversaire, de pouvoir respirer, sortir de son camp et tout simplement marquer, car il y a peu de chances que le PSG (ou Monaco) ne marque pas, c’est souvent la logique inverse qui est privilégiée, avec des résultats désastreux. Tenir le plus longtemps possible et miser uniquement sur la vitesse et les exploits des joueurs offensifs est un projet limité, mais (modérément) tolérable et compréhensible si l’on évoque un club de milieu ou bas de tableau. Mais quand il s’agit de l’Olympique de Marseille, d’une équipe jouant devant plus de 65 000 spectateurs, dans une ambiance digne des plus bouillantes et explosives qu’on puisse trouver, ce discours et cette mentalité médiocres deviennent impardonnables.

Rudi Garcia : un entraineur limité pour les grands matchs ?

Décrié en Italie pour ses limites dans les grandes confrontations, on ne peut pas dire que Garcia montre quoi que ce soit contredisant cette réputation. Si il a approché et géré les grands matchs de sa période romaine (7-1 contre le Bayern, 6-1 à Barcelone, 4-0 en 2 matchs face au Real en 8ème, et même ses matchs de LDC avec Lille) comme il approche et gère les grands matchs à Marseille, on comprend aisément ces scores étonnants au premier abord.

Rudi Garcia montre dans ces grands matchs des limites et un manque de dimension assez inquiétant, voire consternant, que ce soit avant, pendant ou après le match. Sa limite est d’abord mentale : il semble donner une importance folle à son égo, à son image et est en permanence dans la culture de l’excuse.

Pour trouver des excuses, quelques recettes ne déçoivent jamais. La 1ère d’entre elles est évidemment de se mettre volontairement en position de faiblesse, en position de petit, de victime expiatoire. Avant chaque grand match, Rudi Garcia s’assure d’envoyer comme message que l’adversaire est fort, très fort, plus fort. Quand il dit cela, il sait que l’auditoire entend inconsciemment « trop fort ».

L’excuse principale est préparée, toute déconvenue est anticipée, toute éventuelle critique est contrée. Et après le match, si il le faut, il ajoutera un volet arbitrage, calendrier, conditions de jeu, etc.

A défaut d’un plan de jeu ambitieux et cohérent, la stratégie de communication est parfaitement établie. Là où on s’approche du ridicule, c’est que cette logique fut parfois utilisée pour des adversaires de toute autre dimension que le PSG. En effet, Rudi Garcia a rappelé avant de les affronter que les “Rennais restaient sur 1 seule défaite en 7 matchs”, en omettant que dans ces 7 matchs, il y avait… 6 matchs nuls.

La seule affiche pour laquelle Rudi Garcia ne s’est pas présenté (sur le terrain en tout cas) comme le petit qui a peur du gros (si l’OL est un gros), ce fut à Lyon. Il aligna Sanson au milieu dans le 4-3-3 habituel. Comme dans d’autres gros matchs, l’OM a fait une entame offensive, mais cela s’est très vite éteint. L’OM fut ensuite en grande difficulté tactique. Le milieu n’existant pas, ce fut un match difficile pour Sanson et pour un OM dominé physiquement et tactiquement par l’OL.

La position de victime expiatoire, avant, pendant et après le match, évoquée précédemment, nous l’avons observée notamment à Monaco. La communication de l’excuse fut bien huilée, sa conférence de presse d’avant-match se résuma à “qu’est ce qu’ils sont forts Monaco, ce sont les meilleurs d’Europe”

Cette communication de perdant allait évidemment de pair avec les choix tactiques. Rudi Garcia a sorti de son chapeau un 5-3-2 (comme à Paris) et un Romain Alessandrini latéral gauche… Évidemment, le résultat fut dramatique. Le meilleur chemin pour prendre une fessée face aux équipes du top niveau est celui d’abandonner toute idée de possession et de créativité. Défendre, défendre et encore défendre, met une équipe en position de vulnérabilité pendant 90 minutes. Face aux qualités individuelles immenses des joueurs du PSG ou de Monaco, cela ne peut donner un autre résultat…

Même une fois que le match a tourné de manière catastrophique pour son équipe, ses changements ne montrent aucun signe de rébellion, pas le début d’un courage. Au contraire, il s’enfonce encore dans la peur, dans l’idée de limiter le nombre de buts adverses (ce qui produit l’inverse). On l’a vu à Monaco où il sort son seul buteur (Gomis) à l’heure de jeu. On l’a encore vu hier avec les sorties de Njie et Thauvin, deux des rares armes offensives de l’OM, les deux buteurs du dernier match aussi. Dans ces grandes affiches, son coaching en match semble aussi limité que le reste.

A Monaco, Rudi Garcia a même explicitement demandé à ses joueurs de “ne pas en prendre 6″, affligeante mentalité. Ses changements et sa communication (interne et externe) finissent d’achever un constat, celui que ses choix dans ces matchs-là sont guidés par la peur, la peur de la fessée sportive, et la peur de la critique médiatique. En protégeant ses cages (c’est vraiment raté), il veut notamment protéger son image, son énorme égo.

Cette peur permanente dans les grands matchs, on l’a vue contre Paris comme je l’ai déjà évoqué. Choisir Rod Fanni au détriment de Sertic, c’est choisir la physique au détriment de la relance. Choisir Zambo au détriment Sanson, c’est choisir le physique au détriment de la finesse et de la créativité. Jacques-Henri Eyraud voulait un coach « français », il doit être ravi ; hier on a vu un coach « français » (sans généraliser à absolument tous les coachs français bien sur).

Morgan Sanson aurait certainement pu commencer le match. Il aurait surtout dû entrer en jeu très vite au bout de 20 minutes. Mais faire cela équivaudrait à montrer du panache, et pour l’instant on n’en a pas vu avec Garcia. Sanson n’aurait pas résolu à lui seul les faiblesses tactiques de l’OM. Il n’aurait pas apporté une plus-value dans les duels, mais l’OM aurait eu plus d’intelligence au milieu et un joueur sachant et aimant faire le liant entre Vainqueur et le trio de créateurs. Au final, Morgan Sanson n’est même pas entré ; l’excuse avait été préparée en amont le vendredi en conférence de presse, en annonçant Sanson et beaucoup d’autres joueurs incertains pour le match de dimanche (du petit bluff médiocre).

Pour revenir à ce que réalise Rudi Garcia dans les grands matchs : un miracle, comme celui qui s’est produit au Parc des Princes pour son 1er match, n’arrive par définition que très rarement. Il avait à ce moment-là toutes les excuses du monde ; aujourd’hui il en a beaucoup moins.

Un OM ne brillant que dans le confort du Vélodrome

Son OM semble être performant et créatif, mais uniquement dans un contexte très favorable : au Vélodrome, contre des équipes faibles ou moyennes.

En effet, l’OM brille dans cette configuration. On y voit le jeu fin et pour le coup ambitieux, qui est généralement associé au nom de Rudi Garcia. Dans ces matchs-là, l’OM est très agréable à regarder, à contempler. L’équipe attaque en grand nombre, les combinaisons entre le quatuor créatif Payet-Thauvin-Lopez-Sanson, plus l’infatigable Sakai, donnent spectacle et émotions aux supporters. Le match contre l’OL fut beau et intense, mais un OL sans Lacazette ne peut pas être considéré autrement que comme une équipe moyenne.

Ce jeu de grande qualité au Vélodrome, nous l’avons vu contre Rennes, Nancy, Montpellier, Lille. Ce sera probablement encore le cas au Vélodrome cette saison, étant donné que l’OM ne va plus rencontrer de Monaco ou de PSG. Nice n’ayant pas la force de frappe offensive du PSG ou Monaco, on peut espérer que la peur qui guida les choix de Garcia dans ces grands matchs sera un peu moins forte au moment d’affronter cette remarquable équipe niçoise…

Mais cette qualité de jeu ne s’exporte pas et on est obligé d’incomber cette limite à Rudi Garcia. L’OM a logiquement perdu à Montpellier, à Metz, à Nantes, et s’est imposé à l’arrachée et de manière moyennement méritée à Dijon et à Nantes, bien que cela ait montré une dynamique et des ressources mentales intéressantes. Ce bilan à l’extérieur face à des équipes moyennes demeure moins inquiétant à moyen-long terme, que les limites dans les grands matchs, car on peut espérer qu’un OM plus armé l’an prochain sera dominant face à ces équipes-là (c’est le minimum attendu).

Ce que l’on peut dire aujourd’hui, c’est que le bilan actuel de l’OM version Garcia est mauvais. Quoi qu’on en dise, depuis le début de saison, cet OM a probablement le 5ème effectif de Ligue 1. Avec le mercato (malgré la catastrophe que fut la décision de Garcia de ne pas prendre de numéro 9), il y a plus aucun doute que cet effectif est top 5. Il a été fortement amélioré, et ne semble pas à une distance énorme de l’effectif lyonnais. L’OM n’aurait aucun excuse pour ne pas être 5ème.

L’effectif a des limites, mais pas autant que ce qu’on voit sur le terrain. On en conclut donc que l’entraineur ne tire pas 100% de ses joueurs.

Les limites de Rudi Garcia : limites du nouvel OM ?

Le nouvel OM, ce sont de grandes ambitions proclamées, une cohérence affirmée, une intelligence démontrée par la présentation du projet. Tout semble indiquer que les nouveaux dirigeants ont les compétences pour faire grandir l’OM, faire grandir la marque à tous les niveaux, et donner au club une dimension internationale de premier plan.

Mais tout passera toujours par le sportif, le projet s’appelle “OM Champions Project”…Avec un recrutement à n’en pas douter ambitieux et de grande qualité cet été, l’OM aura de quoi réaliser une très belle saison l’an prochain. Ce sera peut-être le cas ; malgré ses limites, Rudi Garcia n’est pas un mauvais coach, loin de là. Quand il n’est pas dans la peur, ses équipes sont de qualité.

Mais si ses limites (tactiques et mentales) se confirment et qu’il ne montre rien de plus dans les grands matchs, le podium sera probablement inaccessible.

Le mouvement fascinant et excitant qui se produit autour de la Ligue 1 en ce moment élève le niveau de la concurrence. Intégrer Rudi Garcia dans le top 4 des meilleurs entraineurs de la prochaine saison est compliqué, tant Marcelo Bielsa, Unai Emery, Leonardo Jardim et Lucien Favre sont des entraineurs de très haut niveau. On ne sait pas quelle voie empruntera l’OL, mais en tout les cas on peut penser qu’au mieux l’OM aura le 5ème entraineur de L1. Est-ce compatible avec l’ambition avancée constamment par le duo Eyraud/McCourt de jouer les premiers rôles ? Aucune raison d’être définitif dans un sens ou dans l’autre,tant tout cela est lointain, mais la question se pose clairement.

La vente de l’OM a généré naturellement un espoir immense, une excitation folle. Ce nouvel espoir, ce rêve fou de revoir l’OM au plus haut niveau, est incarné par Frank McCourt, Jacques-Henri Eyraud, Andoni Zubizarreta et Rudi Garcia.

Les visages du nouvel OM profitent logiquement d’une période d’état de grâce, tel un président de la République succédant au quinquennat calamiteux de son prédécesseur. Pour encore quelques mois, il sera très compliqué d’émettre publiquement, dans les médias (Garcia a la bonne nationalité), ou en présence de supporters de l’OM, des critiques de fond sur le début de l’ère McCourt. On peut aisément le comprendre, l’heure n’est pas à la critique, l’heure est à l’espoir d’une renaissance. Après la pluie est censé venir le beau temps.

Mais toute période à une fin, elle n’est pas pour tout de suite, mais le genre de performances réalisée dimanche soir par cet OM, et le travail actuel de l’entraineur choisi par le nouveau président, ne vont pas dans le sens d’une prolongation de l’état de grâce. Au contraire…

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