• Grille TV beIN SPORTS
Rabiot, un marquis sur la voie royale
Photo Panoramic

Rabiot, un marquis sur la voie royale

Ecrire un article sur Adrien Rabiot, c’est comme se dire « chouette, il y a des frites à la cantine ce midi ! ». On en salive d’avance, le sourire aux lèvres. C’est un peu comme songer à des vacances idylliques, un décor de carte postale avec mer azur et sable blanc. Car n’ayons pas peur des mots : Rabiot est LE joueur du moment. Celui qui réconcilie à la fois les fans des années 80 (Olive et Tom, Santa Barbara, Thierry Pastor) et les joueurs de Playstation. Qui pourrait permettre à Paul Le Guen et Habib Beye de deviser aimablement autour d’un sujet fédérateur. Titi parisien, nez aquilin, buste droit, barbe de 3 jours, prestations XXL : et si c’était Rabiot qui incarnait le projet parisien ?

Car au-delà de son physique à faire se pâmer Loana, Rabiot, dont le visage ténébreux et la chevelure soyeuse rappellent les preux chevaliers d’autrefois, progresse à la vitesse de la lumière (ça tombe bien, Paris est la ville lumière). De son propre aveu, le départ cet été de Blaise Matuidi à la Juventus l’a délesté d’un poids. Fort de la confiance du staff parisien, le Marquis règne sur le rectangle vert, tel un suzerain veillant à ce que la gabelle soit bien versée.

Car oui, en plus d’être aussi élégant balle au pied que Bafé Gomis dans un costard cintré, Rabiot sait tout fort : passes millimétrées, capacité à perforer balle au pied, à « casser les lignes » (expression à la mode), à jouer en mouvement, à proposer des solutions, à faire des passes décisives… L’impact physique d’Imbula (version OM), le pied gauche de Yanovski (c’est une blague de mauvais goût) et la coupe de cheveux de Dugarry (version Bordeaux) : que demande le peuple ? Autrefois vilipendé pour sa gourmandise balle au pied (râteaux ou crochets courts dans la surface), stigmatisé pour son manque d’impact physique, Rabiot semble cette année avoir franchi un palier.

Utilisé avec parcimonie en sentinelle par Emery en l’absence de Motta (mais pas contre le Real Madrid étonnamment), Rabiot s’est endurci, allant au mastic tel un Cahuzac (Yannick, pas Jérôme) des grands soirs. Il bataille, tacle, récupère, distille des ballons qui sont autant d’offrandes pour ses coéquipiers, dribble à bon escient, porte le danger dans la surface adverse. Car oui, Rabiot, non content d’être aussi propre techniquement qu’un Motta, joue constamment vers l’avant et n’a pas peur de la prise de risque.

A Madrid, Rabiot a été étincelant. Buteur, il a avalé les kilomètres (à faire passer Fabien Lemoine pour un athlète de seconde zone) et a régalé techniquement. C’est monnaie courante pour le Parc des Princes mais de l’autre côté des Pyrénées, où on a aussi connu le Danois Thomas Gravesen, on a failli faire tomber son cafe con leche devant tant d’élégance. A croire que l’air madrilène lui réussit bien car c’est à Santiago Bernabeu que le jeune Adrien avait déjà ébloui l’Europe lors d’un match de poule où sa justesse technique avait fait merveille. Classe, technique, vista : les Espagnols sont sous le charme du parisien dont les caractéristiques footballistiques semblent se marier avec une Maison Blanche désireuse d’attirer de nouveaux talents. Après « Un Roi à Paris » (titre de l’Equipe au moment de l’arrivée de Neymar), « Un marquis à Madrid » (future une de Marca) ?

Joueur fuoriclasse, reste maintenant à convaincre Didier Deschamps de l’emmener en Russie à la Coupe du Monde. Et c’est pas gagné car le Basque semble préférer la « sueur et les larmes » (par exemple Sissoko) aux arabesques de l’étalon parisien. Incorporé dans le groupe France, Rabiot a rendu des copies correctes (sans jouer beaucoup) mais assez éloignées de ses standards parisiens. Sa sortie médiatique en Bulgarie (« j’avais peur de me blesser »), plus maladroite qu’autre chose, avait fait le buzz. On imagine toutefois mal la Desch’, qui a dû apprécier à sa juste valeur la mutation physique de Rabiot, se priver d’un joueur de ce calibre, au profil atypique et au pied gauche à la précision chirurgicale. Moins besogneux que Matuidi, il incarne une nouvelle génération dont la confiance laisse parfois pantois, mais dont les actes sont raccords avec le discours.

Quand il indique mezza voce qu’il se sent plus épanoui en milieu relayeur qu’en n°6, il assume par des performances abouties. Battu au match aller à Madrid, il annonce dans les médias que le retour sera bouillant (« Paname, Paname, on arrive » pourrait-il fredonner). Le Rabiot freluquet et dilettante version U20 n’est qu’un lointain souvenir. Place au guerrier bien décidé à faire mordre la poussière à l’ogre madrilène. Avant d’aller voir ailleurs pour administrer un autre fief ? Ambitieux, bien dans son costume parisien, Rabiot n’a jamais caché qu’il pourrait partir vers d’autres contrées, si possible compatibles avec son titre de noblesse. Un destin royal l’attend.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter