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Les années 70, décennie critique pour la Coupe Davis
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Les années 70, décennie critique pour la Coupe Davis

En guise de suite au portrait du tennis des années 70, un petit zoom, cette fois, sur la Coupe Davis. Où il apparaît nettement que les difficultés actuelles existaient déjà à cette époque.

Harry Hopman à l’école des sorciers

Le palmarès du Grand Chelem au cours des Trente Glorieuses a été globalement dominé par l’Australie, qui a aligné une succession de grands champions avec une incroyable régularité. Au-delà des talents individuels, un homme se cache derrière cette avalanche de succès qui ne peuvent être le seul fruit du hasard : Harry Hopman.

Lui-même joueur de tennis, il exerce le métier de journaliste lorsqu’il commence à s’intéresser à un petit groupe d’espoirs locaux, parmi lesquels figurent Frank Sedgman et Ken McGregor. Nous sommes en Australie, une contrée riche mais située aux antipodes de ses alter ego anglo-saxons que sont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Depuis toujours, les Australiens, et pas seulement les sportifs, sont imprégnés de cette culture de l’éloignement, et sont conscients que l’ouverture sur le monde passe par de longs voyages loin de la maison.

Sous l’impulsion de Hopman va se dessiner une petite structure dédiée aux meilleurs éléments tennistiques du pays, dédiée non seulement à leur entrainement, mais aussi à leurs voyages à travers le monde. Côté entrainements, Harry Hopman leur enseigne le tennis avec une devise et une méthode ; la devise, c’est d’apprendre à maîtriser toute la palette des coups du tennis, et de pratiquer un tennis résolument tourné vers l’attaque, car il vaut mieux aller chercher le point plutôt qu’attendre que l’adversaire ne le donne ; la méthode, c’est un travail technique et physique intensif, doublé d’un goût forcé pour la discipline.

Au cours de leurs voyages, Hopman ne sera pas seulement leur entraineur, il sera également leur père de substitution, en les mettant à l’amende lorsqu’ils se tiennent mal, mais aussi en veillant à ce qu’ils écrivent régulièrement à leurs parents et en supervisant leurs devoirs. Au cours des longs voyages que ces espoirs du tennis devront effectuer, cet apport sera plus qu’important. Peu imbu de lui-même, Harry Hopman indiquera à de nombreuses reprises qu’un autre entraineur que lui aurait sans doute mené la même génération aux sommet du tennis. Harry est modeste, mais il se trompe probablement.

Voici quelques années, Patrick Rafter, alors responsable du haut niveau en Australie, a engagé un programme dans lequel lui-même se chargerait d’accompagner des jeunes espoirs en Europe pour de longues tournées estivales, et il n’a pas manqué de rappeler que lui-même s’était retrouvé embarqué dans sa jeunesse dans ces voyages tennistiques au long cours qui l’auront fait dormir chez l’habitant dans le Bade-Wurtenberg, les Pyrénées ou la Lombardie. Patrick ne fait là que reconduire un système qui lui a si bien réussi, et ces voyages lorsqu’il avait 17 ans auront été des écoles de la vie tout autant que des écoles du tennis (au passage, j’ignore si Bernard Tomic et Nick Kyrgios ont pu bénéficier d’un tel dispositif, auquel cas ils ont manifestement loupé quelques étapes…).

Harry Hopman n’a probablement pas innové avec sa vision du tennis lui-même, certes perfectionnée mais qu’effectivement d’autres que lui pratiquaient avec la même intensité. Il a innové, en revanche, avec ces programmes de voyages où étaient sélectionnés des adultes, mais aussi des juniors, ce qui assura la pérennisation de son système. Dans des contrées éloignées de leur foyer, cette vie en groupe rendait l’éloignement supportable, mais créait surtout une émulation extraordinaire. Ici se trouve probablement la singularité de la méthode Hopman, chez de nombreux journalistes qui s’extasiaient sur Rosewall et Laver, alors que Hopman préparait déjà la suite avec Newcombe et Roche, en attendant John Alexander et Phil Dent.

Inlassable promoteur – si j’ose dire – du tennis amateur, Harry Hopman voyait la Coupe Davis comme l’épreuve reine du tennis ; sur la chaise de capitaine, il a mené son équipe nationale à une moisson extraordinaire et sans équivalent, avec 15 Saladiers d’argent remportés entre 1950 et 1967. Ken McGregor, Frank Sedgman, Lew Hoad, Ken Rosewall, Neale Fraser, Roy Emerson, Rod Laver, John Newcombe et Tony Roche sont les grands artisans d’une domination quasiment sans partage que n’ont pas remis en cause les départs successifs de chacun vers les rangs professionnels. Rappelons que Sedgman et McGregor, en 1951, ont réussi l’unique Grand Chelem en double de l’histoire du tennis.

A peine l’un d’entre eux cédait aux sirènes du professionnalisme que la relève était prête pour prendre la suite et conserver le titre, les tournois du Grand Chelem n’étant alors que des jalons de préparation pour l’épreuve la plus prestigieuse du tennis, la Coupe Davis. Précisons toutefois que le Challenge Round était alors en vigueur, et que la nation tenante du titre n’avait qu’à disputer la finale sur ses terres, ce qui donne un avantage certain… Imaginons aujourd’hui l’Espagne tenante du titre, qualifiée d’office pour la finale, et qui recevrait sur sa terre battue l’autre équipe finaliste, on voit mal qui pourrait empêcher Rafa et les siens de conserver le Saladier pendant des années !

L’Open, ou la fin de l’amour du drapeau

S’il est un fil qui s’est brusquement coupé en 1968 avec l’ouverture, c’est bien celui de Harry Hopman. Exclus Rosewall et Laver, exclus aussi les amateurs qui se sont empressés de rejoindre les écuries professionnelles en 1968, à savoir Roy Emerson, John Newcombe et Tony Roche. Soit la totalité de l’équipe d’Australie virtuelle de l’époque… Hopman a bien préparé la suite, avec John Alexander et Phil Dent, le premier nommé, à 17 ans, devenant le plus jeune joueur sélectionné en Coupe Davis pour la finale de 1968. Mais en face se dresse la puissante équipe des Etats-Unis, emmenée par Arthur Ashe et Stan Smith… Il n’y aura pas de miracle, et l’Australie est vaincue 3/0 à domicile. La fin d’une ère, car la source Hopman, qui semblait intarissable, va brusquement donner des signes de faiblesse. Son système, dont la différence se faisait sur la transmission, s’effondre brusquement. Privés de grand frère, Dent et Alexander ne joueront jamais les premiers rôles, et il faudra attendre Pat Cash et le milieu des années 80 pour avoir à nouveau un champion australien d’envergure mondiale.

Avec l’Open, c’est aussi une conception du tennis amateur qui s’effondre. Place désormais aux promoteurs privés, et à l’escalade dans la rémunération. Fini les longues tournées au cours desquelles les jeunes parachèvent leur apprentissage dans la roue des meilleurs amateurs, ces derniers ont déserté la place. La Coupe Davis restant la chasse gardée des fédérations nationales, seuls les vrais amateurs peuvent la disputer.

Mais quelque chose de plus profond se casse en 1968, et même l’ouverture de l’épreuve aux professionnels de 1973 ne corrigera pas l’erreur. Car avec la professionnalisation du tennis viennent de nombreux ennuis pour le concept même d’épreuve par équipes. Le modèle économique, avec les écuries NTL et WCT, se cherche un moment, avant de se stabiliser sur la formule de la petite PME dédiée à l’athlète, qui devient dès lors indépendant et n’a de comptes à rendre à personne, pas plus à son pays qu’à un quelconque mécène. A partir de là, la participation ou non des meilleurs joueurs d’un pays à une campagne de Coupe Davis sera le fruit d’une négociation plus ou moins opaque avec leur fédération nationale, dans laquelle cette dernière n’a pas de véritable moyen de pression. Le président de la FFT, par exemple, est-il réellement en mesure de priver son n°1 national de Roland Garros au prétexte que celui-ci aurait été absent en Coupe Davis ? La question, posée en 2017, l’est déjà en 1973 ; pour ceux qui douteraient de la réponse, se référer à l’affaire Pilic, qui embrasera le petit monde du tennis au printemps 1973, et qui débouchera sur un improbable boycott de Wimbledon par la quasi-totalité des joueurs professionnels.

Le duel Smith/Nastase

Privée des professionnels, la Coupe Davis voit son prestige décliner inexorablement. Au milieu de ce marasme, pourtant, deux joueurs vont la porter à bout de bras pendant plusieurs années : Ilie Nastase et Stan Smith. L’un et l’autre ont en commun la fibre patriotique, ainsi que leur position d’amateur, puisqu’ils sont tous les deux officiers dans leur armée nationale. La Vieille dame du tennis va être le théâtre de leurs premiers faits d’armes majeurs, et va leur donner l’impulsion décisive qui les propulsera au sommet du tennis.

Aux côtés de Ion Tiriac, Ilie Nastase s’impose en 1969 comme l’un des meilleurs joueurs européens. L’équipe de Roumanie a belle allure, et atteint la finale du Challenge Round. Ilie Nastase envoie un avertissement direct à l’équipe adverse à l’US Open quelques semaines plus tôt, en dominant Stan Smith. Mais Nasty est encore un peu tendre pour rivaliser avec la dream team américaine d’Ashe et de Smith ; l’équipe roumaine est écrasée 5/0, mais le géant Stan Smith va cravacher cinq long sets pour prendre sa revanche sur Ilie, ce dernier s’inclinant 12/10 au cinquième set.

L’année suivante, la Roumanie trébuche contre la Yougoslavie de Zeljko Franulovic. C’est la modeste équipe d’Allemagne de l’Ouest qui gagne le droit d’affronter l’armada américaine ; cette dernière s’impose 5/0. Arthur Ashe manifeste alors sa lassitude devant l’absence des professionnels sous contrat, qui portent gravement atteinte à la crédibilité de l’épreuve. Il se désengagera dès l’année suivante, laissant le seul Stan Smith tenir la baraque américaine.

En 1971, l’armada roumaine atteint une nouvelle finale, et cette fois Ilie Nastase s’affirme clairement comme un rival dangereux pour Stan Smith. Mais c’est un Américain bourré de confiance (il vient de remporter à l’US Open son premier titre du Grand Chelem) qui s’impose avec autorité sur Nastase le premier jour, et sur Tiriac le troisième. La Coupe Davis reste américaine.

Une première réforme d’ampleur intervient en 1972, avec la fin du Challenge Round qui avantageait exagérément le pays tenant du titre. Quatre zones sont tracées (Amériques, Europe de l’Ouest, Europe de l’Est, et l’« Est » rassemblant l’Asie et l’Océanie), et au sein de chaque zone un système par élimination directe désigne un demi-finaliste. Les demi-finales opposent donc quatre nations issues de ces quatre zones. C’est aussi à cette occasion qu’est mise en place l’alternance pour désigner le pays qui reçoit.

Le psychodrame de Bucarest

C’est dans ce nouveau contexte que les Etats-Unis et la Roumanie tracent leur route jusqu’à une finale explosive, la troisième en quatre ans. Cette fois, en vertu de l’alternance, c’est la Roumanie qui recevra à Bucarest, sur terre battue ; c’est la première finale de Coupe Davis à se disputer en Europe depuis 1937 !

Cette finale 1972, alléchante sur le papier, figure en fin de compte en bonne position dans les moments les plus sombres de l’histoire du tennis. Quelques semaines plus tôt, les Jeux Olympiques de Munich ont été endeuillés par la prise d’otages de sportifs israéliens par l’organisation palestinienne Septembre Noir. Deux Juifs faisant partie de l’équipe américaine, une escouade du SWAT accompagnera la délégation américaine pendant leur séjour, qui aura attendu le feu vert du président Nixon. Ce qui n’empêchera pas les deux équipes (qui se connaissent bien) de fraterniser durant les repas. En revanche, une fois la victoire acquise, le SWAT embarquera sans ménagement la délégation américaine, qui n’aura pas le loisir de fêter sa victoire !

En outre, dans un contexte de guerre froide, cet événement sportif est récupéré par le régime communiste de Ceausescu, qui entend en faire une vitrine de la grandeur de son pays. Cette atmosphère va être largement perceptible sur le terrain, avec un public chauffé à blanc qui tentera, trois jours durant, de perturber les Américains ; avec aussi des juges de lignes judicieusement choisis pour prendre les décisions qui s’imposent pour avantager les Roumains…

Ce contexte on ne peut plus tendu fera paradoxalement une victime : Ilie Nastase. Le génial Roumain est séparé de sa famille dans les jours qui précèdent la finale, officiellement parce qu’il est investi d’une mission d’ampleur nationale dont rien ne doit le détourner. Ces conditions proches d’une détention pure et simple vont le faire totalement craquer sous la pression. Le premier jour, il ne résiste que le temps d’un long premier set face à Stan Smith, avant de s’écrouler ; le samedi, il est inexistant en double, et ne marque que cinq jeux aux côtés de Ion Tiriac. Ce dernier, le vendredi, aura remis les deux équipes à égalité dans des conditions plus que douteuses face à Tom Gorman, principale victime de l’arbitrage « maison ».

Le dimanche, Ion Tiriac va mettre à rude épreuve les nerfs de Stan Smith. Annonçant lui-même certaines balles fautes, le Roumain se mue en maître de cérémonie de l’arbitrage et de la foule. Passée la tempête d’un quatrième set où toutes les limites du bon goût auront été franchies, l’Américain, en grand champion, se reconcentre pour finir en trombe par un cinglant 6/0, scellant la victoire américaine. Son flegme au milieu de cet embrouillamini lui vaudra le prix du fair-play de l’UNESCO. Ion Tiriac sera suspendu huit semaines par la Fédération internationale. Quant à l’arbitrage, cette finale sera l’amorce d’une prise de conscience qui provoquera sa mue : désormais, en plus du juge-arbitre des rencontres de Coupe Davis, les juges de ligne seront neutres.

Le tennis, otage de la politique

Les années 70 voient se lever une série de mouvements contestataires un peu partout dans le monde, tour à tour civiques, anticolonialistes, égalitaires, féministes, libérateurs ; le mai 1968 français n’est que la déclinaison tricolore de ce grand mouvement d’émancipation. A cette période, les opinions publiques s’intéressent de plus en plus à la politique, aux régimes d’oppression, à la marche du monde en général. C’est dans ce contexte que le sport, lorsqu’il s’habille aux couleurs des nations, devient la vitrine du régime qu’il représente.

La finale de 1972 marque l’irruption de la politique dans le tennis. Outre la Roumanie, trois équipes vont défrayer la chronique au cours des seventies : l’Afrique du Sud, la Rhodésie et le Chili.

En 1974, alors que le régime d’apartheid sévit avec férocité en Afrique du Sud, la nation pas du tout arc-en-ciel emmenée par Bob Hewitt et Cliff Drysdale profite d’une édition désertée par les meilleurs joueurs du monde pour se frayer un chemin jusqu’à la finale. Elle n’aura pas à jouer : dans un contexte de pression internationale très forte, l’Inde refuse de disputer cette finale. La victoire revient ainsi, pour la première fois, à une nation hors Grand Chelem, mais on aurait sans doute préféré un autre pays et un autre contexte !

L’année suivante, en 1975, les équipes colombienne et mexicaine refusent à leur tour d’affronter l’Afrique du Sud ; la compétition tourne au ridicule. Le seul pays acceptant d’affronter les Springboxs sera, en quart de finale, le… Chili de Pinochet, régime militaire n’ayant rien à envier à l’Afrique du Sud !

Vainqueur 5/0, l’équipe chilienne voit à son tour les projecteurs se braquer sur elle. La demi-finale disputée en Suède est précédée d’une longue polémique, agrémentée de menaces de mort lancées par des organisations pacifistes (encore que…) suédoises. La fédération suédoise, qui prend ces menaces au sérieux, décide de jouer la rencontre à huis-clos. C’est ainsi que Borg et les siens vont affronter – et dominer – le Chili de Jaime Fillol devant un public composé exclusivement de 1200 policiers, avec un dispositif de sécurité digne du G7… L’équipe chilienne fera également l’objet d’un boycott lancé par les pays de l’Est, boycott parfois réclamé aussi, on l’a vu, en Europe occidentale.

En 1977, le nouveau président de la fédération internationale, Philippe Chatrier, va mettre à profit sa position française pour faire le ménage que ses prédécesseurs n’auront pas pu – ou pas su – faire. Parmi les dirigeants, officiels ou joueurs sud-africains ou rhodésiens, figurent de nombreux anciens combattants de la Seconde guerre mondiale, qui grossi les rangs militaires des Etats-Unis ou du Royaume-Uni ; les mettre à l’index est un déchirement pour les trois grandes nations anglo-saxonnes, qui n’ont pu s’y résoudre. Le nouveau président français n’aura pas ces scrupules, d’autant que la situation devient ubuesque. En 1977, l’Afrique du Sud s’inscrit dans la zone américaine, et les Etats-Unis sont la seule équipe à daigner les affronter, non sans braver de nombreuses manifestations de protestation contre l’apartheid.

En avril 1978, l’Afrique du Sud et la Rhodésie sont officiellement exclues de la Coupe Davis. En revanche, un pays refusant d’en affronter un autre pour des raisons extra-sportives fera l’objet de sanctions, qui se traduiront rapidement par une rétrogradation au dernier échelon de la compétition. En parallèle, quelques ajustements vont se faire sur le format de la compétition, afin de limiter le nombre de rencontres sur une année. Ces réformes déboucheront sur la création du « groupe mondial » en 1981, soit la forme que nous lui connaissons encore aujourd’hui.

Une Coupe en déshérence

1973 semble amorcer un renouveau pour la Coupe Davis. En vertu d’un accord passé en 1972 entre la FILT et la WCT, les professionnels sous contrat vont enfin être admis pour jouer sous la bannière de leur pays. L’épisode Pilic mis à part, 1973 marque le grand retour des légendes australiennes, qui sont enfin à nouveau admises dans la compétition. Leur campagne 1973 sera pour Newcombe, Laver et Rosewall un retour en forme de jubilé. A Cleveland, ils s’offrent une superbe victoire marquée par les deux matchs en cinq sets du premier jour, remportés par Newcombe et Laver respectivement face à Smith et Gorman. Mais les vieux héros sont fatigués et, déjà, ils n’inscrivent qu’avec parcimonie la Coupe Davis à leur calendrier. John Newcombe est le premier d’une longue liste (qui court jusqu’à aujourd’hui) de champions qui feront régulièrement l’impasse sur la Coupe Davis une fois qu’elle orne leurs étagères.

Ainsi, en 1975, une vaillante équipe de Suède emmenée par Björn Borg soulève la Coupe, après une victoire en finale sur la Tchécoslovaquie de Ian Kodès. On ne reverra plus Iceborg en Coupe Davis avant un moment… Ivan Lendl ne se montrera qu’épisodiquement sous la barrière tchécoslovaque, après sa victoire de 1980.

En 1976, L’Italie de Panatta et Bertolucci l’emporte sur le Chili en finale ; mais c’est la demi-finale contre l’Australie qui sera le morceau de bravoure, avec un John Alexander qui refroidit le Foro Italico en remportant ses deux simples, et un cinquième match décisif de gala, remporté par Panatta aux dépens de Newcombe, dont ce sera le dernier match en Coupe Davis. Parmi ses regrets, Adriano Panatta mentionne la Coupe Davis, si chère à son cœur, mais dont aucune des quatre finales qu’il a jouées (1976, 1977, 1979, 1980) ne s’est déroulée sur le sol italien.

Guillermo Vilas porte fièrement les couleurs de l’Argentine durant une quinzaine d’années au total, avec un dévouement exemplaire. Mais jamais il ne mènera son équipe à la victoire, malgré l’émergence d’un brillant second à la fin des années 70, José-Luis Clerc.

Requiem

Cette petite esquisse consacrée à la Coupe Davis était au départ uniquement la suite de mes digressions sur le tennis des années 70. Au vu de l’actualité de ces dernières semaines, cette bafouille prend un autre relief et s’adresse également à tous ceux qui s’imaginent que la crise actuelle que traverse la Coupe Davis est inédite.

Oui, le tennis a vu avec l’ère Open une révolution qui a marqué les véritables débuts du professionnalisme. Mais cette révolution a fait rentrer les considérations financières dans les plans de carrière, et ces logiques n’ont pas manqué de se heurter de front à celle de la Coupe Davis. Reine-mère de toutes les grandes compétitions tennistiques, la Vielle dame n’a jamais réellement pu trouver sa place, ni dans le calendrier tennistique, ni dans les priorités des joueurs.

Au vu de ce qu’est aujourd’hui le calendrier, et compte tenu de ce que sont les exigences actuelles du tennis de haut niveau, un joueur peut-il se permettre de disputer un quart de finale de Coupe Davis (sur une surface aléatoire) au lendemain du Masters 1000 de Miami, et juste avant d’enchaîner avec la terre battue européenne ?

En première analyse, on peut répondre que non. Je ne suis pas un familier du détail technique, mental et organisationnel du tennis de haut niveau, mais je devine qu’en effet l’intensité de la lutte est sans commune mesure avec ce qu’elle était il y a 40 ou 50 ans, et qu’un tel enchaînement, à quelques semaines de Roland Garros, peut poser problème. La présence régulière dans le top 10, voire le top 5, des noctambules notoires qu’ont été Nastase, Panatta, Gerulaitis ou Noah, atteste sans le moindre doute que les standards de l’époque étaient beaucoup plus relâchés qu’ils ne le sont aujourd’hui.

Mais cette excuse est aussi un paravent qui ne doit tromper personne.

Dans les années 70, à une époque donc où les moindres faits et gestes des joueurs ne faisaient pas l’objet de milliers de tweets, il arrivait que des joueurs enchaînent trois tournois du Grand Prix sur trois surfaces différentes en trois semaines, parce que le calendrier ne s’était pas encore imposé la cohérence qu’il a acquise progressivement (et notamment à partir de 1990). Il était difficile à un joueur qui zappait une rencontre de Coupe Davis d’invoquer le changement de surface en un laps de temps très court. Ils étaient tout simplement réticents à disputer une épreuve qui ne leur rapporterait aucun point ATP et n’enrichirait pas (ou peu) leur compte en banque.

Ces considérations sont encore largement valables aujourd’hui. En 2012, quand on demanda à Tomas Berdych la place de la Coupe Davis dans ses priorités, il répondit que c’était une priorité absolue et que c’est autour de cette priorité qu’il organisait son calendrier. Deux ans et deux Coupes Davis plus tard, en 2014, son attitude sur le Central de Roland Garros lors de la demi-finale contre la France en disait long sur ce qu’était devenue cette priorité absolue. Autre exemple frappant, toujours en 2014, Roger Federer a attendu d’avoir un partenaire de haut niveau (Wawrinka, vainqueur de l’Open d’Australie) pour se lancer véritablement dans la conquête du Saladier d’argent, sentant à juste titre qu’il y avait un coup à jouer. Une fois gagnée, il l’a tout simplement rayée de son calendrier. Tous les joueurs majeurs de l’époque actuelle ont eu peu ou prou le même raisonnement.

Je ne m’illusionne donc pas sur les discours pseudo-patriotiques des uns et des autres sur la Coupe Davis. Les fritures actuelles entre l’ATP Tour et la Fédération internationale ne changeront rien au problème récurrent, qui pour le coup remonte à 1968 et à l’essor du professionnalisme. Aucun, ou presque, des champions du dernier demi-siècle n’échappe à la règle d’un patriotisme à points s’agissant de la Coupe Davis.

La Fédération internationale s’apprête à mettre à mort sa compétition reine. Les victimes principales seront tous ces lieux, et leurs cohortes de fans, qui ne pourront plus utiliser la Coupe Davis comme levier de développement du tennis sur leur territoire. C’est gênant pour des petites villes françaises qui auraient rêvé d’avoir un jour « leur » rencontre et avoir la chance qu’a eue Albertville le mois dernier ; c’est tragique pour les petites fédérations, notamment africaines, qui se verront encore plus paupérisées qu’elles ne le sont déjà. Le tennis professionnel n’est plus qu’une affaire de paillettes.

Accessoirement, ce sera le dernier clou du cercueil de Harry Hopman.

Du même auteur :
- 1968-1973 : Ken Rosewall, Rod Laver et la WCT
- 1968-1973 : la longue marche vers l’Open
- Le French des années 70 : Paris n’est pas une fête

  1. avatar
    10 avril 2018 a 16 h 50 min

    Salut Enzo,

    Très bon article sur les années 70.

    Pour Berdych il a forcément change d’envie après 2 victoires en 2012 et 2013.
    Federer pour le coup a été (comme souvent) le plus malin, profitant d’une année où il était devancé par Djokovic en simple pour gagner le saladier d’argent en 2014.

    Moi je n’ai pas de probleme avec la réforme, les critiques sont très franco-françaises et il faut bien voir que tout le monde n’a pas gagné 10 Fois la Coupe Davis.
    Les pays qui ont autant voire plus de victoires que nous ont tous une histoire par les stars individuelles : Etats-Unis ave cConnors McEnroe Sampras Agassi sans remonter aux Tilden Budge Kramer et autres Gonzalez, GB avec Murray, Suede avec Borg Edberg Wilander, Australie avec Rosewall Laver Hewitt …

    Pour nous Français, la derniere superstar c’était Henri Cochet !

    Mais une fois de plus ce qui pose probleme c’est le calendrier et ces foutus Masters 1000. Je propose donc une énième fois le calendrier suivant avec 7 M 1000 :

    - Février : terre battue sud-américaine Rio de Janeiro
    - Mars : ciment nord-américain Indian Wells / Miami en alternance
    - Avril : terre battue européenne Monte-Carlo
    - Mai : terre battue européenne Rome / Madrid en alternance
    - Juin: gazon Queen’s
    - fin Juillet/août : ciment nord-américain Toronto / Montréal en alternance
    - Août : ciment nord-américain Cincinnati

    - Octobre : pas de M1000 en indoor, Shanghai / Paris-Bercy / New York en alternance pour accueillir la Masters Cup sur les 3 continents à tour de role.

    Ainsi, il resterait des tournois de preparation comme Doha en janvier, Dubai en mars, Barcelone en avril ou encore Bâle en octobre.

    Et du temps pour la Coupe Davis :
    - 1/8e début avril
    - 1/4 mi juillet après Wimbledon
    - 1/2 fin septembre après l’US Open
    - finale début novembre après la Masters Cup

    Mais c’est à l’ATP et à l’ITF de comprendre qu’ils doivent trouver un juste milieu entre le public, les joueurs, les TV et les sponsors, en mettant fin à ce calendrier démentiel qui dure depuis les 90s.

    • avatar
      10 avril 2018 a 19 h 13 min
      Par Enzo29

      Salut Axel,

      On revient sur une discussion précédente… Contrairement à toi, je mettrais carrément Indian Wells/Miami AVANT l’open d’Australie, et même en tout début de saison.

      Mais en rédigeant mon article (et notamment la fin) il m’est venue une idée, de doux rêveur bien entendu, vu qu’elle repose sur la conservation de la Coupe Davis dans son format actuel.

      Pourquoi ne pas imposer la surface pour chaque rencontre de Coupe Davis, en fonction de la date à laquelle elle se déroule ? Par exemple, le quart de finale (qui se déroulerait en ouverture de la saison sur terre battue) aurait forcément lieu sur terre battue, sans toucher pour autant à l’alternance du pays qui reçoit. Ainsi une équipe conserverait l’avantage de recevoir (et donc l’avantage du public) mais la surface lui serait imposée.

      Cela renforcerait la crédibilité d’une victoire finale, qui aurait été obtenue sur les quatre surfaces.

      Alors évidemment les quatre surfaces ne sont pas répandues partout, il faudrait “poser” de la terre battue ou du gazon à certains moments dans des grands stades, du reste c’est ce qu’a fait la France pour la finale 2002 (TB à Bercy), c’est aussi ce qu’a fait l’Australie en 2001 (gazon à Melbourne Park). Sans que quiconque trouve à y redire. Cette idée, bien entendu, n’aurait cours que pour le groupe mondial.

      Reste à placer les rencontres dans le calendrier. Peut-être placer la plus universelle, le dur, pour le premier tour, soit en tout début de saison, soit juste après l’Open d’Australie. Le quart de finale pendant la saison sur terre battue, pourquoi pas en sandwich entre les tournois d’Amérique latine et les tournois européens. La demi juste après Wimbledon, sur gazon. Et enfin la finale en indoor, soit juste après l’US Open, soit juste après le Masters.

      Accessoirement, les jardiniers de Wimbledon auraient enfin un job à temps plein…

  2. avatar
    11 avril 2018 a 9 h 05 min

    Salut Enzo,

    Oui j’aime beaucoup ton idée de surface imposée selon le moment de la saison.
    Ce qui donnerait terre battue en avril avant Monte-Carlo, gazon en juillet dans la foulée de Wimbledon, ciment outdoor en septembre après l’US Open et moquette / indoor pour la finale en octobre.

    Dans ton calendrier ce serait plutôt ciment oudoor, terre battue, gazon et indoor.

  3. avatar
    11 avril 2018 a 11 h 04 min
    Par Cullen

    Comment peut-on être favorable à une telle réforme quand on aime le sport ? Ta remarque me laisse perplexe Axel… Et au passage, ni Kramer, ni Gonzales ni même Rosewall n’ont pesé sur la Coupe Davis, et pour cause ils sont passés très rapidement professionnels et en ont donc été privés durant presque toute leur carrière.

    On aurait voulu enterrer cette compétition qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Pas besoin d’argumenter trop longuement, le scénario du match entre l’Espagne et l’Allemagne le week-end dernier vaut tous les discours du monde. Une atmosphère brulante (loin des standards habituels du Tennis et des applaudissements feutrés), des matchs au meilleur des 5 manches disputés par des joueurs ultra-motivés qui sont allés au-delà de leurs limites sans se soucier de leur agenda personnel et ce qui les attendaient le lendemain, une star internationale – pourtant déjà lauréate du trophée à 4 reprises – concernée comme si elle était elle-même sur le court pour soutenir son pote, bref tout ce qui risque de disparaitre si la compétition (à laquelle il faudra donner un autre nom) venait à se jouer sur terrain neutre, dans une ambiance totalement aseptisée pour satisfaire un public asiatique déjà sevré de matchs exhibitions et pour des considérations purement financières.

    Et pour revenir à l’article (encore excellent qui pointe finalement les dérives du sport avec l’afflux massif de l’argent), d’autres joueurs dans le passé ont en effet parfois trainé les pieds pour venir disputer un quart de finale sur une surface différente de celle sur laquelle ils jouaient jusque-là mais les règles du jeu n’ont jamais été remises en cause pour autant car l’institution était plus forte que les acteurs. Et aujourd’hui ce qui est condamnable c’est justement que désormais les joueurs (quelques-uns seulement et Federer me déçoit beaucoup d’ailleurs) livrent leurs exigences et les instances sont prêtes à se coucher et à brader une des plus anciennes compétitions internationale de l’Histoire. Enfin, ton idée d’imposer une surface à chaque tour en fonction du calendrier est excellente mais on ne devrait pas avoir besoin de recourir à de telles réformes pour pousser les joueurs à se sublimer pour leur pays.

  4. avatar
    11 avril 2018 a 16 h 03 min

    Salut Cullen,

    Je ne dis pas que Kramer ou Rosewall ont contribute à la Coupe Davis. Je dis que la France ne voit le tgennis que par le prisme de la Coupe Davis faute d’avoir eu des monstres en individual, depuis les vrais Mousquetaires des années 20 et 30.

    Car depuis, que ce soit Bernard, Petra, Proisy, Jauffret, Noah, Leconte, Forget, Pioline, Boetsch, Santoro, Clément, Grosjean, Tsonga, Gasquet, Monfils ou Simon, sans doute Pouille sauf miracle, aucun ne laissera une trace de champion dans l’Histoire du tennis !

    Pourquoi je suis pour la réforme ? Je suis pragmatique avant tout … Dans un monde ideal oui il faudrait garder la formule actuelle en réduisant le nombre de tournois, ce que je propose ci-dessus. Tout en offrant des points ATP à chaque victoire en Coupe Davis (200 points par rencontre de simple gagnée, bonus de 100 points si l’équipe gagne le match) et en imposant la surface selon la période de la saison, comme très bien suggéré par Enzo.

    Mais nous ne sommes pas dans ce monde de Bisournours … Comme dans le foot, la F1, l’athlétisme, le basket ou le cyclisme, ce sont l’argent des sponsors et des diffuseurs TV qui dictent leur loi aux Fédérations, CIO, FIFA, FIA, IAAF, ATP / ITF, UCI et autres FIBA !

    Et justement l’ATP est incapable de reformer son calendrier démentiel, alors oui la variable d’ajustement c’est la Coupe Davis.
    C’est bien dommage qu’on en arrive là mais il faut essayer une autre formule que celle là qui ne marche pas. Ce nest pas le superbe week-end que l’on vient de vivre qui peut effacer la tendance des 15-20 dernières années, où les stars viennent au compte-gouttes en Coupe Davis.

    Sans réforme du calendrier et suppression / alternance de M 1000, tu n’as pas vraiment d’autre choix qu’un tournoi dans un pays organisateur.

    C’est bien dommage en effet de perdre le lien avec le public mais la plus belle competition du sport, en l’occurrence les Jeux Olympiques, se déroule justement dans un pays organisateur. Or les JO c’est magique quand meme …
    Del Potro à Rio de Janeiro, Nadal à Pékin, Massu à Athènes, Di Pasquale à Sydney n’oublieront jamais leurs médailles, de bronze, d’or ou d’argent !
    Pas juste Murray laureat en 2012 à Londres sur son gazon britannique …

    Enfin il ne faut pas avoir forcément peur de la nouveauté … La F1 s’est lancee sur beaucoup de nouveaux circuits aseptisés sans âme et sans public connaisseur, mais certains nouveaux tracés asiatiques restent de superbes references, comme Istanbul Park (délaissé en 2011), Marina Bay à Singapour ou Sepang (dernier GP de Malaisie en 2018 avant sortie du calendrier), dans la lignée de Suzuka au Japon. Même si c’est vrai que la grande majorité n’a aucun interet car la FIA a mandate le meme architecte, Herman Tilke, qui a reproduit les memes erreurs … Absence de zones de dépassement à Yeongam en Corée du Sud, Buddh en Inde, Sotchi en Russie, Yas Marina à Abu Dhabi, Shanghai en Chine ou Sakhir au Bahrein.
    Le prix exorbitant des places demandé par Ecclestone en marge du contrat avec les organisateurs n’a pas aide à créer une clientele locale. Voilà la réalité. Car on a voulu un payback (retour sur investissement) à court terme pour Bernie.
    On a fait trop de GP sans âme sur des circuits aseptisés et trop vite, au detriment du patrimoine européen de la F1. Mais Istanbul ou Singapour ont été de belles surprises.
    Au tennis d’être imaginative sans aller trop loin. Je préfère cette réforme meme imparfaite qu’un statu quo d’une épreuve qui tombe dans l’oubli, et que les stars ne disputent qu’1 fois.
    Nadal est revenu ce WE pour se chauffer pour Monte-Carlo au moins autant que pour defendre le drapeau espagnol.

    Tu peux tout imaginer, fusionner Coupe Davis et Laver Cup sur le modèle d’une Ryder Cup, passer la Coupe Davis sur une fréquence de 2 ou 4 années … Je ne dis pas que j’y suis favorable.
    Tout depend ce que l’on préfère : la qualité du spectacle ou le fait de jouer devant son public. Perso je mets le 1 devant le 2. Autrement dit des dépassements entre F1 avant le fait de pouvoir concourir à Monza et Silverstone meme si c’est fundamental de conserver un patrimoine historique et culturel proper à chaque sport …

    Il suffit de donner l’organisation au tenant du titre pour motiver les joueurs à disputer la Coupe Davis new look, meme si ce n’est pas le choix fait par l’ITF avec a priori Genève comme ville hôte en 2019 pour ce format 2.0 qui fait tant couler d’encre.

  5. avatar
    11 avril 2018 a 16 h 42 min
    Par Enzo29

    @Axel et Cullen,

    Non Axel, les critiques du format actuel ne sont pas franco-françaises. Après, pour savoir qui dit quoi exactement sur le sujet, il suffit de regarder.

    Sur un tout autre sujet, je note qu’à la dernière élection de la FFT le candidat Alexis Gramblat avait de loin la meilleure cote dans différents “sondages” (de mémoire, plus de 60%). De quoi étaient constitués les panels de ces sondages, je ne le sais pas exactement ; je suppose tout de même que pour répondre à un tel sondage il fallait déjà entendre parler de cette élection, et être en mesure de se prononcer sur le résultat (par exemple, je crois me souvenir que l’Equipe avait fait un sondage en ligne sur ce sujet). Donc, en gros, ce sont les licenciés de la FFT qui se sont prononcés, ou du moins des amateurs de tennis. Toujours est-il que le jour du vote réel, ce sont les délégués de la FFT qui ont voté, et là Gramblat n’a eu AUCUNE voix.

    Je fais ce petit détour pour rappeler que le vote qui compte vraiment dans cette histoire de refonte de la CD, c’est l’ITF qui l’a entre les mains, il est pour cet été (et pas avant, donc si quelqu’un pouvait m’expliquer à quoi va servir l’AG de la FFT…), et dans ce vote, si j’en crois Giudicelli, la France aura 12 voix.

    Cullen, je te rejoins 1000 fois sur l’Espagne-Allemagne de ce WE, c’était incroyable. Mais aucun des spectateurs de Valence ne votera. Et je te rejoins aussi sur Federer, qui s’apprête à ajouter à son palmarès une tâche indélébile qui ne lui apportera strictement rien. A ce stade de sa carrière, la CD est clairement derrière lui. Ce n’est pas pour lui-même qu’il y aura des conséquences. Et lui, Roger, qui se pique d’histoire et qui voue un culte absolu à Rod Laver, ferait bien de se pencher sur les livres d’histoires du tennis. Rod Laver n’est pas à lui tout seul l’histoire du tennis !

  6. avatar
    12 avril 2018 a 8 h 56 min

    @Enzo,

    Pas exclusivement franco-français mais très franco-français ! Et pire que tout, on ne prend aucun recul car la Coupe Davis représente tout ici, mais ce n’est pas aussi vrai ailleurs du fait de l’existence de vrais champions en simple.

  7. avatar
    12 avril 2018 a 15 h 28 min
    Par Enzo29

    @Axel,

    1. Les Français sont ridicules et isolés

    Je commencerai par l’argument de l’isolement, technique rhétorique très en vogue de nos jours en politique, consistant à tenter d’enfermer le contradicteur en affirmant qu’il est seul ou presque à avoir son raisonnement. Les politiciens usent et abusent de cette méthode pour s’abstenir de répondre sur le fond à une question qui leur est posée. Tu sais aussi bien que moi que le public français n’est pas le seul à être notoirement attaché à la Coupe Davis. Les Australiens le sont tout autant, tout comme, on l’a vu ce WE, les Italiens et les Espagnols. Ce qui est vrai, c’est que les fans, d’où qu’ils viennent, ne sont d’aucun poids dans les instances internationales du tennis, comme je l’indiquais hier dans mon commentaire.

    Dans le même genre, quand tu t’autoproclames « pragmatique », tout de suite je deviens méfiant.

    Alors, puisque manifestement tu connais le tennis et son histoire, on va mettre ça de côté. Et puisque contrairement à nos politiciens, tu argumentes aussi, je vais te répondre, tes arguments étant en gros ceux des partisans de la réforme.

    2. La position française

    Ce que tu dis sur l’absence de grands champions français est vrai, mais ça n’est pas le sujet. Je ne vois pas d’où tu sors que la France ne voit le tennis que par le prisme de la Coupe Davis. Le Saladier d’argent est très important en France, c’est vrai, entre autres parce que c’est à cette compétition que la France doit son stade de Roland Garros et son tournoi qui brille de mille feux. Mais c’est probablement Roland Garros, justement, qui est le joyau national tricolore. Si un jour un Français gagne l’US Open, les fans français de tennis ne se mettront pas pour autant à vénérer l’US Open du jour au lendemain. Je crois en fait que le public français a bien en tête la valeur des quatre GC, évidemment il suit plus particulièrement RG parce que France Télévisions le lui permet, mais il est bien conscient que RG n’est que l’un des quatre piliers du GC est que les autres sont tout aussi importants.

    Avec la victoire de Noah en 83, les Français ne se sont pas mis à aimer davantage RG, ils se sont mis à aimer Noah, parce qu’il transmettait des émotions universelles, une petite teinture de fraternité et de partage qui a été perçue, dans une plus grande ampleur évidemment, au moment de la victoire des Bleus en 98 au Mondial.

    3. Le monde idéal

    En effet, mes propositions (tout comme les tiennes de refonte du calendrier) relèvent du monde des Bisounours, car elles se heurtent à la logique de l’argent.

    Cela dit, les joueurs eux-mêmes ont un grand pouvoir sur ce calendrier, pas le pouvoir de le réécrire, mais le pouvoir de s’appuyer dessus pour construire leur propre calendrier en fonction de leurs priorités, de leur profil et de leur corps. Quelles sont concrètement les contraintes que ce calendrier fait peser sur un joueur ? De mémoire, son classement repose sur 17 de ses résultats des 12 mois écoulés, 18 s’il s’est qualifié pour le Masters ; sachant que sur ces 17 résultats figurent obligatoirement les 4 GC et les 9 M1000. Il reste la place pour 4 tournois seulement, 500 ou 250, ou encore challengers, etc.

    Je reviens sur Tomic que j’avais évoqué il y a quelques semaines, et sur sa sortie lors du dernier Open d’Australie où il affichait ses gains depuis le début de sa carrière, 10 millions de dollars (sans doute en comptant les contrats publicitaires). 10 millions ? Pour ce bouffon qui ne s’est jamais réellement investi dans le tennis et qui à 26 ans n’a pas gagné de tournoi très important ? Eh bien oui, 10 millions. C’est juste vertigineux. A vue de nez, c’est sans doute assez proche de ce qu’a gagné un champion comme Wilander. Evidemment, cette somme est à relativiser car le joueur la consacre aussi à rémunérer son staff, et en particulier son entraîneur.

    Mais nous parlons tout de même de sommes TRES conséquentes…

    Or, nous constatons des absences répétées des joueurs lors des grands événements pour cause de blessures, parce que le rythme qui leur est imposé est trop élevé.

    Je ne vois donc pas pourquoi un joueur ne pourrait pas tenir le raisonnement de disputer, par exemple, 14 épreuves seulement dans l’année, en zappant 3 M1000. Ca lui vaudra trois zéros pointés dans le calcul de son classement, mais ça augmentera ses chances d’être en forme tout au long de l’année, et donc d’aller loin dans les tournois qu’il dispute. Et comme les tournois mieux réussis rapportent plus de points mais aussi plus d’argent, il s’y retrouvera question classement, question argent, et aussi question santé.

    4. « Tout dépend ce que l’on préfère : la qualité du spectacle ou le fait de jouer devant son public. Perso je mets le 1 devant le 2. »

    Là c’est de toute beauté, mais au moins Axel tu affiches la couleur.

    L’année dernière, Krajicek a renoncé à faire venir Kyrgios à Rotterdam parce qu’il n’était pas disposé à courir le risque qu’il dégoupille au premier tour. C’était juste après le spectacle de Shanghai je crois, où Kyrgios avait délibérément balancé un match. Le Néerlandais avait manifestement autre chose en tête que l’affiche de son tournoi ; il était conscient que la présence de Kyrgios serait incontestablement une attraction, mais il a considéré que refiler une garantie à un gamin dépourvu de toute éducation pouvait se retourner contre le tournoi. Tout simplement.

    Alors, puisque tu évoques la qualité du spectacle, je te réponds que côté spectacle, je préfère voir un 20ème mondial au top de sa forme, plutôt qu’un n°3 mondial blessé qui ne vient que pour toucher sa garantie et gagner la poignée de points ATP que sa défaite au premier tour lui rapportera tout de même. Car c’est un meilleur spectacle. Voilà pourquoi j’applaudis Krajicek, voilà pourquoi j’applaudis aussi le geste de Wawrinka, à Marseille je crois, qui a rendu sa garantie car il avait perdu au premier tour en étant loin de sa meilleure forme. Et là nous ne sommes plus dans le monde des Bisounours, nous sommes dans le monde réel.

    La rencontre de dimanche entre Ferrer et Kohlschreiber a été sublime. Le match en lui-même n’était pas de grande qualité, entre deux joueurs de 36 et 35 ans sur le déclin, et qui ont dû composer avec un vent très gênant qui leur a fait faire un nombre incalculable de fautes. Mais il était irréel pour la ferveur qui parcourait les tribunes et qui pulvérisait mon écran, et parce que c’était un match décisif, à un moment où tout se joue au niveau émotionnel et hormonal. Et ce frisson m’a touché aussi, moi qui n’étais absolument pas partisan de l’un ou de l’autre.

    Et oui, c’est dommage que les meilleurs n’aient pas ce raisonnement. Mais je ne me laisse pas abuser par le rideau de fumée qu’ont monté les membres du Big Four, et qui cache la forêt des joueurs professionnels. Federer a eu, au cours de sa carrière, une régularité incroyable, avec un nombre de défaites au 1er tour très faible. Ce qui signifie qu’un directeur de tournoi, s’il se paye Federer, a peu de chances de le voir disparaître prématurément et de frustrer le public qui aura acheté des places pour voir le maestro jouer à la fin de la semaine.

    Mais qu’en est-il de Zverev, de Thiem, de Del Potro, de Kyrgios ou de Monfils ? Es-tu certain qu’ils assureront le spectacle et que tu as toutes les chances de rentrer dans tes frais ?

    Si tu lis le bouquin de Kuerten, n’es-tu pas tenté de réécrire l’histoire, de lui dire à l’été 2001 qu’il est en train de trop solliciter son corps et qu’il doit se reposer ? Que quelques semaines de repos et de soins lui seront bénéfiques, même si elles lui coûtent la première place ? Quel « spectacle » a offert Guga à partir d’octobre 2001, et jusqu’à la fin de sa carrière ?

    Si tu retires la période dorée du Big Four qui touche à sa fin, le spectacle n’est jamais garanti. La ferveur d’un public de Coupe Davis, elle, est une garantie dès lors que l’une des deux équipes joue à domicile. Voilà toute la différence.

  8. avatar
    12 avril 2018 a 17 h 37 min

    Salut Enzo,

    Le débat a le mérite d’être lance et je vais te répondre point par point

    1/ certains grands joueurs étrangers ont en effet defend le format actuel. Je dis juste qu’en France il y a exception faite des pontes de la FFT qui voient plus l’aspect “poule aux oeufs d’or” que l’aspect sportif, quasi unanimité chez les joueurs, anciens ou actuels, pour descendre en flammes cette réforme.

    2/ Roland Garros joyau du tennis français ? Oui et non. Oui car c’est le sommet de la saison de tennis pour un Français et pour la FFT. Non car depuis Noah en 1983 pas grand chose à se mettre la dent côté messieurs. Finale de Leconte en 1988, demies de Leconte en 1992, Pioline en 1998, Grosjean en 2001, Monfils en 2008, Tsonga en 2013 et 2015. Soit 7 épopées en 35 ans, 1 toute les 5 ans en moyenne. On est loin du grand frisson offert par les Français.
    Alors qu’en Coupe Davis depuis la fameuse finale de Grenoble 1982 perdue contre les USA de McEnroe, on a accumulé les victoires (4 en 1991, 1996, 2016 et 2017) et les finales (4, 1999, 2002, 2010 et 2014) soit 8. Je fais grâce des demies perdues et de la finale de 1982 …
    La difference est énorme car chaque année on sait qu’en Coupe Davis on a une chance, alors qu’à Roland-Garros, Nadal ou pas Nadal, Big 3 ou pas Big 3, les chances des Français sont à peu près proches de 0 %

    Je soupçonne juste un côté “mauvais perdant” car ce format, qu’on peut juger historique, a bien convenu à la France.
    Mais je ne tire aucune gloire en tant que Français et fan de tennis de la champagne 2017.
    Certes ce n’est pas la faute de Noah et de ses boys si Nishikori, Murray ou Djokovic étaient forfaits. Mais gagner le saladier d’argent sans battre un seul top 40 et en se prenant 2 leçons de tennis contre David Goffin à Lille, prestige zero.
    Surtout quand on se rappelle la qualité de l’opposition en 1991 (Sampras et Agassi) et 2001 (Rafter, Hewitt, le double des Woodforde Woodbridge), dans une moindre mesure en 1996 en Suede avec Edberg ou Enqvist en face.

    Quand je te parle du prisme Coupe Davis c’est pour les joueurs et Noah car ils savent très bien qu’ils n’ont aucune chance à RG vu le niveau actuel. Leur seule chance de se créer un palmarès c’est justement la Coupe Davis.

    3/ Nous sommes bien d’accord pour Tomic qui à part Wimbledon 2011 n’a jamais exploité son talent naturel sur un court de tennis pro …
    Le prize money est ce qu’il est … Payer les joueurs pour venir en Coupe Davis, je trouverais ça bien triste. Leur donner des points ATP, pas de souci.

    Après tu auras toujours des gens, dont Benoit Paire, qui ne comprennent pas la portée historique de certains évènements, exemple avec Paire aux Jeux Olympiques 2016.

    L’argent est le nerf de la guerre mais attention tout le monde n’est pas Federer, tout le monde ne peut pas zapper Monte-Carlo, Madrid et Rome voire Cincinnati comme en 2017.
    Souviens toi bien qu’on ne vit correctement du tennis qu’en étant top 50.
    Une blessure est si vite arrivee, une fin de carriere la Soderling aussi, qu’on ne peut pas reprocher à quelqu’un de viseer l’argent, meme s’il y a aussi de belles histoires comme Del Potro qui a perdu tant de temps en individual mais reste fidèle au drapeau argenti, JO ou Coupe Davis.

    4/ J’ai pris exprès le // avec la F1 car si je suis le 1er à trouver honteux que l’Europe soit délaissée par FOM, et le 1er à me satisfaire des travaux à Roland pour éloigner le spectre d’une perte du label GC par RG au profit de Madrid ou Rome, je raisonne en spectateur.

    Vaut-il mieux voir un beau spectacle à Shanghai ou Doha, ou un match de merde à Paris ou Londres ?

    Je parle du téléspectateur devant sa TV bien entendu, pas du spectateur car là évidemment intervient le biais de l’ambiance unique d’un stade, et aucune Arena du Golfe ou de l’Asie n’égalera le Central de Wimbledon, les tribunes de Monza ou celles d’Anfield et Celtic Park.

    Mais encore une fois, 1 rotation 1 année sur 3 en Europe permettrait aux fans de venir encourager leur team à Genève, Londres ou Milan, qu’on soit allemand, espagnol, russe ou français.

  9. avatar
    12 avril 2018 a 17 h 39 min

    2 derniers mots. Sur Kuerten oui évidemment mais comme toi je suis le 1er à vouloir un calendrier réaliste.
    Sauf qu’encore 1 fois hors top 50 il faut payer coach, matos, avions en classe éco sans recuperation comparable à la business class, hotels …

    Difficile donc de zapper des tournois … et cela alimente l’inflation du calendrier ATP !

    Pour Kyrgios c’est un exemple particulier, là tu parles du bad boy par excellence. Mais en talent pur désolé quel regal quand il est dans un bon jour.

  10. avatar
    13 avril 2018 a 11 h 41 min
    Par Cullen

    Axel,

    En France on aime bien s’autoflageller en tapant notamment sur nos tennismen. Alors oui il y a des mauvais choix qui ont été faits par le passé comme celui, déjà évoqué dans le précédent papier d’Enzo, de ne pas développer suffisamment les courts en terre battue et surfer ainsi sur le formidable héritage culturel qu’est Roland Garros. Au-delà d’une identité de jeu que la France se serait appropriée, le bilan tricolore ne serait surement pas aussi misérable un siècle après sa construction. Mais si on n’a jamais eu la chance de voir émerger un joueur XXL (qui, au passage, ne se forme pas dans les écoles de Tennis mais tombe souvent un peu du ciel), on a en revanche régulièrement de nombreux joueurs classés dans le Top 100 et cet indice est bien plus fiable pour mesurer la bonne santé d’une discipline plutôt qu’avoir 2 joueurs d’envergure comme Federer et Wawrinka par exemple en Suisse et strictement rien derrière. Le Tennis est un sport très individuel et la Coupe Davis permet justement, de temps à autre, de mettre en exergue un collectif. Et cette densité doit être récompensée à travers cette compétition (au passage, j’obligerai même les sélections à aligner 4 joueurs différents en simple en plus du double), je ne vois donc pas en quoi il faudrait avoir honte de courir après ce trophée sous prétexte que les joueurs en question n’ont pas les capacités de remporter un GC.

    • avatar
      13 avril 2018 a 14 h 39 min

      Salut Cullen,

      Je ne peux que te rejoindre sur la politique de la F.F.T. mais d’un autre côté ayant pratiqué le tennis 2 ans en region parisienne, il est bien délicat de progresser sur terre battue.
      Noah a eu la chance de grandir à Nice, sports etudes au Lycée du Parc Impérial, avec des courts en terre battue justement.
      Rien n’empêche non plus la FFT d’envoyer ses plus jeunes espoirs à 14-15 ans s’aguerrir à Valence ou Barcelone tel Marat Safin à la fin des années 90.

      Pour le joueur XXL navré mais il y a désaccord. Dans la dernière generation, on avait 2 genies au niveau de la raquette, Monfils et Gasquet. Mais le mental et surtout le niveau d’entraînement ne sont pas au diapason.
      Le talent est là, mais pas l’attitude attendue d’un vrai champion, qu’on a eu chez les dames avec Bartoli et surtout Mauresmo ou Mary Pierce.

      Nadal, Federer et Djokovic ont élevé de plusieurs crans le niveau d’exigence pour gagner des GC. Donc soit on joue pour des 1/4 et des 1/2, globalement pour le compte en banque, soit on s’en donne les moyens.
      A mon avis seul Tsonga a vraiment essayé, sauf qu’il est trop limité raquette en main niveau technique.

      La France, oui, tu fais bien de le rappeler possède avec l’Espagne le meilleur taux de presence dans le top 100. Mais l’Histoire est injuste et ne reticent que les vainqueurs, Laver, Federer, Sampras, Borg, Lendl, Nadal, McEnroe, Becker, Connors, Agassi, Edberg ou encore Djokovic parmi tant d’autres

  11. avatar
    13 avril 2018 a 12 h 14 min
    Par Enzo29

    Salut Axel,

    Je vois bien de quoi tu parles, mais nous ne parlons pas de la même chose.

    Tu me parles des joueurs français, en gros pour les soupçonner de défendre le format actuel de la CD au prétexte que ce seul format leur donne une chance de gagner, alors qu’en individuel un titre en GC est hors de leur portée.

    Mais est-ce qu’un seul d’entre eux a indiqué que le format envisagé les priverait de toute chance de victoire ? Si j’ai bien lu, il s’agit de deux simples et d’un double, dont en gros chaque pays est supposé sélectionner ses deux meilleurs joueurs de simple et sa meilleure équipe de double. Cela ne te rappelle rien ? Si on met de côté la perspective du pays receveur, les chances de succès français sont strictement les mêmes. Lorsque les actuels joueurs français sont vent debout contre la réforme, ils le sont exactement pour les mêmes raisons que Kafelnikov, Hewitt ou Rafter, certes anciens joueurs de CD mais pas plus que ne l’est désormais Federer.

    Roger, justement, parlons-en. L’an dernier, à l’occasion de la Laver Cup, il a prononcé une petite phrase qui a échappé à beaucoup de monde, mais qui était de la plus haute importance. Quand on lui a demandé si cette nouvelle compétition avait des chances d’être pérennisée, il répondit qu’il l’espérait mais qu’aucun tournoi, à part peut-être Wimbledon, n’était sans doute immortel.

    Et Roger avait raison, hélas. Peut-être un jour les standards de professionnalisme empêcheront les meilleurs joueurs d’enchaîner correctement, par exemple, les deux GC en Europe, parce qu’ils sont trop rapprochés et se disputent sur des surfaces trop différentes. Ils seront alors conduits à choisir de disputer l’un ou l’autre selon leur profil, leur sensibilité et leurs priorités. Et si le contexte du moment conduit une majorité d’entre eux à zapper le French (ce qui, comme je l’évoquais dans mon article sur Roland Garros, est largement envisageable), alors le tournoi français appauvri deviendra la cible de quelques dizaines de gars costumés et fortunés qui régenteront le tennis professionnel.

    Et ces gars-là tiendront le même discours que celui que tu tiens aujourd’hui, Axel, il faut être pragmatique, il ne reste plus guère que les Français pour prendre leur tournoi au sérieux, certes Roland Garros est fondamental mais il ne faut pas avoir peur du changement, etc. Au passage, c’est toi Axel qui dans un de tes coms plus haut indiquait que c’est « fondamental de conserver un patrimoine historique et culturel propre à chaque sport ». Si tu es un partisan de cette réforme, c’est justement que ces considérations ne sont pas fondamentales pour toi.

    Excuse-moi si je suis à cran sur cette question, mais tu ne vois manifestement pas que les enjeux ici dépassent de loin les résultats des Français à Roland ou en Coupe Davis, l’exil fiscal de Noah, les frasques de Kyrgios, les muscles fessiers de Nadal ou les dérèglements hormonaux de Gasquet. C’est de l’avenir du tennis qu’il est question.

    L’ITF est une « fédération de fédérations », qui a la main sur les GC et la Coupe Davis, mais qui a également pour mission de favoriser le développement du tennis partout dans le monde.

    Restons pour l’instant en France : Axel, je t’invite à regarder de près les données des nouvelles inscriptions d’enfants dans les clubs de la ligne de Savoie en septembre prochain. Tu y verras probablement des chiffres nettement supérieurs aux autres ligues ; je te laisse deviner la raison tout seul.

    En 1971, lorsqu’Arthur Ashe s’est rendu au Cameroun et qu’il a rencontré le jeune Yannick Noah qui lui a semblé prometteur, le pays n’avait que huit courts de tennis au total. Je ne connais pas les détails du développement du tennis au Cameroun, mais depuis 1988 ce pays dispute la Coupe Davis, rencontre d’autres pays d’Afrique et accueille donc sur son sol d’excellents joueurs de tennis. Des jeunes Camerounais peuvent donc les voir, et envisager un avenir dans ce sport. Ça, pour le coup, c’est fondamental. Je ne perds pas de vue que les meilleurs joueurs du pays ont probablement été formés en France, ou en Espagne, ou aux Etats-Unis, et que le système de formation tennistique du Cameroun est sans doute encore à l’état d’embryon. Je ne dresserai pas un portrait idyllique de la situation, il y a peut-être 50 ou 100 terrains de tennis dans le pays, peut-être nettement plus d’ailleurs, je n’en sais rien, mais il y a désormais quelque chose alors qu’en 1971 il n’y avait rien. Et c’est à l’ITF que revient la mission, justement, de lever des fonds pour construire des terrains de tennis, de recruter des entraîneurs pour faire levier, d’organiser des événements (la Coupe Davis, mais aussi des exhibitions, des petits tournois pour les jeunes et les moins jeunes, etc.), de favoriser l’accès aux raquettes et aux balles, ou encore de permettre que du tennis soit visible à la télévision dans ces pays. Et la Coupe Davis est le bras armé, justement, de l’ITF, pour faire rentrer le tennis dans la culture collective de ces pays. C’est une mission dont l’ITF tente de s’acquitter, avec toutes les difficultés qu’on imagine (surtout en Afrique) mais si l’ITF ne le fait plus, il n’y aura plus personne pour le faire.

    A Novak Djokovic, qui réclame que les retombées financières des tournois du Grand Chelem soient davantage dirigées vers les joueurs, je réponds que ces fonds servent aussi à tout ce volet développement du tennis dans le monde, et que cet aspect est selon moi plus important que de donner à Djoko l’argent nécessaire pour une 27ème Ferrari alors que le pauvre chaton ne peut s’en offrir que 26. Cela étant, Novak n’a pas entièrement tort sur le fond, puisque comme tu le dis toi-même seuls les 50 meilleurs parviennent réellement à joindre les deux bouts financièrement. Si c’était le cas pour les 100-150 premiers du classement, le groupe mondial de Coupe Davis mettrait exclusivement aux prises des joueurs qui peuvent disputer la Coupe Davis sans avoir à se soucier financièrement du lendemain.

    En votant cette réforme, l’ITF votera sa propre dissolution. L’ATP prendra le relais, à ceci près que l’ATP a été créée par les joueurs professionnels et a pour vocation de régenter et d’organiser le tennis professionnel, mais pas de développer le tennis amateur dans le monde entier. Et comme la philanthropie n’est désormais plus de mise, le tennis redeviendra ce qu’il a si longtemps été, à savoir un sport réservé à l’élite.

    Cette argumentation est rigoureusement absente des discours des personnages en vue du tennis de haut niveau, qu’ils soient joueurs, entraîneurs, officiels ou simples fans. Et en particulier, je ne l’entends jamais de la bouche des opposants à la réforme, qui auraient tout intérêt à l’entendre puisqu’il va dans leur sens.

    Je ne suis pas sûr que tout le monde ait bien en tête qui sont réellement l’ATP et l’ITF et pourquoi ils se crêpent le chignon en ce moment. Ma série d’articles sur les débuts de l’Open et les années 70 n’a pas d’autre but que de planter le décor et de tenter d’expliquer qui sont les différents acteurs, d’où ils sortent et quelles sont leurs motivations. Je pressentais que l’ITF était mûre pour faire la connerie ultime, mais les choses se précisent désormais et je vais devoir accélérer. Alors mon prochain article sera un (léger) saut dans le temps et s’intéressera à une certaine conférence de presse dans un parking, lors de l’US Open 1988.

    • avatar
      13 avril 2018 a 15 h 00 min

      Salut Enzo,

      Merci pour ta longue réponse.

      Avant de te répondre en detail, je veux juste résumer car on ne se comprend pas à mon avis.

      J’aurais largement préféré un aménagement du calendrier par l’ATP et l’ITF de façon conjointe pour sauvegarder la Coupe Davis en permettant aux meilleurs de revenir en masse de façon pérenne et pas au coup par coup !
      Bien entendu que le patrimoine doit être preserve, là aussi on ne se comprend pas.

      MAIS sachant que ce n’est pas possible (surtout pas voulu) de changer ce calendrier ATP au vu de la real politik et du king business money, je ne suis pas contre cette experimentation !
      Laissons au moins une chance à cette nouvelle formule.

      Je ne suis pas certain qu’un zapping massif de Roland-Garros comme tu l’anticipes va arriver. Primo tout le monde n’est pas Federer, qui zappe RG pour 3 raisons : primo il a 36 balais, secundo il l’a déjà gagné, tertio il sait qu’il n’a aucune chance contre Nadal sur ocre, moins que jamais désormais …

      Mais la situation n’était guère différente en 2013, 2014 et 2015, Federer avait déjà largement passé la trentaine et il est quand meme venu Porte d’Auteuil, pour 2 quarts et 1 huitième.

      Et comment être surpris de sa fausse neutralité (Suisse) sur l’actuelle réforme de la Coupe Davis quand on voit qu’il lance la Laver Cup avec Nadal et Rod Laver ?

      Où je veux en venir ? Si tu es contre que proposes-tu alors à iso-calendrier ?
      Car des réformes merdiques de la Coupe Davis j’en ai vu passer …

      - Des matches en 2 sets gagnants ? Quelle hérésie !

      - Raccourcir les sets ? N’en parlons pas !

      - Jouer tous les 2 voire tous les 4 ans ? Ce serait encore plus condemner aux oubliettes la Coupe Davis

      Les idées farfelues ne manquent pas. Mais je préfère cette réforme certes imparfaite et certes avec l’inconvénient majeur de la perte des tours successifs à domicile avec le sel du choix de surface par le capitaine et son groupe, que devoir cette Vieille Dame agoniser lentement …

      La finale, dans le format actuel, n’intéresse personne d’autre que les 2 pays concernés.
      As-tu déjà regardé une finale de Coupe Davis sans la France ? J’ai beau adoré le tennis, pas moi …
      Non car la saison est finie le jour de la finale de la Masters Cup, la Coupe Davis c’est la cerise sur le gateau pour les 2 pays finalistes voilà tout.

      Quant à l’argument de la perte des matches à domicile et de l’ambiance, je peux le comprendre …
      Mais attention … Une Coupe du Monde, un Euro de foot, des Jeux Olympiques se jouent par definition sur terrain neutre sauf pour le pays organisateur.
      Cela n’en fait pas des épreuves sportives fades loin de là.

      Encore 1 fois j’aurais préféré une vraie réforme du calendrier ATP et une réforme à mi-chemin avec une formule Final Four pour créer un vrai évènement de fin de saison post Masters Cup.

      Mais pour moi, c’est mieux que rien désolé …

      Enfin pour le développement du tennis dans le monde … Oui il faut du cash mais c’est ce qui compte c’est la vocation ! Comme beaucoup de gamins j’ai fait du basket après les JO de Barcelone en 1992 avec la Dream Team de Jordan, magic, Barkley et cie …

      Lewis Hamilton est devenu pilote en voyant Senna voltiger à Donington en 1993 face à Prost, Schumacher, Hill et consorts. Miguel Indurain a créé des vocations de jeunes cyclistes en gagnant 5 TOurs de France.

      Dans un ère aussi médiatique, télévisiée, social-networkisée, le tennis aura toujours de quoi se promouvoir, GC , Masters 1000, Coupe Davis 2.0 ou Laver Cup.

      Qui soit dit en passant est le vrai danger pour la Coupe Davis si elle se pérennise, plus que la réforme. Car avec la Laver Cup on passé à une Ryder Cup du tennis, modèle golf, avec des continents face à face, et non des nations.

      Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit … La Ligue des Champions XXL qui n’a plus de sens malgré le Roma – Barça de mardi soir (et c’est un fan des Culés qui parle). La F1 qui s’est perdue en Asie et dans la Golfe meme si le noyau Monza Spa Monaco Silverstone reste debout (pour combien de temps ?). Le cyclisme défiguré par les oreillettes et le World Tour successeur de la Coupe du Monde UCI des années 90.

      Sur Roland-Garros, que l’on doit à la Coupe Davis 1927 (et non l’inverse …), dans l’Histoire du tennis français, j’ai toujours été partisan de rester Porte d’Auteuil face aux ecologistes qui défendaient

      Pas pour les JO 2024 dont je me contrefous car Paris et la France ont bien d’autres defis à relever avant, mais tant mieux pour l’Hexagone après les défaites de 1992, 2008 et 2012.

      Mais parce que mettre Roland-Garros à Versailles, Eurodisney ou partout ailleurs que dans son jardin du XVie arrondissement c’était justement tuer ce tournoi.

      Ce n’est pas le cas de la Coupe Davis, meme si encore 1 fois il y av

    • avatar
      13 avril 2018 a 15 h 06 min

      Sur Roland-Garros, que l’on doit à la Coupe Davis 1927 (et non l’inverse …), dans l’Histoire du tennis français, j’ai toujours été partisan de rester Porte d’Auteuil face aux ecologistes qui défendaient les Serres d’Auteuil de Jean Camille Formigé.

      Pas pour les JO 2024 dont je me contrefous car Paris et la France ont bien d’autres defis à relever avant, mais tant mieux pour l’Hexagone après les défaites de 1992, 2008 et 2012.

      Ce n’est pas le cas de la Coupe Davis, meme si encore 1 fois il y avait de meilleures solutions (moins de M1000 + un Final Four) et surtout cela n’empêchera pas les spectateurs de venir, les joueurs d’y participer et le show de s’y faire, certes dans un contexte bien plus juteux pour les vautours affamés de dollars.

      Pour Federer enfin, pas entendu mais pas surpris, si seul Wimbledon compte pour lui c’est vraiment qu’il n’a pas compris d’où vient son sport. Certes le tennis est né là bas en 1877, mais hérite tout droit du jeu de paume français.
      Roland-Garros et sa terre furent jusqu’en 1974 le contrepoint aux 3 GC sur gazon, Wimbledon et Kooyong / Forest Hills, piliers de la saison représentant les 2 meilleures nations de la Coupe Davis, Australiens et Américains.

      Ce qui est vraiment choquant c’est surtout, dans un autre sport, ce serpent d’Infantino qui veut passer la Coupe du Monde à 48. Ou ce Mondial 2022 au Qatar en plein mois de décembre …

  12. avatar
    17 avril 2018 a 9 h 48 min
    Par Enzo29

    Salut Axel,

    Tout d’abord, je ne suis pas en mesure de te répondre lorsque tu évoques les autres sports. Je ne connais réellement que le tennis. La seule chose que je puisse dire, c’est au sujet de la rémunération. Lorsque Djoko et d’autres évoquent le pourcentage trop faible laissé aux joueurs en comparaison avec d’autres sports, ils donnent des exemples de sports collectifs, la comparaison ne me semble pas pertinente. Et par ailleurs, chaque sport a son histoire, les grandes compétitions qui jalonnent l’histoire de chaque sport sont spécifiques, justement, à chaque sport. Tout n’est pas transposable. Ce n’est pas parce que la Coupe du Monde de football a lieu tous les quatre ans que la Coupe Davis devrait en faire autant.

    Ensuite, quand Roger anticipe un éventuel zapping de RG, je ne le comprends pas comme toi. Il ne parle pas de lui-même et de ses impasses actuelles de la terre battue. Il parle d’un futur sans doute assez lointain. Il y a 50 ans, tu aurais dit aux meilleurs joueurs du monde que le double serait un jour paupérisé car les meilleurs ne le disputeraient plus, ils t’auraient sans doute pris pour un cinglé. Parce qu’ils passaient moins de temps dans l’entrainement ou l’échauffement, mais par contre ils disputaient simple et double avec le même engagement. Borg, Connors, Lendl, Sampras, Agassi et Federer sont passés par là. Ils ont déplacé les standards du professionnalisme et, à la notoire exception de McEnroe, tous les champions qui ont dominé leur époque se sont mis à consacrer un tel soin dans la préparation de leurs matchs de simple qu’ils n’ont plus disputé le double. Ce que dit Roger dans cette phrase, c’est que peut-être un jour le niveau de préparation requis pour être fin prêt pour Wimbledon sera tel qu’une saison préalable sur terre battue sera vue comme un obstacle. Aujourd’hui ça paraît complètement fou, mais regarde sur la durée ce qui est arrivé au double, et ce qui est arrivé à la Coupe Davis.

    Tu présentes la réforme comme une “expérimentation”. Là c’est toi qui es un doux rêveur ! L’ATP Tour ne va pas rester les bras croisés à attendre sagement le résultat de l’”expérimentation” pour occuper les créneaux libérés par la Coupe Davis avec de nouveaux tournois ! Si au bout de 2-3 ans il s’avère que l’”expérimentation” se solde par un échec, Kosmos, qui je le rappelle est un fonds d’investissement (c’est comme le Port Salut), lâchera la Coupe Davis 2.0, et l’ITF ne pourra plus revenir en arrière. Donc le retour à l’actuelle formule sera exclu d’emblée, ou alors la CD sera désormais en concurrence directe avec d’autres tournois.

    Tu me demandes ce que je proposes, car en effet les autres propositions de réforme de la Coupe Davis ne sont pas plus ragoûtantes que celle qui tient la corde. Je te réponds : on ne touche pas au format actuel. Point. Certes le Big Four ne la dispute pas, mais le Big Four n’est pas éternel et nous sommes nombreux, en revanche, à souhaiter que la Coupe Davis soit éternelle.

    Réduire le format de la Coupe Davis, c’est réduire son rayonnement dans le monde entier. C’est réduire l’influence de l’ITF, et des fédérations qui la composent. Sans même parler de l’Afrique (relis tout de même mon post plus haut), c’est réduire les ressources de la FFT, et pour jouer au tennis il n’y aura plus que des Mouratoglou pour prendre le relais.

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      18 avril 2018 a 9 h 32 min

      Salut Enzo,

      C’est possible pour la terre mais c’est déjà arrive dans l’autre sens où Espagnols, Argentins et Brésiliens zappaient Wimbledon pour 3 raisons : primo ils étaient cuits, secundo le gazon n’était pas leur tasse de thé, tertio ils étaient mal classes par le All England Club .

      Mais Roland-Garros, s’il a réussi sa mue avec ses travaux d’extension, aura toujours ses fidèles parmi les joueurs ou le public, justement parce que le gazon ne peut pretender tout aspirer, comme toute surface d’ailleurs.

      La vraie question est de savoir si le tennis va subir le sort du cyclisme avec un calendrier à la carte et des coureurs hyper spécialisés. Pourquoi pas mais alors la 1re place n’aura plus beaucoup de sens …

      Comme celle de Nadal, l’an passé, laisse un petit doute vu la grosse impasse de Fed Ex sur ocre.

      Pour la Coupe Davis on ne sera pas d’accord, mais le plus grand risque c’est l’immobilisme selon moi. Encore 1 fois comme toi j’aurais aimé une vraie réforme du calendrier ATP pour garder le format actuel. Mais je préfère ça que rien désolé ….

      @The Sampras, pour le Mundial espagnol de 1982 l’arrangement dont tu parles c’était l’Autriche RFA dans une poule de 4 au detriment de l’Algérie.

      Car en poule 3 quel souvenir par contre avec Italie Argentine Brésil !

      Les poules ce n’est pas parfait mais d’un autre côté la Masters Cup se joue ainsi depuis 1970 et cela ne me pose aucun probleme, c’est souvent le meilleur qui gagne dans ce tournoi du top 8 mondial.

  13. avatar
    17 avril 2018 a 23 h 43 min
    Par the sampras

    L’argument pour une réforme de la coupe Davis est que les meilleurs ne la jouent pas ou plus. Calendrier chargé, dates mal placées : les raisons sont connues.
    Placer la “semaine” coupe Davis en fin de saison après le Masters, il y a mieux pour vouloir attirer les cadors.
    Alors évidemment il y a le prize-pool qui s’annonce colossal et qui en convaincra sans doute certains. Si c’est le cas, cela montrera que ce n’était peut être pas le calendrier le problème.
    Et puis si j’ai bien compris, la formule proposée est 6 poules de 3 pour sortir les 8 quart de finaliste. Axel toi qui fait beaucoup de comparaisons avec les autres sports (d’ailleurs continue car je suis fan moi qui suis aussi multi-sports), les poules de 3 ça n’a jamais été une grande réussite. Il y en a toujours un des 3 qui a terminé alors que les 2 autres ont un dernier match qui peut générer beaucoup de calculs voir d’arrangements. Formule vite abandonnée après le désastre de la CDM 1982 de football et qui va pourtant semble t-il ressuscité avec le passage à 48.

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      19 avril 2018 a 9 h 38 min
      Par Enzo29

      Salut Sampras,

      Oui en effet, la date choisie n’est pas idéale. D’autant qu’elle concernera cette fois toutes les équipes, et pas seulement les deux finalistes. La période de coupure de novembre-décembre est généralement utilisée par les joueurs pour faire un travail foncier que le rythme du calendrier ne leur permet à aucun autre moment.

      Je crois que les partisans de cette réforme s’illusionnent s’ils imaginent qu’elle va redorer le blason de la Coupe Davis. Mais, concernant les membres de l’ITF qui vont la voter, ils ont probablement autre chose en tête que la Coupe Davis. Giudicelli, en particulier, se fout de la gueule du monde (et du journaliste qui l’interviewe, voir https://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/Bernard-giudicelli-president-de-la-fft-il-ne-faut-pas-que-ce-soit-l-ete-indien-de-la-coupe-davis/891133) quand il refuse de se prononcer sur ce qu’il appelle un “projet de réforme”. Il connaît très bien l’esprit de cette réforme, qui ne va pas changer d’ici cet été. Et comme le journaliste (français) ne le relance pas, notre Président va voter en toute quiétude une réforme sur laquelle il ne se sera pas expliqué.

      Après, pour le système de poules… A voir, mais c’est loin d’être l’essentiel selon moi.

  14. avatar
    19 avril 2018 a 8 h 26 min
    Par Enzo29

    Salut Axel,

    “Mais Roland-Garros, s’il a réussi sa mue avec ses travaux d’extension, aura toujours ses fidèles parmi les joueurs ou le public”

    Exact, et entends que c’est le cas aussi avec la Coupe Davis, même si tu ne fais pas partie des “fidèles”.

    Je relis le fil de la discussion, le problème c’est que tu réponds à ce que je te dis par des considérations qui sont celles d’aujourd’hui, 2018. Mais je crois qu’à force de te reprendre mot par mot, je finis par te perdre.

    Alors je vais te poser la question directement : pourquoi, selon toi, la Coupe Davis “nouvelle formule” de 2019 sera préférable à celle de 2018 ?

    • avatar
      19 avril 2018 a 11 h 22 min
      Par Enzo29

      Ah oui Axel, j’allais oublier, tu m’as posé une question sur les finales de CD (hors celles de la France) que j’ai suivies en direct. Je te réponds, sachant que je ne cite ici que les rencontres que j’ai suivies EN DIRECT :
      – la finale de 1989 qui était retransmise sur FR3 je crois. Elle opposait la RFA à la Suède. Les deux simples de Becker sont à ranger parmi les matchs les plus aboutis de sa carrière.
      – puisque je mentionne 1989, je me rappelle bien aussi de la demi-finale RFA – Etats-Unis, avec un sublime Agassi/Becker. Vu à la télé, là encore.
      – la finale de 1993 entre l’Allemagne et l’Australie.
      – la finale de 2004 entre l’Espagne et les Etats-Unis, avec le jeune Nadal qui bat Roddick.
      – la finale de 2009, Nadal qui étrille Berdych.
      – la finale de 2012, avec Ferrer qui éclate Stepanek et Berdych mais l’Espagne s’incline tout de même. Contre Berdych, peut-être le plus beau match de la carrière de Ferrer.
      – l’épopée argentine de 2016, avec les duels Del Potro/ Murray en demi-finale (le plus beau match de 2016) et Del Potro/Cilic en finale.

      Donc, pour résumer, oui la Coupe Davis m’intéresse, et pas seulement quand la France joue. Justement parce que les émotions que transmet la CD sont universelles.

      • avatar
        19 avril 2018 a 16 h 43 min

        Salut Enzo,

        Loin de moi l’idée de dire que la Coupe Davis n’a d’intérêt qu’avec la France présente. L’amour du sport ne s’arrête pas aux frontieres.

        Mais cette épreuve étant liée au sentiment patriotique, forcément on la suit moins. Cela dit je remonterais bien le temps voir Pete Sampras taper les Russes sur l’ocre muscovite fin 1995 !

        Sinon pour 2019, quels bénéfices ?
        - une vraie visibilité avec une période dédiée dans la saison
        - la possibilité d’enfin avoir les meilleurs qui n’auront pas la preoccupation du tournoi precedent ou suivant et de la transition des surfaces

        Après je sais que tu vas me répondre qu’en fin de saison les meilleurs seront crevés voire blesses, qu’il manquera tous ceux qui vont boycotter la nouvelle formule comme Lucas Pouille.

        Mais voir un Djokovic / Nadal en Coupe Davis 2.0, un Del Potro / Goffin, un Thiem / Dimitrov, un Zverev / Kyrgios, un Murray / Wawrinka de façon bien plus certaine, je préfère cela à la formule actuelle où cette épreuve, au risqué de choquer, est un pitoyable fil rouge de la saison qui sert d’entracte au reste de l’ATP Tour. Certes le saladier d’argent est un des plus vénérables trophées du tennis, certes la Coupe Davis possède une saveur unique, une histoire gigantesque. Mais elle agonise depuis trop longtemps, donc à défaut de reformer le calendrier ce qui aurait été la panacée, mieux vaut la déplacer en fin de saison avec cette nouvelle formule selon moi.

        Même dans le cadre aseptisé d’une Arena sans histoire à Genève. Car les fans suivront et viendront supporter leur team, en tout cas pour les Européens.

        • avatar
          19 avril 2018 a 18 h 38 min
          Par Enzo29

          Salut Axel,

          Pour le patriotisme, je vais peut-être te surprendre, mais c’est précisément là-dessus que je suis totalement en décalage. La honte ou la fierté nationale me sont étrangères. Parmi les finales que j’ai zappées figure la dernière, celle de 2017. J’ai vu des extraits en replay, ça ne m’intéressait pas de voir Goffin face à Tsonga. Ca m’intéressait beaucoup plus de le voir contre Federer une semaine plus tôt au Masters !

          Pour Sampras 95, je l’ai vu bien plus tard. C’était juste énorme. Mais c’est aussi en voyant cette finale que j’ai compris pourquoi il n’aurait jamais pu l’emporter à Paris. Pas en mesure, tout simplement, d’aligner 7 matchs sur TB au meilleur des cinq sets.

          Pour la meilleure visibilité, il faudra que tu m’expliques. Les dates actuelles sont connues à l’avance. Ce que tu veux peut-être dire, c’est qu’aucune équipe ne sait à l’avance si elle devra jouer le tour suivant, où et sur quelle surface. C’est justement l’un des défis principaux de l’épreuve.

          Pour la présence des meilleurs, je ne crois pas une seconde aux exemples que tu donnes. Le Big Four, Stan, franchement ça m’étonnerait qu’ils la disputent encore. Nadal nous honore de sa présence pour 2018, il a affronté (et écrasé) Zverev en quarts. Réforme ou pas, ça m’étonnerait que Rafa use encore ses genoux en fin d’année. Tu n’as qu’à voir combien de fois il a été à 100% de ses moyens au Masters. De mémoire, deux fois au total, en 2011 et 2013. Après, en effet Thiem, Goffin, Del Potro, Zverev, tu pourras les voir, en tout cas je te le souhaite. Mais ça tombe bien, tu peux déjà les voir avec le format actuel.

          De tous les aspects négatifs de cette réforme, celui-ci est probablement celui qui m’insupporte le plus : qu’il s’agisse de Nadal et Djokovic qui sont pour la réforme, ou de Federer qui s’abstient, aucun des trois ne la disputera sans doute plus.

          Il va de soi que les cadors accepteront sans broncher de retarder leur période foncière de fin d’année, période cruciale en vue de la saison suivante. On parle bien de TOUS les cadors, puisque tous seront sollicités sur la même semaine, donc, fin novembre-début décembre.

          Au fait, pour la première édition, c’est Singapour je crois qui tient la corde. Genève, c’est réellement prévu ultérieurement ? Ca sent le Giudicelli à plein nez.

  15. avatar
    20 avril 2018 a 14 h 30 min

    Salut Enzo,

    Pour la visibilité, au sens pour le grand public, il vaut mieux un seul créneau dans l’année bien identifié que 4 tours pris en sandwich par d’autres tournois.
    Rien à voir avec la surface connue ou pas à l’avance.

    Sampras en 1995 c’est énorme il avait un tennis de feu même sur ocre, quel dommage qu’il n’ait pas persévéré pour améliorer son jeu et gagner Roland … Mais bon il aurait sans doute pas gagné 7 fois Wimbledon en faisant cela …

    Pour Singapour, c’est possible mais l’on est bien d’accord que oui c’est le plus offrant qui l’emportera, Genève tenait la corde au début mais cela a peut être changé.

    Pour la préparation foncière ce n’est pas un argument pour moi. Les 4 semaines que tu gagnes dans l’année sont celles correspondantes à de vulgaires ATP 250 ou Challenger.
    Tu peux avancer Bercy et la Masters Cup de 2 semaines pour finir fin octobre, sans même supprimer des tournois Masters 1000 ou ATP 500 pour ce qui serait une vraie réforme du calendrier ATP.
    Idem tu peux décaler d’une semaine l’Open d’Australie en mangeant un peu sur Rotterdam Marseille Rio de Janeiro.
    Après oui si ils organisent une Coupe Davis 2.0 début décembre sur 2 semaines ce sera un méga flop. Mais je ne crois pas que Djokovic aurait soutenu une réforme qui le pénaliserait pour son tournoi fétiche en l’occurrence Melbourne …

    Le seul qui ne viendra pas ce sera Federer pour d’évidentes raisons. Wawrinka why not, Nadal lui il va apprendre à gérer son calendrier aussi comme Rodgeur, et Djokovic ne fera pas la fine bouche sur ce trophée qu’il n’a gagné qu’1 fois s’il ne retrouve pas son niveau en simple, même si Monte-Carlo montre qu’il va dans la bonne direction (Nadal est en train de laminer Thiem 6-0, 4-1) j’hallucine.
    Del Potro viendra il a l’Argentine dans la peau, et les “jeunes” viendront au moins tant qu’ils ne seront pas capables de gagner des GC …

    Quant au Masters, il n’y a que 8 places, pas 32 ou 64. Donc beaucoup de joueurs auront fini bien plus tôt à Bâle ou Bercy et seront “frais”.

    La Coupe Davis actuelle c’est comme les éliminatoires de la Coupe du Monde pour la zone Am Sud, ça mange sur la compétition phare qui est la Ligue des Champions. C’est ainsi et il faut en tenir compte pour évoluer.

    Je ne suis pas aussi pessimiste que toi. Soit ça marche et cela suivra. Soit cela marche pas et il y aura retour arrière ou autre réforme.

    Mais l’immobilisme, la prise de risque zéro, c’est le meilleur moyen de tuer cette bonne vieille Coupe Davis.

    • avatar
      20 avril 2018 a 16 h 03 min
      Par Enzo29

      “Pour la visibilité, au sens pour le grand public, il vaut mieux un seul créneau dans l’année bien identifié que 4 tours pris en sandwich par d’autres tournois.”

      OK. Donc mieux vaudra aussi un seul tournoi du GC dans l’année, ce sera mieux identifié que quatre. Ce que je dis est idiot. Vraiment idiot. Maintenant relis-toi bien…

      “Pour Singapour, c’est possible mais l’on est bien d’accord que oui c’est le plus offrant qui l’emportera, Genève tenait la corde au début mais cela a peut être changé.”

      OK. Ca ne sert donc à rien de faire miroiter la perspective d’une ville proche de nous, puisque nous n’en savons rien et qu’en effet ce sera le plus offrant. Pour rappel, le groupe mondial de 2018 contient 11 équipes européennes.

      “Pour la préparation foncière ce n’est pas un argument pour moi. Les 4 semaines que tu gagnes dans l’année sont celles correspondantes à de vulgaires ATP 250 ou Challenger.”

      Les ATP 250 et les challengers te remercient pour ta sollicitude. Les tournois dont tu parles sont probablement les plus importants des “250″ du calendrier, car ce sont les seuls tournois permettant d’arriver à l’Open d’Australie avec un minimum de compétition dans les pattes. Quant à la préparation foncière, la trêve hivernale est actuellement de 8 semaines, 7 pour ceux qui disputent le Masters. La “Coupe Davis 2.0″, comme tu l’appelles, ramènera le délai à 6 voire 5 semaines, avec les fêtes en plein milieu. Donc oui, c’est un argument, peut-être pas pour toi, mais pour un pro qui veut effectuer un travail de fond (technique, physique) c’est juste crucial.

      “Mais je ne crois pas que Djokovic aurait soutenu une réforme qui le pénaliserait pour son tournoi fétiche en l’occurrence Melbourne …”

      Il y a une autre option, qui manifestement échappe à ta réflexion. Je te la souffle tout de même : et si Djoko, à 31 ans et actuellement en lutte pour retrouver sa place dans l’élite, avait définitivement tiré un trait sur la Coupe Davis qu’il a déjà remportée ? Et au fait, sa victoire à Belgrade en 2010 (obtenue le premier WE de décembre), elle l’a vraiment handicapé pour la saison suivante, 2011 donc ? Je te laisse vérifier.

      “Je ne suis pas aussi pessimiste que toi. Soit ça marche et cela suivra. Soit cela marche pas et il y aura retour arrière ou autre réforme.”

      Oui en effet, tu n’es pas aussi pessimiste que moi. Je suis à peu près aussi convaincu que si tu me disais que tu es capable de transformer du plomb en or, comme le faisaient certains au Moyen-Âge.

      Pardon Axel, je te taquine alors que ça n’a rien de personnel. Le problème, ce n’est pas que tu milites pour la réforme, c’est que tu le fais en synthétisant absolument TOUS les poncifs éculés que j’entends depuis des années au sujet de la Coupe Davis.

      Ca fait des années que je suis le fil d’actualités sur ce sujet, que je lis des trucs absolument hallucinants sans répondre. Alors aujourd’hui que les choses se précisent, je réponds. Point par point, virgule par virgule. En tentant de prendre de la hauteur et de placer les choses dans une perspective de long terme. Je ne laisse plus rien passer.

      Tu regrettes que Federer et Nadal ne se soient jamais affrontés en Coupe Davis ? Moi aussi figure-toi. Ils auraient pu, au premier tour de l’édition 2007. Roger, qui était alors dans une mauvaise phase face à Nadal, avait décliné l’offre. Mais l’un comme l’autre sont désormais sur la fin de leur carrière, et l’édition 2019, même réformée, ne les verra pas plus s’affronter que l’édition 2007 car ils ne la disputeront pas. Pas plus que Stan, Murray ou Nole. Et quand bien même ils la disputeraient une fois pour la lancer, ce serait sans doute pour mieux la zapper ensuite.

      Selon les récentes enquêtes PISA, les Français sont nuls en maths. Faut-il supprimer les maths des programmes scolaires ? Non.

      Ce que je viens de dire n’a rien à voir avec le sujet, sauf que le raisonnement est exactement le même. La Coupe Davis n’attire les meilleurs joueurs du monde qu’avec parcimonie. C’est la faute de la Coupe Davis ? Non, c’est la faute des meilleurs joueurs du monde.

      Pourquoi ne se sentent-ils pas redevables du système de formation tennistique de leur pays ?

      Pourquoi, alors qu’ils soutiennent (en général…) leur équipe nationale de football, ils ne se sentent pas investis d’une responsabilité similaire quand il s’agit de disputer la Coupe Davis ?

      Au sujet des Français, j’ai entendu dire qu’ils étaient ingrats (en refusant une sélection en Coupe Davis) de ne pas renvoyer l’ascenseur à leur système fédéral qui les a pourtant mené vers le haut niveau. J’entends l’argument, même si ça mériterait discussion pour certains d’entre eux. Mais pourquoi alors la FFT a sollicité en son temps Mary Pierce, qui avait été intégralement formée aux Etats-Unis ?

      Les vraies questions, ce sont celles-là. Laissons tranquille la Coupe Davis, laissons-la se disputer dans le format actuel, qui offre du beau spectacle, de belles émotions et même, parfois, des duels entre les meilleurs joueurs du monde (il y a deux semaines, Nadal n°1 contre Zverev n°4). Laissons ceux qui ont leurs intérêts aux Emirats Arabes Unis vaquer à leurs occupations. Et laissons le développement du tennis entre les mains de ceux qui s’y consacrent, à savoir l’ITF. Même contre leur gré.

  16. avatar
    23 avril 2018 a 12 h 23 min

    Salut Enzo,

    Rien à voir pour les 4 GC en terme de visibilité. Chacun est un des 4 piliers de la saison de tennis.
    Et si l’OA est passé de fin décembre à mi-janvier depuis 1988 c’est bien parce qu’il était la 4e roue du carrosse du GC, ceux qui y allaient étaient les locaux et les rares joueurs concernés par la Coupe Davis.

    Avec le développement de l’ATP durant l’ère Open, les GC ont vu leur importance grandir avec les TV, sorte d’ambassadeurs du tennis dans le monde face aux autres sports.

    La Coupe Davis, elle, ne concerne que 16 pays sur 4 week-ends par an. Elle gagnera en visibilité en ayant justement son créneau consacré. Après on peut critiquer le choix de la fin de saison, on aurait pu placer la Coupe Davis début janvier pour forcer les joueurs à se préparer à Melbourne avec cette dernière, et foutre la Hopman Cup ainsi que Doha, Sydney, Brisbane en fin de saison.

    Quand je parle des 250 et challengers, je te parle de ceux sur l’ensemble de l’année. Pas ceux de début de saison comme Doha, Chennai, Brisbane ou Sydney. Je ne disais pas qu’il faut les déplacer (comme dans l’option que je viens d’explorer plus haut) !

    Tu ne laisses rien passer ? Depuis des années ? Possible je te laisse libre avec ta conscience mais si tu es honnête avec toi même tu ne peux pas cautionner l’immobilisme pour une telle épreuve.
    J’y suis sans doute moins attaché que toi, sans doute moins fan de tennis que toi. Mais suffisamment lié pour accepter de la voir se noyer sans rien faire.

    Pour l’argument où les joueurs doivent se sentir redevables, là aussi tu as tout faux. Regarde le cyclisme, le sport vers lequel le tennis semble se rapprocher avec la spécialisation qu’amorce Federer du fait des ses bientôt 37 printemps.

    Le tennis est un sport individuel, je mets le double de côté même si épreuve magnifique et encore plus esthétique que le simple. Point barre. Il se joue par équipe seulement en Coupe Davis ou en Hopman Cup.
    C’est ainsi, que ça te plaise ou non, que ça me plaise ou non. Sport individuel, comme ses cousins joués avec une raquette, jeu de paume, ping-pong, squash ou badminton.

    Le cyclisme est également un sport individuel. Certes couru par équipes car la configuration tactique d’un peloton empêcherait toute initiative individuelle hors haute montagne. Je passe les explications car hors sujet. Bref, or le Championnat du Monde (CLM et épreuve en ligne) ou les Jeux Olympiques, le vélo se court d’abord en individuel.
    C’est Armstrong, Ullrich, Boonen ou Cancellara qui gagne, pas la France, l’Espagne, l’Italie ou les Etats-Unis. Sauf pour 2 épreuves, Mondial et JO donc.
    Quand l’UCI a déplace la Vuelta d’avril à septembre/octobre en 1995, elle a changé la face du Mondial.
    Car elle a justement libéré le mois d’avril pour les coureurs de classiques, ceux qui visent le Mondial en fin de saison.

    Les coureurs par étapes, eux, faute de gagner le Tour, visent désormais la Vuelta en plan B, mais ne patientent plus jusqu’au Mondial sauf parcours très montagneux. Car la saison est trop longue, calendrier surchargé et plus personne ne peut tout gagner comme Eddy Merckx ou Bernard Hinault jadis !
    Le dernier maillot jaune qui venait régulièrement au Mondial, c’était justement Miguel Indurain, entre 1991 et 1995 (sauf 1994 pour record de l’heure) dans la foulée de Greg LeMond.

    Par la suite, de Pantani à Froome en passant par Armstrong, Ullrich, A. Schleck, Wiggins ou Contador, ils ne sont quasiment jamais venus sur les Mondiaux (Lance en 1993 à Oslo donc avant la réforme et surtout avant son cancer, Ulle en 1999 à Vérone et 2001 à Lisbonne car blessure la 1re fois et saison ratée la 2e, Pantani en 1995 à Duitama, Froome en 2013 à Florence car parcours pour grimpeurs …) sauf Cadel Evans ou Vincenzo Nibali …
    Résultat depuis 20 ans, on a surtout dans les favoris les coureurs capables de viser le Mondial, Peter Sagan, Oscar Freire, Tom Boonen, ALejandro Valverde, Erik Zabel, Mario Cipollini, Michele Bartoli, Laurent Jalabert, Paolo Bettini …

    Tu veux me faire dire que le Mondial cycliste est moins prestigieux qu’avant ? Que les meilleurs ne viennent plus défendre leur équipe nationale ? Que c’était mieux avant ? Oui et je n’ai aucun problème à l’écrire noir sur blanc, car la réforme du calendrier a été mal pensée par l’UCI en 1995.

    Sauf que les coureurs courent pour eux, puis pour leur sponsor et en dernier pour leur pays. C’est triste mais c’est ainsi, il en va de même chez les tennismen.

    Et les exemples abondent dans tous les sports où la notion d’équipe nationale existe, regarde la mentalité des petits branleurs de l’équipe de France de foot style Nasri ou Anelka. Respect du maillot ? Inconnu au bataillon ! Les clubs, donc l’argent, ont le pouvoir. Je ne dis pas que c’est bien, mais c’est la réalité du sport business actuel, avec des calendriers débiles, qui empêchent le doublé Giro Tour en cyclisme, ou Tour Mondial, Roland-Garros / Wimbledon depuis Borg en 1980 (sauf entre 2008 et 2010 avec 2 phénomènes nés à Bale et Manacor).

    On en revient au point initial … Les joueurs défendent leur bifteck, à l’ATP et l’ITF de négocier autour d’une table pour réformer ce calendrier stakhanoviste, option que je privilégie avant cette réforme que tu exècres.

    Réformer le calendrier. Exactement ce que le vélo n’a pas fait voici 23 ans, avec trop de nouvelles épreuves qui viennent polluer les anciennes (le Tour de Californie qui pique des coureurs au Giro par exemple).
    Fallait-il pour autant laisser Vuelta et classiques en concurrence en avril quitte à sacrifier le Mondial en 1994-1995 ? Non même si réforme incomplète.
    Mais mieux que rien, comme ici pour la Coupe Davis …

    Mais ne fais pas dire ce que je n’ai pas dit. Toute réforme n’est pas forcément bonne, exemple la Ligue des Champions qui a perdu son âme depuis la saison 1997-1998 avec l’arrivée des dauphins en plus des rois …

  17. avatar
    24 avril 2018 a 0 h 25 min
    Par Enzo29

    Salut Axel,

    Pour le cyclisme je ne peux te répondre, comme je te l’expliquais je ne suis que le tennis. Mais tu dis toi-même, exemple du cyclisme à l’appui, que toute réforme n’est pas bonne à prendre. Mais, sans arrière-pensée, dirais-tu que le Mondial cycliste serait l’équivalent de la Coupe Davis ? Je n’en sais rien ! Mais si les 4 GC, tu le dis toi-même, sont les piliers de la saison tennistique, ils le doivent notamment à la Coupe Davis. Le Mondial du cyclisme peut-il en dire autant ?

    “Avec le développement de l’ATP durant l’ère Open, les GC ont vu leur importance grandir avec les TV, sorte d’ambassadeurs du tennis dans le monde face aux autres sports.”

    Faux. C’est à l’ITF, en premier lieu, que les GC doivent leur rayonnement d’aujourd’hui. L’ATP les a confirmés dans leur statut en 1988 seulement (c’est l’objet de mon prochain article). Et en 1988, la Coupe Davis brillait de mille feux, avec les meilleurs joueurs du monde (hormis Lendl) qui la disputaient. Avec le réforme de 1990, là oui en effet l’ATP a embrayé, et a d’ailleurs respecté également la Coupe Davis.

    “Pour l’argument où les joueurs doivent se sentir redevables, là aussi tu as tout faux.”

    Là je crois que tu as mal lu… Je pointe ce manque de reconnaissance avec le même regret que toi, mais je ne le nie pas ! Mais en effet, l’individualisme est désormais la valeur phare, en tennis comme partout ailleurs. Après, on peut toujours discuter de l’investissement des uns et des autres.

    Je me rappelle d’un truc en particulier, c’était signé Tsonga, en 2013 je crois après la défaite face à l’Argentine. Il avait marqué sa lassitude en affirmant se défoncer pour les rencontres de CD, et regrettait que ses partenaires ne soient pas aussi engagés que lui. Il se trouve que Tsonga avait gagné ses deux simples en Argentine, et que c’était le moment optimum pour lui pour lâcher un truc pareil.

    Mais derrière la démagogie du propos, il y avait un petit quelque chose d’intéressant. En effet, en Coupe Davis, la victoire et la défaite ne dépendent pas d’un seul joueur. Un Federer, un Murray, ou pour remonter un peu dans l’histoire un Kuerten isolé, ne peuvent pas gagner la Coupe Davis tous seuls. Donc lorsqu’un top player se défonce pour aller chercher la victoire finale, il est en effet en droit d’attendre de ses coéquipiers le même engagement et la même passion. Et j’entends que ça peut être frustrant quand ça n’est pas le cas, et que certains devant ce constat lâchent la pelle. Après, pour Tsonga, le propos est pour le moins problématique, car sa carrière en CD ne se résume pas à des victoires brillantes et lui-même n’a pas forcément été toujours irréprochable sur ce plan-là. Un autre exemple avec Federer qui, voyant Wawrinka remporter l’Open d’Australie en 2014, a senti qu’enfin la victoire était à portée de main – et elle l’était, en effet. Donc, banalement, si certains font des impasses sur la Coupe Davis, c’est aussi pour cette raison-là.

    Mais encore une fois, c’est le principe même de la Coupe Davis, ce principe s’imposera aussi à la nouvelle formule.

    Au final, je ne vois vraiment pas quels reproches faits à la formule actuelle disparaîtront avec la nouvelle. Si ce n’est que ça ne durera qu’une semaine. A y être les gars, réclamez aussi les levées du GC sur une semaine, au moins vous serez cohérents avec vous-mêmes.

    De toute façon, cette réforme sera sans doute votée, l’ATP qui n’attend que ça lancera sa propre compétition concurrente qui distribuera des points ATP, ils n’auront pas à négocier quoi que ce soit avec l’ITF, et la Coupe Davis n’y survivra sans doute pas. Ce qui aura, comme expliqué plus haut, des conséquences dramatiques sur le développement du tennis dans le monde.

    Mais bon, “il faut vraiment faire quelque chose” n’est-ce pas ?

    “Tu ne laisses rien passer ? Depuis des années ?”

    Non, sur ce sujet, depuis cet article seulement. Mais je rue dans les brancards sur d’autres sujets liés au tennis, et notamment à la FFT.

    Je me suis remis un peu au tennis il y a quelques années, dans une autre ligue que celle où j’avais grandi. Et quand je jouais avec des gamins de 16 ans ils étaient effrayés par mon service de gaucher, et effarés lorsque je montais au filet. Au point qu’ils ne m’ont plus jamais appelé pour jouer. Alors que j’en discutais avec leur entraineur, j’ai découvert que c’est lui qui leur déconseillait de jouer avec moi, parce que je les faisais se sentir mauvais (alors qu’ils étaient mieux classés que moi). Le but de leur entraineur, c’était donc de ne les faire affronter que des gamins de leur âge qui jouaient comme eux, et de les faire grimper artificiellement au classement afin de gagner ses propres galons d’entraineur.

    Je me suis rappelé mes 16 ans, quand un super joueur débarquait dans ma cambrousse pour quelques jours. C’était juste génial d’avoir quelqu’un de nouveau avec qui taper la balle, on le harcelait pour jouer avec lui. Il nous dérouillait, mais on apprenait beaucoup de choses.

    Et je me suis rappelé aussi l’un des entraineurs dont j’ai croisé la route, le premier entraineur de Paul-Henri Mathieu. Il m’a expliqué que le gamin, tu lui expliquait un truc, 10mn plus tard il le faisait et tu pouvais passer à autre chose. Il a eu entre ses mains des centaines de gamins, mais un seul comme ça. Et il n’en tire aucune gloire, juste le sentiment d’avoir eu une chance inouïe de croiser la route d’un gamin pareil.

    J’ai gardé quelques contacts avec des copains devenus entraineurs ou officiels de la FFT, et je leur parle de tout ça. Ils m’ont répondu que cette imposture de la part des entraineurs est désormais monnaie courante en France. Je t’en parle à toi aujourd’hui, mais ça fait des années que j’en parle à tous ceux que je croise et que ça peut concerner. Parce que si c’est généralisé le tennis français est vraiment mal barré.

  18. avatar
    24 avril 2018 a 15 h 27 min

    Salut Enzo,

    Nous sommes d’accord dans l’absolu que toute réforme n’est pas bonne à prendre.
    Après nous divergeons sur le fait qu’une réforme imparfaite vaut mieux, selon moi, que pas de réforme du tout.

    Pour le lien ATP / GC on ne se comprend pas, problem de l’écrit. Bien entendu que les GC (surtout Wimbledon et US Open) avaient une assise ITF avant l’ATP lance en 1973. Mais on ne peut enlever que l’ATP a professionnalisé le tennis, lui a donné cette crédibilité et cette couverture mondiale, certes avec ce que certaines peuvent considerer comme des hérésies (arrive du tie-break sous la pression des TV).

    Pour Tsonga, possible je ne m’en souviens plus mais en effet tu peux être un dieu vivant tu ne marqueras jamais que 2 points en simple, les 3 autres dépendront du double (que tu ne feras jamais gagner seul) et des 2 autres simples.
    La forme actuelle, avec ses 4 tours, donnait de plus la possibilité de venir à la carte ce qui n’est pas terrible. Soit tu viens à tous les tours (sauf blessure), soit tu ne viens pas du tout.
    Je me souviens d’une edition de Fed Cup où les soeurs Williams s’étaient pointées pour gagner une finale conquise par leurs conseurs américaines … Dans le genre esprit d’équipe, on a vu mieux.
    Et encore une fois, il est plus facile de dégager 2 semaines en novembre (1 preparation + 1 competition) que 4 sur l’ensemble de la saison.
    Si l’on est pas capable, à défaut de revoir le calendrier, de faire pression sur quelques petits tournois pour advancer un peu Bercy et le Masters, alors c’est à désespérer …

    Pour le tennis amateur, je ne l’ai fréquenté que 2 ans et mon coach était un blaireau qui n’avait aucune psychologie.
    Il m’avait surnommé Nadal car mon mental et ma vitesse me permettaient de ramener pas mal de balles … Je ne suis jamais arrive au niveau pour tenter du lift :p
    Question service j’étais nul, la faute à des bras pas assez forts qui m’avaient déjà penalisé en hand ou en basket, et en coup droit / revers rien de fabuleux pour un debutant de 28 ans à l’époque … De plus j’avais la difficulté de refouler mes reflexes du squash, bref pas facile.
    Bref je ne suis pas le mieux placé pour juger de ce monde que je ne connais pas assez.

    Sur la FFT, pareil je ne suis pas un connaisseur de ses arcanes mais sur ce qu’elle montre depuis la fin du mandat de Chatrier, que ce soit avec Bimes, Gachassin ou Giudicelli, on est pas prêt de trouver l’oiseau rare …

    La preuve, je le disais plus haut, on a trouvé le moyen de ne pas faire réussir 2 prodigies nommés Gasquet et Monfils. Ces 2 là auraient chacun du gagner 2 ou 3 GC.
    Mais on préfère gagner la Coupe Davis une fois tous les 10 ans …

    Enfin sur le vélo, le Mondial est une des plus belles épreuves du calendrier avec le Giro ou le fait de tenter le record de l’heure. Bien sur rien n’égale le prestige du Tour de France, mais conquerir l’irisé c’est un immense privilege puisqu’on porte le maillot arc-en-ciel toute la saison suivante dans le peloton, meme s’il a trop souvent porté Malheur à son détenteur, de Monséré à Brochard en passant par Luc Leblanc.

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